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Troubles moteurs de l'oesophage (partie 2)
  
James BOULANT 
Gilles BOMMELAER

 service d'hépato-gastroentérologie, Hôtel-Dieu,
 63000 Clermont-Ferrand, France.

REVUE : Hépato-Gastro. Vol. 3, n° 1, janvier-février 1996 : 53-62




Manométrie oesophagienne de 24 heures
OEsophage et compression vasculaire
Jonction oeso-gastrique
Activité motrice oesophagienne spontanée
Troubles du système inhibiteur
Divers
 

RESUME 
Plusieurs travaux importants ont été récemment publiés dans le domaine de la motricité oesophagienne. Parmi ceux-ci, la démonstration de la disparition de l'onde inhibitrice dans les pathologies motrices oesophagiennes semble constituer un grand pas dans la compréhension de ces phénomènes moteurs et notamment des formes intermédiaires ou inclassables. En complément, une étude portant sur l'activité tonique par barostat de la motricité oesophagienne chez le sujet sain pourrait permettre d'envisager une confirmation de ces hypothèses physiopathologiques. Le deuxième point important regroupe les publications concernant les normes lors des enregistrements de la motricité oesophagienne de longue durée ainsi que les différents intervalles de temps lors de l'interprétation d'un marqueur d'événement. La précision de ces données marque essentiellement les limites de ces examens ainsi que la difficulté d'interprétation des multiples données. La mise en évidence d'une activité oesophagienne spontanée en rapport avec un complexe migrant de phase 3 et une autre étude en période nocturne paraît être un autre fait marquant de cette revue bibliographique. Enfin, plusieurs points ont pu être éclaircis : l'exploration de la toux chronique semble plus fiable lors de l'étude couplée d'une mano-pH-métrie de 24 h et souligne l'inutilité des marqueurs d'événements manuels dans cette indication. La compression vasculaire reste un piège classique dans les dysphagies ; plus fréquente chez l'enfant, son diagnostic ne doit pas être oublié chez l'adulte. Enfin, une étude confirme l'utilité de la manométrie oesophagienne lors d'un globus pharyngé après un bilan ORL éliminant une pathologie organique.

Mots clés  : oesophage, troubles moteurs, manométrie, pH-métrie, jonction oeso- gastrique.



Dans la deuxième partie de cette revue bibliographique nous rapportons principalement les éléments marquants concernant les enregistrements ambulatoires prolongés des pressions et les difficultés d'interprétation, ainsi que les avancées importantes dans le domaine de la physiopathologie oesophagienne avec la mise en évidence de la disparition de l'onde inhibitrice dans les pathologies motrices de l'oesophage.

Manométrie oesophagienne de 24 heures

Bien que le Holter oesophagien soit utilisé depuis quelques années, notamment dans l'exploration des douleurs thoraciques d'origine indéterminée, les critères de normalité d'une manométrie oesophagienne ambulatoire de 24 h restent difficiles à définir. En effet, l'enregistrement de longue durée de la motricité oesophagienne couplé à une pH-métrie est difficilement interprétable si les patients n'ont pas d'épisodes douloureux durant l'enregistrement, et s'il est par conséquent impossible d'étudier une corrélation entre la symptomatologie et une anomalie motrice ou pH-métrique de l'oesophage. Adamek et al. [1] ont étudié la motricité oesophagienne durant 24 h de 44 volontaires sains. Les enregistrements ont été divisés en 3 périodes : prandiale, inter-prandiale, et décubitus. Le Tableau 1 permet de préciser certaines normes. Il existait une différence significative de l'amplitude des ondes durant les 3 périodes étudiées et suivant leur localisation. La durée des ondes augmentait au niveau de l'oesophage distal et en décubitus. En ce qui concerne la propagation, plus de 56 % des ondes étaient péristaltiques, alors qu'environ 10 % des ondes étaient simultanées avec une diminution des ondes propagées en période nocturne.
Dans cette étude les variations intra-individuelles portaient essentiellement sur la période nocturne alors que les variations inter-individuelles étaient importantes et concernaient essentiellement la présence d'ondes simultanées où l'on observait des variations de 50 %. L'utilisation dans cette étude de seulement 2 capteurs peut expliquer l'absence d'étude d'ondes rétrogrades et les variations inter-individuelles des ondes non propagées. Les auteurs concluent que cette technique d'exploration de la motricité oesophagienne reste un examen reproductible permettant notamment des études pharmacologiques, et que les variations inter-individuelles n'influençaient pas les diagnostics notamment d'achalasie ou de sclérodermie.
L'étude du tracé durant les épisodes douloureux et le calcul des indices de concordance représentent les principaux critères d'analyse d'une manométrie-pH-métrie de 24 h, pour affirmer l'origine oesophagienne de ces douleurs. Cependant, la fenêtre de temps autour de l'événement pour établir la corrélation entre la douleur et l'anomalie manométrique ou pH-métrique est arbitrairement définie et variable selon les équipes (2 min avant, 5 min après ; 2 min avant ; 2 min avant, 2 min après). Lam et al. [2] ont tenté de déterminer la fenêtre de temps la plus adéquate pour corréler l'anomalie manométrique ou pH-métrique avec les phénomènes douloureux. Chez 39 patients (200 épisodes douloureux au total), différentes fenêtres ont été analysées ayant pour centre l'épisode douloureux. La première partie du travail a étudié la borne antérieure avec des incréments de 0,5 min, la fenêtre de temps s'arrêtant à l'épisode douloureux. Le nombre de troubles moteurs et de reflux ainsi que l'index symptomatique diminuait de manière progressive parallèlement à la diminution de la durée des fenêtres, avant de chuter brutalement 2 min avant l'événement (figure 1). Une deuxième analyse a été effectuée, la fenêtre de temps ayant pour borne antérieure 2 min avant l'épisode douloureux et une borne postérieure variable avec un incrément de 0,5 min. Les résultats montrent une cassure des courbes du nombre de troubles moteurs, du nombre de reflux et de l'index symptomatique, en fonction des intervalles de temps, le temps 0 correspondant à l'événement lui-même. Ces auteurs concluent, appuyés par une étude mathématique complexe, que la fenêtre de temps la plus adéquate pour l'indice de concordance, a une durée de 2 min, la borne postérieure se situant au marqueur d'événement.
Afin d'étudier les troubles moteurs ou les reflux éventuellement secondaires à l'épisode douloureux, et survenant donc uniquement après le marqueur d'événement, la même équipe [3] a comparé chez 48 patients les événements manométriques et pH-métriques au décours de 166 événements douloureux. La moitié des troubles moteurs survenant après le marqueur d'événement étaient immédiatement précédés d'un reflux et probablement secondaires à ce dernier. Sur un total de 166 épisodes douloureux, seulement 7 troubles moteurs isolés (4,2 %) débutaient après le marqueur d'événement. En tenant compte du travail précédent, ils pourraient être considérés comme secondaires à l'épisode douloureux. La même analyse portant sur les reflux met en évidence 3,6 % d'épisodes de reflux secondaires à l'épisode douloureux.
Ces deux études permettent donc de définir un intervalle de temps pour l'étude des tracés (T-2min,T0), et de mettre en évidence qu'une faible proportion d'épisodes douloureux peuvent entraîner des troubles moteurs ou un reflux gastro-oesophagien.
Après avoir défini des normes pour les tracés, l'intervalle de temps pour l'analyse des marqueurs d'événements, quels index symptomatiques faut-il utiliser ?
Johnston et al [4] ont comparé les index symptomatiques dans l'interprétation des pH-métries de 24 h. L'index symptomatique (rapport du nombre d'épisodes douloureux associés à un reflux au nombre de douleurs) est simple, mais ses critères de positivité restent à définir, 25 %, 50 %, 75 % ? Breumelhof et al. [5] ont décrit un index symptomatique de « sensibilité » correspondant au pourcentage d'épisodes de reflux symptomatiques. Il est habituellement déclaré positif quand il est supérieur à 10 %. Cependant ces index ne prennent pas en compte l'exposition acide. Ghillebert et al [6] tiennent compte de ce paramètre en calculant un index à partir d'une équation binomiale qui correspond à une probabilité, et est positive si elle est inférieure à 0,05. La figure 2 illustre bien la variation de l'interprétation d'un tracé en fonction de ces différents index. Ces auteurs ont calculé ces 3 index parmi 101 pH-métries consécutives pour brûlures rétrosternales, et ont classé les patients en deux groupes. Un groupe A ayant une oesophagite, un groupe B ayant une endoscopie normale. La moyenne du pourcentage de temps passé à pH Ð 4 dans le groupe A était de 10,2 %, et de 2,9 % dans le groupe B. La concordance entre les 3 index était globalement de 78 %, mais seulement de 50 % en isolant le groupe B. Dans le groupe A, l'index symptomatique était positif dans 100 % des cas, l'index de Breumelhof dans 93 % des cas et la probabilité d'association (BSI) était significative dans 73 % des cas.
La positivité élevée des index symptomatiques (SI, SSI) dans le groupe A ne valide pas ces index, du fait du pourcentage élevé de temps passé à pH Ð 4. Le BSI semble théoriquement plus intéressant, même si lors d'une pH-métrie normale (groupe B), chaque index a globalement le même pourcentage de positivité.
Rose et al. [7] ont étudié de façon prospective chez 55 patients l'influence des tests diagnostiques sur la consommation médicale et leur impact psychologique en fonction des résultats. Ces patients ont été divisés en 3 groupes : le groupe 1 avec les patients dont l'exploration permettait de retenir l'oesophage comme facteur étiologique, le groupe 2 avec une contribution de l'oesophage probable et le groupe 3 dans lequel les tests étaient négatifs.
Le suivi était d'environ 3 mois. On observait 76 % de persistance de la symptomatologie dans le groupe 1, 64 % dans le groupe 2, 50 % dans le groupe 3 (aucune différence entre les groupes n'était significative). Durant le suivi, une diminution d'hospitalisation en urgence était observée dans les 3 groupes. En revanche, la durée d'hospitalisation ne diminuait de façon significative que dans le groupe 3. Sur les questionnaires de qualité de vie, on notait une amélioration dans tous les groupes. En ce qui concerne l'avis des patients, face à leurs symptômes, ils retenaient l'oesophage comme facteur étiologique dans 42 %, 29 %, 18 % respectivement dans les groupes 1, 2 et 3. Quatre-vingt-un pour cent des patients pensaient que les résultats des tests n'avaient pas eu d'influence sur leur symptomatologie.
Une nouvelle approche dans le cadre physiopathologique de la toux chronique inexpliquée a été effectuée par Paterson et al. [8] en explorant 15 patients par manométrie-pH-métrie de 24 h. Différentes études rapportent qu'environ 10 % des toux inexpliquées sont dues à un RGO. Cependant, même si les tests thérapeutiques ont confirmé cette relation, une pH-métrie seule ne permet pas de dire si la toux est secondaire au reflux ou si le reflux est induit par des efforts de toux.
L'auteur avait prédéfini dans une étude antérieure l'aspect manométrique lors d'efforts de toux : augmentation de pression simultanément dans l'ensemble du corps de l'oesophage avec une vitesse d'ascension jusqu'à la pression maximale des ondes 1 s, d'une durée Ð 2 s. Le caractère répétitif permettait de les différencier des autres événements pouvant entraîner une augmentation de la pression intra-thoracique. Dans cette étude, deux électrodes de pH-métrie ont été placées lors de l'examen, l'une 1 cm au-dessus du sphincter supérieur de l'oesophage, la deuxième 5 cm au-dessus du SIO. L'étude des marqueurs d'événements mettait en évidence une très importante sous-estimation des épisodes de toux par le patient, en moyenne 4,4 ± 1,5 alors que sur le tracé on trouvait en moyenne 36,9 ± 13,3 épisodes de toux. Seulement 11,3 % des épisodes de toux étaient secondaires à un reflux, et dans 1,3 % des cas la toux précédait le reflux. Le suivi des patients permettait d'objectiver, après un test thérapeutique, une amélioration dans 62,5 % des cas lorsque ceux-ci avaient au moins 1 épisode de toux corrélé à un reflux acide. Les patients non répondeurs avaient une maladie interstitielle pulmonaire ou un dysfonctionnement de leur pharynx. Cependant, 33 % des patients n'ayant aucune corrélation entre leur épisode de toux et un reflux ont été améliorés par le test thérapeutique.
Cette étude met donc en évidence la faible fiabilité du marqueur d'événements lors de l'exploration d'une toux. Elle confirme la corrélation : reflux gastro-oesophagien, reflux dans l'hypopharynx, toux ; cependant ces événements sont rares et correspondent à environ 1 % des patients, ce qui est bien inférieur aux résultats publiés dans les études antérieures basées sur la seule pH-métrie. Les résultats cliniques dans le suivi restent décevants et contradictoires.

OEsophage et compression vasculaire

Stagias et al. [9] se sont intéressés aux compressions vasculaires de l'oesophage. Les principales anomalies vasculaires pouvant entraîner une dysphagie sont la dysphagia aortica due à une aorte thoracique anévrismale comprimant l'oesophage distal, la dysphagia lusoria due à une artère aberrante sous-clavière droite comprimant l'oesophage proximal, et enfin la dilatation de l'oreillette gauche le plus souvent secondaire à un rétrécissement mitral.
La présence d'une zone d'hyperpression sur le tracé manométrique oesophagien où l'on retrouve surajoutées des variations de pression cyclique au rythme de 60 à 100 par min est la traduction manométrique d'une compression vasculaire ou tout au moins d'une empreinte vasculaire. Compte tenu de la fréquence de ce type de tracé, ces auteurs ont étudié la prévalence de ces anomalies et leur valeur diagnostique chez 241 patients ayant une symptomatologie de dysphagie, de douleurs thoraciques ou de brûlures rétrosternales. L'aspect manométrique d'empreinte vasculaire était présent sur 55 manométries (23 %). Seuls 60 % des patients ayant cet aspect avaient une dysphagie. L'étude du transit baryté oesophagien ne montrait aucune corrélation entre le niveau manométrique de la compression vasculaire et l'éventuelle compression retrouvée sur le transit (cette dernière n'étant retrouvée que dans 40 % des tracés manométriques ayant un aspect de compression vasculaire). Seulement chez 11 patients (20 %) l'aspect manométrique et radiologique était corrélé. Dans le groupe de patients ayant une absence de relaxation manométrique de la zone d'hyperpression (20 % des patients), la dysphagie était présente dans 54 % des cas et la corrélation manomé-trie/transit était de 83 %.
L'aspect de compression vasculaire semble donc relativement fréquent (23 % des manométries consécutives, toute indication confondue). La poursuite des explorations semble indiquée s'il existe un contexte de dysphagie associé à un examen manométrique oesophagien montrant une zone d'hyperpression (> 11 mm Hg sans relaxation à la déglutition).

Jonction oeso-gastrique

Mittal et al. ont étudié la jonction oeso-gastrique lors de différentes épreuves de stress [10]. Ces auteurs ont étudié simultanément chez des sujets sains la pression du SIO à l'aide d'une sonde de manométrie munie d'un manchon de Dent modifié (reverse perfused sleeve) et l'activité électrique du diaphragme, grâce à des électrodes placées sur le manchon.
Quatre paramètres de la jonction oeso-gastrique ont été définis : le tonus de base de la jonction oeso-gastrique, correspondant à la pression du SIO en fin d'expiration, la pression phasique du SIO correspondant à la différence entre le tonus de base et la pression du SIO en fin d'inspiration. Les deux autres paramètres correspondaient à l'activité diaphragmatique : une activité tonique électro-myographique correspondant à l'intégration et au moyennage du signal observé en fin d'expiration et l'activité phasique électromyographique correspondant à l'augmentation du signal électrique à la fin de chaque inspiration. Durant les enregistrements, la pression artérielle était enregistrée en continue comme référence pour le stress et l'activité électrique cutanée parallèlement à celle observée au niveau du diaphragme.
Un stress était d'abord provoqué par des calculs mathématiques, puis par un stress physique (eau glacée) et enfin un stress considéré « comportemental » dû à un interrogatoire. La pression moyenne de base de la jonction oeso-gastrique était de 19 ± 2 mm Hg, la pression phasique de la jonction était en moyenne de 9,4 ± 0,8 mm Hg. L'activité tonique électromyographique était inférieure à 1,5 µvolt et l'activité phasique comprise entre 1 et 2 µvolt. Lors d'un stress mathématique ou au froid (figure 3), l'activité tonique de la jonction oeso-gastrique, en terme de pression, diminuait significativement (14 ± 2 mm Hg) alors que l'activité phasique était inchangée. L'activité électromyographique, tonique ou phasique, augmentait durant les 3 types de stress. L'amplitude des relaxations du SIO était diminuée durant les périodes de stress.
Cette étude met en évidence une diminution, en terme de pression, de l'activité tonique de la jonction oeso-gastrique par le stress, alors que l'activité phasique reste inchangée ce qui correspond vraisemblablement à une baisse de la pression du SIO. En effet, ce phénomène est observé indépendamment de l'activité diaphragmatique phasique ou tonique qui augmente. Ces résultats vont à l'encontre de certaines études publiées antérieurement. L'augmentation trop faible de l'activité du diaphragme crural pour créer une augmentation de pression au niveau du SIO qu'elle soit tonique ou phasique pourrait expliquer ces résultats. Les phénomènes physiologiques induisant la baisse de la pression du SIO, provoquée par le stress, restent inconnus. En revanche, la diminution de la relaxation de la jonction oeso-gastrique durant une déglutition est due probablement à un certain maintien du tonus de base qui pourrait être alors due à l'activité diaphragmatique. Ce tonus de base diaphragmatique n'étant dévoilé en fait que lors des relaxations du SIO. L'obstacle virtuel ainsi créé durant le stress, au niveau du SIO pourrait correspondre à l'activité diaphragmatique expliquant les modifications motrices observées dans les études antérieures au niveau du corps de l'oesophage au cours du stress.
Parallèlement Klein et al. [11] ont étudié l'activité diaphragmatique de 10 patients dans la composante de la zone de haute pression oeso-gastrique après oeso-gastrectomie. La prise de pression mettait en évidence une zone de haute pression de la jonction oeso-gastrique de 6,0 ± 4,5 mm Hg avec une activité phasique de 2,7 ± 2,1 mm Hg, alors que dans le groupe contrôle, les pressions étaient respectivement de 6,4 ± 4,2 et 1,3 ± 0,9 mm Hg. Il existait une relaxation à la déglutition de cette zone de haute pression (60 ± 21 % contre 92 ± 6 % chez les témoins, Tableau 2). La relaxation de la zone de haute pression, après oeso-gastrectomie, n'est que partielle, et conforte la théorie concernant la relaxation partielle de la pression de la jonction oeso-gastrique à la déglutition lors du stress décrite par Mittal et al. [10], et correspondant au diaphragme. Ces données sont comparables à celles du sujet sain, où les deux structures musculaires, lisse et diaphragmatique, se superposent pour donner la pression de la jonction oeso-gastrique.
D'ailleurs, dans son éditorial, Mittal rappelle la complexité physiologique de la jonction oeso-gastrique et l'absence d'étude du hiatus diaphragmatique pendant des décennies du fait de la complexité de l'enregistrement de ce dernier chez l'homme [12]. La découverte de l'activité tonique des cellules musculaires lisses de la partie distale de l'oesophage a participé au détournement de l'intérêt porté sur le diaphragme. Il existe une activité diaphragmatique dans la formation de la zone de haute pression mais l'activité tonique reste pour Mittal un problème puisqu'elle n'existe pas dans le modèle animal et que le rôle du diaphragme est faible dans cette activité [10]. Bien sûr chez des patients en période post-opératoire, une adaptation diaphragmatique pourrait se créer et générer une activité tonique. Cependant, l'apparition d'une zone cicatricielle post-chirurgicale pourrait aussi expliquer ce tonus de base d'autant plus qu'il existe une relaxation incomplète. Cette question pourrait être résolue par l'utilisation d'une sonde couplant l'enregistrement des pressions et l'activité électromyographique diaphragmatique. L'auteur en profite pour souligner qu'il vaudrait mieux appeler la pression du SIO, la pression de la jonction oeso-gastrique.
Le rôle du diaphragme dans le RGO ou les dysphagies reste encore à déterminer et relance le problème de la hernie hiatale.

Activité motrice oesophagienne spontanée

Jansens et al. [13] ont étudié l'activité motrice oesophagienne en dehors de toute déglutition chez le volontaire sain. Comme le rappelle Vantrappen dans l'éditorial [14] de la même revue, les cellules musculaires oesophagiennes ont un potentiel de membrane stable n'entraînant pas de contraction périodique, à l'inverse des autres segments du tube digestif. Cependant, une activité motrice a été retrouvée en dehors de toute déglutition, notamment dans l'achalasie le plus souvent en réponse à une stase alimentaire. La manométrie de 24 h a mis en évidence de nombreuses ondes péristaltiques non propagées. Cependant, l'absence de marqueurs de déglutition dans ces enregistrements ne permet pas de caractériser l'activité motrice en rapport ou en dehors des déglutitions.
Cette étude a été effectuée chez 25 sujets sains. Un enregistrement de la motricité oesophagienne était couplé à une électromyographie comme marqueur de déglutition et à une deuxième sonde de manométrie enregistrant la motricité antro-duodénale. Il existait des bouffées d'ondes non péristaltiques comportant en moyenne 2,7 ondes, dont l'amplitude et la durée étaient respectivement en moyenne de 12,9 mm Hg et 3,1 secondes. Ces ondes survenaient en dehors de tout syndrome de cavité commune et de relaxation transitoire du SIO. Cela permet d'éliminer un phénomène en rapport avec un RGO. D'autre part, 95 % de ces ondes survenaient 15 min avant un complexe moteur migrant de phase III. Cette étude met donc en évidence une activité motrice de l'oesophage en dehors de toute déglutition correspondant à des bouffées d'ondes simultanées de faible amplitude en rapport avec une phase 3 du complexe moteur migrant. Cette activité augmente en période nocturne et est inversement proportionnelle au nombre de déglutitions. Absente lors de relaxations transitoires du SIO et de syndrome de cavité commune, cette activité ne semble pas secondaire à un reflux gastro-oesophagien. L'étude du pH oesophagien durant ce type d'enregistrement pourrait conforter cette hypothèse physiologique.

Troubles du système inhibiteur

La physiopathologie des troubles moteurs oesophagiens reste encore inconnue. Behar et al. ont étudié, par rapport à un groupe témoin de 26 personnes, 3 groupes de patients : un groupe A ayant des ondes synchrones du 1/3 inférieur de l'oesophage lors de déglutitions, un groupe B ayant des ondes péristaltiques de forte amplitude, et un groupe C comprenant les patients ayant des ondes spontanées dans l'oesophage distal.
Dans le groupe A, il existait au niveau du 1/3 inférieur de l'oesophage, une diminution significative de la latence des ondes de contraction (2,9 ± 0,2 s vs 6,4 ± 0,2 s dans le groupe témoin). Lors de 2 déglutitions effectuées à 5 s d'intervalle, dans le groupe témoin, on observait une seule onde péristaltique, alors que dans le groupe A il existait une onde synchrone lors de chaque déglutition. L'utilisation de bétanéchol augmentait la durée, l'amplitude et la fréquence des ondes simultanées dans les 3 groupes. En outre, la répétition de 10 déglutitions ainsi que l'injection d'atropine dans le groupe C diminuait le nombre d'ondes spontanées.
Cette étude permet de retenir différents mécanismes dans la genèse des ondes spontanées et simultanées induites par une déglutition. Les ondes simultanées induites par les déglutitions ont une latence inférieure à 4 s probablement due à un défaut de l'inhibition induite par le réflexe de déglutition. Par ailleurs, les ondes spontanées bloquées par l'atropine, suggèrent soit un dysfonctionnement des neurones cholinergiques avec une libération d'acétylcholine indépendamment du réflexe de déglutition, soit une hypersensibilité de la cellule musculaire lisse oesophagienne à de faibles libérations d'acétylcholine qui ne sont normalement pas suffisantes pour entraîner une réponse cellulaire.
L'étude de Sifrim et al. [16] vient confirmer ces hypothèses physiopathologiques, notamment en ce qui concerne la présence d'un dysfonctionnement du système inhibiteur oesophagien chez les malades ayant un spasme diffus ou une achalasie. C'est en 1992 que la même équipe a mis en évidence chez l'homme la présence d'une onde inhibitrice se propageant le long du corps de l'oesophage lors d'une déglutition et permettant ainsi d'obtenir des ondes propagées et propulsives [17]. En accord avec l'étude de Behar et al. [15] qui ont mis en évidence des altérations des phénomènes oesophagiens inhibiteurs lors d'ondes simultanées, Sifrim et al. [16] ont étudié d'une part la présence d'ondes inhibitrices ainsi que la vitesse de propagation des ondes oesophagiennes chez des patients ayant une achalasie, une maladie des spasmes diffus, ou des formes intermédiaires. La figure 4 illustre cette onde inhibitrice mise en évidence par une baisse de la pression basale oesophagienne (nommée relaxation), qui était préalablement augmentée par la présence d'un ballonnet oesophagien. Ainsi la relaxation était de 84,2 % pour les ondes propagées, de 40,6 % pour les ondes ayant une propagation rapide, de 2,6 % pour les ondes simultanées, et de 1,4 ± 1 % lors d'un syndrome de cavité commune (figure 5).
Cette étude met en évidence une corrélation entre l'onde inhibitrice et la vitesse de propagation des ondes. D'autre part, elle vient confirmer l'hypothèse selon laquelle les troubles moteurs primaires oesophagiens sont liés à une déficience progressive du système inhibiteur. Après une déglutition, les neurones intra-muraux libèrent des substances non adrénergiques-non cholinergiques (VIP, NO, CCK ?) entraînant une hyper-polarisation et ainsi une inhibition des cellules musculaires lisses oesophagiennes. Le déclenchement de cette inhibition peut être contrôlé par le système nerveux entérique, le système nerveux central ou les cellules musculaires elles-mêmes. Ce trouble de l'inhibition est illustré chez l'homme par l'effet paradoxal de la CCK chez les patients ayant une achalasie. Un phénomène physiopathologique commun entre les spasmes diffus de l'oesophage et l'achalasie pourrait ainsi expliquer les formes de passage intermédiaire.

Divers

Trois à 4 % des consultations en ORL concernent un globus pharyngé. Les données manométriques oesophagiennes dans l'exploration des globus pharyngés restent controversées. Färkkilä et al. ont étudié chez 32 patients consécutifs consultant un ORL pour la même symptomatologie, les anomalies muqueuses et la motricité oesophagienne [18]. Vingt-quatre % de ces patients avaient une exposition acide oesophagienne augmentée et 10 % avaient une oesophagite. En manométrie il y avait des troubles moteurs chez 67 % de ces patients, dont 29 % de troubles moteurs non spécifiques, 14 % d'apéristaltisme, 14 % de spasmes oesophagiens, 10 % d'achalasie et d'hyper-pression du SIO. Le profil psychologique de ces patients n'était pas significativement différent en terme de pourcentage par rapport à la population générale de Finlande. Il semble donc qu'après un avis ORL pour éliminer une lésion organique, la recherche d'un RGO et d'anomalies de la motricité oesophagienne soit intéressante chez ces patients.

Quels sont les liens entre les cycles du sommeil et la motricité oesophagienne ? Castiglione et al. [19] ont enregistré chez 10 volontaires sains l'activité motrice oesophagienne par manométrie pH-métrie de 24 h couplée à un enregistrement électroencéphalographique. Il y avait une diminution significative de la fréquence des ondes primaires oesophagiennes (liées à une déglutition) durant les différents stades du sommeil passant de 4/min durant la phase d'éveil, à 0,2/min lors du stade 1, à 0,05/min lors des stades 2 et 4 et à 0,03/min lors du sommeil paradoxal. De la même manière, les ondes secondaires diminuaient aussi significativement sauf dans les phases de sommeil paradoxal où leur fréquence augmentait ; la majorité de ces ondes secondaires étaient non propagées (situées principalement au niveau du 1/3 inférieur de l'oesophage, le plus souvent de faible amplitude et de longue durée) (figure 6). Ces derniers éléments rappellent les ondes liées aux phases III du complexe moteur migrant décrites par Janssens et al. [13]. Les auteurs concluent dans cette étude que l'oesophage n'a pas d'activité en dehors de stimulations centrales, et que l'augmentation de la fréquence des ondes est liée aux phases de sommeil paradoxal, inhibant momentanément les efférences inhibitrices du système nerveux central autonome. Des contractions de ce type sont cependant présentes durant les autres phases du sommeil, laissant supposer l'origine périphérique de ces phénomènes moteurs, notamment liés aux complexes moteurs migrants. La périodicité de ces bouffées d'ondes est différente de celle des complexes moteurs migrants, 60 à 90 min.
Mayrand et Diamant [20] ont étudié le tonus oesophagien chez l'homme au moyen d'un barostat. Chez 13 sujets sains, des distensions oesophagiennes ont été effectuées au moyen d'un ballonnet (volume maximum : 110 ml) en zone musculaire lisse et striée. Les deux critères évalués, compliance et résistance au palier de pression initiale, sont apparus tous deux plus élevés en zone musculaire lisse. Un relaxant musculaire, le nitrite d'amyle (libérateur de NO) utilisé en spray, a accru la compliance et réduit la résistance au palier de pression initiale au niveau du 1/3 inférieur de l'oesophage (figure 7). Il semble donc exister une composante myogène dans le tonus oesophagien. D'autre part, lors du plus haut palier de pression utilisé, 25 mmHg, seul un patient sur 13 a ressenti une douleur modérée lors de la distension en zone musculaire lisse. Dix sur 13 l'ont ressentie en zone musculaire striée, probablement du fait d'une compliance moins importante liée peut-être à une différence dans l'innervation sensitive.
Les troubles moteurs oesophagiens ont toujours été étudiés selon les anomalies objectivées en manométrie. La prise en compte de l'activité tonique pourrait être intéressante. Une étude similaire chez des sujets ayant des troubles moteurs oesophagiens pourrait peut-être permettre de définir certains groupes de pathologies par leurs anomalies « toniques », et de mieux relier certains troubles moteurs aux symptômes initiaux, comme l'a déjà montré l'étude de Sifrim et al. sur l'onde inhibitrice [16].
Certains médicaments notamment les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), les tétracyclines, le chlorure de potassium peuvent entraîner des lésions ulcérées de la muqueuse oesophagienne. Perkins et al. [21] se sont intéressés à la forme galénique des médicaments oraux dans la genèse de ces lésions oesophagiennes chez les sujets âgés. Pour cela, ils ont fabriqué des comprimés sécables à délitement grêlique et des gélules en gélatine ayant le même délitement, marqués par des radio-isotopes. Ce marquage a permis chez 23 patients de plus de 50 ans d'étudier sous radiocinéma l'évolution de ces gélules ou de ces comprimés au niveau du corps de l'oesophage ainsi que la localisation de leur délitement. Pour les comprimés, le transit oesophagien était de 4,3 s en moyenne contre 20,9 s pour les gélules. Quant au délitement, il était environ dans 50 % des cas dans l'estomac pour les gélules contre 4 % pour les comprimés. D'autre part, les auteurs objectivaient 5 troubles du transit oesophagien pour les gélules alors qu'aucune anomalie n'était mise en évidence lors des migrations des comprimés sécables. Cette étude permet de préciser plusieurs points. La vitesse du transit oesophagien pour des comprimés sécables est 5 fois plus rapide que pour les gélules, bien que le délitement d'une gélule n'ait jamais été observé dans l'oesophage. Des troubles de la propagation des médicaments au niveau du corps de l'oesophage sont observés chez des patients prenant des gélules. Aucune étude manométrique n'ayant été effectuée chez les patients, il est seulement possible de dire qu'il faut préférer les comprimés aux gélules chez les sujets suspects de troubles moteurs. Enfin le délitement dans l'estomac de la moitié des gélules pourrait entraîner des lésions oesophagiennes lors de reflux gastro-oesophagien mettant ainsi le produit actif au contact de l'oesophage.

 

 

  
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CONCLUSION
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REFERENCES
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'importance des références est indiquée par :
* article intéressant
** article très important

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