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Interféron et ribavirine, traitement de référence de l'hépatite C en 1999
Victor de Lédinghen
McHutchison JG, Gordon SC, Schiff ER, Shiffman ML, Lee WM, Rustgi
VK, et al. Hepatitis Interventional Therapy Group. Interferon
alfa-2b alone or in combination with ribavirin as initial treatment
for chronic hepatitis C. N Engl J Med 1998 ; 339 : 1485-92.
Poynard T, Marcellin P, Lee SS, Niederau C, Minuk GS, Ideo G,
et al. For the International Hepatitis Interventional Therapy
Group (IHIT). Randomized trial of interferon a2b plus ribavirin
for 48 weeks or for 24 weeks versus interferon a2b plus placebo
for 48 weeks for treatment of chronic infection with hepatitis
C virus. Lancet 1998 ; 352 : 1426-32.
En 1998, le traitement de référence
de l'hépatite chronique virale C était, selon l'AMM,
l'interféron (IFN) à la dose de
3 millions d'unités 3 fois par semaine durant 1 an. Avec
ce traitement, une réponse virologique prolongée,
ARN du virus de l'hépatite C (VHC) négatif par PCR
6 mois après l'arrêt du traitement, était
obtenue chez 15 % à 20 % des malades. Plusieurs études
pilotes chez des malades naïfs (c'est-à-dire jamais
traités auparavant) ou rechuteurs (traités par IFN
ayant eu une normalisation des ALAT durant le traitement et une
ré-ascension des ALAT à son arrêt) avaient
suggéré que le traitement associé par IFN
et ribavirine était plus efficace en termes de réponse
virologique prolongée que le traitement par IFN seul [1-3].
Le but de ces deux études, publiées
à quelques jours d'intervalle, était d'évaluer
l'efficacité du traitement associé par rapport au
traitement par IFN seul chez des malades naïfs atteints d'hépatite
chronique virale C.
Il s'agit d'études randomisées, contrôlées,
en double aveugle, réalisées en Europe et aux États-Unis.
Le traitement était le suivant : IFN 3 M x 3/semaine +
placebo versus IFN 3 M x 3/semaine + ribavirine (1 à
1,2 g/j) durant 24 ou 48 semaines. Les malades ont été
suivis 6 mois après l'arrêt du traitement afin d'établir
la réponse virologique prolongée et la réponse
histologique.
En moyenne (selon les groupes), les
912 malades de l'étude de McHutchison et al. étaient
dans 66 % des cas des hommes, âgés de 44 à
45 ans, contaminés par transfusion dans 18 % à 24
% des cas et par toxicomanie dans 46 % à 54 % des cas,
de génotype 1 dans 72 % à 73 % des cas et de génotype
3 dans 8 % à 12 % des cas. La charge virale était
supérieure à 2 x 106 copies/ml dans 67 % à
73 % des cas. Le score histologique moyen (score de Knodell) variait
de 7,3 à 7,5 et 4 % à 7 % des malades avaient une
cirrhose.
En moyenne (selon les groupes), les 840 malades de l'étude
de Poynard et al. étaient dans 63 % à 68
% des cas des hommes, âgés de 41 à 42 ans,
contaminés par transfusion dans 23 à 27 % des cas
et par toxicomanie dans 38 % à 43 % des cas, de génotype
1 dans 57 % à 60 % des cas et de génotype 2 ou 3
dans 35 % à 36 % des cas. La charge virale était
supérieure à
2 x 106 copies/ml dans 58 % à 66 % des cas. Le score histologique
moyen (score Metavir) variait de 1,99 à 2,03 pour l'activité
inflammatoire, de 1,29 à 1,36 pour la fibrose et 3 % à
5 % des malades avaient une cirrhose.
La réponse virologique est indiquée dans le tableau
1. La réponse histologique (diminution d'au moins 2
points Knodell ou 1 point Metavir du score inflammatoire) a été
significativement meilleure dans les groupes traités par
IFN et ribavirine durant 48 semaines que dans les groupes traités
par IFN seul durant 48 semaines : 63 % versus 39 % des
cas (p < 0,001). Aucune amélioration significative de
la fibrose n'a été mis en évidence.
Un arrêt du traitement pour effet secondaire sévère
a été nécessaire dans 8 % à 21 % des
cas. Les effets secondaires décrits ont été
: syndrome pseudo-grippal (céphalées, asthénie,
malaise, myalgies, arthralgies, hyperthermie), symptômes
gastro-intestinaux (anorexie, dyspepsie, vomissements, nausées,
diarrhée, douleurs abdominales), psychiatriques (anxiété,
dépression, insomnie, irritabilité), respiratoires
(toux, dyspnée, pharyngite, sinusite) et cutanés
(alopécie, prurit, érythème, peau sèche).
Enfin, Poynard et al. ont étudié, par régression
logistique, les facteurs prédictifs de réponse au
traitement qui sont : l'âge, le sexe, la charge virale,
le génotype et le score de fibrose (tableau 2).
Ces deux études apportent enfin la preuve de l'efficacité supérieure du traitement associé par rapport au traitement par IFN seul dans la prise en charge thérapeutique des malades atteints d'hépatite C naïfs de tout traitement.
Commentaire
Dix ans après la mise en évidence
du virus de l'hépatite C, un pas vient d'être franchi
dans le traitement des hépatites chroniques virales C chez
les malades naïfs. Le traitement de référence
de l'infection virale C ne doit plus être l'IFN seul mais
bien l'IFN 3 M x 3/semaine associé à la ribavirine
(1 g/j si le poids est inférieur à 75 kg et 1,2
g/j si
le poids est supérieur à 75 kg) durant
24 à 48 semaines.
Cependant, plusieurs questions restent encore sans réponse.
Par exemple, faut-il traiter les malades 24 ou
48 semaines ? Une durée de traitement de 48 semaines semble
a priori meilleure mais n'y a-t-il pas une catégorie
de malades pour lesquels un traitement de 24 semaines serait suffisant
? En effet, comme l'indique l'analyse de Poynard et al.,
une réponse virologique prolongée de 80 % est observée
chez les femmes de moins de 40 ans, de génotype 2 ou 3,
avec charge virale faible et pas de fibrose, ce qui pourrait faire
envisager un « traitement à la carte » des
malades, en fonction de ces facteurs. Mais peut-on lier théorie
et pratique et effectuer une recherche de génotype et une
mesure de charge virale chez tous les malades ?
Le traitement associé a déjà montré
son efficacité chez les malades rechuteurs après
un premier traitement par IFN seul en mettant en évidence
une réponse virologique prolongée chez 49 % des
malades [4]. En revanche, à l'heure actuelle, aucune étude
prospective de grande ampleur n'a mis en évidence l'intérêt
du traitement associé chez les malades non-répondeurs
à un premier traitement par IFN.
Le traitement associé va permettre de « guérir
» environ 40 % des malades atteints d'hépatite C
(contre moins de 20 % des malades traités selon l'AMM de
1998), mais il reste encore 60 % des malades pour lesquels de
nouveaux traitements ou de nouvelles modalités thérapeutiques
sont à envisager. C'est la raison pour laquelle les études
actuelles évaluent l'intérêt de la ribavirine
associée soit à l'IFN en injections quotidiennes,
soit à l'IFN en dose de charge quotidienne puis 3 fois
par semaine, soit à l'IFN peggylé (une molécule
d'IFNa recombinant associée à une molécule
de polyéthylène glycol permettant une diffusion
progressive et prolongée de l'IFN)...
Nul doute que les données disponibles en 1999 seront modifiées
par les travaux en cours pour permettre une meilleure prise en
charge thérapeutique des malades au prochain siècle.
REFERENCES :
1. Schvarcz R, Yung ZB, Sonnerborg A, Weiland O. Combined treatment
with interferon alpha-2b and ribavirin for chronic hepatitis C
in patients with a previous non-response or non-sustained response
to interferon alone. J Med Virol 1995 ; 46 : 43-7.
2. Schalm SW, Hansen BE, Chemello L, Bellobuono A, Brouwer JT, Weiland O, et al. Ribavirin enhances the efficacy but not the adverse effects of interferon in chronic hepatitis C. Meta-analysis of individual patient data from European centers. J Hepatol 1997 ; 26 : 961-6.
3. Reichard O, Norkrans G, Fryden A, Braconier JH, Sönnerborg A, Weiland O. Randomized, double-blind, placebo-controlled trial of interferon a-2b and without ribavirin for chronic hepatitis C. Lancet 1998 ; 351 : 83-7.
4. Davis GL, Esteban-Mur R, Rustgi V, Hoefs
J, Gordon SC, Trepo C, et al. Interferon alfa-2b alone
or in combination with ribavirin for the treatment of relapse
of chronic hepatitis C. N Engl J Med 1998 ; 339 : 1493-9.