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Chirurgie colo-rectale


  
Christophe PENNA   

Service de chirurgie digestive, hôpital Saint-Antoine, 184, rue du  Faubourg-Saint-Antoine, 75012 Paris, France.
     


RESUME :


Cette revue bibliographique se propose de fournir quelques informations sur des données récentes de la littérature anglo-saxonne concernant la chirurgie colo-rectale. Devant la profusion d'articles ayant trait au traitement chirurgical des affections colo-rectales publiés au cours des deux dernières années, cette revue ne pouvait avoir pour ambition d'être exhaustive. Notre choix s'est donc arbitrairement porté sur quelques sujets nous semblant présenter un intérêt pratique pour les spécialistes des maladies de l'appareil digestif dans la prise en charge de leurs patients. C'est la raison pour laquelle, à côté des résultats d'études « purement » chirurgicales, nous avons également sélectionné des études ayant trait à certains aspects diagnostiques ou thérapeutiques étroitement liés à l'acte chirurgical.
Les principaux thèmes retenus ont été la conduite à tenir devant un polype malin, le traitement des cancers du rectum pour lequel un consensus semble encore loin d'être réalisé, les formes familiales de cancer colo-rectal dont la prise en charge thérapeutique pourrait être remise en question par certains progrès de la biologie moléculaire, les anastomoses iléo-anales dont les indications et les résultats suscitent toujours de nombreuses controverses et la maladie de Crohn avec un intérêt particulier pour les nouveaux traitements permettant d'espérer une diminution des récidives post-chirurgicales. De nombreux sujets ont immanquablement été laissés pour compte, mais certains comme la coelio-chirurgie laparoscopique, le traitement des prolapsus du rectum, les techniques de reconstruction sphinctérienne ou d'exérèse trans-anale des cancers du rectum avaient fait l'objet de publications antérieures dans cette même revue.

Mots clés :côlon, rectum, chirurgie, cancer, anastomose iléo-anale, maladie de  Crohn, rectocolite hémorragique, polypose adénomateuse familiale,  cancer colique familial.



Polype malin

La conduite à tenir après découverte, lors de l'examen histologique d'un contingent adénocarcinomateux dans un polype enlevé endoscopiquement, est controversée, certains proposant une colectomie systématique en raison d'un risque de métastase ganglionnaire allant de 5 à 16 %, alors que d'autres se contentent d'une surveillance endoscopique. Certains critères peuvent cependant permettre de choisir entre ces deux attitudes en prédisant le risque d'envahissement ganglionnaire. Trois études récentes ont évalué les critères histologiques qui pouvaient aider dans ce choix (tableau 1).
Dans l'étude de Cooper et al. [1], cinq pathologistes ont évalué 140 polypes malins enlevés endoscopiquement définis par un envahissement de la sous-muqueuse. Dans 104 cas, une résection colique avait été pratiquée après analyse du polype, les 36 autres patients avaient été suivis régulièrement pendant une durée minimale de 5 ans. Une issue défavorable était définie par une tumeur résiduelle sur la pièce de colectomie, une récidive loco-régionale ou une métastase ganglionnaire. Les critères de mauvais pronostic incluaient une tumeur située à moins de 1 mm de la ligne de section et/ou une tumeur de grade II ou III et/ou une invasion lymphatique ou veineuse. Une issue défavorable a été observée chez 14 des 71 patients chez qui il existait un critère de mauvais pronostic (19,7 %), chez 2 des 23 patients chez qui les constatations histologiques différaient entre les observateurs (8,6 %) et chez aucun des 46 patients n'ayant aucun critère de mauvais pronostic.
Dans l'étude de Cunningham et al. [2], 36 polypes malins avec envahissement de la musculaire muqueuse, mais histologiquement bien différenciés et dont l'exérèse endoscopique avait été complète, ont été analysés histologiquement de façon à préciser la distance entre le cancer et la ligne de section ainsi que l'envahissement lymphatique et veineux. Le seul facteur affectant la récidive locale ou ganglionnaire était la présence d'une marge inférieure à 1 mm, présente chez 12 des 36 patients dont 2 ont récidivé.
Dans l'étude de Volk et al. [3], 47 patients ayant eu une résection endoscopique d'un polype malin ont été identifiés. Une histologie favorable (tumeur bien différenciée de grade I ou II avec une marge de résection supérieure à 2 mm) était trouvée chez 17 patients (36 %). Aucun de ces patients n'a présenté de récidive locale ou métastatique après un suivi moyen de 70 mois. Parmi les 30 patients ayant un critère histologique de mauvais pronostic (64 %), 10 ont eu une issue défavorable avec la découverte d'un cancer résiduel sur la pièce de colectomie dans 6 cas et une récidive métastatique dans 4 cas.
Ces trois études soulignent l'importance pronostique de la marge de sécurité et du grade histologique de différenciation, le risque de cancer résiduel variant de 27 % à 66 % en cas de marge inférieure à 1 mm ou de tumeur de grade III. L'envahissement lymphatique ou veineux était par contre difficile à préciser et souvent associé à d'autres critères de mauvais pronostic, ce qui rend sa recherche de peu d'intérêt dans la décision thérapeutique. Les recommandations du Collège américain de gastroentérologie [4] vis-à-vis des polypes malins retirés endoscopiquement sont données dans le tableau 2.

Cancers du rectum

Les adénocarcinomes du rectum sont à l'origine de 2 000 décès par an en France et, malgré les progrès réalisés dans le diagnostic et la prise en charge thérapeutique, leur pronostic a peu changé au cours des dernières décennies avec une survie à 5 ans tous stades confondus de l'ordre de 50 %. Le traitement des cancers du rectum demeure très controversé avec des attitudes qui diffèrent notablement selon les centres et les pays concernés. Nous avons cherché dans la littérature de ces trois dernières années les éléments nouveaux ayant trait au traitement chirurgical et aux traitements adjuvants de ces cancers sans revenir sur les techniques d'exérèse trans-anale ou les méthodes de remplacement sphinctérien qui avaient été abordées dans une précédente revue bibliographique [5].

Traitement chirurgical

C'est probablement le traitement sur lequel un consensus est sur le point d'être obtenu. Basé sur la notion déjà ancienne de la possibilité d'embols tumoraux extra-ganglionnaires dans le tissu graisseux péri-rectal (mésorectum) et de la nécessité d'une marge distale de sécurité, il semble qu'une technique opératoire méticuleuse réalisant une exérèse complète du mésorectum et respectant l'innervation sympathique pré-aortique (nerfs éjaculateurs) et parasympathique sacrée (nerfs érecteurs) assure d'excellents résultats carcinologiques et fonctionnels pour les cancers du moyen et du bas rectum. Heald, en 1993 [6], obtenait avec cette technique un taux de récidive locale à 5 ans de 5 % et un taux de survie sans récidive de 78 % chez 135 patients ayant un adénocarcinome rectal de stade B2 ou C d'Astler-Coller et n'ayant reçu aucun traitement complémentaire. Arbman et al. [7] comparaient les résultats obtenus dans une étude multicentrique chez 134 patients ayant eu une résection à visée curative entre 1984 et 1986 (groupe 1), et 128 patients ayant eu une résection avec exérèse complète du mésorectum entre 1990 et 1992 (groupe 2). Les deux groupes étaient comparables pour l'âge, le sexe, le stade histologique, le taux de résections antérieures et d'amputations abdomino-périnéales, la fréquence des complications postopératoires et la mortalité. Un traitement adjuvant (radiothérapie préopératoire) n'avait été utilisé que chez 4 patients. Les taux de récidive locale à 1 an étaient de 14 % dans le groupe 1 et 6 % dans le groupe 2 (p = 0,003), la probabilité actuarielle de récidive locale à 4 ans était de 24 % dans le groupe 1 et de 8 % dans le groupe 2 (p = 0,003). La mortalité par cancer 1 an après l'intervention était de 25 % dans le groupe 1 et de 15 % dans le groupe 2, la probabilité actuarielle de survie à 4 ans était de 50 % dans le groupe 1 et de 70 % dans le groupe 2 (p = 0,03). Ces résultats sont très en faveur de l'exérèse systématique du mésorectum mais leur interprétation est cependant rendue délicate par le caractère historique de la comparaison.
Aitken [8] rapportait les résultats obtenus après exérèse curative et ablation complète du mésorectum chez 64 patients n'ayant reçu aucun traitement adjuvant. Trente patients ont été suivis 24 mois ou plus. Il y avait 13 % de récidive métastatique à distance, mais aucune récidive locale ou anastomotique n'a été observée. La survie sans récidive à 24 mois était de 84 %.
Les taux de récidive locale rapportés après exérèse du mésorectum sont donc très inférieurs à ceux observés dans les bras témoins ou traités des études prospectives évaluant l'efficacité des traitements adjuvants des cancers du rectum et il semble désormais impératif de standardiser la technique opératoire dans les protocoles de recherche clinique (tableau 3).
L'exérèse du mésorectum suivie d'anastomose colo-rectale basse semble comporter un risque accru de complication anastomotique. Une fistule anastomotique était observée chez 8 % des patients dans l'étude d'Arbman et al. [7] et chez 14 % des patients dans l'étude d'Aitken [8]. Ces complications septiques péri-anastomotiques peuvent être à l'origine d'un mauvais résultat fonctionnel comme l'ont montré Hallbook et al. [9]. Dix-neuf patients ayant eu une fistule anastomotique clinique après résection antérieure mais chez qui la continuité digestive avait été rétablie depuis au moins 1 an (groupe 1) étaient comparés à 19 patients sans complication (groupe 2), les deux groupes étant par ailleurs en tout point comparables, et aucun patient n'ayant de sténose anastomotique ou de récidive néoplasique. Après un suivi médian de 30 mois il n'y avait pas de différence dans la fonction sphinctérienne mesurée en manométrie, mais le volume rectal lors de la distension et le volume maximal tolérable étaient significativement plus faibles dans le groupe 1. Cliniquement, les émissions fécales quotidiennes et l'impériosité étaient significativement plus fréquentes chez les patients ayant eu une fistule anastomotique.
En cas de cancer du bas rectum, la possibilité de conservation sphinctérienne et de rétablissement de continuité dépend de la nécessité d'obtenir une marge de sécurité suffisante sous le pôle inférieur de la tumeur. Pour préciser la valeur de cette marge distale, Shirouzu et al. [10] ont étudié 610 pièces de résection rectale pour cancer. Un envahissement distal intra-mural ou dans la graisse périrectale était trouvé dans 61 cas (10 %) et chez seulement 3,8 % des patients ayant eu une résection jugée curative. En fonction du stade histologique de la tumeur dans la classification TNM, un envahissement distal était observé dans 0/150 stades I, 2/162 stades II (1,2 %) et il n'excédait jamais 1 cm, 19/195 stades III (9,7 %), et il était supérieur à 2 cm dans 2,6 % des cas et 40/103 stades IV (38,8 %). Dans les stades III, la survie à 5 ans était de 66 % en cas d'absence d'envahissement distal et de 37,7 % si un tel envahissement était noté. Ces résultats suggèrent que dans les adénocarcinomes du bas rectum, une section rectale située à 1 cm sous le pôle inférieur de la tumeur est libre d'envahissement tumoral dans la grande majorité des cas. En cas d'envahissement supérieur à 1 cm, il existe presque toujours des métastases ganglionnaires ou à distance et une résection plus étendue ne change probablement pas le pronostic.
La démonstration qu'une marge de sécurité de 2 cm sous le pôle inférieur de la tumeur était suffisante et qu'une dissection latérale réalisant une exérèse complète du mésorectum était indispensable pour minimiser le risque de récidive locale a relancé l'intérêt des anastomoses colo-anales (ACA) qui permettent de conserver la continuité digestive dans les tumeurs du bas rectum situées au-dessus du sphincter anal. Une étude a récemment rapporté les résultats obtenus à la Mayo Clinic et à la Cleveland Clinic [11]. De 1981 à 1991, 117 patients ont eu une ACA manuelle, avec un réservoir colique dans 15 % des cas et une iléostomie de protection dans 63 % des cas. La distance médiane entre le pôle inférieur de la tumeur et la marge anale était de 6,7 cm. Quarante-trois pour cent des patients avaient reçu un traitement adjuvant : radiothérapie préopératoire (13 %), radiothérapie postopératoire (15 %) ou radio-chimiothérapie postopératoire (15 %). La mortalité périopératoire était nulle, mais 62 % des patients avaient eu une complication précoce ou tardive. Une fistule anastomotique était observée dans 18 % des cas et une sténose anastomotique dans 21 %. Les résultats fonctionnels étaient évalués chez 68 patients. La continence était jugée parfaite chez 43 % des patients et acceptable chez 34 %, le nombre moyen de selles était de 3 par 24 heures. Après un suivi moyen de 50 mois, une récidive était observée dans 25 % des cas et une récidive locorégionale isolée dans 6 % des cas. La survie actuarielle à 5 ans pour l'ensemble des patients était de 69 %. Cette étude confirme que, dans les tumeurs du bas rectum, l'ACA permet d'obtenir d'excellents résultats carcinologiques en préservant la fonction sphinctérienne et en assurant une fonction intestinale satisfaisante. Les résultats fonctionnels des ACA publiés dans trois séries récentes sont présentés dans le tableau 4.
Pour déterminer si l'adjonction d'un réservoir colique améliorait les résultats fonctionnels des ACA, une étude prospective randomisée a été menée dans quatre centres européens et américains [15]. L'inclusion concernait des patients ayant un adénocarcinome rectal situé à moins de 12 cm de la marge anale et ayant eu une résection curative. Il y avait 52 patients dans le groupe ACA directe et 45 dans le groupe ACA avec réservoir, l'anastomose était réalisée à la pince automatique dans 91 cas, 21 patients avaient reçu une radiothérapie préopératoire (14 dans le groupe sans réservoir). La morbidité postopératoire était comparable dans les deux groupes, mais les complications anastomotiques étaient significativement moins fréquentes dans le groupe avec réservoir (2 % vs 15 %, p = 0,03). La fonction intestinale était évaluée à 2 mois et 1 an. Dans le groupe avec réservoir, il y avait une diminution significative du nombre de selles par 24 heures, du nombre de selles nocturnes, du score d'incontinence et du nombre de patients ayant des envies impérieuses par rapport au groupe sans réservoir et ce à 2 mois et à 1 an. A 1 an, le degré de satisfaction était plus élevé dans le groupe avec réservoir (p < 0,001). Aucune récidive locale n'a été observée à 1 an dans les deux groupes. Ces résultats confirment ceux déjà publiés dans plusieurs études rétrospectives et dans des études prospectives réalisées avec des effectifs moindres. En raison de la plus faible incidence de complications anastomotiques et du meilleur résultat fonctionnel, un réservoir colique devrait systématiquement être associé lors de la réalisation d'une ACA.

Traitements adjuvants

Depuis la publication des résultats des études du GITSG et du NCCTG, le NIH nord-américain recommande un traitement adjuvant associant radiothérapie (40 Gy) et chimiothérapie (5FU) postopératoire après résection des adénocarcinomes rectaux de stades II et III. L'étude de O'Connell et al. [16] confirme l'intérêt de cette association postopératoire sur la survie. Six cent soixante patients ayant un adénocarcinome rectal de stade II ou III ont été inclus dans une étude prospective randomisée pour recevoir en postopératoire une radiothérapie (45 Gy sur 5 semaines) avec injection concomitante de 5FU en bolus ou en infusion continue, encadrée par une chimiothérapie systémique avec du 5FU seul ou associé à du méthyl-CCNU. Le suivi moyen était de 46 mois. Les taux de récidive locale ou métastatique et la survie n'étaient pas différents dans le groupe avec méthyl-CCNU (n = 226) ou sans méthyl-CCNU (n = 219) ; par contre les effets indésirables (diarrhée, leucopénie) étaient plus élevés dans le groupe avec méthyl-CCNU. L'infusion continue de 5FU pendant la radiothérapie était associée à une diminution significative des récidives (37 vs 47 %, p = 0,01), des métastases à distance (31 vs 40 %, p = 0,03), à une augmentation du délai de récidive (p = 0,01), de la survie (p = 0,005) et de la survie sans récidive (p = 0,01) par rapport à l'injection en bolus. La fréquence des effets indésirables était similaire, mais il y avait plus de diarrhée avec l'infusion continue et plus de leucopénies après injection en bolus. L'infusion en continue de 5FU lors de la radiothérapie améliorait donc les résultats de la radio-chimiothérapie postopératoire et l'adjonction de méthyl-CCNU n'ajoutait pas de bénéfice à la chimiothérapie systémique par 5FU.
Les effets incontestables sur la survie de l'association radio-chimiothérapie postopératoire sont cependant contre-balancés par des effets délétères à long terme sur la fonction intestinale. Kollmorgen et al. [17] ont revu rétrospectivement les observations de patients ayant eu une résection antérieure à visée curatrice pour un adénocarcinome rectal. Pour tenter de limiter les facteurs associés pouvant interférer avec la fonction intestinale, les patients ayant eu une stomie de dérivation, une complication anastomotique, une résection des organes de voisinage, une récidive locale ou métastatique ont été exclus. Parmi les 100 patients retenus et pour qui un suivi complet était disponible, 41 avaient reçu une radio-chimiothérapie postopératoire et 59 n'avaient reçu aucun traitement adjuvant. Les deux groupes étaient comparables pour le sexe, le niveau de l'anastomose et la durée du suivi. La fonction intestinale des patients des deux groupes est présentée dans le tableau 5. Les auteurs concluaient que le traitement adjuvant postopératoire avait des effets délétères importants sur la fonction intestinale après résection antérieure du rectum.
Plusieurs études ayant montré que la radiothérapie préopératoire était plus efficace et moins morbide que la radiothérapie postopératoire, il semblait logique de tester l'association radiothérapie préopératoire + chimiothérapie. Deux études préliminaires ont été publiées sur ce sujet. Dans l'étude de Stryker et al. [18], 30 patients ayant un adénocarcinome du bas rectum, situé de 1 à 9 cm de la marge anale et jugé de stades II ou III sur la base des examens préopératoires (toucher rectal et scanner dans tous les cas, échographie endorectale dans 50 % des cas) avaient reçu un traitement associant une irradiation externe (45 à 50 Gy) et une chimiothérapie (5FU + mitomycine) 4 à 8 semaines avant l'exérèse chirurgicale. Sept patients (23 %) ont présenté des effets indésirables de grade 2 ou 3 nécessitant l'interruption momentanée de la chimiothérapie, tous les patients ont reçu les doses complètes de radiothérapie. L'évaluation pré et peropératoire montrait une réponse partielle chez 73 % des patients et une réponse complète dans 27 % des cas. L'examen histologique de la pièce de résection ne décelait aucune tumeur résiduelle chez 6 patients (20 %) et une tumeur de stade I dans 11 cas (36 %). Un groupe contrôle était constitué rétrospectivement à partir de 56 patients opérés durant la même période pour un cancer du bas rectum de stade II ou III et chez qui un traitement adjuvant postopératoire avait été décidé. Dans ce groupe, 24 patients seulement (43 %) ont suivi le traitement postopératoire de façon complète et jusqu'à son terme. Après un suivi moyen de 35 mois pour les deux groupes, les taux de survie actuarielle à 5 ans sans récidive étaient de 80 % dans le groupe radio-chimio préopératoire, de 57 % dans le groupe traité en postopératoire et de 47 % dans le groupe n'ayant pas reçu le traitement postopératoire complet. La survie globale était de 85 % dans le groupe traité en préopératoire et de 48 % pour l'ensemble des patients traités en postopératoire.
Dans l'étude de Chari et al. [19], 43 patients ayant un adénocarcinome rectal de stade II ou III sans extension extra-rectale au scanner ont reçu un traitement adjuvant préopératoire associant une radiothérapie externe (45 Gy en 5 semaines) et une chimiothérapie systémique par 5FU et cisplatine. Les effets indésirables du traitement préopératoire étaient les suivants : 97 % de diarrhées, 6 complications hématologiques (14 %), une cystite et une neuropathie. Le traitement a été arrêté dans un seul cas. Il y eut 100 % de réponse dont 22 réponses complètes (50 %). Les interventions consistaient en 34 amputations abdomino-périnéales et 5 résections antérieures, 2 patients ayant une réponse jugée complète avaient refusé l'exérèse chirurgicale. L'examen histologique des pièces de résection n'a trouvé aucune tumeur chez 11 patients (27 %), 6 des 11 patients ayant une réponse jugée complète avaient une tumeur « stérilisée ». Pour juger des résultats carcinologiques, un groupe contrôle constitué de 56 patients ayant ou n'ayant pas reçu de traitement postopératoire avait été choisi rétrospectivement. Les complications postopératoires étaient similaires dans les deux groupes. Le suivi moyen était de 25 mois. Le taux de récidive locale était de 5 % dans le groupe traité en préopératoire et de 23 % dans le groupe contrôle (p = 0,03). Il y avait une différence significative entre les deux groupes en faveur du groupe traité en préopératoire pour la survie sans récidive (p = 0,04) et la survie globale (p = 0,01). Ces deux études dont les effectifs sont réduits et la méthodologie très imparfaite (absence de randomisation) suggèrent cependant très fortement que l'association radio + chimiothérapie devrait être testée en traitement néo-adjuvant dans les cancers du rectum à haut risque de récidive, car elle offre les avantages d'une meilleure observance au traitement, d'une moindre toxicité et semble plus efficace en terme de contrôle local et de survie que l'association postopératoire avec peut-être moins d'effets délétères sur la fonction intestinale.
D'autres voies d'administration de la chimiothérapie peuvent avoir un intérêt dans le cadre d'un traitement adjuvant. Le groupe suisse pour la recherche clinique contre le cancer (SAKK) a testé l'efficacité de l'injection postopératoire précoce par voie intra-portale de 5FU pendant 7 jours et d'une dose unique de mitomycine dans un essai prospectif randomisé versus placebo portant sur 533 patients opérés d'un cancer colo-rectal [20]. Après un suivi moyen de 8 ans, le traitement adjuvant diminuait le risque de récidive de 21 % (p = 0,05) et la mortalité de 26 % (p = 0,026). La différence était plus importante pour les tumeurs avec envahissement ganglionnaire et pour les cancers du côlon.

Maladie de Crohn

En 1982, la stricturoplastie était proposée comme alternative à la résection en cas de sténose fibreuse limitée du grêle, en particulier en cas de sténoses multiples ou de grêle court. Ozuner et al. [21] ont revu rétrospectivement les résultats de 698 stricturoplasties réalisées chez 162 patients entre 1984 et 1994. Les stricturoplasties étaient réalisées selon Heineke Mikulicz (sténose courte) (figures 1 à 3) 617 fois et selon Finney dans 81 cas (sténoses longues). Une biopsie au fond des ulcérations profondes était réalisée si nécessaire et un clip métallique était placé en regard du mésentère de façon à pouvoir repérer ultérieurement la zone opérée sur les radiographies. La durée moyenne depuis le diagnostic de maladie de Crohn (MC) était de 13 ans et la durée moyenne d'évolution des symptômes était de 5 mois (0-84), 110 patients (68 %) avaient des antécédents de chirurgie abdominale et une résection de grêle était associée à la stricturoplastie dans 68 % des cas. La durée moyenne d'hospitalisation était de 8 jours. Il y eut 5 % de complications postopératoires liées à la stricturoplastie (3 abcès intra-abdominaux et 5 fistules entéro-cutanées) nécessitant une réintervention dans 3 cas. L'intervention a permis la disparition des symptômes dans 98 % des cas dans les 6 mois suivant l'hospitalisation. Après un suivi moyen de 42 mois (1-120), 36 patients (22 %) ont présenté une récidive de la MC nécessitant une réintervention. La récidive se trouvait au site de la stricturoplastie dans 8 cas (5 %) et dans un autre site dans 28 cas (17 %). La stricturoplastie apparaît donc comme une intervention dont la morbidité est faible, permettant un bon contrôle des symptômes et d'éviter un sacrifice intestinal exposant au risque de grêle court. Le risque de cancer sur les zones postinflammatoires laissées en place doit être connu, mais semble exceptionnel. Les effets physiologiques des stricturoplasties à la Finney laissant persister un large cul-de-sac intestinal sont méconnus, mais n'ont apparemment pas de traduction clinique.
La MC se complique fréquemment de fistules internes et les fistules iléo-sigmoïdiennes sont les plus fréquentes. Lorsqu'une intervention chirurgicale est indiquée, le segment intestinal responsable de la fistule (le plus souvent l'iléon terminal) doit être réséqué, mais le traitement du sigmoïde demeure controversé. Certains proposent une suture simple ou une excision suture alors que d'autres préconisent une résection sigmoïdienne dans tous les cas. St Marc et al. [22] ont étudié 30 patients opérés pour une MC et ayant une fistule iléo-sigmoïdienne. Quinze patients avaient eu une coloscopie préopératoire. Chez 9 patients le sigmoïde semblait atteint par la MC et a été réséqué, dans les autres cas où il semblait atteint par contiguïté il a été suturé après excision du trajet fistuleux. L'histologie du sigmoïde a confirmé une atteinte spécifique par la MC dans 8 cas (27 %), 5/9 résections et 3/21 excisions. Les erreurs sont toujours survenues chez des patients n'ayant pas eu de coloscopie préopératoire. Les auteurs proposent de réaliser une coloscopie préopératoire avec biopsies de toutes les zones suspectes du sigmoïde dans les cas où une fistule interne est suspectée. S'il n'existe pas de MC sur le sigmoïde, une excision-suture est préconisée, une résection sigmoïdienne devant être envisagée dans les autres cas.
La récidive est fréquente après résection iléale ou iléo-colique pour MC avec des taux allant de 3,4 % à 16 % par an selon les critères utilisés pour définir la récidive. Jusqu'à ces dernières années, aucun traitement préventif postopératoire n'était connu. Trois études récentes semblent montrer l'intérêt d'un traitement adjuvant postopératoire pour retarder l'apparition ou limiter la fréquence des récidives. Brignola et al. [23] ont mené une étude prospective multicentrique en double aveugle comparant la mésalamine (3 g/j, 44 patients) à un placebo (43 patients) sur la récidive clinique et endoscopique de la MC. Le traitement débutait dans le mois suivant la résection chirurgicale et était poursuivi pendant au moins 1 an. Il a dû être interrompu chez 11 % des patients du groupe traité en raison d'effets indésirables. Après 12 mois, il était observé 7 récidives cliniques dans le groupe traité et 10 dans le groupe placebo (ns). La fréquence des récidives endoscopiques et des récidives endoscopiques sévères (24 % vs 56 %) était significativement plus faible dans le groupe traité. Dans une étude prospective menée conjointement à la Mayo Clinic et au Toronto Hospital [24], 163 patients opérés pour MC ont été randomisés après exérèse macroscopiquement complète pour recevoir pendant un an de la mésalamine à raison de 3 g/j (87 patients) ou un placebo (76 patients). Un suivi complet fut obtenu chez 148 patients, l'observance au traitement était identique dans les deux groupes (60 %) ainsi que les effets indésirables (7 dans le groupe traité et 10 dans le groupe placebo). Une récidive symptomatique était observée chez 31 % des patients du groupe traité et 41 % des patients du groupe placebo (p = 0,003). Le risque actuariel de récidive à 3 ans était respectivement de 26 % et de 45 %. Le traitement diminuait de façon significative le risque de récidive clinique (RR = 0,628, 90 % IC : 0,4-0,97 en intention de traitement) et endoscopique (RR = 0,654, 90 % IC : 0,44-0,91 en intention de traitement). Les effets du traitement étaient plus importants après résection colique ou iléo-colique (p = 0,03) qu'iléale isolée (p = 0,43). Ces deux études permettent de justifier la prescription de mésalamine après résection chirurgicale macroscopiquement complète d'une MC à raison de 3 g/j pendant au moins un an.
Dans une autre étude prospective contrôlée, Rutgeerts et al. [25] ont étudié les effets du métronidazole dans la prévention des récidives postchirurgicales. Dans la semaine suivant une résection iléo-colique emportant toute maladie macroscopiquement visible, 30 patients ont reçu du métronidazole à raison de 20 mg/kg/j pendant 3 mois et 30 patients ont reçu un placebo pour une durée totale de traitement de 12 semaines. A 12 semaines de traitement, une endoscopie avec biopsies de l'anastomose était réalisée. Tous les patients étaient suivis au moins 3 ans. Des effets secondaires furent observés chez 6 patients du groupe placebo et 17 du groupe traité et 9 patients furent secondairement exclus de l'étude (2 dans le groupe placebo et 7 dans le groupe traité). Le taux de récidive endoscopique à 12 semaines était de 75 % (21/28) dans le groupe placebo et de 52 % (12/23) dans le groupe traité (p = 0,09). Une récidive endoscopique sévère était observée chez 43 % des patients du groupe placebo et 13 % des patients ayant reçu du métronidazole (p = 0,02). Une diminution significative du taux de récidive clinique était observée dans le groupe métronidazole à un an (4 % vs 25 %, p = 0,04), mais pas à 2 ans (26 % vs 43 %) ou à 3 ans (30 vs 50 %). Cette étude montre qu'un traitement par métronidazole débuté précocement et poursuivi pendant 3 mois après chirurgie d'exérèse iléo-colique diminue la sévérité des récidives précoces et retarde l'apparition des récidives cliniques. Dans les années à venir, d'autres études concernant la prévention des récidives postchirurgicales seront publiées ou mises en route avec pour but de tester de nouvelles molécules, de mieux préciser les doses et durées de traitement, ainsi que de comparer les effets du traitement prophylactique avec celui des récidives symptomatiques en terme de coût et de qualité de vie.

Anastomose iléo-anale

La coloproctectomie totale avec anastomose iléo-anale (AIA) est aujourd'hui considérée comme le traitement de choix de la rectocolite hémorragique (RCH) et de la polypose adénomateuse familiale (PAF). Dans une étude rétrospective, Fazio et al. rapportaient l'expérience de la Cleveland Clinic sur plus de 1 000 cas [26]. De 1983 à 1993, 1 005 AIA étaient réalisées pour RCH dans 858 cas, polypose adénomateuse familiale dans 62 cas et colite indéterminée dans 75 cas. La mortalité périopératoire était de 0,4 % (1 nécrose de réservoir et 3 décès non directement liés à l'intervention). Après un suivi moyen de 35 mois, 1 218 complications sont survenues chez 630 patients. Les complications précoces (27,5 %) étaient essentiellement des occlusions postopératoires (7,5 %), des abcès pelviens (4,6 %), des abcès de paroi (3,9 %) et des hémorragies du réservoir (3,5 %). Les complications tardives étaient représentées par des iléo-pochites (22,5 %), des occlusions intestinales (17,8 %), des sténoses anastomotiques (11,8 %) et des complications septiques péri-anastomotiques (11,8 %). Malgré une sélection préopératoire rigoureuse, un diagnostic postopératoire de maladie de Crohn était porté chez 79 patients. Une ablation du réservoir était nécessaire chez 34 patients (3,4 %) dont 17 avaient une maladie de Crohn. L'exérèse du réservoir était réalisée après un délai moyen de 27 mois essentiellement pour complications septiques (n = 22) ou iléo-pochite chronique (n = 7). Ces ablations concernaient 1,8 % des patients ayant une RCH, 1,6 % des patients ayant une PAF et 25,4 % des patients ayant une maladie de Crohn. Les principaux résultats fonctionnels obtenus après un suivi moyen de 40 mois sont représentés tableau 6. Le type de réservoir (J : 67 %, S : 33 %), le type d'anastomose (manuelle : 33 %, mécanique : 67 %) ou l'absence d'iléostomie de protection (8 % des RCH, 20 % des PAF) n'influaient pas significativement sur le taux de complications postopératoires ou la fonction intestinale. Les auteurs recommandent cependant de réaliser une mucosectomie avec anastomose manuelle dans tous les cas de polypose familiale et dans les rectocolites lorsqu'il existe des foyers de dysplasie sévère sur le rectum lors des biopsies préopératoires.
L'inflammation non spécifique du réservoir iléal (iléo-pochite) apparaît comme la principale complication à long terme des AIA pour RCH. Pour tenter de mieux préciser la fréquence et la gravité de ce syndrome clinique fait d'épisodes de douleurs pelviennes associées à des diarrhées plus ou moins sanglantes et de la fièvre, Hurst et al. [27] ont suivi prospectivement 104 patients opérés consécutivement d'une AIA pour RCH (n = 97) ou une PAF (n = 7) entre 1986 et 1994. Le suivi moyen était de 40 mois et tous les patients étaient suivis au moins 1 an. Cinquante deux patients (50 %) ont présenté au moins un épisode clinique d'iléo-pochite et 33 plus d'un épisode. Le premier épisode survenait avant le 30e mois postopératoire dans 96 % des cas. Une réponse clinique rapide à un traitement par métronidazole per os était obtenue dans 94 % des cas. Une iléo-pochite chronique définie par une non-réponse au traitement antibiotique (n = 3) ou la présence de plus de 6 épisodes en moins de 6 mois (n = 3) était observée chez 6 % des patients, soit 12 % des patients ayant une iléo-pochite. L'ablation du réservoir était nécessaire dans deux cas dont un était en fait une maladie de Crohn. Il n'a pas été observé de différence entre les patients ayant ou n'ayant pas de manifestations extra-intestinales de RCH (55 % vs 49 %), mais tous les patients ayant une cholangite sclérosante primitive (CSP) avaient une iléo-pochite qui était chronique dans 50 % des cas.
Pour tenter de mieux définir cette relation étroite entre iléo-pochite et CSP, Penna et al. [28] ont étudié le devenir de 1 097 patients ayant eu une AIA pour RCH et dont 54 étaient porteurs d'une CSP définie sur des critères cliniques, radiologiques et histologiques. Le risque cumulé d'iléo-pochite 1, 2, 5 et 10 ans après l'AIA était de 15,5 %, 22,5 %, 36 % et 45,5 % pour les patients n'ayant pas de CSP et de 22 %, 43 %, 61 % et 79 % pour les patients ayant une CSP. Les patients ayant une CSP faisaient plus fréquemment une iléo-pochite chronique. Dans le groupe des patients ayant une CSP, le risque d'iléo-pochite n'était pas corrélé à la sévérité de la maladie hépatique. Cette forte corrélation suggérait un lien pathogénique commun entre les deux affections.
Pour tenter de prédire le risque d'iléo-pochite après AIA et la nécessité d'une surveillance éventuelle de ces patients porteurs d'une inflammation persistante au niveau du réservoir iléal, deux travaux ont été consacrés à l'étude histologique des réservoirs après AIA. Setti Carraro et l'équipe du St Mark's Hospital [29] ont étudié de façon prospective les caractères histologiques de la muqueuse du réservoir iléal sur une période de 19 à 173 mois chez 60 patients ayant eu une AIA pour RCH. Le nombre d'examens était de 3 à 13 par patient et toutes les lames étaient évaluées par le même pathologiste. L'inflammation aiguë et chronique était définie selon les critères de Moskowitz (Int J Colorect Dis 1986 ; 1 : 167-74), ce qui permettait d'établir un score pour chaque patient. Trois groupes ont ainsi été identifiés. Dans le groupe A (n = 27, 45 %), l'inflammation chronique était minime et il n'y avait jamais d'inflammation aiguë. Dans le groupe B (n = 25, 42 %), l'inflammation chronique était plus sévère et parfois associée à des signes d'inflammation aiguë. Dans le groupe C (n = 8, 13 %), l'inflammation chronique et aiguë était constamment présente et sévère. Il n'a pas été observé de corrélation entre la sévérité de l'inflammation et la durée d'évolution de la RCH avant l'intervention, la présence de cancer ou de dysplasie sur la pièce de colectomie, l'existence de manifestations extra-intestinales ou le type de réservoir. Par contre, l'inflammation de la muqueuse du réservoir était plus fréquente et sévère chez les hommes. La distinction entre les trois groupes A, B et C était établie dès le sixième mois suivant la fermeture de l'iléostomie. Aucun des patients du groupe A n'a présenté de pouchite, quelques épisodes de pouchites ont été observés dans le groupe B et étaient toujours associés à une inflammation aiguë réversible. Tous les patients du groupe C avaient une pouchite chronique réfractaire. Les résultats de cette étude montrent que, dès les premiers mois suivant la fermeture de l'iléostomie, les altérations histologiques du réservoir sont présentes, stables dans le temps et qu'un petit groupe de patients à risque de pouchite chronique pourrait être isolé.
Veress et al. [30] ont étudié la muqueuse du réservoir chez 87 patients avec un suivi moyen de 6,3 ans (3 à 14 ans). Des biopsies étaient réalisées à la face postérieure du réservoir, 5 cm au-dessus de la ligne pectinée à 0, 2, 6 et 12 mois, puis tous les ans. Trois types d'adaptation muqueuse étaient observés. Une muqueuse normale ou avec une atrophie villositaire minime était trouvée chez 51 % des patients et 11 % avaient développé une iléo-pochite. Une atrophie villositaire modérée et transitoire était observée dans 40 % des cas avec une iléo-pochite dans 14 % des cas. Huit patients (9 %) présentaient une atrophie villositaire subtotale ou totale permanente et tous avaient une iléo-pochite sévère ; parmi ces 8 patients 3 avaient des lésions de dysplasie minime au niveau du réservoir 2, 8 et 12 ans après la confection de l'AIA. Cette étude est la première à mettre en évidence des lésions de dysplasie dans la muqueuse du réservoir et conclut que les patients ayant une atrophie villositaire totale et constante dans le réservoir devraient être soumis à un protocole de surveillance endoscopique.
La maladie de Crohn est une contre-indication à la réalisation d'une anastomose iléo-anale en raison des risques évolutifs liés à la maladie iléale et périnéale. Panis et al. [31] ont publié les résultats obtenus après AIA dans un groupe très sélectionné de 18 patients ayant une maladie de Crohn colique pure nécessitant une proctectomie et n'ayant aucun antécédent de maladie jéjuno-iléale ou ano-périnéale et chez 13 patients ayant une colite indéterminée s'étant avérée être une maladie de Crohn en postopératoire. Le diagnostic de MC était établi sur la présence de granulomes épithélioïdes dans 8 cas (26 %) et sur l'association de critères « annexes » dans les autres cas, incluant entre autres des abcès cryptiques (19 cas), une fibrose sous-muqueuse (21 cas), une conservation de la sécrétion muqueuse dans 17 cas, des intervalles de muqueuse saine sur la pièce de colectomie dans 20 cas. Six patients (19 %) ont développé des complications spécifiques dans un délai de 9 mois à 6 ans après l'intervention (fistules ou récidive de la MC dans le réservoir) qui ont conduit à l'ablation du réservoir dans 2 cas. A 5 ans, 19 des 21 patients avaient un réservoir en fonction, 29 % avaient eu une complication en rapport avec la MC, mais les résultats fonctionnels étaient peu différents de ceux observés chez les patients ayant eu une AIA pour RCH dans la même période. Les auteurs concluent qu'une AIA pourrait être proposée dans des cas très sélectionnés de MC colique isolée lorsque le rectum n'est pas conservable, avec un risque de morbidité et d'ablation secondaire du réservoir élevé, mais permettant à certains patients d'éviter l'iléostomie définitive et d'obtenir une fonction intestinale acceptable. Cette étude intéressante et novatrice pose cependant le problème de la classification des formes frontières de colite cryptogénétique et ne précise pas le devenir des quelques patients qui avaient un diagnostic certain de MC (granulomes épithélioïdes) avant l'AIA. Dans les cas où le diagnostic préopératoire (macroscopique et histologique) reste hésitant entre RCH et MC (ce que les auteurs anglo-saxons définissent par le terme de colite indéterminée), la réalisation d'une AIA semble moins discutée. Mc Intyre et al. [32] ont comparé le devenir de 71 patients ayant eu une AIA pour colite indéterminée à celui de 1 232 patients ayant eu une AIA pour RCH avec un suivi moyen de 60 mois. Les échecs étaient plus fréquents dans le groupe des colites indéterminées (19 % vs 8 %, p = 0,03), mais plus de 80 % des patients ayant une colite indéterminée avaient, plus de 5 ans après l'intervention, des résultats fonctionnels comparables à ceux des patients opérés pour RCH.

Formes familiales de cancers colo-rectaux

Polypose adénomateuse familiale (PAF)

La coloproctectomie totale avec anastomose iléo-anale (AIA) est le traitement chirurgical de choix de cette affection héréditaire autosomique dominante qui doit faire l'objet d'un dépistage génétique et qui se caractérise par l'apparition dans l'enfance de centaines de polypes colo-rectaux dont la transformation cancéreuse est inéluctable. Kartheuser et al. [33] rapportent les résultats de 171 AIA réalisées pour PAF dans un seul centre sur une période de 10 ans. Toutes les anastomoses étaient réalisées manuellement après mucosectomie de façon à enlever avec certitude toute la zone de muqueuse transitionnelle. L'âge moyen au moment de l'intervention était de 30 ans [10-67]. La mortalité opératoire était de 0,6 % (non liée au type d'intervention). Un cancer fut découvert sur la pièce opératoire chez 62 patients (36 %), et il s'agissait dans 36 cas d'un cancer invasif. La morbidité périopératoire était de 27 % et 14 patients (8 %) ont été réopérés. Les résultats fonctionnels ont été évalués chez 101 patients ayant un recul supérieur à 1 an. Deux patients (1 %) ont présenté un épisode d'iléo-pochite. Le nombre moyen de selles par 24 heures était de 4, 26 % des patients ayant une selle nocturne. La continence diurne et nocturne était normale dans 98 % et 96 % des cas respectivement. Ces résultats n'étaient pas différents de ceux observés après anastomose iléo-rectale chez 23 patients opérés pendant la même période. Dans la PAF, l'AIA a une morbidité et des résultats fonctionnels comparables à ceux de l'anastomose iléo-rectale, mais elle élimine le risque de cancer en permettant l'ablation de toute la muqueuse colo-rectale glandulaire. Toutefois, la mucosectomie doit être impérative et minutieuse pour éviter ce risque.
Malassagne et al. [34] rapportent le cas d'une patiente ayant eu une AIA avec une mucosectomie incomplète et chez qui 7 ans plus tard l'examen de la muqueuse transitionnelle révélait la présence de très nombreux polypes dont certains étaient en dysplasie sévère. Une mucosectomie complémentaire a été effectuée par voie basse et une nouvelle AIA a pu être réalisée par simple abaissement du réservoir. Il semble donc nécessaire de surveiller régulièrement le réservoir après AIA pour PAF, car des polypes adénomateux peuvent également se développer dans le réservoir des années après l'intervention comme l'ont rapporté Church et al. [35]. Il s'agit certes du seul cas rapporté jusqu'alors, mais on connaît la possibilité d'adénomes de l'iléon terminal dans la PAF. La transformation cancéreuse de ces adénomes iléaux est exceptionnelle, mais pourrait être favorisée par la métaplasie colique présente dans le réservoir après AIA.

Syndromes HNPCC (Hereditary non polyposis colo-rectal carcinoma)

La découverte récente de gènes intervenant dans la réparation de l'ADN (mismatch repair genes : hMSH2, hMLH1, hPMS1, hPMS2 respectivement localisés en 2p15-p16, 3p21-p23, 2q31-q33 et 7p22) et directement impliqués dans la survenue de syndromes HNPCC qui seraient responsables de 5 à 10 % des cancers colo-rectaux, conduit pour la première fois à se poser la question d'une colectomie prophylactique chez ces patients [36]. Jusqu'alors l'attitude communément admise était une surveillance endoscopique à partir de l'âge de 20 ans et la réalisation d'une colectomie totale avec anastomose iléo-rectale dès le diagnostic de cancer. Le dépistage des patients à risque pourrait comme dans la PAF permettre un traitement avant le stade de cancer. Cependant, la pénétrance dans l'HNPCC est estimée à environ 80 % contrairement à la PAF où elle est de 100 %. Par ailleurs, et malgré les inconvénients liés à l'intervention (morbidité et nécessité de surveillance régulière du rectum restant), les patients seraient toujours exposés au risque d'autres cancers notamment gynécologiques, urologiques et digestifs. Ainsi, un consensus est encore loin d'être obtenu mais il est possible qu'un jour une intervention « prophylactique » soit proposée avec l'aide du diagnostic génétique avant le stade de cancer, dès l'apparition des premiers adénomes [37].

Divers

Importance du maintien d'une normothermie peropératoire

L'hypothermie relative peropératoire pourrait augmenter le risque d'infection pariétale postopératoire en diminuant les défenses immunitaires et en induisant une vasoconstriction. Deux cents patients soumis à une chirurgie colo-rectale ont été inclus dans une étude prospective randomisée en double aveugle [38] et répartis en deux groupes : le groupe 1 recevant les soins peropératoires habituels et le groupe 2 maintenu à une température au moins supérieure à 36,5 +/-C à l'aide d'une couverture chauffante. L'antibioprophylaxie et les perfusions liquidiennes étaient similaires dans les deux groupes. La température corporelle moyenne en fin d'intervention était de 34,7 ± 0,6 +/- C dans le groupe 1 et de 36,6 ± 0,5 +/- C dans le groupe 2 (p < 0,001). Une infection pariétale fut notée chez 18 des 96 patients du groupe 1 (19 %) et 6 des 104 patients du groupe 2 (6 %), p = 0,009. La durée d'hospitalisation était réduite de 2,6 jours dans le groupe 2 (p = 0,01). Le maintien d'une normothermie peropératoire est donc un facteur essentiel à la prévention des abcès de paroi et pourrait également intervenir dans la prévention d'autres complications postopératoires.

Histoire naturelle de la diverticulose sigmoïdienne compliquée

La diverticulose sigmoïdienne est très fréquente dans les pays industrialisés et cependant peu d'informations sont connues sur l'histoire naturelle des formes compliquées. Il est classiquement admis qu'une intervention de résection est justifiée après une récidive de sigmoïdite. Farmakis et al. [39] ont étudié le devenir à long terme de 120 patients ayant présenté une diverticulose compliquée nécessitant une hospitalisation. Une intervention de résection sigmoïdienne fut réalisée au cours de la première hospitalisation chez 77 patients, 2 de ces patients eurent une nouvelle complication liée à la maladie diverticulaire entraînant un décès dans 1 cas (probable occlusion sur bride). Parmi les 43 patients n'ayant pas eu de résection d'emblée, 37 firent une nouvelle complication et 9 décédèrent. Ces résultats plaident pour une résection d'emblée ou au décours immédiat de l'hospitalisation de toute diverticulose sigmoïdienne compliquée.

  
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CONCLUSION
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REFERENCES
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