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Cholédocoscopie
percutanée
Thierry PONCHON
Fédération des spécialités digestives, hôpital Édouard-Herriot, 69437 Lyon Cedex 03, France.
REVUE: Hépato-Gastro. Vol. 3, n° 3, mai-juin 1996 : 213-8
RESUME :
Dans l'exploration du tube digestif, les avantages de l'endoscopie
par rapport à la radiologie sont bien établis :
meilleure efficacité diagnostique, possibilité de
prélèvements tissulaires et d'actes thérapeutiques.
Il en est de même dans les voies biliaires pour la cholédocoscopie
si on la compare à la cholangiographie : la cholédocoscopie
se révèle efficace pour guider les gestes diagnostiques
et thérapeutiques (biopsies, extraction de calculs, lithotritie,
destruction de tumeurs). Les chirurgiens l'emploient largement
pour vérifier le cholédoque après cholécystectomie.
Elle peut être utilisée également par voie
rétrograde ou par voie percutanée. La cholédocoscopie
par voie rétrograde reste une procédure anecdotique
: le matériel est cher, l'exploration est longue, laborieuse
et incomplète. En revanche, la cholédocoscopie percutanée
fait appel à un matériel éprouvé,
les manoeuvres sont aisées, l'exploration de l'arbre biliaire
est complète et ce geste peut être répété.
La cholédocoscopie percutanée est maintenant bien
codifiée (asepsie de type chirurgical, anesthésie,
dilatation progressive de la voie d'abord), et sa morbidité
est faible. La limite de la méthode est liée uniquement
à la voie d'abord : réaliser un drainage transhépatique
pour une cholédocoscopie implique de peser les indications
de celle-ci contre celle des autres options diagnostiques et thérapeutiques.
Mots clés : lithiase biliaire, sténose biliaire, cholangiocarcinome, cholédocoscopie, endoscopie biliaire.
L'exploration des voies biliaires avec un endoscope introduit
par voie percutanée est une technique très répandue
dans les pays extrême-orientaux [1-3, 4] : certaines séries
japonaises ou chinoises comptent plus de 1 000 patients. La raison
essentielle de cet engouement pour la cholédocoscopie percutanée
est la prévalence élevée dans ces pays de
la lithiase intrahépatique dont le traitement peut faire
appel à cette technique. La cholédocoscopie percutanée
est moins populaire dans les pays occidentaux ; elle a été
employée dans les années 1980 par les chirurgiens
nord-américains pour traiter des calculs résiduels
cholédociens, la voie d'abord étant le trajet d'un
drain de Kehr. Actuellement, l'usage de la cholédocoscopie
percutanée reste limité à quelques centres
européens et américains. Cependant avec l'expérience,
la technique a été améliorée et codifiée
pour devenir applicable en routine.
Quelles sont les voies d'abord ?
La cholédocoscopie percutanée impose au préalable de disposer d'une voie d'abord. Les voies d'abord possibles sont au nombre de trois :
Le trajet d'un drain de Kehr
Le drainage de Kehr est une procédure usuelle après exploration chirurgicale de la voie biliaire par cholédocotomie. Le drain peut être retiré pour permettre l'insertion d'un endoscope. Un délai de 3 semaines entre la mise en place du drain de Kehr et la réalisation de la cholédocoscopie doit être respecté de façon à obtenir un accolement des feuillets péritonéaux. Le trajet étant alors mature, l'introduction du cholédocoscope se fait sans risque de fausse route péritonéale.
Le trajet d'un drain percutané transhépatique des voies biliaires
Cette technique est largement employée par les radiologues dans différentes indications. Là encore, le délai entre la mise en place du drain et la cholédocoscopie doit dépasser 3 semaines. Dans la mesure où le diamètre habituel des cholédocoscopes est de 5 mm, le trajet transhépatique percutané doit avoir été calibré par un drain de diamètre d'au moins 5 mm. Le choix de la voie d'abord transhépatique (gauche, droite) dépend de la localisation de la pathologie sous-jacente et du type de geste chirurgical envisagé.
Une entérostomie réalisée lors du traitement chirurgical d'une lithiase intrahépatique
Le traitement de la lithiase intrahépatique fait appel à différentes techniques chirurgicales adaptées aux lésions observées ; en particulier, s'il existe une sténose hilaire ou du canal hépatique commun, l'extraction des calculs est complétée par une anastomose hépatico-jéjunale ou cholédoco-jéjunale termino-latérale. Si le nettoyage des voies biliaires a été incomplet ou en vue de traiter d'éventuelles récidives, le chirurgien peut accoler l'extrémité borgne de l'anse intestinale au péritoine pariétal, voire il peut réaliser une véritable entérostomie. Dans un deuxième temps, en cas de récidive, il est facile d'ouvrir à la peau l'anse intestinale borgne et d'utiliser cette entérostomie pour remonter à l'aide d'un cholédocoscope dans les voies biliaires.
Pourquoi réaliser une cholédocoscopie ?
Un certain nombre de manoeuvres peuvent être
réalisées dans les voies biliaires sous fluoroscopie
: extraction de calculs nécessitant éventuellement
au préalable une lithotritie, prélèvement
par cytologie ou biopsies dans des zones suspectes ou sténosées,
plus rarement traitement de tumeurs endobiliaires. La fluoroscopie
seule se révèle souvent insuffisante pour guider
ces manoeuvres. La situation est la même que pour l'ensemble
du tube digestif. L'endoscopie permet un bien meilleur contrôle
de toute les manoeuvres diagnostiques et thérapeutiques.
D'où l'idée évidemment d'utiliser la cholédocoscopie
pour : (1) contrôler la position de la sonde de lithotritie
; (2) suivre les calculs ou les fragments de calculs ; (3) effectuer
des prélèvements plus précis ; (4) optimiser
la destruction des tumeurs.
Le problème est que cette cholédocoscopie est loin
d'être un geste simple : elle est invasive et demande du
matériel spécialisé. Cette technique n'est
donc pas très répandue actuellement.
Pourquoi utiliser la voie percutanée ?
En effet, la cholédocoscopie peut être
pratiquée par les voies naturelles, c'est-à-dire
par voie basse rétrograde en utilisant un babyendoscope.
Cet endoscope de fin calibre est glissé à l'intérieur
du canal opérateur d'un duodénoscope. L'avantage
de cette méthode est qu'elle suit immédiatement
la réalisation d'une sphinctérotomie endoscopique
et que les contraintes liées à la réalisation
d'un abord biliaire sont donc limitées. La cholédocoscopie
rétrograde présente cependant un certain nombre
d'inconvénients qui amènent à préférer
la voie percutanée : il s'agit d'un examen long, qui nécessite
un matériel coûteux et fragile et que l'on hésite
à répéter. Le babyendoscope ne permet pas
d'accéder aux voies biliaires intrahépatiques et
les manoeuvres à l'intérieur même de la voie
biliaire principale ne sont pas aisées ; en particulier
l'endoscope ne peut pas être orienté dans tous les
plans. Par ailleurs, cet endoscope est très long avec un
canal opérateur fin : les prélèvements sont
petits, l'irrigation est insuffisante et la lithotritie laborieuse.
En fait, la cholédocoscopie rétrograde est réservée
aux cas simples, en particulier aux sténoses ou aux irrégularités
inexpliquées de la voie biliaire principale nécessitant
des prélèvements.
La cholédocoscopie percutanée a l'avantage d'utiliser
un matériel moins coûteux, mieux évalué
et dont la résistance est éprouvée puisque
ce matériel est employé largement par les chirurgiens
pour le contrôle peropératoire de la voie biliaire.
Le diamètre de l'endoscope est suffisant pour permettre
des prélèvements de qualité correcte et une
irrigation satisfaisante de la voie biliaire. Surtout, l'endoscope
est court, facile à manoeuvrer et il permet une exploration
aisée de tout l'arbre biliaire : cholédoque et voies
biliaires intrahépatiques. Enfin, la répétition
des séances ne suscite pas d'hésitation.
Quelles sont les conditions de réalisation d'une cholédocoscopie percutanée ?
Il s'agit du point important, qui fait qu'un
examen au premier abord acrobatique, devient utilisable en routine
. C'est ce qui nous a permis de faire passer dans notre série
la morbidité de 57 % à 5 % [5].
La cholédocoscopie se déroule dans des conditions
de type chirurgical : salle dédiée aux gestes interventionnels
sur les voies biliaires, champs stériles (en particulier
un large champ fenêtré avec une poche latérale
de recueil de liquide), asepsie cutanée du malade, asepsie
des mains des opérateurs, sarrau et gants stériles,
calot, masque, surchaussures. L'anesthésie générale
est fortement recommandée, et même indispensable
à notre avis, non pas pour franchir la paroi mais parce
que les manoeuvres dans les voies biliaires intrahépatiques
induisent des douleurs très vives, voire syncopales. Cette
anesthésie doit s'accompagner au moins de la mise en place
d'un drain nasogastrique et au maximum d'une intubation trachéale
quand l'irrigation nécessaire à l'endoscopie est
importante chez des patients n'ayant pas d'anastomose hépatico-jéjunale.
En effet, il existe alors un risque d'inhalation lié au
reflux du liquide dans l'estomac à partir du duodénum
et au caractère émétisant des manoeuvres
endobiliaires. Une antibioprophylaxie est indispensable en raison
de la distension des voies biliaires par le produit d'irrigation,
source de bactériémie. Enfin, comme indiqué
plus haut, la cholédocoscopie doit être pratiquée
à distance de la date du drainage percutané : l'endoscope
est alors introduit directement dans le trajet de drainage. Au
début de l'expérience en Occident, la cholédocoscopie
était menée immédiatement après le
drainage ; pour éviter des fausses routes et la fuite du
liquide d'irrigation vers le péritoine, une gaine était
alors mise en place entre les voies biliaires et la peau, ce qui
nécessitait une dilatation du trajet de drainage à
plus de 6,5 mm, source d'hémorragie. Cette dilatation excessive
explique la mortalité importante (8 %) observée
par Bonnel et al. [6] ainsi que le seul cas d'hémorragie
que nous avons observé. Cette technique dite « en
un temps » doit être abandonnée au profit de
la dilatation progressive sur 3 semaines.
Pour les 120 dernières procédures de notre série,
nous avons seulement observé une bactériémie
dans 4 cas et un abcès sous-phrénique lié
au drainage transhépatique dans un cas (traité par
drainage percutanée).
Quel est le matériel ?
Le cholédocoscope doit être à la fois suffisamment souple pour franchir les angulations biliaires et suffisamment rigide pour répondre aux sollicitations de l'opérateur. Le cholédocoscope possède habituellement un béquillage selon deux directions dans un seul plan, ce qui oblige à le faire tourner sur son axe pour changer de plan de travail. Son diamètre varie entre 3,5 et 5 mm et sa longueur entre 35 et 40 cm. L'élément fondamental est le canal opérateur qui doit être de diamètre suffisant (1,5-2 mm) pour autoriser le passage des instruments et permettre en même temps l'irrigation. En effet, l'irrigation est indispensable pour améliorer la visibilité dans les voies biliaires, écarter les parois biliaires et générer les ondes de choc si une lithotritie est nécessaire. L'arrivée du liquide d'irrigation se fait latéralement au niveau d'un robinet à 3 voies situé sur l'extrémité proximale du canal opérateur. Une aspiration n'est pas nécessaire. Le petit matériel comporte brosses à cytologie, pinces à biopsies, paniers extracteurs, sondes de lithotritie électrohydraulique, fibres laser pour la lithotritie ou pour la destruction tumorale.
Quelle est la technique ?
Le patient est installé en décubitus
dorsal. L'examen nécessite deux opérateurs qui se
mettent à la droite du patient. L'un des opérateurs
prend en charge l'endoscopie et l'autre s'occupe de l'irrigation
et du matériel accessoire. Habituellement l'endoscope est
couplé à une caméra vidéo. Celle-ci
est enveloppée dans un petit champ stérile. L'irrigation
par du sérum physiologique est assurée en permanence
à partir d'un flacon placé en position surélevée.
Sur la ligne d'irrigation, est mis en place un robinet à
3 voies et une seringue de façon à augmenter à
la demande la pression dans les voies biliaires.
Avant l'introduction du cholédocoscope, une cholangiographie
est réalisée systématiquement par le drain
percutané, afin de contrôler la position du drain,
de disposer d'une véritable carte de l'arbre biliaire et
d'identifier à nouveau les lésions à traiter.
Pour cette cholangiographie, le produit de contraste est dilué
pour ne pas troubler ensuite la vision endoscopique. Un guide
est introduit à travers le drain de Kehr ou le drain transhépatique
dans les voies biliaires. L'extrémité du guide est
mise en place dans le duodénum à travers le sphincter
d'Oddi ou à travers l'anastomose bilio-digestive. Le drain
est retiré et le cholédocoscope est glissé
sur le guide dans les voies biliaires sous contrôle fluoroscopique.
Le guide est ensuite retiré. La position du cholédocoscope
dans les voies biliaires est contrôlée évidemment
par l'endoscopie mais également par la fluoroscopie : la
fluoroscopie fournit aussi souvent que nécessaire, en quelque
sorte, le plan de circulation pour l'endoscope.
Quels sont les gestes réalisés ?
Cytologie et biopsies endobiliaires.
La voie biliaire est un conduit peu large et lisse, et comme dans l'oesophage, les biopsies sont assez difficiles à réaliser car la pince sort souvent tangentiellement à la paroi. L'endoscope doit être maintenu fermement pour éviter son retrait lors de l'avancée de la pince à biopsie. Nous recommandons de pratiquer une cytologie par brossage puis au moins 3 biopsies au niveau de toute zone suspecte.
Extraction de calculs
Les calculs ne sont pas retirés à
la peau mais évacués à travers l'anastomose
bilio-digestive ou à travers l'orifice de sphinctérotomie.
Il est parfois nécessaire de recourir à un panier
extracteur, mais habituellement les calculs sont chassés
devant l'endoscope par la pression exercée par le sérum
physiologique. Parfois même, les calculs sont poussés
directement par le cholédocoscope. Si les calculs sont
larges ou impactés, il faut recourir au préalable
à une fragmentation des calculs ou lithotritie. Les ondes
de choc pour la lithotritie sont produites par un générateur
électrohydraulique ou un générateur laser
pulsé. La cholédocoscopie est indispensable au placement
correct de la sonde de lithotritie contre les calculs et à
distance des parois biliaires. Cela est en particulier valable
pour la lithotritie électrohydraulique alors que la lithotritie
laser pulsé autorise des tirs à l'aveugle. En effet,
la lithotritie laser pulsé présente l'avantage par
rapport à la lithotritie électrohydraulique d'être
peu traumatisante pour la paroi biliaire, ce qui la rend particulièrement
adaptée aux traitements des calculs présents dans
des voies biliaires intrahépatiques tortueuses. En revanche,
le coût de la lithotritie par laser pulsé est nettement
supérieur au coût de la lithotritie électrohydraulique
qui reste finalement le système le plus employé.
L'évacuation des calculs doit être contrôlée
non seulement par endoscopie mais également par cholangiographie.
Il peut arriver que quelques petits calculs ou fragments restent
bloqués dans les voies biliaires intra-hépatiques
périphériques mais sans conséquence.
Destruction des tumeurs biliaires
Le traitement est mené à l'aide d'un laser Nd-YAG. Il faut tenir compte du fait que l'énergie pour observer des effets macroscopiques est dissipée en partie par l'irrigation.
Quels sont les résultats et les indications ?
Le diagnostic des lésions biliaires en particulier des sténoses
Si la tumeur responsable d'une sténose des voies biliaires est identifiable par échographie ou scanner, une ponction cytologique peut alors permettre le diagnostic. Cependant la tumeur, surtout s'il s'agit d'un cholangiocarcinome, peut être infiltrante donc difficile à détecter par des méthodes non invasives. Les anomalies de la cholangiographie rétrograde ou percutanée ne sont pas suffisamment spécifiques pour permettre de différencier sténose bénigne de sténose maligne. De nombreuses publications ont rapporté les résultats de prélèvements endobiliaires (biopsies ou cytologies) pratiqués sous fluoroscopie par voie rétrograde ou par voie percutanée. L'efficacité de la méthode est limitée : dans une série récente, nous avons trouvé une sensibilité pour le diagnostic de cancer de 35 % pour la cytologie et de 43 % pour les biopsies [7]. L'endoscopie permet de réaliser ces prélèvements plus précisément, et la sensibilité pour le diagnostic de cancer est de 78 % dans notre série. Ce chiffre est proche de ceux notés par Nimura (81 % pour 257 patients) [8] et Neuhaus (76 % pour 25 patients) [9].
Est-ce que ces prélèvements ont
un intérêt clinique ? Dans la majorité des
cas, il est abusif de réaliser un drainage transhépatique
uniquement pour la réalisation de cytologies ou de biopsies
endobiliaires. En revanche, si un drain transhépatique
a été mis en place, les biopsies sous cholédocoscopie
sont utiles pour décider du traitement final à appliquer.
1. en cas de sténose bénigne, si un traitement non
chirurgical est envisagé par exemple par drainage prolongé,
des biopsies sont indispensables pour exclure la présence
de cellules carcinomateuses ;
2. si le caractère malin d'une sténose est suspecté,
confirmer le diagnostic par des biopsies est utile pour établir
un pronostic et conforter le choix d'un traitement non chirurgical
palliatif.
En dehors des sténoses, et ce cas est plus rare, la cholédocoscopie
percutanée avec biopsies permet de faire le diagnostic
d'images pariétales anormales sur la cholangiographie,
qui peuvent correspondre en particulier à des adénomes
biliaires. Ces lésions se manifestent par la présence
de mucus dans les voies biliaires à l'origine d'angiocholite.
La mise en évidence de ce mucus doit conduire à
pratiquer une cholangiographie voire une cholédocoscopie
afin de rechercher la lésion initiale.
Enfin, avant une chirurgie pour cholangiocarcinome, la cholédocoscopie
peut être employée pour établir une véritable
carte des lésions biliaires, utile pour situer les limites
de la résection.
Le traitement de la lithiase des voies biliaires
Il s'agit de la principale indication de la
cholédocoscopie percutanée.
La cholédocoscopie percutanée peut être proposée
pour le traitement de la lithiase intra-hépatique et plus
rarement pour le traitement de la lithiase de la voie biliaire
principale, en cas d'échec d'extraction de celle-ci par
sphinctérotomie endoscopique et par lithotritie mécanique.
Dans la littérature, 28 séries concernent 2 831
patients traités par cholédocoscopie percutanée
pour des calculs biliaires. Une extraction a été
obtenue chez 2 560 patients soit 90,4 %. Le résultat a
été meilleur pour les calculs de la voie biliaire
principale (98,1 %) que pour les calculs des voies biliaires intrahépatiques
(91 %). Nous avons traité 75 patients à l'hôpital
Édouard-Herriot par cette méthode (45 patients avec
des calculs dans les voies biliaires intrahépatiques).
La vacuité des voies biliaires a été obtenue
dans 92 % des cas. Chez 3 patients, les calculs n'ont pas pu être
fragmentés et chez 3 autres patients des fragments ou des
calculs périphériques n'ont pas pu être évacués.
La méthode est donc efficace. Son emploi doit être
pesé contre celui des autres possibilités thérapeutiques
à savoir la chirurgie, la lithotritie extra-corporelle
et la lithotritie intracorporelle par voie rétrograde.
Un intérêt de la méthode percutanée
est qu'elle permet non seulement l'extraction des calculs mais
également un traitement des sténoses biliaires qui
peuvent être associées aux calculs, voir être
la cause des calculs. En effet, il est possible de réaliser
des dilatations et des calibrages prolongés des sténoses
par drainage percutané siliconé. Cependant, pour
la lithiase intrahépatique, le risque de récidive
calculeuse est élevée (15,8 % pour Fan et al.
[10], 18,1 % dans notre série) et le risque de dégénérescence
au niveau des voies biliaires pathologiques atteint 7 % (suivi
moyen de 8 ans pour Chijiiwa et al. [11]). Avant de proposer
un drainage percutané et une cholédocoscopie, il
faut récuser la résection hépatique et la
transplantation hépatique. Les lésions biliaires
localisées constituent une indication d'hépatectomie
et les lésions diffuses de transplantation hépatique.
La cholédocoscopie percutanée est évidemment
indiquée chez tout patient inopérable, que la lithiase
soit localisée ou non. Elle est également indiquée
en cas de lésions hépatiques diffuses symptomatiques
dans l'attente d'une transplantation. Pitt et al. [12]
ont récemment admis que la lithiase intrahépatique
nécessite un traitement combiné chirurgical et percutané.
Destruction des tumeurs biliaires
Deux types de tumeur biliaire peuvent être
traités : l'adénome biliaire et le cholangiocarcinome
extensif du hile hépatique.
Les tumeurs villeuses développées à partir
de la muqueuse biliaire sont rares ; elles sont susceptibles de
dégénérer. Nous avons traité 3 patients
et obtenu une destruction complète de la lésion
chez 2 d'entre eux. Lorsque l'adénome est de moins de 2
cm de diamètre chez des patients présentant un risque
chirurgical élevé, une destruction sous cholédocoscopie
percutanée peut être proposée, évitant
ainsi une chirurgie large.
Par ailleurs, la cholédocoscopie pourrait être utile
pour améliorer le drainage des voies biliaires intrahépatiques
en cas de lésions extensives à point de départ
hilaire. Le laser pourrait permettre de dégager les voies
biliaires intrahépatiques. Nous avons traité 8 patients
et nous avons observé que l'effet du laser sur les tumeurs
hilaires en palliatif est trop bref et ne permet pas de maintenir
une perméabilité prolongée ef suffisante
des voies biliaires intrahépatiques. Le laser sous cholédocoscopie
ne nous paraît donc pas indiqué dans ces cas et la
curiethérapie est certainement plus efficace et plus simple
à réaliser.
CONCLUSION:
La cholédocoscopie percutanée est efficace pour
guider les gestes diagnostiques et thérapeutiques dans
les voies biliaires : biopsies, extraction de calculs, destruction
de tumeurs. Si de strictes conditions de réalisation sont
respectées, la morbidité de la méthode est
faible, de l'ordre de 5 % et la cholédocoscopie peut être
alors utilisée en routine. Cette technique est réservée
cependant à une faible part des patients porteurs de maladies
biliaires, et son utilisation doit être pesée contre
les autres options diagnostiques et thérapeutiques.
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