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TNFalpha et interleukine 1b dans les rechutes de maladie de Crohn
Arnaud Bourreille
ARTICLE
reiber S, Nikolaus S, Hampe J, Hämling J, Koop I, Groessner
B, et al. Tumour necrosis factor a and interleukin 1b in
relapse of Crohn's disease. Lancet 1999 ; 353 : 459-61.
Près de la moitié des patients atteints de maladie
de Crohn chez qui une rémission a été obtenue
médicalement ont une rechute dans l'année suivante.
Leur identification précoce est cliniquement impossible,
mais plusieurs études, dont celle de Brignola et al.
[1], ont montré qu'il existait chez eux des concentrations
sériques élevées de protéines de l'inflammation
et pas chez ceux qui n'avaient pas de récidive. Cependant
ces paramètres n'étaient pas prédictifs d'une
rechute à un an. Au cours des poussées aiguës
de la maladie, il existe une augmentation de la sécrétion
de cytokines pro-inflammatoires dont le TNFa et l'interleukine
1b (IL1b) par les cellules mononucléées de la
lamina propria (LPMNC) [2]. Les auteurs de cette étude
ont émis l'hypothèse que le taux de cytokines sécrétées
par les LPMNC pouvait être un reflet précis de l'état
inflammatoire local, lui-même prédictif de l'évolution
ultérieure de la maladie.
Entre 1989 et 1996, 137 patients atteints de maladie de Crohn
en rémission clinique depuis 1 mois et sevrés de
corticoïdes ont été inclus dans cette étude.
Tous ont eu lors de l'inclusion une recto-sigmoïdoscopie
avec biopsies en muqueuse macroscopiquement saine et des prélèvements
sanguins pour la mesure de la vitesse de sédimentation
(VS) et le dosage de la protéine C-réactive (CRP).
Le TNFa et l'IL1b ont été dosés par Elisa
dans les surnageants de cultures de LPMNC. Tous les patients ont
été suivis pendant un an ou jusqu'à une rechute.
Celle-ci était définie par une réascencion
du CDAI au-delà de 150 ou de plus de 40 points au-dessus
de la valeur de base.
Parmi les 137 patients inclus, 125 ont pu avoir un dosage de TNFa.
Trente ont rechuté dans les 180 premiers jours de suivi
et 47 au terme de l'étude à un an. Les patients
qui avaient une sécrétion de TNFa supérieure
ou égale à 70 pg/ml avaient un risque plus élevé
de rechute à un an (figure 1). En utilisant
cette valeur seuil, le risque de récidive à 180
jours était prévisible avec une sensibilité
de
73 % et une spécificité de 75 %. De plus, parmi
les patients rechuteurs, le délai de la rechute était
plus court chez ceux ayant une concentration en TNFa supérieure
à 70 pg/ml : 79 versus 200 jours (p = 0,001). Enfin,
la valeur médiane des concentrations en TNFa était
plus élevée chez les rechuteurs que chez les non
rechuteurs : 93 versus 49 pg/ml (p < 0,0001).
Les auteurs ont obtenu des résultats comparables avec l'IL1b.
La concentration seuil au-delà de laquelle il existait
un risque plus élevé de rechute était de
75 pg/ml. Le délai avant une rechute était plus
faible chez les patients ayant une concentration en IL1b élevée
: 84 versus 216 jours. La valeur médiane des concentrations
en IL1b était plus élevée chez les rechuteurs
que chez les non-rechuteurs (p = 0,026). En revanche, les auteurs
n'ont pas retrouvé d'association entre le risque de rechute
à un an et les caractéristiques cliniques des malades
ou la prise d'un traitement par aminosalicylate au long cours.
Si l'augmentation des concentrations sériques en CRP et
l'accélération de la VS étaient associées
à un risque élevé de rechute à 90
jours, ces deux paramètres n'étaient pas prédictifs
du risque de rechute à un an.
Cette étude montre que les concentrations en TNFa et en
IL1b sont les deux seuls paramètres indépendants
et prédictifs du risque de rechute à un an. Les
résultats de cette étude concernant les concentrations
sériques de protéines de l'inflammation sont comparables
à ceux obtenus par Brignola et al. et ne montrent
pas d'association au risque de rechute à un an [1]. Selon
les auteurs, les protéines sériques de l'inflammation
seraient des marqueurs indirects et moins précis de l'état
d'inflammation du tube digestif. En effet, leur synthèse
est sous la dépendance des sécrétions locales
de cytokines pro-inflammatoires. On peut donc supposer qu'une
activation modérée et cliniquement latente du système
immunitaire digestif pourrait conditionner l'évolution
de la maladie à un an. Les rechutes précoces pourraient
être secondaires à une augmentation de l'infiltrat
muqueux en cellules effectrices de l'immunité.
En outre, cette étude remet en question la précision
des scores cliniques utilisés pour définir les périodes
de rémission, en particulier dans les essais cliniques.
Dans cette étude, la rémission définie par
le CDAI englobe une grande disparité de patients dont certains
ont une sécrétion anormalement élevée
de cytokines pro-inflammatoires en muqueuse saine. Ces patients
ont probablement un infiltrat muqueux important en cellules sécrétantes
en TNFa et en IL1b. Il est donc possible que les traitements médicaux
utilisés soient insuffisants chez certains malades pour
obtenir une rémission complète malgré la
disparition des signes cliniques, cela expliquant les rechutes
précoces de la maladie. Il faudra tenir compte de ces données
dans les essais thérapeutiques à venir pour savoir
si la diminution des concentrations en TNFa et en IL1b des patients
traités médicalement influence l'évolution
ultérieure de la maladie.
Cette étude confirme qu'il existe chez certains patients
une sécrétion anormalement élevée
de cytokines pro-inflammatoires en muqueuse saine [2, 3]. Si,
comme le suggèrent les auteurs, l'existence d'une inflammation
locale infra-clinique conditionne l'évolution ultérieure,
il n'apparaît pas nécessaire de contrôler la
rémission ou de surveiller les patients par endoscopie.
Les patients atteints de maladie de Crohn constituent un groupe
hétérogène, en particulier en ce qui concerne
leur évolution, ce qui rend difficile l'analyse des essais
cliniques. Les techniques utilisées dans cette étude
ne sont pas applicables en pratique courante et probablement difficilement
dans les essais multicentriques. Cependant, il apparaît
de plus en plus nécessaire de valider l'efficacité
des traitements sur l'état d'activation du système
immunitaire du tube digestif. Ces études sont nécessaires
pour savoir si, au-delà de la rémission clinique,
la poursuite d'un traitement jusqu'à obtenir des sécrétions
faibles en TNFa et d'IL1b par les LPMNC pourrait influencer l'évolution
de la maladie.
REFERENCES
Brignola C, Campieri M, Bazzochi G, Farrugia P, Tragnone A, Lanfranchi
GA. A laboratory index for predicting relapse in asymptomatic
patients with Crohn's disease. Gastroenterology 1986 ;
91 : 1490-4.
2. Reinecker HC, Steffen M, Witthoeft T, Pflueger I, Schreiber S, Mac Dermott H, et al. Enhanced secretion of tumour necrosis factor-alpha, IL-6, and IL-1 beta by isolated lamina propria mononuclear cells from patients with ulcerative colitis and Crohn's disease. Clin Exp Immunol 1993 ; 94 : 174-81.
3. Reimund JM, Wittersheim C, Dumont S, Muller
CD, Kenney JS, Baumann R, et al. Increased production of
tumor necrosis factor-alpha, interleukin-1 beta, and interleukin-6
by morphologically normal intestinal biopsies from patients with
Crohn's disease. Gut 1996 ; 39 : 684-9.