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L'oméprazole modifie la topographie de la colonisation gastrique par Helicobacter pylori
Rubrique coordonnée par Antoine Galmiche
(A.G.)
et Jérôme Gournay (J.G.)
Hépato-Gastro. Vol. 2, n° 3, mai-juin 1995 : 289
Logan RPH, Walker MM, Misiewicz JJ, Gummett PA, Karim QN, Baron
JH.
Changes in the intragastric distribution of Helicobacter pylori
during treatment with omeprazole.
Gut 1995 ; 36 : 12-6.
Helicobacter pylori (H. pylori) est l'agent étiologique principal des gastrites
chroniques non auto-immunes et des ulcères duodénaux.
L'antre gastrique est l'habitat préférentiel d'H.
pylori, probablement parce que la sécrétion
acide diminue la densité de colonisation au niveau du fundus
[1]. L'oméprazole est un médicament antisécrétoire
particulièrement puissant qui interfère probablement
avec la colonisation par H. pylori : indirectement, en
modifiant le pH intragastrique, et probablement directement, puisqu'il
a été récemment montré que l'oméprazole
empêche la survie d'H. pylori en milieu acide [2].
Afin d'étudier les répercussions de 4 semaines de
traitement par 40 mg/j d'oméprazole sur la colonisation
gastrique par H. pylori, Logan et al. ont réalisé
une étude portant sur 39 patients (25 avec une maladie
ulcéreuse duodénale, 14 avec une oesophagite de
reflux), dont 29 ayant une colonisation gastrique par H. pylori.
La colonisation était mise en évidence par mise
en culture de prélèvements antraux, par l'étude
histologique des biopsies gastriques antrales, fundiques, corporéales
et par test respiratoire à l'urée marquée
au 13C. Après 4 semaines de traitement par l'oméprazole,
une réduction de la densité de colonisation était
observée au niveau de l'antre (p < 0,001) et du corps
de l'estomac, alors que la densité de colonisation avait
augmenté au niveau du fundus. Parallèlement, une
diminution significative de l'activité de la gastrite était
notée au niveau de l'antre. Avant le traitement, H.
pylori avait été observé sur les biopsies
de l'antre chez 28 patients, du corps gastrique chez 29, et sur
les biopsies fundiques chez 28. Après 4 semaines de traitement
par oméprazole, H. pylori avait disparu des biopsies
antrales de 12 des 28 patients initialement H. pylori +
; la colonisation était cependant persistante sur 26 prélèvements
effectués au niveau du corps gastrique. A l'issue du traitement
par oméprazole, une réduction significative de l'excrétion
de CO2 marqué a été notée au cours
des tests respiratoires à l'urée. Les tests effectués
2 semaines après l'arrêt du traitement par oméprazole
ont mis en évidence le retour des valeurs d'excrétion
du CO2 marqué à leur niveau d'avant le traitement.
L'oméprazole induit donc une redistribution de la colonisation
gastrique par H. pylori : la densité de colonisation
diminue dans l'antre, alors qu'une tendance à l'augmentation
de la densité de colonisation est observée au niveau
du fundus. Helicobacter pylori tend à « remonter
» dans l'estomac. Cette redistribution s'accompagne d'une
diminution d'activité de la gastrite. Ainsi, chez un patient
soigné par oméprazole pour une poussée ulcéreuse,
H. pylori peut plus ou moins complètement disparaître
des biopsies antrales, pour réapparaître dans l'antre
à l'issue du traitement. Pour éviter de porter par
excès un diagnostic d'éradication, il faut donc
recommander la pratique d'un test respiratoire à l'urée
marquée, ou à défaut, de biopsies fundiques
ou du corps de l'estomac. Des études complémentaires
devront préciser par quel(s) mécanisme(s) l'oméprazole
peut diminuer la densité de colonisation au niveau de l'antre.
A.G.
REFERENCES :
1. Dixon M. Acid, ulcers and H. pylori. Lancet 1993
; 342 : 384-5.
2. McGowan CC, Cover TL, Blaser MJ. The proton
pump inhibitor omeprazole inhibits acid survival of Helicobacter
pylori by an urease-independent mechanism. Gastroenterology
1994 ; 107 : 738-43.