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Existe-t-il une contamination sporadique par le virus de l'hépatite C ?

 

Murphy EL, Bryzman SM, Glynn SA, Ameti DI, Thomson RA, Williams AE, et al. Risk factors for hepatitis C virus infection in United States blood donors. Hepatology 2000 ; 31 : 756-62.

 

La prévalence de l'infection par le virus de l'hépatite C (VHC) est de 1 % à 2 % dans la population générale et de 0,06 % à 1,3 % chez les donneurs de sang [1]. Depuis le dépistage systématique des anticorps anti-VHC chez les donneurs de sang, le risque majeur de transmission du VHC est la toxicomanie. Cependant, plusieurs études rapportent un mode de contamination inconnu dans 10 % à 40 % des cas [2]. La connaissance parfaite des modes de contamination par le VHC, et notamment de ces modes de contamination dits « inconnus », est primordiale pour adapter les stratégies de dépistage et de prévention de l'infection par le VHC.

Le but de cette étude cas-témoins était d'évaluer les facteurs de risque d'infection par le VHC chez les donneurs de sang aux États-Unis. Parmi plusieurs centres de transfusion sanguine, 2 316 donneurs de sang infectés par le VHC (VHC+) ont été appariés pour l'âge, le sexe, la race, le centre de transfusion et la périodicité des dons à 2 316 donneurs de sang non infectés par le VHC (VHC-). En mars et avril 1997, des questionnaires anonymes ont été adressés par courrier à ces donneurs de sang. L'analyse statistique a été effectuée par régression logistique pas à pas.

Les taux de réponses au questionnaire ont été respectivement de 33 % et de 45 % chez les donneurs de sang VHC+ et chez les donneurs de sang VHC- (p = 0,001). Les caractéristiques cliniques des donneurs de sang ayant répondu au questionnaire étaient les suivantes : hommes (53-55 %) de 30 à 50 ans, de race blanche (69 % à 75 %), mariés (60 % à 71 %), consommant plus de 1,6 verres d'alcool par semaine (47 % à 70 %), donneurs de sang pour la première fois (68 % à 70 %). Les facteurs de risque d'infection par le VHC, ajustés ou non sur l'utilisation de drogue intraveineuse, sont indiqués dans le tableau 1. Quatre-vingt-quatre pour cent des toxicomanes VHC+ utilisaient des aiguilles déjà utilisées par d'autres personnes. De nombreux facteurs de risque ont pu être éliminés après ajustement sur l'utilisation de drogue intraveineuse : antécédent d'extraction dentaire, antécédent de détartrage dentaire, vie commune avec un sujet VHC+, parent VHC+, acupuncture, épilation, prostitution et, pour les hommes, nombre de partenaires sexuels ou homosexualité. L'utilisation de drogue intraveineuse étant un facteur confondant majeur, les odds ratios pour les facteurs associés à un risque accru d'infection par le VHC après ajustement sur l'utilisation de drogue intraveineuse par rapport aux autres facteurs ont été calculés (tableau 2). Enfin, respectivement 90 % et 55 % des donneurs de sang VHC+ et VHC- avaient au moins un des huit facteurs de risque finaux.

 

OR : odds ratio ; IC : intervalle de confiance ; IV : intraveineux ; VHC : virus de l'hépatite C.

 

OR : odds ratio ; IC : intervalle de confiance ; VHC : virus de l'hépatite C.

À l'heure actuelle, alors que le risque de contamination par le VHC est de 1 pour 200 000 concentrés globulaires transfusés, cette étude confirme que le principal facteur de contamination par le VHC est la toxicomanie intraveineuse ou plutôt l'utilisation de drogue par voie intraveineuse, ne serait-ce qu'une seule fois.

Les facteurs de risque de contamination par le VHC évoluant avec le temps, cette étude permet de connaître les facteurs de risque de contamination par le VHC en 1997 avec un échantillon important de la population américaine. L'intérêt majeur de cette étude est d'avoir ajusté tous les facteurs de risque étudiés sur l'utilisation de drogue intraveineuse, relativisant ainsi de nombreux facteurs de risque souvent évoqués dans certaines études comme étant important [3]. Ainsi, la contamination familiale, par voie sexuelle ou par les soins dentaires est écartée. Hormis la toxicomanie intraveineuse et la transfusion sanguine, les six autres facteurs potentiellement contaminants décrits dans cette étude doivent être interprétés avec prudence du fait d'un faible effectif, comme par exemple des antécédents de scarification religieuse dont seulement 10 cas sont rapportés. Cependant, les futures études épidémiologiques devront prendre en compte ces facteurs pour confirmer ou infirmer ces résultats.

Cette étude comporte cependant quelques biais qui méritent d'être soulignés. Il s'agit d'une étude cas-témoins, où les cas sont par définition sélectionnés, avec un interrogatoire seulement effectué par voie postale, donc moins performant. D'autre part, le taux de réponses au questionnaire est faible (33 % chez les donneurs de sang VHC+) et il s'agit là d'un biais majeur car le taux de réponses de certaines catégories de malades et de témoins est faible : les Noirs et les Hispaniques, les hommes et les sujets de moins de 21 ans. L'interrogatoire est aussi incomplet. Ainsi, cette étude n'a pas évalué les antécédents de gestes endoscopiques, d'explorations vasculaires, d'hémodialyse, de transplantation d'organe, de mésothérapie, de sclérose de varices des membres inférieurs ou de séjours hospitaliers, mais aussi le nombre de soins dentaires ou de séjours en milieu institutionnalisé [4].

En conclusion, le facteur de risque majeur d'infection par le VHC reste actuellement l'utilisation intraveineuse de drogue. En l'absence de ce facteur, un interrogatoire ciblé simple permet de mettre en évidence un facteur de risque dans plus de 90 % des cas. Enfin, l'interrogatoire personnalisé et complet ne doit conclure à un mode de contamination exceptionnel ou « inconnu » que dans moins de 10 % des cas.

Victor de Lédinghen


Références

1. Guadagnino V, Stoffolini T, Rapicetta M, Constantino A, Kondili LA, Menniti-Ippolito F, et al. Prevalence, risk factors, and genotype distribution of hepatitis C virus infection in the general population : a community-based survey in southern Italy. Hepatology 1997 ; 26 : 1006-11.
2. Zeuzem S, Teuber G, Lee JH, Reuster B, Roth WK. Risk factors for the transmission of hepatitis C. J Hepatol 1996 ; 24 (suppl. 2) : 3-10.
3. Mac Donald M, Crofts N, Kaldor J. Transmission of hepatitis C virus : rates routes and cofactors. Am J Epidemiol 1996 ; 18 : 137-47.
4. Sanchez-Tapias JM. Nosocomial transmission of hepatitis C virus. J Hepatol 1999 ; 31 : (suppl. 1) : 107-12.
  


 


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