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Proctologie
Marc-André BIGARD
Hervé HUDZIAK
Service d'hépato-gastroentérologie,
CHU de Nancy-Brabois, 54511 Vandoeuvre-les-Nancy, France.
Hémorroïdes
SIDA
Maladie de Crohn
Fissure
Fistule
Condylomes
Cancer anal
Échographie endo-anale
Proctalgie fugace
Maladie pilonidale
RESUME
La pathologie proctologique demeure un motif fréquent de
consultation tant en médecine générale qu'en
médecine spécialisée. Une bonne connaissance
de la sémiologie proctologique et des nouvelles thérapeutiques
médicales ou chirurgicales apparaissent indispensables
à une meilleure prise en charge des patients. Si la physiopathologie
de la maladie hémorroïdaire demeure obscure, son traitement
instrumental est en revanche mieux codifié : la ligature
élastique est supérieure aux autres traitements
instrumentaux quel que soit le degré de la procidence hémorroïdaire.
La compréhension de la pathogénie de la fissure
anale progresse et selon les dernières hypothèses,
son origine serait de nature ischémique. Une nouvelle approche
médicale du traitement de la fissure anale se dessine avec
l'injection intrasphinctérienne de toxine botulique qui
permet d'obtenir un taux de cicatrisation de près de 80
% à 3 mois et qui contrairement à la sphinctérotomie
n'expose pas le patient à des troubles de la continence.
L'intérêt de l'échographie endo-anale en proctologie
est croissant. Cet examen permet en effet d'identifier précisément
les ruptures sphinctériennes et d'évaluer la qualité
de la réparation chirurgicale qui est corrélée
à l'amélioration de la continence. Les fistules
anales même simples doivent être un indication de
l'échographie endo-anale : en effet, l'absence d'identification
de l'orifice interne et/ou d'un trajet secondaire est le facteur
principal de récidives. Dans la maladie de Crohn périnéale,
l'IRM permet d'obtenir une cartographie précise des lésions,
souvent complexes. Efficace, l'oxygénothérapie hyperbare
mérite d'être évaluée sur de grandes
séries de patients afin de mieux définir ses indications
et sa place chronologique dans la stratégie thérapeutique
de la maladie de Crohn périnéale. Le diagnostic
étiologique des lésions anales au cours du SIDA
est délicat et repose très fréquemment sur
l'examen histologique couplé éventuellement à
une étude en immunohistochimie. Le risque de récidives
des condylomes acuminés après électrocoagulation
semble pouvoir être réduit par l'injection locale
d'interféron.
Mots clés : hémorroïdes, fissure,
fistule, maladie de Crohn, SIDA, échographie endo-anale,
condylomes, cancer anal, maladie de Verneuil, proctalgie fugace.
Cette revue de la littérature s'intéresse aux articles
concernant la proctologie parus de juillet 1994 à décembre
1995. La recherche a été faite sur la base de données
Medline.
Dans la pratique du spécialiste aussi bien que dans celle
du généraliste, les symptômes anorectaux représentent
une cause fréquente de consultation. Le patient peut consulter
en expliquant clairement son symptôme gênant : prurit,
douleur, « boule » à l'anus, rectorragie, mais
fréquemment il préfère mettre en avant un
symptôme abdominal type douleur, constipation et ne cite
que secondairement ses symptômes anaux alors qu'ils sont
souvent la raison réelle de la consultation.
L'automédication est également largement employée
par les patients. La prévalence des maladies bénignes
anorectales a ainsi été recherchée dans une
population sélectionnée au hasard. Cent deux sujets
de 21 à 65 ans ont eu un interrogatoire téléphonique.
Sur ces 102 sujets, 9 avaient été traités
antérieurement pour hémorroïdes dont 4 chirurgicalement
et 5 médicalement. Vingt sujets avaient au moment de l'interrogatoire
des symptômes anorectaux. Sept des 8 sujets ayant eu des
rectorragies dans l'année n'avaient pas demandé
un avis médical. Au total, les symptômes hémorroïdaires
ou les antécédents de pathologie hémorroïdaire
sont fréquents dans la population générale
et 80 % des sujets ne demandent pas d'avis médical sur
ce sujet [1]. Au cours d'une consultation, l'interrogatoire gagnerait
donc à être plus précis sur l'existence d'une
pathologie anale, notamment hémorroïdaire.
Hémorroïdes
Une revue générale sur l'anatomopathologie,
la physiopathologie et l'étiologie de la maladie hémorroïdaire
a été publiée par l'équipe du St
Mark's Hospital [2]. Après un rappel anatomique, les
auteurs décrivent en détail le rôle de coussinet
joué par les plexus hémorroïdaires avec la
participation dans la continence fine, et ils abordent les anomalies
anatomiques et fonctionnelles observées chez les patients
hémorroïdaires. Les causes de la maladie hémorroïdaire
restent inconnues malgré les nombreuses publications parues
sur le sujet. Même la constipation souvent incriminée
reste un facteur étiologique controversé. Les facteurs
sociaux ou psychologiques pourraient être aussi importants
que les facteurs physiologiques dans le développement des
symptômes. Les auteurs se demandent si les rectorragies
hémorroïdaires canalaires et la procidence des plexus
hémorroïdaires sont une même maladie ou des
anomalies différentes [2]. Une étude physiologique
anorectale pré- et post-opératoire de patients souffrant
d'hémorroïdes a permis de confirmer la pression anale
de repos augmentée, la diminution de la compliance rectale
et la descente périnéale plus prononcée par
rapport à des sujets témoins. L'hémorroïdectomie
normalise la pression de repos et cette anomalie apparaît
donc plutôt comme une conséquence de l'augmentation
de volume des coussins hémorroïdaires que comme une
anomalie primitive [3]. L'étude histologique des hémorroïdes
permet de retrouver des anomalies voisines de celles observées
dans le syndrome du prolapsus muqueux [4].
Une étude cas-témoins n'a pas permis d'identifier
la constipation comme facteur de risque de la maladie hémorroïdaire
alors que la diarrhée constituait un facteur de risque
(odds ratio 2,1 - IC 1,2-3,7) [5].
En cas de suspicion de rectorragies hémorroïdaires,
surtout après 45 ans, il est indiqué de vérifier
le cadre colique à la recherche d'une lésion associée,
habituellement par coloscopie totale. Chez 1 076 patients consultant
pour saignement hémorroïdaire, la coloscopie a retrouvé
un cancer dans 8,9 % des cas et un ou plusieurs polypes dans 21,8
% des cas [6].
Les saignements hémorroïdaires peuvent entraîner
du fait de leur chronicité une anémie. L'incidence
a été évaluée à 0,5 pour 100
000 habitants dans le Comté d'Olmsted (étude de
la Mayo Clinic). L'hémorroïdectomie corrige
rapidement les troubles [7].
Le traitement de la maladie hémorroïdaire fait appel
à de multiples méthodes, médicales, instrumentales
et chirurgicales. Une nouvelle méthode a été
décrite par des auteurs japonais [8] consistant en la ligature
des artères hémorroïdales avec un instrument
appelé Moricorn. Cet appareil introduit dans l'anus permet
de repérer grâce à un système Doppler
les artères hémorroïdales et de les ligaturer
avec une aiguille atraumatique montée avec du Vicryl 2-0.
Dans les mains de ses promoteurs, chez 116 patients la méthode
a été efficace à 1 mois dans 96 % des cas
sur la douleur, dans 78 % des cas sur la procidence et dans 95
% des cas sur le saignement.
Les vieilles techniques restent cependant très employées,
comme les scléroses d'hémorroïdes. Une étude
randomisée chez 119 patients a permis de conclure à
l'efficacité équivalente de la sclérose par
polidocanol ou phénol mais avec un avantage pour le polidocanol
en terme d'effets secondaires [9].
Comme les scléroses ou les ligatures élastiques
habituelles ne donnent pas toujours un résultat suffisant,
des auteurs ont utilisé des ligateurs de plus grand diamètre
(13 et 15 mm) avec 3 hémorragies sur 1 329 ligatures [10].
Les ligatures peuvent d'ailleurs être utilisées pour
combattre les rectorragies chez les patients présentant
des lésions médullaires chroniques avec quadriplégie
ou paraplégie. Sur une série de 62 patients traités
de cette façon, une réduction significative des
saignements a été obtenue dans 73 % des cas [11].
La chirurgie reste le recours ultime des patients présentant
des hémorroïdes importantes et symptomatiques. Diverses
améliorations ont été proposées :
l'ablation des hémorroïdes au laser CO2 en ambulatoire
donne de bons résultats avec une seule admission secondaire
pour hémorragie [12]. L'hémorroïdectomie au
laser n'entraînerait pas d'altération de la physiologie
anorectale [13]. En cas de prolapsus hémorroïdaire
important circonférentiel (figure 1), l'exérèse
en 4 paquets est plus aisée et plus sûre que l'hémorroïdectomie
« radicale » [14].
La chirurgie hémorroïdaire ambulatoire, sous réserve
d'une information soigneuse du patient et d'une restriction en
fluides et en boissons en post-opératoire expose rarement
à la rétention urinaire (0,53 % sur 190 patients)
[15].
Les hémorragies post-opératoires peuvent être
traitées par injection sous-muqueuse d'adrénaline
[16]. En cas d'excisions tissulaires étendues provoquées
par la chirurgie pour abcès, fistule et hémorroïdes
chez un même patient, des avancements de muqueuse rectale
et de lambeaux cutanés peuvent permettre de reconstruire
le canal anal [17]. Enfin, la douleur post-opératoire très
crainte par les patients hémorroïdectomisés
peut être combattue efficacement par des patches de fentanyl
comme l'a montré une étude randomisée contre
placebo [18].
Au total, la méta-analyse permet de se faire une idée
de l'efficacité des diverses méthodes de traitement
de la maladie hémorroïdaire. Celle réalisée
par Mac Rae et McLeod [19] a inclus 18 essais. L'hémorroïdectomie
est plus efficace que la ligature élastique mais expose
à plus de complications et entraîne plus de douleurs.
La ligature élastique est plus efficace que la sclérose
sans différence en ce qui concerne les complications. Les
patients traités par sclérothérapie ou coagulation
infrarouge nécessitent plus fréquemment de nouveaux
traitements que les patients traités par ligature élastique.
Ces auteurs recommandent donc les ligatures élastiques
pour les hémorroïdes de grade 1 à 3 et réservent
la chirurgie aux échecs de la méthode.
SIDA
Les lésions anales des patients atteints
de SIDA sont fréquentes et variées, le plus souvent
d'origine infectieuse. Les lésions ulcérées
anales posent notamment souvent un problème étiologique
(figure 2). La détermination de l'étiologie
se fait habituellement avec le concours de l'histologie ou de
la mise en culture de biopsies. Parmi 25 biopsies d'ulcérations
anales prélevées chez 28 patients, l'histologie
a permis de conclure à une atteinte par CMV dans 6 cas
avec confirmation par immunohistochimie dans 4 cas et culture
dans 1 cas. Parmi les 19 autres prélèvements négatifs
en histologie, l'immunohistochimie a révélé
1 fois une infection à herpès virus et la culture
virale a montré 8 fois ce virus. Les auteurs conseillent
donc tout d'abord un examen histologique soigneux et l'utilisation
de l'immunohistochimie dans les cas douteux [20]. En cas de fissure
anale chez des patients non immunodéprimés, on retrouve
le plus souvent une contraction excessive du sphincter anal interne
en réponse à la distension rectale. En revanche,
ce phénomène ne se rencontre pas chez les patients
VIH quand l'origine de la fissure est infectieuse. Trente-huit
patients VIH+ avec fissure anale ont été explorés
par manométrie anale. L'excès de contraction était
absent chez 35 patients, et la fissure était due dans ces
cas à une infection par virus herpès, par CMV ou
par VIH. Les deux patients avec fissure classique ont guéri
par sphinctérotomie latérale [21].
Lorsqu'il existe des ulcérations anorectales résistantes
au traitement médical, une excision des lésions
peut être pratiquée mais on a intérêt
à y associer un lambeau muqueux pour obtenir la cicatrisation
[22]. Les auteurs proposent un algorithme du traitement des patients
VIH+ avec ulcération anorectale (figure 3).
Les mêmes auteurs néerlandais [23] ont revu les patients
VIH+ opérés pour une lésion anale sur une
période de 10 ans. Quatre-vingt-trois patients ont nécessité
203 consultations chirurgicales (dont 84 % avec un geste chirurgical)
pour 170 maladies anorectales. Les lésions anorectales
étaient divisées en 5 groupes : A - pathologie commune
: hémorroïdes, polypes ; B - condylomes acuminés
; C - suppuration périanale ; D - ulcérations anorectales
; E - lésions malignes. La chirurgie a permis d'obtenir
la cicatrisation et le soulagement symptomatique dans 59 % des
cas, la cicatrisation sans soulagement dans 24 % des cas, et n'a
pas permis la cicatrisation des plaies dans 17 % des cas. La non-cicatrisation
des plaies était surtout observée en cas de sepsis
périanal, d'ulcérations et de malignité,
ainsi qu'en cas de taux bas de lymphocytes CD4. La survie postopératoire
était plus élevée dans le groupe A (4,7 ans)
que dans les groupes D et E (0,6 année).
Un risque important est constitué par le développement
d'une néoplasie anale chez les patients VIH+ surtout en
cas de co-infection par le papillomavirus. Une recherche de néoplasie
intra-épithéliale a été faite chez
210 sujets homosexuels ou bisexuels. Au total, 74 patients (35
%) avaient un aspect histologique de néoplasie intraépithéliale.
L'étude en régression logistique a montré
que l'existence de condylomes acuminés anaux et l'infection
à VIH étaient des facteurs de risque indépendants
pour le développement d'une néoplasie intra-épithéliale
chez les hommes homosexuels ou bisexuels [24].
Une série de 9 cancers épidermoïdes chez des
patients VIH dont 3 présentaient un SIDA a été
publiée. Sept patients ont reçu un traitement continu
radio-chimiothérapique. La réponse des patients
au traitement a été analogue à celle de sujets
non infectés par HIV. Les auteurs proposent donc cette
thérapeutique chez les patients HIV en bon état
général et avec peu d'antécédents
d'infections opportunistes [25].
Maladie de Crohn
Les lésions péri-anales sont
fréquentes au cours de la maladie de Crohn et sont souvent
la source de symptômes invalidants pour les patients, nécessitant
des thérapeutiques médicales ou chirurgicales aux
résultats incertains ou mutilants (figure 4).
En cas d'inflammation péri-anale ou de suppuration, un
bilan lésionnel particulièrement précis est
nécessaire. L'échographie endo-anale est un outil
précieux à côté de l'examen clinique
soigneux indispensable, mais les lésions hautes sont souvent
difficiles à préciser. L'IRM est d'un apport intéressant
comme l'a montré une étude de 25 patients ayant
une maladie de Crohn péri-anale active. L'IRM pratiquée
avec un appareil de 1,5 Tesla, avec des coupes en 2 ou 3 plans
a été faite avec des acquisitions en T1 et T2. Les
résultats étaient comparés avec les données
cliniques et chirurgicales. Chez 16 patients, des fistules cutanées,
périnéales profondes ou entérovésicales
ou des abcès ont été mis en évidence
avec une corrélation étroite avec les données
des examens sous anesthésie. Chez 8 patients aucune fistule
n'a été retrouvée et un seul cas de faux
négatif (fistule colovésicale) a été
noté. Les auteurs pensent que l'IRM peut remplacer avantageusement
l'examen sous anesthésie générale [26].
Les lésions anales comportent notamment les fissures. Dans
une série de 56 patients avec fissure symptomatique, les
lésions étaient surtout postérieures (66
%) ou multiples (32 %). Chez les patients suivis au long cours,
un abcès anal ou une fistule s'est développé
à partir d'une fissure dans 26 % des cas. Les fissures
peuvent guérir après traitement chirurgical dans
88 % des cas alors qu'elles guérissent dans cette série
sous traitement médical dans 49 % des cas et après
résection d'une lésion abdominale dans 29 % des
cas. Les auteurs conseillent donc d'opérer les fissures
pour éviter des complications infectieuses et utilisent
souvent la sphinctérotomie latérale interne [27].
Le problème majeur de la maladie de Crohn péri-anale
est constitué par la (ou les) fistule(s) anale(s) surtout
observées en cas d'atteinte du rectum. La gravité
est illustrée par une série de 35 patients. Dix
patients sur 18 avec fistules basses furent opérés
par fistulotomie avec 10 cicatrisations (lentes) mais 4 récidives.
Les autres patients furent traités par drainage avec cicatrisation
dans 4 cas sur 8. Au total, 11 patients sur 18 avec fistule basse
guérirent. Les résultats sont beaucoup moins bons
dans les cas de fistules hautes puisque sur 17 patients, 3 guérirent
après drainage et 7 patients durent subir une proctectomie
[28]. Un traitement opératoire doit être proposé
à des patients sélectionnés en cas de fistule
et la proctectomie doit être faite en dernier recours [29].
Depuis quelques années, des techniques d'avancement muqueux
ont été proposées en cas de fistule anovaginale
ou de fistule transphinctérienne haute. Trente-six interventions
de ce type ont été faites chez 32 patients (12 fistules
anovaginales et 20 fistules transphinctériennes). Les patients
ont été suivis en moyenne 20 mois. Il y a eu 4 échecs
primaires, récidive de fistule chez 11 patients en moyenne
7 mois après l'intervention et une nouvelle fistule est
apparue chez 6 patients. Les récidives étaient plus
fréquentes en cas de fistule anovaginale ou d'atteinte
colique mais n'étaient pas corrélées avec
l'activité de la maladie. Les auteurs pensent qu'il s'agit
d'une procédure simple, permettant souvent d'améliorer
les patients temporairement et méritant donc d'être
employée largement [30].
Il existe donc manifestement une tendance à pratiquer une
chirurgie proctologique « agressive » chez les patients
avec maladie de Crohn péri-anale, dans le but notamment
d'éviter l'extension et les complications des lésions
initiales quelquefois limitées. Cette tendance est bien
illustrée par l'étude d'une série rétrospective
de 48 patients dans laquelle la probabilité d'éviter
une proctectomie et de cicatriser les plaies périnéales
était de 86 %. Les auteurs favorisent les fistulotomies,
incisions et drainages en cas de fistules dans un premier temps
[31].
En cas d'échec des traitements médicaux et chirurgicaux
des lésions périnéales sévères,
un traitement par oxygénothérapie hyperbare a été
proposé. Cette méthode a été évaluée
chez 10 patients consécutifs avec quatre ulcérations
superficielles, quatre ulcérations creusantes, six fistules
basses, 2 fistules hautes et 1 sténose anale. Les patients
étaient traités par deux séances d'O2 hyperbare
(2,5 atmosphères) de 2 h par jour, 5 jours par semaine
durant 4 semaines. Deux patients ne terminèrent pas le
traitement. Huit patients bénéficièrent d'au
moins 30 séances. Parmi ces 8 patients, 6 étaient
cicatrisés dont 3 complètement et 3 partiellement.
Pour les cicatrisations complètes, un traitement complémentaire
chirurgical local avait été pratiqué. Les
résultats sont encourageants et incitent à définir
les meilleures indications et les protocoles combinés optimaux
[32].
A signaler enfin qu'en cas de sténose anale par maladie
de Crohn péri-anale, la réalisation d'un geste de
diversion fécale peut exacerber les lésions anales
[33], et que dans ces cas une proctectomie apparaît plutôt
indiquée. Un treizième cas de fistule recto-urétrale
a été observé, traité par métronidazole
avec résultat incomplet et publié dans 2 journaux
la même année ! [34, 35].
Des lésions néoplasiques peuvent être observées
en cas d'atteinte périnéale d'évolution longue
: carcinome cloacogénique dans un trajet fistuleux [36],
cancer rectal (8 cas rapportés par Nikias et al.
[37]).
Fissure
La pathogénie de la fissure anale est
imparfaitement connue (figure 5). S'il est admis
que le facteur initial principal est une déchirure de la
muqueuse anale créée par le passage de selles dures,
il reste en revanche à établir les causes de l'évolution
de la fissure vers la chronicité. Plusieurs hypothèses
ont été évoquées : une réaction
inflammatoire chronique, une infection de débris épithéliaux
embryonnaires, l'hypertonie du sphincter interne, la persistance
de selles dures ou le développement d'une fibromyosite
du sphincter interne. Schouten et al. considèrent
que l'origine de la fissure anale est de nature ischémique
[38]. Dans une étude couplant manométrie et oxymétrie
de flux, ces auteurs ont montré qu'il existe une corrélation
négative entre la pression de repos et le débit
sanguin dans les capillaires de la face postérieure du
canal anal. Par rapport à d'autres pathologies proctologiques,
la réduction du débit sanguin est significativement
plus importante en cas de fissure anale. En outre, la réduction
de l'hypertonie sphinctérienne sous anesthésie générale
s'accompagne d'une augmentation du débit sanguin. Les résultats
de cette étude confirment les travaux angiographiques post-mortem
de Klosterhalfen et al. [39]. L'étude manométrique
tridimensionnelle conduite par Keck et al. permet de mieux
préciser les anomalies observées au cours de la
fissure anale [40]. L'hypertonie sphinctérienne intéresse
toute la longueur du canal anal et n'est pas corrélée
à la présence ou à l'absence d'une douleur
à la défécation. La réduction des
pressions à la partie distale et postérieure du
canal anal, responsable d'une zone de moindre résistance
permet de mieux comprendre la localisation commissurale postérieure
des fissures anales. Contrairement à d'autres études,
ces auteurs n'ont pas observé de phénomène
d'overshoot, c'est-à-dire une contraction sphinctérienne
prolongée, élevée et survenant au décours
du réflexe recto-anal inhibiteur. Ce résultat permet
d'innocenter le phénomène d'overshoot dans
la pathogénie de la douleur après la selle. Les
résultats souvent contradictoires des études manométriques
sur la fissure anale n'apparaissent pas liés à l'emploi
de sondes de différents calibres. Horvath et al.
ont démontré que les mesures de la pression maximale
de repos et de la longueur de la zone de haute pression et la
fréquence des ondes ultra-lentes étaient comparables
avec des sondes à cathéters perfusés de 1,8
mm ou de 4,8 mm [41].
L'approche du traitement médical repose essentiellement
sur la réduction de l'hypertonie sphinctérienne.
Quinze patients ont ainsi été traités par
application locale d'un dérivé nitré (4 fois
ou plus par jour et après chaque selle) associée
à un traitement par mucilages et bains de siège
[42]. L'effet antalgique persistait pendant 2 à 6 heures.
La cicatrisation de la fissure a été obtenue chez
10 patients en 2 semaines et chez 2 patients en un mois. Les 3
autres patients ont été des échecs. Les bases
physiopathologiques de ce traitement reposent sur l'action du
monoxyde d'azote exogène, produit du métabolisme
des dérivés nitrés, sur le sphincter interne
et sur leurs effets vasodilatateurs. Ces résultats nécessitent
cependant d'être confirmés par des études
randomisées. Bien documenté dans certaines pathologies
digestives notamment dans l'achalasie, l'intérêt
de la toxine botulique dans la fissure anale a été
récemment souligné. Cette toxine agissant en inhibant
la libération d'acétylcholine au niveau de la jonction
neuromusculaire permet de réduire l'hypertonie sphinctérienne.
Des auteurs italiens ont ainsi injecté la toxine dans le
sphincter interne de part et d'autre de la fissure chez 10 patients
[43]. Parmi ces 10 patients, 6 ont guéri, 2 ont récidivé
et 2 ont été des échecs. Parallèlement
aux résultats cliniques, la pression de repos a diminué
significativement dans les suites immédiates de l'injection
et a atteint à 2 mois des valeurs proches de celles observées
avant traitement. Ces faits sont le reflet de la durée
de l'effet de la toxine. Des auteurs allemands ont également
publié leurs résultats sur une plus grande série
de 54 patients [44, 45]. A la différence des auteurs italiens,
ils ont réalisé les injections dans le sphincter
externe. Soixante-douze pour cent des patients sont devenus asymptomatiques
dans les 24 heures. A 3 mois, 78 % des patients ont cicatrisé,
6 % ont récidivé et 17 % ont été des
échecs nécessitant une sanction chirurgicale. Un
seul patient a présenté un épisode d'incontinence
transitoire liée à une paralysie régressive
du muscle pubo-rectal. Les seuls effets secondaires observés
ont été des thromboses hémorroïdaires
chez 5 des patientes. L'ensemble de ces résultats suggère
de considérer l'hypertonie sphinctérienne plutôt
comme la conséquence et non comme la cause de la fissure.
En effet, à 2-3 mois, période à partir de
laquelle l'effet de la toxine s'estompe, le taux de récidive
reste faible malgré l'augmentation de la pression de repos.
Les principaux avantages de ce traitement résident dans
l'absence de troubles persistants de la continence et dans sa
facilité de réalisation. Cependant, ces résultats
devront être confirmés par des études comparatives
avec un traitement de référence, la sphinctérotomie.
L'analyse rétrospective de deux séries comportant
1 391 et 500 patients traités par sphinctérotomie
permet de mieux préciser le risque d'incontinence évalué
respectivement à 1,5 % et 8 % et le taux de récidive
évalué respectivement à 1,3 % et 2 % [46,
47]. Ces deux études confirment la fréquence plus
élevée des complications au cours de la sphinctérotomie
à ciel ouvert par rapport à la sphinctérotomie
interne fermée. L'association à la sphinctérotomie
d'un geste chirurgical complémentaire tel qu'une hémorroïdectomie
ou une cure chirurgicale de fistule anale ne semble pas majorer
le risque d'incontinence [48]. L'intérêt d'une étude
manométrique pré-opératoire reste limité
[49]. En effet, la continence post-opératoire n'apparaît
pas corrélée à la pression de repos préopératoire.
Sultan et al. soulignent le risque plus élevé
de troubles de la continence chez la femme après sphinctérotomie
[50]. En effet, le canal anal étant plus court chez la
femme, la sphinctérotomie réalisée jusqu'à
la ligne pectinée conduit à une section plus étendue
du sphincter interne. Ces auteurs préconisent ainsi la
réalisation systématique d'une échographie
endo-anale pré-opératoire visant à rechercher
des ruptures sphinctériennes post-obstétricales
asymptomatiques et la réalisation d'une sphinctérotomie
n'atteignant pas la ligne pectinée.
Une nouvelle approche chirurgicale de la fissure anale basée
sur des plasties cutanéo-muqueuses se dessine. Nyam et
al. ont ainsi opéré 21 patients présentant
une fissure mais ayant une lésion et/ou une hypotonie sphinctérienne
[51]. L'intervention consistait en une exérèse des
berges de la fissure suivie d'une transposition d'un lambeau cutanéo-muqueux.
Les suites opératoires ont été simples et
sur un suivi moyen de 18 mois, la continence a été
respectée chez tous les patients. Dans une étude
randomisée comparant la sphinctérotomie à
ciel ouvert (n = 20) et la technique précédemment
décrite (n = 20), Leong et Seow-Choen n'ont pas observé
de différence significative concernant la durée
d'intervention et d'hospitalisation, le taux de cicatrisation
et la continence [52]. Cette alternative thérapeutique
qui respecte le sphincter interne mérite d'être discutée
dans les situations à haut risque d'incontinence: patients
âgés, multipares, présentant une neuropathie
pudendale et/ou un défect sphinctérien.
Fistule
L'origine des abcès et/ou des fistules
anales idiopathiques est une infection non spécifique des
glandes de Hermann et Desfosses situées au niveau de la
ligne pectinée. La prédominance masculine de cette
pathologie est admise mais n'est pas liée à des
différences morphologiques des glandes anales selon le
sexe. Le rôle des hormones sexuelles et en particulier des
androgènes a été récemment infirmé
dans la pathogénie de la fistule anale contrairement à
celle de la maladie de Verneuil [53]. En effet, le taux d'hormones
sexuelles circulantes chez des patients présentant une
fistule et chez des sujets témoins n'est pas différent.
Ce résultat n'élimine cependant pas la possibilité
d'une augmentation de la sensibilité des glandes anales
aux androgènes ou d'une augmentation de l'activité
5alpha-réductase qui convertit la testostérone en
une forme plus active, la dihydrotestostérone. L'évolution
vers la chronicité en l'absence de traitement pourrait
être liée à l'épithélialisation
du trajet fistuleux par une muqueuse de type glandulaire ou transitionnel
[54].
Après incision d'un abcès, la mise en place dans
la cavité d'un implant résorbable constitué
de collagène bovin de type I imprégné de
gentamicine (Gentacoll®) n'a pas d'influence sur le taux de
cicatrisation et de récidive [55]. Plus de 90 % des fistules
sont dites simples et leur traitement repose habituellement sur
la fistulotomie. Dans une série rétrospective de
461 fistules simples (transphinctériennes inférieures
: 16 % ; intersphinctériennes : 84 %), Sangwam et al.
ont analysé les facteurs prédictifs de récidive
[56]. Dans cette étude, les principales causes de récidive
(6,5 %) étaient l'absence d'identification de l'orifice
interne (53 %), l'existence d'un trajet secondaire (20 %) et la
fermeture prématurée de la plaie de fistulotomie
(17 %). D'autres auteurs confirment le faible risque de récidive
des fistules transphinctériennes inférieures traitées
par fistulotomie : 3,4 % [57]. Au cours des fistulotomies, l'intégrité
anatomique de l'appareil sphinctérien n'est pas respectée.
Van Tets et Kuijpers ont évalué par un questionnaire
la fréquence des troubles de la continence chez 312 patients
traités par fistulotomie [58]. Selon la classification
de Parks, la fréquence des différents types de fistules
était la suivante : fistules transphinctériennes
(63 %), intersphinctériennes (30 %), extrasphinctériennes
(6 %) et suprasphinctériennes (1 %). Quatre-vingt-dix pour
cent des patients ont répondu au questionnaire. Parmi les
patients continents en préopératoire, 27 % ont développé
des troubles mineurs de la continence après traitement,
mais aucune incontinence vraie n'a été rapportée.
Une analyse multivariée a permis de déterminer 3
facteurs indépendants de risque d'incontinence : la localisation
postérieure et/ou haute de l'orifice interne et l'existence
de trajets secondaires.
La technique du seton répond aux objectifs imposés
pour le traitement des fistules suprasphinctériennes et
transphinctériennes hautes : drainage du sepsis, exérèse
du trajet fistuleux et préservation anatomique de l'appareil
sphinctérien. La revue de la littérature de McCourtney
et Finlay retrace l'historique de cette technique et confirme
ses bons résultats [59]. La technique initiale basée
sur le seton chimique a été décrite pour
la première fois par un chirurgien indien Sushruta Samhita
600 ans avant J-C. Cette technique consistait en la mise en place
d'un fil enduit de différentes herbes (le kshaarasootra)
ayant des propriétés anti-inflammatoires et antibactériennes.
460-377 ans avant J-C, Hippocrate rapportait son expérience
sur la section progressive de l'appareil sphinctérien à
l'aide de poils de chevaux mis en place dans le trajet fistuleux.
Van Tets et Kuijpers soulignent le risque élevé
d'incontinence par cette technique et proposent de ne plus réaliser
de fistulotomie en 2 temps avec mise en place d'un drainage élastique
[60]. Sur les 29 patients continents en pré-opératoire,
5 ont développé une incontinence aux gaz, 11 aux
liquides et 1 aux solides. Les mauvais résultats observés
dans cette étude semblent pouvoir être attribués
à la section première de la partie distale du sphincter
avant la mise en place du drainage.
La technique du lambeau muqueux (flap advancement) associe
une excision de l'orifice primaire, une fistulectomie extrasphinctérienne
et le recouvrement de la plaie canalaire par l'abaissement d'un
lambeau de muqueuse rectale. Les résultats fonctionnels
de cette technique sont étroitement liés à
ses variantes. Le drainage complémentaire de l'espace intersphinctérien
par une sphinctérotomie interne et le recouvrement de la
plaie interne par un lambeau de muqueuse rectale sans sa musculaire
conduisent à un risque élevé d'incontinence
: 40 % et 20 % respectivement au cours des fistules suprasphinctériennes
et transphinctériennes supérieures [61]. En revanche,
lorsque le lambeau est constitué par la muqueuse et la
couche musculaire circulaire rectales, les résultats anatomiques
et fonctionnels sont meilleurs. Lewis et al. ont opéré
par cette technique 11 patients présentant une fistule
transphinctérienne supérieure. Sur un suivi moyen
de 29 mois, ces auteurs n'ont observé aucune récidive
ni trouble de la continence [62]. Parallèlement, l'évaluation
manométrique pré- et post-opératoire n'avait
pas mis en évidence de modification concernant la pression
de repos, la pression maximale lors de la contraction volontaire
et la longueur du canal anal. La simple excision de l'orifice
interne associée à une suture simple du sphincter
et à une dissection du trajet extrasphinctérien
peut constituer une alternative thérapeutique à
la technique du lambeau [63].
Les fistules recto-vaginales représentent moins de 5 %
des suppurations anorectales. Si les principales étiologies
sont obstétricales, post-radiques, inflammatoires (maladie
de Crohn) ou tumorales, il convient d'évoquer en l'absence
de cause évidente, une origine médicamenteuse. Pfeifer
et al. rapportent une observation de fistule recto-vaginale
de nature ischémique et liée à la prise prolongée
(10 ans) et régulière de suppositoires d'ergotamine
[64]. La prise en charge thérapeutique des fistules recto-vaginales
est délicate et complexe comme en atteste le nombre élevé
de techniques chirurgicales décrites. Mazier et al.
ont obtenu 97 % de résultats jugés excellents ou
bons sur les plans anatomiques et fonctionnels dans une série
de 95 patients opérés entre 1968 et 1993 [65]. Ces
auteurs proposent au vu de leurs résultats un arbre décisionnel
fondé sur le diamètre de la fistule et sur l'existence
de lésions sphinctériennes associées. La
technique du lambeau rectal associée ou non à une
sphinctéroplastie est indiquée pour les fistules
inférieures à 0,5 cm. En revanche, pour les fistules
supérieures à 0,5 cm, l'intervention retenue est
soit une résection de la fistule par un abord transpérinéal
soit l'intervention de Musset (mise à plat de la fistule
suivie dans un second temps de la réparation périnéale
et sphinctérienne). Les échecs de la technique du
lambeau et les fistules complexes (fistules hautes et supérieures
à 2,5 cm) peuvent bénéficier d'une suture
rectale suivie de la transposition du muscle droit interne ou
de l'exérèse de la fistule et du rectum suivie d'une
anastomose colo-anale [66].
Condylomes
Le condylome acuminé géant ou
maladie de Buschke-Löwenstein est une lésion tumorale
rare liée au génotype 6 et 11 du human papilloma
virus (HPV). L'aspect macroscopique extensif de cette tumeur
contraste avec sa bénignité histologique et l'absence
de métastases. Afin de mieux préciser certaines
caractéristiques de cette tumeur, Chu et al. ont
colligé les 42 observations publiées dans la littérature
anglo-saxonne [67]. La dégénérescence de
cette lésion initialement bénigne a été
observée dans 56 % des cas. Cette évolution était
particulièrement à craindre lorsqu'il existait une
fistule. L'extension loco-régionale apparaissait plus fréquente
chez la femme. La mortalité globale de 21 % était
liée principalement au risque de récidive évalué
à 67 %. Le traitement chirurgical s'est révélé
supérieur à une radio-chimiothérapie : 61
% contre 25 %. Néanmoins, les auteurs soulignent l'intérêt
en cas de lésion inopérable d'un traitement néo-adjuvant
associant radiothérapie et chimiothérapie locale
par du 5 FU et du cisplatine.
Le traitement des condylomes acuminés est directement lié
au risque de récidive évalué à plus
de 50 % à un an (figure 6). L'analyse des
études publiées a permis de mieux préciser
l'efficacité des différentes thérapeutiques
utilisées (Tableau 1) [68]. Parmi les topiques
locaux, le 5 FU appliqué après électrocoagulation,
sous la forme d'une crème à 5 % (Efudix® : 2
applications/semaine pendant 10 semaines) semble réduire
significativement le risque de récidive : 13 % contre 38
%. Connu pour ses propriétés antivirales et son
action stimulante sur l'activité natural killer,
l'interféron alpha constitue une alternative thérapeutique
au 5 FU. Dans les suites immédiates de l'électrocoagulation,
l'injection de 500 000 UI d'interféron (n = 25) dans les
4 quadrants du canal anal diminue le risque de récidive
par rapport à un placebo (n = 18) : 12 % contre 39 % sur
un suivi moyen de 3,8 mois [69]. L'effet bénéfique
de ce traitement adjuvant semble s'appliquer principalement pour
les lésions évoluant depuis plus de 6 mois. Dans
cette étude, le risque de récidive n'était
pas corrélé au statut VIH. La vaccination autologue
étalée sur plusieurs semaines semble pouvoir diminuer
les récidives après exérèse chirurgicale
: 4,6 % au cours d'un suivi moyen de 13 mois [70].
Cancer anal
Le cancer anal représente 2 à
5 % des tumeurs rectocoliques (figure 7). L'homosexualité
constitue un facteur de risque admis. Dans cette population à
risque, la recherche de lésions de dysplasie de haut grade
s'est révélée positive dans 7,7 % des cas
quel que soit le statut VIH [71]. Intéressant est de constater
la possibilité de découvrir des lésions de
dysplasie sur des biopsies systématiques au niveau de la
ligne pectinée sans anomalie macroscopique à l'examen
proctologique : 7 cas sur 781. Ces 7 patients étaient tous
infectés par le génotype HPV 16, et aucun d'entre
eux n'a développé un carcinome anal invasif sur
un suivi moyen de 2,5 ans. L'intérêt d'un dépistage
des dysplasies dans la population homosexuelle reste à
établir. Les lésions de dysplasie de grade I-II
ne semblent pas justifier un traitement particulier contrairement
à celles de grade III fréquemment associées
à des lésions de carcinome invasif [72]. En outre,
Scholefield et al. n'ont observé aucune évolution
des lésions de faible grade vers des lésions de
haut grade.
Les premiers travaux évaluant l'association radiothérapie
et chimiothérapie dans le carcinome épidermoïde
remontent à 1974 [73]. L'efficacité d'une telle
association a depuis été confirmée par d'autres
équipes : Beck et Karulf rapportent une survie de 87 %
à 5 ans [74]. L'analyse rétrospective de 164 patients
colligés dans 159 hôpitaux a permis de déterminer
les deux facteurs prédictifs de récidive : le stade
selon la classification TNM UICC de 1987 (Tableau 2)
et la nature du traitement (75 % après traitement conservateur
et 57 % après amputation abdomino-périnéale)
[75]. Après traitement chirurgical, un traitement adjuvant
par radio-chimiothérapie n'apporte aucun bénéfice
en terme de récidive ou de survie. L'amputation abdomino-périnéale
doit, en revanche, être retenue dans la chirurgie de rattrapage
pour récidive : survie de 53 % après amputation
abdomino-périnéale contre 19 % après radio-chimiothérapie.
De meilleur pronostic, la récidive d'un carcinome épidermoïde
de la marge anale peut bénéficier d'une chirurgie
de rattrapage conservatrice. Zoetmulder et Baris ont rapporté
3 observations de récidives localisées sous la ligne
pectinée et non étendues au-delà de l'espace
intersphinctérien [76]. La technique chirurgicale était
la suivante : exérèse large de la région
péri-anale et du sphincter interne jusqu'à la ligne
pectinée, rabaissement de la muqueuse rectale avec sa couche
musculaire circulaire qui est suturée à l'extrémité
distale du sphincter externe et reconstruction de la région
péri-anale par des plasties cutanéo-muqueuses. Ces
auteurs n'ont observé aucune récidive (12, 16 et
18 mois) ni trouble de la continence.
Le mélanome malin à localisation uniquement anale
ne représente que 1 % des cancers de l'anus. Cette très
faible prévalence explique l'absence de schéma thérapeutique
validé. Brady et al. ont présenté
les résultats de leur expérience en colligeant 85
cas traités de 1929 à 1993 [77]. La présentation
clinique était dominée par les rectorragies. Au
moment du diagnostic, la taille moyenne de la tumeur était
de 3,3 cm et l'extension en profondeur de 7,5 mm. Soixante et
onze pour cent des mélanomes étaient pigmentés
et 29 % amélaniques. Dans 14 cas, il s'agissait d'emblée
d'une maladie métastatique. A 5 ans, la survie globale
était de 17 % et de 29 % chez les femmes après amputation
abdomino-périnéale. Parallèlement au sexe,
la taille représentait le principal facteur pronostique.
Si l'intérêt de l'amputation abdomino-périnéale
reste à établir par rapport à un traitement
conservateur, il apparaît en revanche licite de la proposer
en cas de tumeur localisée chez la femme.
L'adénocarcinome anal est une tumeur exceptionnelle dont
l'origine est souvent impossible à déterminer. En
1976, la classification histologique WHO (World Health Organisation)
distinguait 3 types : un type rectal, glande anale et fistule
anale. Le traitement habituellement retenu est chirurgical mais
le pronostic est catastrophique [78]. Le diagnostic d'adénocarcinome
développé à partir des glandes de Herman
et Desfosses repose sur les critères de Morson et Fenger
: (1) tumeur localisée à un site où il existe
normalement des glandes anales ; (2) l'existence d'une zone de
transition entre la muqueuse normale et l'adénocarcinome
; (3) l'exclusion d'une tumeur ayant pour origine une fistule
anale ou une duplication de l'intestin terminal. A un stade avancé
de la maladie, ces critères sont cependant difficiles à
appliquer. La radio-chimiothérapie néo-adjuvante
apparaît prometteuse dans ce type de tumeur [79]. Il en
est de même de la radio-chimiothérapie adjuvante
dans l'adénocarcinome mucineux ou colloïde développé
sur une fistule anale chronique [80].
Le carcinome épidermoïde est une complication exceptionnelle
(26 observations publiées) de la maladie de Verneuil mais
qui nécessite d'être connue et diagnostiquée
précocement [81]. Cette complication semble concerner préférentiellement
les localisations périnéales de la maladie de Verneuil.
Échographie endo-anale
L'échographie endo-anale constitue actuellement
l'examen de référence pour l'identification des
ruptures sphinctériennes internes et externes (figure
8) [82, 83]. Le développement de cette technique permet
de préciser l'étiologie de certaines incontinences
étiquetées jusqu'à présent idiopathiques,
d'évaluer l'étendue et la localisation précises
des lésions sphinctériennes et de confirmer la bonne
réparation chirurgicale étroitement corrélée
à la disparition des symptômes. Le risque élevé
de défects sphinctériens induit par la chirurgie
proctologique a été souligné par certains
auteurs (figure 9) [84]. Parmi 50 patients ayant
eu une intervention proctologique (hémorroïdectomie
: n = 24 ; fistule : n =18 ; fissure : n = 8), l'échographie
a décelé chez 46 % d'entre eux un défect
sphinctérien interne (n = 13), externe (n = 1) ou mixte
(n = 9). Trente pour cent des patients présentant un défect
étaient symptomatiques. Ces résultats doivent faire
discuter la réalisation systématique en préopératoire
d'une échographie endo-anale. L'échographie anale
par voie vaginale constitue une nouvelle approche de l'imagerie
périnéale, qui nécessite d'être validée
dans les différentes pathologies proctologiques [85]. Par
voie vaginale, l'échographie permet une analyse fine de
la muqueuse anale et des dilatations vasculaires sous-muqueuses
qui permettent l'obturation de la lumière anale (les «
coussinets de Thomson »). En raison de l'absence de phénomènes
de distorsion du canal anal, le sphincter interne apparaît
plus épais.
La seconde indication privilégiée de l'échographie
endo-anale est le bilan topographique des suppurations péri-anales
(figure 10). La précision de l'échographie
et de l'IRM pour l'identification de l'orifice interne et du trajet
fistuleux principal n'est pas différente statistiquement
(figure 11) [86]. En revanche, l'IRM se révèle
plus précise pour les extensions secondaires notamment
supra-lévatoriennes et des fosses ischio-rectales. L'exploration
chirurgicale ayant été prise en défaut dans
certaines situations, Lunniss et al. tendent à considérer
l'IRM comme étant le nouveau gold standard. Les
limites de l'échographie sont liées à la
longueur de la focale (2-4,5 cm) des sondes de 7 MHz et au fait
qu'il est impossible de distinguer une lésion active d'une
lésion cicatricielle. Le coût élevé
de l'IRM doit faire réserver cet examen aux seules fistules
complexes pour lesquelles une topographie exacte des lésions
n'a pas pu être obtenue par l'échographie. Les comparaisons
entre IRM et échographie doivent être prudentes en
raison de l'absence de corrélation entre ces deux techniques
notamment pour l'étude du sphincter externe [87].
La mesure de la compliance rectale est une nouvelle application
de l'échographie anale. Elle a été récemment
validée à l'aide de la console Brüel et Kjaer
et d'une sonde rotative de 5,5 MHz munie à son extrémité
d'un ballon que l'on distend par palier progressif avec de l'eau
[88]. La mesure de la pression rectale se fait à l'aide
d'un manomètre monté à l'extrémité
proximale de la sonde. Cette technique a pour avantage de pouvoir
positionner précisément la sonde dans le rectum
et permet ainsi d'éviter les variations inter- et intra-opérateurs
observées avec la méthode standard par manométrie.
Certaines pathologies ano-rectales modifient l'anatomie du canal
anal [89, 90]. Il existe en particulier une hypertrophie du sphincter
interne dans l'ulcère solitaire du rectum et dans la maladie
de Crohn périnéale. Après anastomose iléo-anale,
l'échographie peut détecter des ruptures sphinctériennes
traumatiques liées à la mucosectomie mais également
une réduction circonférentielle de l'épaisseur
du sphincter interne liée à une probable dénervation
[91]. Cette hypotrophie du sphincter interne n'apparaît
cependant pas corrélée aux troubles de la continence
observés après anastomose iléo-anale.
Proctalgie fugace
Après la première observation en 1991 de proctalgies fugaces héréditaires, Celik et al. rapportent 3 nouvelles observations au sein d'une même famille [92]. Ces patients présentaient un tableau de proctalgies fugaces associées à des troubles de l'exonération et à une hypertension artérielle. L'étude manométrique objectivait une augmentation de la pression de repos associée à des ondes ultra-lentes et l'échographie anale une hypertrophie du sphincter interne. La prescription de nifédipine a permis de réduire l'intensité de la symptomatologie douloureuse et de normaliser la tension artérielle. L'étude de l'arbre généalogique a permis d'établir que cette nouvelle entité clinique se transmettait selon un mode dominant à pénétrance incomplète.
Maladie pilonidale
Le sinus pilonidal appelé également
kyste pilonidal, kyste sacro-coccygien ou jeep disease
par les auteurs américains constitue une pathologie fréquemment
rencontrée en proctologie (figure 12). L'étude
rétrospective de Sondenaa et al. a permis de confirmer
certaines caractéristiques épidémiologiques
[93]. Dans cette étude, l'incidence a été
évaluée à 26 pour 100 000 habitants avec
une prédominance masculine. Un traumatisme local, un excès
pondéral et la sédentarité ont été
les principaux facteurs de risque retrouvés.
Le traitement par injection locale d'une solution de phénol
à 80 % (1 à 2 ml) est décevant avec un taux
de guérison inférieur à 60 %, et expose les
patients à un réel risque d'abcès [94]. Le
traitement du sinus pilonidal est et doit rester chirurgical.
Plusieurs méthodes ont été proposées
et le choix dépend essentiellement des habitudes du chirurgien.
En effet, l'exérèse simple avec cicatrisation à
ciel ouvert et l'exérèse avec suture immédiate
offrent les mêmes résultats en terme de récidives
(1,8 % et 3,6 %) ou de complications post-opératoires (0
% et 4,4 %) [95]. L'avantage principal de la technique d'exérèse-suture
immédiate est la reprise plus précoce de l'activité
professionnelle malgré une durée d'hospitalisation
plus longue. Pour certains auteurs, les résultats d'un
curetage soigneux de la cavité pilonidale sont identiques
à ceux obtenus par l'excision simple [96]. La chirurgie
plastique par transposition de lambeaux cutanéo-muqueux
peut constituer une alternative thérapeutique [97, 98].
L'antibiothérapie pré-opératoire n'apparaît
pas modifier le taux de complications infectieuses locales post-opératoires
[99, 100].
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