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Le diagnostic de l'infection à Helicobacter pylori

  
Rubrique coordonnée par Antoine Galmiche (A.G.)
et Jérôme Gournay (J.G.) 
 
     
Hépato-Gastro. Vol. 2, n° 6, novembre-décembre 1995 : 577-8



Cutler AF, Havstad S, Ma CK, Blaser MJ, Perez-Perez GI, Schubert TT.
Accuracy of invasive and noninvasive tests to diagnose Helicobacter pylori infection. Gastroenterology 1995 ; 109 : 136-41.

Le rôle pathogène de l'infection à H. pylori dans la maladie ulcéreuse est maintenant largement admis. Le diagnostic et le traitement de cette infection permettent la guérison de la maladie ulcéreuse [1]. L'infection à H. pylori est recherchée de façon systématique par un nombre croissant de praticiens. De nombreux tests sont actuellement disponibles.
Cutler et al. ont évalué 7 tests diagnostiques de l'infection à H. pylori chez des patients qui n'avaient jamais reçu de traitement pour H. pylori et qui avaient été adressés dans leur centre pour une fibroscopie. Il s'agissait, d'une part, de 4 tests invasifs (nécessitant une fibroscopie) : (1) la mise en évidence d'une inflammation chronique sur les biopsies antrales ; (2) la mise en évidence d'une inflammation aiguë sur les biopsies antrales ; (3) la recherche d'H. pylori sur les biopsies antrales par la coloration de Warthin-Starry ; (4) un test de détection de l'uréase sur les fragments biopsiques (CLO test après 24 heures) et, d'autre part, de 3 tests non invasifs (ne nécessitant pas la réalisation d'une fibroscopie) : (1) un test respiratoire à l'urée marquée au 13C ; (2) la détection d'anticorps de type IgG dirigés contre H. pylori ; (3) la détection d'anticorps de type IgA dirigés contre H. pylori. La mise en évidence d'H. pylori par culture de biopsies antrales n'a pas été évaluée. Au total, 268 patients ont été étudiés (142 hommes, 126 femmes). L'âge moyen était de 53,7 ± 15,8 ans. Quatre-vingt-deux patients avaient un ulcère duodénal, 49 avaient un ulcère gastrique et 8 avaient un ulcère du canal pylorique. Pour 55 autres patients, le diagnostic de dyspepsie non ulcéreuse a été retenu (définie par des douleurs épigastriques depuis plus de 4 semaines sans reflux ni lésion vue lors de la fibroscopie). Les 74 derniers patients ont eu une fibroscopie pour diverses raisons : un reflux résistant au traitement (43 cas), le suivi d'un oesophage de Barrett (2 cas) et le bilan de la présence de sang dans les selles (29 cas). Aucun des tests n'a été utilisé comme le gold standard. Les patients qui avaient au moins 4 des 7 tests positifs étaient considérés infectés par H. pylori. Parmi les 268 patients, 218 (81 %) avaient des résultats concordants pour 6 ou 7 des 7 tests réalisés et 173 (65 %) ont été considérés infectés par H. pylori. Le taux d'infection à H. pylori variait avec le diagnostic : 87,8 % des patients avec un ulcère duodénal ; 70,2 % des patients avec un ulcère gastrique ; 60 % des patients avec une dyspepsie non ulcéreuse et 37,8 % des patients qui avaient eu une fibroscopie pour une autre raison étaient infectés par H. pylori. Bien que la coloration de Warthin-Starry avait la meilleure sensibilité et la meilleure spécificité, les résultats du CLO test, du test respiratoire à l'urée marquée et de la sérologie IgG n'étaient pas significativement différents pour la détermination du diagnostic de l'infection. L'absence d'inflammation chronique antrale était la meilleure méthode pour éliminer l'infection (Tableau 1). Chez les patients qui avaient une maladie ulcéreuse, 4 des 7 tests étudiés avaient une valeur prédictive positive de plus de 97 % pour le diagnostic de l'infection à H. pylori. Ces 4 tests étaient le CLO test, la coloration de Warthin-Starry, le test respiratoire à l'urée marquée et la sérologie IgG.
Les auteurs concluaient que, chez les patients non traités, le test respiratoire à l'urée marquée et la sérologie IgG étaient d'aussi bon prédicteurs de l'infection à H. pylori que la coloration de Warthin-Starry et le CLO test.

Commentaire

Il n'y a actuellement pas de gold standard pour le diagnostic de l'infection à H. pylori [1]. La mise en culture est souvent la méthode de référence pour la mise en évidence des bactéries. Cependant, H. pylori est difficile à isoler en culture : il faut parfois attendre plusieurs semaines pour avoir le résultat. Par ailleurs, l'ingestion d'anesthésiques locaux, un traitement préalable par antibiotiques (y compris pour une autre infection) ou antisécrétoires et le transport du fragment biopsique à l'air ambiant ou dans du sérum physiologique peuvent diminuer la viabilité d'H. pylori [2]. Par conséquent, même si l'isolement d'H. pylori en culture est certainement la preuve de sa présence, des cultures négatives ne prouvent pas son absence [1].
La détection d'H. pylori (ou plus exactement du fragment d'un de ses gènes) par amplification génomique (polymerase chain reaction : PCR) est peut-être une méthode candidate au rôle de gold standard [3], mais de nombreux problèmes demeurent : (1) il faut d'abord déterminer le gène d'H. pylori à amplifier qui permette la détection la plus sensible. Il semble que l'amplification de l'ARN ribosomique 16S d'H. pylori donne les meilleurs résultats ; (2) comme toujours avec la PCR, les problèmes de contaminations peuvent induire des faux positifs. Leur prévention impose une décontamination très stricte du matériel, et notamment des pinces à biopsie ; (3) la détection d'H. pylori par PCR est habituellement effectuée sur les fragments biopsiques. La PCR permet aussi de détecter H. pylori à partir du liquide gastrique ou des selles, mais la sensibilité et la spécificité de ces méthodes restent à déterminer ; (4) la détection d'H. pylori par PCR n'a pas encore été évaluée sur de larges groupes ; (5) la réalisation de la PCR n'est pas encore à la portée de tous les laboratoires, même si des kits standardisés devraient bientôt être commercialisés ; (6) enfin, le coût de la méthode en limitera certainement la diffusion.
Cutler et al. ont choisi d'utiliser la concordance d'au moins 4 des tests évalués sur 7 pour déterminer la présence de l'infection. Ce choix a permis d'éviter les erreurs liées à l'utilisation d'un seul test comme gold standard. Comme les 7 tests étudiés sont ou seront largement répandus [1], cette étude a des implications pratiques immédiates. L'une des limites de cette étude est que seuls des patients non préalablement traités aient été étudiés. Par conséquent, les conclusions de cette étude ne sont certainement pas toutes applicables aux patients déjà traités, que ce soit pour contrôler l'éradication après traitement ou faire le diagnostic de réinfection. Enfin, on peut émettre des réserves sur la population représentée par les patients de cette étude. Bien que le nombre de patients soit élevé(268), ceux-ci ne représentent certainement qu'une fraction de ceux adressés pour une fibroscopie dans un centre réputé sur une période de 3 ans. De plus, seuls 22 % des patients avaient moins de 40 ans et il serait intéressant de savoir si ces résultats sont transposables sur une population plus jeune.
Le CLO test lu à la 24e heure (la sensibilité augmente avec la durée de la réaction) et la coloration de Warthin-Starry avaient tous les deux une spécificité et une valeur prédictive positive de près de 100 % pour diagnostiquer une infection à H. pylori quelles que soient les catégories de patients (Tableau 1). Lorsque le nombre d'H. pylori est faible dans le fragment biopsique, le CLO test peut être négatif : c'est le cas lorsque le patient a récemment pris un inhibiteur de la pompe à proton ou des antibiotiques. La réalisation du CLO test, comme celle de tous les tests de détection de l'uréase, nécessite le strict respect des instructions du fabricant afin d'obtenir la meilleure sensibilité. Les réactifs doivent être maintenus à 37 °C pendant la réaction. La sensibilité pourrait être améliorée, notamment dans les premières heures, en plaçant plusieurs fragments biopsiques dans le réactif. Cutler et al. n'ont placé qu'un seul fragment dans le réactif, mais ils ont attendu 24 heures pour l'interprétation. Du fait de son faible coût, il apparaît licite de réaliser un CLO test en premier : si le résultat est positif, il n'y a aucun bénéfice à réaliser un autre test. Ce n'est que si le CLO test est négatif que l'on enverra à l'anatomo-pathologiste les biopsies. La coloration de Warthin-Starry doit être réalisée si les colorations standard ne permettent pas de mettre en évidence H. pylori, d'autant plus qu'il existe une inflammation aiguë ou chronique sur les biopsies.

Quel test et pour quel patient ?

Bien que l'étude de Cutler et al. n'ait pas évalué toutes les situations, elle apporte un éclairage nouveau pour le choix du test à réaliser. Ce choix dépend de plusieurs facteurs : (1) la disponibilité et le coût du test ; (2) la notion de traitement préalable pour l'infection à H. pylori ; (3) l'indication d'une fibroscopie.
S'il n'est pas prévu de réaliser une fibroscopie et que le patient n'a pas déjà reçu un traitement pour H. pylori, la sérologie est probablement le test de choix [1]. Son coût est faible. Elle peut être réalisée dans un laboratoire ou dans le bureau du médecin à l'aide d'un kit. Il est inutile de renouveler une fibroscopie uniquement pour déterminer s'il existe une infection à H. pylori.
Si une fibroscopie est indiquée, les tests de détection de l'uréase (CLO test) et la coloration de Warthin-Starry (si le CLO test est négatif) sont les méthodes de choix.
Pour les patients qui ont déjà été traités pour l'infection à H. pylori et pour lesquels il est important de confirmer l'éradication, ce qui est le cas pour les ulcères compliqués [4, 5], le test respiratoire à l'urée marquée est certainement le plus adapté [6]. Quand le test respiratoire n'est pas disponible, le CLO test peut être utilisé. Des prélèvements doivent être conservés pour une analyse histologique, notamment si le CLO test est négatif et que l'infection semble persistante, par exemple en cas de mauvaise réponse clinique. L'absence d'inflammation et d'H. pylori (évaluée par la coloration de Warthin-Starry) sur les biopsies plus de 4 semaines après la fin du traitement constituent la preuve quasi formelle de l'éradication [5]. Dans tous les cas, il est important de laisser un intervalle d'au moins 4 semaines après la fin du traitement avant de confirmer l'éradication. Enfin, les sérologies sont d'interprétation difficile pour déterminer si H. pylori a été éradiqué : la décroissance des anticorps peut être très lente après éradication [7].
La détermination de l'infection à H. pylori par l'utilisation de plusieurs tests peut être utile dans certains cas complexes. Elle doit être réalisée dans un centre spécialisé disposant d'un laboratoire de référence. Pour les patients qui ont récidivé après plusieurs traitements antibiotiques, la détermination de la sensibilité de la souche d'H. pylori aux différents antibiotiques est un élément déterminant de la prise en charge. Ces cas d'infections récidivantes constituent certainement l'indication restante de la mise en culture de biopsie gastrique. Pour améliorer le rendement des cultures, il est utile de multiplier les prélèvements dans plusieurs sites de l'estomac. Il est important d'envoyer les biopsies dans un laboratoire spécialisé ayant l'expérience de la culture d'H. pylori. Enfin, si l'acheminement des prélèvements au laboratoire doit prendre du temps, il convient de les congeler pour le transport.

J.G.

  

CONCLUSION :


Cette étude réalisée sur un grand nombre de patients va nous aider à mieux choisir parmi les tests disponibles pour diagnostiquer l'infection à H. pylori. Deux notions se dégagent clairement de cette étude. D'une part, dans la majorité des cas un seul test est suffisant, ce qui devrait permettre de limiter le coût des investigations. D'autre part, les tests non invasifs sont aussi performants que les tests invasifs chez les patients qui n'ont pas déjà été traités.
  


REFERENCES :


1. NIH Consensus Conference. Helicobacter pylori in peptic ulcer disease. NIH Consensus development panel on Helicobacter pylori in peptic ulcer disease. JAMA 1994 ; 272 : 65-9.

2. Kolts BE, Joseph B, Achem SR, Bianchi T, Monteiro C. Helicobacter pylori detection : a quality and cost analysis. Am J Gastroenterol 1993 ; 88 : 650-5.

3. Peek RM Jr, Miller GG, Tham KT, Perez-Perez GI, Cover TL, Atherton JC, et al. Detection of Helicobacter pylori gene expression in human gastric mucosa. J Clin Microbiol 1995 ; 33 : 28-32.

4. Jaspersen D, Koerner T, Schorr W, Brennenstuhl M, Raschka C, Hammar CH. Helicobacter pylori eradication reduces the rate of rebleeding in ulcer hemorrhage. Gastrointest Endosc 1995 ; 41 : 5-7.

5. Rokkas T, Karameris A, Mavrogeorgis A, Rallis E, Giannikos N. Eradication of Helicobacter pylori reduces the possibility of rebleeding in peptic ulcer disease. Gastrointest Endosc 1995 ; 41 : 1-4.

6. Slomianski A, Schubert T, Cutler AF. 13C urea breath test to confirm eradication of Helicobacter pylori. Am J Gastroenterol 1995 ; 90 : 224-6.

7. Hirschl AM, Brandstatter G, Dragosics B, Hentschel E, Kundi M, Rotter ML, et al. Kinetics of specific IgG antibodies for monitoring the effect of anti-Helicobacter pylori chemotherapy. J Infect Dis 1993 ; 168 : 763-6.


 


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