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Traitement
de l'oesophagite de reflux par les inhibiteurs de pompe à
protons : de l'efficacité à la dépendance
Jean Paul GALMICHE
clinique des maladies de l'appareil digestif,
CHU Nord,
hôpital Guillaume-et-René-Laënnec, 44035 Nantes
Cedex, France.
REVUE : Hépato-Gastro. Vol. 2, n° 3, mai-juin
1995 : 215-9
Les buts du traitement du reflux gastro-oesophagien (RGO)
sont : (a) de soulager les symptômes, (b) de cicatriser
les lésions d'oesophagite et (c) de prévenir
les récidives et les complications. En dehors de la chirurgie
anti-reflux, les traitements médicaux « classiques
» du RGO (règles hygiéno-diététiques,
antiacides, antidopaminergiques, et même antagonistes des
récepteurs H2) étaient peu ou pas efficaces en ce
qui concerne la prévention des rechutes et le traitement
des oesophagites sévères et de leurs complications
[1]. L'avènement des inhibiteurs de pompe à protons
(IPP) durant la dernière décennie [2, 3] a marqué
un progrès décisif, non seulement dans le traitement
à court terme des oesophagites de reflux, mais surtout
parce que l'on disposait pour la première fois d'une possibilité
de traitement d'entretien très efficace. Indiquée
initialement dans les oesophagites sévères, la prescription
des IPP a connu rapidement un essor considérable et...
de multiples dérapages ! Ainsi, il ne fait guère
de doute que de nombreux patients souffrant de symptômes
de RGO mais sans oesophagite macroscopique sont traités,
de façon parfois empirique (sans endoscopie) par des IPP
au long cours. Étant donné le remarquable soulagement
des symptômes obtenu avec les IPP, on conçoit aisément
la difficulté d'arrêter un tel traitement chez certains
patients qui deviennent ainsi « IPP dépendants ».
Cette brève mise au point a pour objectif de fournir une
synthèse des données de la littérature concernant
les essais menés avec les IPP dans les oesophagites de
reflux. De façon à éclairer la discussion
concernant la place et le rôle des IPP dans les oesophagites,
il sera d'abord effectué un bref rappel des connaissances
concernant l'histoire naturelle du RGO et les principaux facteurs
susceptibles d'influencer le pronostic et la réponse thérapeutique.
Histoire naturelle du RGO et facteurs pronostiques
Le terme de RGO correspond à un très
large éventail d'éventualités différentes.
En pratique, le RGO est pathologique lorsqu'il s'accompagne
de symptômes et/ou de lésions muqueuses, mais il
n'existe pas de corrélation entre l'importance des symptômes
de reflux et celle des lésions d'oesophagite. Chez plus
de la moitié des patients atteints de RGO, l'endoscopie
est normale ou ne révèle que des lésions
mineures (érythème, friabilité). La prévalence
des symptômes de RGO dans la population générale
est très grande, puisque 5 à 10 % des adultes souffrent
de façon quasi quotidienne de pyrosis ou de régurgitations.
La plupart de ces sujets ont recours à l'auto-médication
et ne consultent pas. Seule une faible minorité de patients
développe une oesophagite sévère et/ou des
complications, sans d'ailleurs que celles-ci soient obligatoirement
précédées de symptômes typiques de
RGO.
L'histoire naturelle du RGO reste en fait assez mal connue
et les résultats des études récentes sont
un peu contradictoires. Certaines études suggèrent
une évolution le plus souvent chronique avec des rechutes
fréquentes en l'absence de traitement d'entretien efficace
[2]. D'autres travaux font état de manifestations nettement
plus intermittentes et d'une évolution globalement moins
sévère, la maladie étant finalement contrôlée
chez la majorité des patients par des traitements classiques,
prescrits à la demande, et conservant leur efficacité
au fil des années [4]. Cependant, la majorité des
travaux s'accordent actuellement sur l'absence de tendance à
l'aggravation des lésions au cours du temps, au moins lorsque
l'oesophagite n'est pas d'emblée grave [5].
Au premier rang des facteurs pronostiques figurent les données
de l'endoscopie oesophagienne [6] ; en effet, le risque de
récidive à long terme est plus élevé
chez les patients dont l'oesophagite est initialement sévère.
La sévérité des lésions est globalement
corrélée à la durée de l'exposition
acide qui représente le principal facteur d'agression de
la muqueuse oesophagienne, comme le confirme d'ailleurs l'excellente
corrélation entre le degré d'inhibition de la sécrétion
acide gastrique résultant de différents traitements
antisécrétoires d'une part, et les pourcentages
de cicatrisation correspondants observés dans les essais
cliniques au cours de l'oesophagite, d'autre part. Il existe également
une corrélation entre la prévalence des troubles
du péristaltisme et la sévérité des
lésions endoscopiques. De même, une hypotonie sévère
du sphincter inférieur de l'oesophage est associée
à un risque accru de récidive d'oesophagite. Enfin,
une hernie hiatale irréductible s'accompagne plus souvent
d'altérations de la clairance acide de l'oesophage et aggrave
donc les conséquences du RGO acide. Les anomalies motrices
majeures (et bien sûr la hernie hiatale) ne sont pas guéries
par la cicatrisation de l'oesophagite par les IPP, expliquant
ainsi les récidives fréquentes après l'arrêt
du traitement d'attaque notamment dans les formes sévères
d'oesophagite [7].
Efficacité des inhibiteurs de pompe à protons dans les oesophagites de reflux
Une vingtaine d'études contrôlées (dont 6 au long cours) ont étudié l'efficacité de l'oméprazole, en général par rapport à un antagoniste H2 pris comme référence [2] ; des études plus récentes avec le lansoprazole [3] ou même le pantoprazole confirment (au moins à court terme) les résultats obtenus avec l'oméprazole comme le laissaient d'ailleurs prévoir les données pharmacologiques.
Résultats à court terme (4 à 8 semaines)
Les IPP ont une efficacité spectaculaire
sur les symptômes, très rapidement soulagés,
et sur les lésions d'oesophagite ; cette efficacité
est particulièrement nette dans les formes sévères
où la supériorité des IPP sur les antagonistes
H2 est la plus claire [8]. Les doses équivalentes à
la dose efficace usuelle de 20 mg d'oméprazole sont de
30 mg pour le lansoprazole (légèrement supérieur
sur les symptômes dans une étude) et de 40 mg pour
le pantoprazole.
Une faible minorité de patients (10 à 15 % au maximum)
sont incomplètement ou non améliorés par
20 mg d'oméprazole après 8 semaines de traitement
; dans ce cas un effet antisécrétoire insuffisant
semble plus souvent la cause de cette résistance plutôt
que l'existence d'un reflux biliopancréatique « alcalin
». L'objectif pharmacologique des traitements antisécrétoires
étant, dans le RGO et l'oesophagite, de couvrir la totalité
du nycthémère (96 % du temps au-dessus de pH 4),
il peut être plus utile dans certains cas de doubler la
dose journalière d'oméprazole (40 mg) ; au-delà
de cette dose, il semble souhaitable de tester l'effet d'une double
prise (20 mg matin et soir) avant d'augmenter encore la dose journalière
; toutefois l'utilisation de doses élevées (60 ou
même 80 mg/j) est possible et bien tolérée.
En définitive, avec ces schémas thérapeutiques
on peut estimer à moins de 5 % la proportion d'échecs,
c'est-à-dire de malades ayant encore des symptômes
modérés ou sévères et/ou des lésions
d'oesophagite (mis à part éventuellement quelques
érosions isolées sans conséquence pratique).
Il est intéressant de noter que l'évaluation
des symptômes est suffisante pour juger de l'effet thérapeutique,
au moins dans la majorité des cas correspondant aux oesophagites
légères ou modérées ; l'absence de
symptômes sous IPP va, en effet, de pair avec l'absence
de lésions endoscopiques résiduelles, rendant ainsi
inutile le contrôle endoscopique à la fin du traitement
d'attaque.
L'efficacité des IPP est également attestée
par plusieurs études contrôlées montrant la
supériorité de l'oméprazole 40 mg/j ou du
lansoprazole 30 mg/j sur la ranitidine (300 mg/j) dans les oesophagites
sévères, résistantes à un traitement
antérieur d'au moins 3 mois par les antagonistes H2.
A notre connaissance, il n'existe pas d'étude comparative
directe IPP versus cisapride ou IPP versus antagoniste H2 + cisapride
ou IPP versus fortes doses d'antagonistes H2. Toutefois la faisabilité
et l'intérêt même de tels essais sont quelque
peu discutables, les taux de succès du traitement d'attaque
par les doses usuelles d'IPP atteignant et dépassant souvent
80 % à 4 semaines.
Résultats des traitements d'entretien
Malgré une efficacité sans précédent
à court terme, le taux de rechutes dans les 6 mois suivant
l'arrêt d'un traitement par IPP (ou son remplacement par
un placebo) est important, d'autant plus élevé que
l'oesophagite était initialement plus grave [6]. Cependant,
contrairement aux traitements médicaux classiques, un traitement
d'entretien continu [9] par 20 mg ou même 10 mg d'oméprazole
prévient très efficacement les récidives.
Une méta-analyse de 5 études contrôlées
de l'oméprazole administré en traitement continu
pendant 6 ou 12 mois nous a montré [10] la supériorité
de l'oméprazole sur la ranitidine (150 mg matin et soir)
; ainsi avec 20 mg/j, le bénéfice en terme de maintien
en rémission à 6 mois était de 30 % (IC :
21-39 %) et avec 10 mg/j il était de 20 % (IC : 10-30 %)
(résultats non publiés). Par contre la «week-end
thérapie » (20 mg/j vendredi samedi et dimanche)
n'est pas (ou très peu) efficace. Parmi les facteurs pronostiques
du maintien en rémission, il est intéressant de
noter que seuls 2 facteurs indépendants étaient
significatifs dans un modèle de Cox : le grade de l'oesophagite
initiale (plus de récidives si oesophagite sévère
initialement) et l'âge (moins de récidives
chez le sujet âgé). Là encore l'absence de
symptômes sous traitement par l'oméprazole avait
une très forte valeur prédictive du maintien en
rémission rendant inutile la surveillance endoscopique
des sujets asymptomatiques.
Même si la supériorité des IPP sur les antagonistes
H2 est d'autant plus nette que l'oesophagite est initialement
sévère, l'oméprazole (10 et 20 mg/j) s'est
également révélé supérieur
en traitement d'entretien chez des patients ayant des symptômes
de RGO sans érosions ni ulcérations à l'endoscopie
[11]. Ainsi même une faible dose (10 mg/j) d'oméprazole
paraît supérieure aux antagonistes H2 et pourrait
suffire chez plus de la moitié des patients. Actuellement,
cependant cette posologie n'est pas disponible en France. La raison
d'une telle supériorité des IPP tient sans doute
pour une large part à leur longue durée d'action
et à leur capacité à contrôler la sécrétion
acide post-prandiale plus efficacement que les antagonistes H2.
Efficacité dans les oesophagites graves ou compliquées
Après cicatrisation d'oesophagites
graves, résistantes aux antagonistes H2, par l'oméprazole,
la poursuite de ce traitement à la dose de 20 mg a permis
le maintien en rémission dans 2 cas sur 3 (comparé
à 10 % avec la poursuite de la ranitidine) [12]. De même
dans le programme « compassionnel » de développement
de l'oméprazole, celui-ci a été administré
en moyenne 1,5 ans (extrêmes 0,5 à 5 ans) chez 272
patients dont 70 % ont été maintenus en rémission
par 20 mg et 25 % par 40 mg ; très peu de sujets ont nécessité
60 mg/j.
Les IPP représentent également une avancée
majeure dans le traitement des sténoses peptiques
où ils se révèlent supérieurs aux
antagonistes H2, ranitidine et famotidine [13, 14]. La cicatrisation
des lésions d'oesophagite associées à la
sténose s'accompagne d'une amélioration de la dysphagie
; le nombre total de dilatations endoscopiques nécessaires
ainsi que le coût global du traitement sont réduits
de manière significative par rapport aux antagonistes H2.
Plusieurs travaux ont montré une régression partielle
des lésions d'endobrachyoesophage après 6
à 24 mois de traitement continu par 20 ou 40 mg d'oméprazole
[15] ; cependant, l'administration isolée d'un IPP est
en général insuffisante pour entraîner la
disparition de toute la métaplasie, et des essais utilisant
des traitements combinés avec le laser sont actuellement
en cours. La constatation d'un endobrachyoesophage isolé
n'est donc pas, en dehors de protocoles d'études, une indication
à un traitement spécifique par les IPP.
L'efficacité des IPP sur les manifestations extradigestives
(pseudo-angor ou manifestations respiratoires) du RGO font actuellement
l'objet d'évaluations ; malgré certains résultats
préliminaires encourageants, il est difficile de dire quelle
sera la place des IPP dans ces indications particulières.
Problèmes posés par l'utilisation prolongée des IPP
Ces problèmes ne sont pas spécifiques au traitement des oesophagites de reflux mais compte tenu de la fréquence de cette affection et de son caractère souvent chronique, c'est bien sûr ici qu'ils s'expriment avec le plus d'importance non seulement pour le clinicien mais aussi pour l'économiste de la santé et la Société.
Sécurité d'emploi des IPP
Il s'agit d'un domaine qui a donné lieu,
au cours de la dernière décennie, à de nombreuses
polémiques, pas toujours fondées d'ailleurs sur
des arguments purement scientifiques. Le développement
du lansoprazole et plus encore celui du pantoprazole étant
relativement récent, nous ne discuterons ici que des études
concernant l'oméprazole, et de manière plus générale
des effets délétères éventuels d'une
inhibition sécrétoire puissante et prolongée
qui constitue en fait le seul motif d'inquiétude réellement
fondé. Il est clair en effet que la molécule d'oméprazole
par elle-même n'est pas « génotoxique »
et que la fréquence des effets secondaires est particulièrement
faible, sans doute voisine de celle des antagonistes H2, réputés
à juste titre pour leur excellente sécurité
d'emploi.
En revanche, toute hypo ou a-chlorhydrie entraîne une hypergastrinémie
responsable, chez l'animal comme chez l'homme dans certaines circonstances
pathologiques chroniques (anémie de Biermer), de l'apparition
de tumeurs endocrines développées à partir
des cellules ECL de l'estomac. Certains facteurs endogènes
comme la richesse - variable suivant les espèces - en cellules
ECL du fundus gastrique, ou des facteurs génétiques
associés (cas des gastrinomes survenant dans un tableau
de polyadénomatose endocrine dit « NEM 1 »),
semblent également influencer la susceptibilité
à développer une hyperplasie ou des tumeurs endocrines.
Pour l'instant les données concernant l'emploi de l'oméprazole
à des doses thérapeutiques normales ou même
élevées, chez des patients atteints d'oesophagite
sont rassurantes [16]. La gastrinémie augmente généralement
au début du traitement pour se stabiliser ensuite à
des valeurs comprises entre 2 et 4 fois les valeurs normales.
La proportion de patients ayant des gastrinémies très
élevées (> 10 fois la normale) ne dépasse
pas 5 à 10 % des cas et ne justifie pas une surveillance
systématique [17, 18]. Les conséquences sur la muqueuse
gastrique paraissent très limitées ; il est d'ailleurs
possible que la légère augmentation de densité
de cellules ECL observée sous oméprazole et surtout
l'augmentation de la fréquence des signes histologiques
de gastrite soit en partie le reflet de l'affaissement des glandes
du fait de la réduction sécrétoire majeure
[9]. Le rôle de l'Helicobacter pylori dans l'évolution
de cette gastrite est également envisageable [19].
Parmi les autres effets potentiellement néfastes de l'inhibition
sécrétoire, le développement d'une pullulation
microbienne digestive haute a été récemment
étudié. Une augmentation du nombre de bactéries
d'origine buccale mais aussi le développement d'une flore
anaérobie dans la lumière duodénale ont ainsi
été rapportés après un traitement
de 6 semaines par l'oméprazole chez des ulcéreux
[20]. Par contre il n'existe pas d'augmentation des concentrations
de dérivés nitrés potentiellement carcinogènes
dans la lumière gastrique [21]. En définitive ces
effets sur la flore digestive sont sans doute sans conséquences
en dehors de certaines circonstances pathologiques ou thérapeutiques
où une inhalation de liquide gastrique peut survenir ou
chez des sujets exposés à des risques infectieux
accrus, par exemple dans le tiers monde.
Coût du traitement par les IPP
Dans des affections fréquentes comme le RGO, les problèmes économiques liés au traitement et à la maladie sont de plus en plus importants. Il convient cependant d'intégrer non seulement les coûts directement liés au médicament (les IPP sont plus chers que les traitements classiques) mais aussi ceux associés au diagnostic et à la surveillance (visites, endoscopies, explorations diverses) ainsi que les coûts indirects (absentéisme par exemple). Des modèles mathématiques fondés sur une série d'hypothèses issues elles-mêmes des essais cliniques ont été appliqués à l'oméprazole [22, 23]. Ces études ont abouti à la conclusion que le traitement par l'oméprazole était globalement moins cher dans le traitement des oesophagites de gravité moyenne ou sévère que la ranitidine ou les antiacides. Pour intéressant qu'il soit, il convient cependant de formuler de nombreuses réserves concernant ce type d'approche économique qui s'applique à des systèmes de santé différents (américains ou suédois en l'occurrence), et surtout à une période courte (7 mois). Des évaluations en situation thérapeutique réelle sont donc nécessaires ; dans les sténoses [13] nous avons vu que la conclusion d'une telle étude allait dans le même sens (oméprazole moins cher que les antagonistes H2) que les modèles suscités. Il est également intéressant de noter qu'une approche thérapeutique empirique (sans investigation préalable) entraînant donc une surprescription d'oméprazole aboutit à un résultat voisin en terme de coût global qu'une attitude plus rationnelle fondée sur des investigations diagnostiques initiales (endoscopie et le cas échéant pHmétrie) [23]. Ces résultats ne peuvent bien sûr justifier à eux seuls l'utilisation empirique des IPP chez des patients atteints de RGO mais ils doivent néanmoins inciter à la réflexion et être pris en compte dans la définition des stratégies futures.
Place des IPP dans les stratégies thérapeutiques actuelles
Au cours du RGO, compliqué ou non d'oesophagite,
les indications thérapeutiques sont surtout fonction de
l'importance des symptômes, de l'existence et de la sévérité
des lésions muqueuses, du terrain (âge, tares associées),
et de l'évolution chronique ou récidivante de la
maladie.
Compte tenu des données épidémiologiques
et évolutives rappelées plus haut, il est certain
que de nombreux patients (la grande majorité) peuvent
et doivent encore être traités sans recours aux
IPP. Ainsi, en l'absence de lésions endoscopiques graves,
des rechutes symptomatiques espacées peuvent être
traitées à la demande en reprenant, par exemple,
le traitement initial efficace, y compris les plus simples (alginates/antiacides)
qui sont souvent efficaces [24], et le demeurent chez un patient
ayant répondu initialement à ces médicaments
ou aux antagonistes H2 [4] et au cisapride. Cette attitude consistant
à commencer par les traitements les plus simples (stepwise
strategy) est sans doute encore la plus sage et celle qui
évite le plus les prescriptions abusives d'IPP. Certains
auteurs préconisent cependant une attitude inverse (top
down strategy) consistant à débuter le traitement
par des IPP puis à leur substituer ensuite un autre traitement
(antagonistes H2 ou cisapride par exemple) ; dans notre expérience
il est souvent difficile d'arrêter les IPP et la décroissance
ultérieure peut s'avérer difficile. Cette réserve
à l'égard de l'usage des IPP de première
intention sera cependant à reconsidérer en fonction
des données à venir sur l'efficacité de faibles
doses d'IPP (10 mg d'oméprazole par exemple) et surtout
de leur tolérance à très long terme.
Chez un sujet jeune des rechutes symptomatiques rapprochées
(plus de 3 par an) doivent faire discuter une intervention chirurgicale,
même en l'absence de lésions graves d'oesophagite.
Les IPP n'ont, en effet, dans ce cas que la place d'un éventuel
traitement d'attente de la chirurgie. Qu'il s'agisse d'un Nissen
« ouvert » [25] ou laparoscopique (pourvu que l'opérateur
possède les compétences techniques nécessaires),
la chirurgie demeure certainement l'option la plus « coût/efficace
», même si les résultats à long terme
comportent un taux non négligeable de détériorations
[26] et une morbidité séquellaire sous-estimée
dans la majorité des études chirurgicales [27].
Les IPP ont en revanche une place, à notre avis irremplaçable
chez les sujets âgés [28] et/ou à haut risque
chirurgical ; il est alors légitime de prescrire un traitement
continu en déterminant individuellement la plus faible
dose efficace. En pratique, dans les oesophagites sévères
ou compliquées de sténoses, les IPP se révèlent
d'une grande efficacité et d'un emploi très simple
; ils sont parfaitement tolérés et ne peuvent en
général être remplacés par un antagoniste
H2 ou même par une association anti-H2-prokinétique.
Quant aux traitements à fortes doses d'antagonistes H2
ils n'ont probablement aucun intérêt en ce qui concerne
la tolérance, et ils coûtent plus cher que les IPP.
Ces patients correspondent très spécifiquement au
groupe des oesophagites que l'on pourrait appeler « IPP
dépendantes » car il n'existe pour eux aucune
alternative, médicale ou chirurgicale, valable.
Reste enfin un groupe de patients « intermédiaires
», d'âge moyen (45 à 65 ans ?), parfaitement
asymptomatiques sous IPP, « moins bien » sous antagonistes
H2, et sans lésions résiduelles autres que quelques
érosions à l'endoscopie. Faut-il opter pour la chirurgie
? Faut-il poursuivre (indéfiniment sans doute) le traitement
par les IPP ? Faute de données réellement scientifiques,
il convient de se garder de réponses a priori simplistes
concernant par exemple le coût des traitements ou les risques
à long terme. L'abaissement des coûts indirects du
traitement médical par les IPP, le coût très
élevé des complications (même exceptionnelles)
de la chirurgie ne plaident pas forcément en faveur de
la chirurgie même, et peut-être surtout, depuis la
diffusion de la chirurgie laparoscopique ! Quant aux risques liés
à une inhibition puissante et prolongée de la sécrétion
acide ils paraissent de plus en plus faibles au fur et à
mesure que l'expérience s'accroît. Il faut donc s'attendre
à ce que, au moins dans les années à venir,
le groupe des « oesophagites IPP dépendantes »
augmente encore ! Faut-il s'en plaindre ou s'en inquiéter
? Personnellement, j'y vois plutôt l'émergence d'une
thérapeutique majeure et longtemps attendue, mais aussi
l'occasion indiscutable de mieux évaluer à plus
long terme l'intérêt des différentes options
désormais possibles dans une affection particulièrement
fréquente.
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