Diarrhée chronique secondaire à la prise de Daflon° associée à une colite lymphocytaire
Chronic diarrhea with lymphocytic colitis associated vith daflon° therapy
Didier Mennecier (1), Thierry Saloum (1), Anne-Marie Roycourt (2), Marie-hélène Nexon (3), Catherine Thiolet (1), Olivier Farret (1).
(1) Service de Pathologie Digestive. Hôpital d'Instruction des Armées Begin, 94160 St Mandé.
(2) 211 rue Fontennay 94300 Vincennes.
(3) 5 av. Paul Déroulède 94300 Vincennes.
La colite lymphocytaire s'intègre, avec la colite collagène, dans le cadre des colites microscopiques. Elle se définit par un syndrome anatomoclinique associant une diarrhée chronique sans anomalie endoscopique et une augmentation importante du nombre de lymphocytes intra-épithéliaux dans l'épithélium de surface de la muqueuse colorectale sur les biopsies (1). Plusieurs auteurs ont décrit des cas de colite lymphocytaire secondaires à la prise de médicaments. Le Daflon° est un veinotonique fréquemment utilisé dans le traitement des manifestations fonctionnelles de l'insuffisance veineuse chronique des membres inférieurs. Nous rapportons ici une observation de diarrhée chronique secondaire à la prise de Daflon° associée à une colite lymphocytaire.
Une femme âgée de 72 ans, était hospitalisée au mois de Juillet 1998 pour une diarrhée chronique faite de 10 selles liquides par jour, sans glaire ni sang, sans horaire particulier, absente la nuit et évoluant depuis 12 mois. On notait dans ses antécédents familiaux un cancer colique chez la mère et une hypercholestérolémie chez le père. Par ailleurs, la patiente prenait régulièrement depuis 5 ans du fénofibrate (Lipanthyl° 200mg micronisé: 1gel/J) pour une hypercholestérolémie découverte en 1981 et des flavanoïdes extraits de rutacées (Daflon° 375 mg: 4 gel /J) depuis 10 ans, de manière discontinue, pour une insuffisance veineuse. Elle n'avait jamais présenté auparavant d'épisodes de diarrhées. L'examen clinique ne révélait aucune anomalie. Il n'y avait pas de fièvre. La numération formule sanguine, le ionogramme sanguin, la calcémie, la protéine C réactive, la vitesse de sédimentation, le dosage de TSH, les examens bactériologiques et parasitologiques des selles étaient normaux. La coloscopie avec ileoscopie ainsi que la gastroscopie étaient normales. Le transit du grêle était normal. Les biopsies duodénales ne retrouvaient pas d'atrophie villositaire, ni d'augmentation de lymphocyte intra-épithéliaux. Les biopsies étagées rectocoliques objectivait un nombre de lymphocytes intra-épithéliaux pour 100 cellules épithéliales comptées supérieur à 20 %. Le chorion était le siège d'un infiltrat lympho-plasmocytaire et à polynucléaires eosinophiles. On ne retrouvait pas de corps apoptotiques.
L'ensemble de ces anomalies histologiques ainsi que l'absence d'épaississement du collagène sous épithéliale et l'absence d'une maladie coeliaque (anticorp anti-gliadine, anti-réticuline et anti-endomysium négatifs), permettaient de conclure à une colite lymphocytaire. Les anticorps anti-thyroide et anti-estomac, les facteurs rhumatoïdes étaient négatifs.
Le Lipanthyl° était arrêté pendant deux semaines sans résultat clinique et réintroduit devant la réapparition d'une hypercholestérolémie. En revanche, l'arrêt du Daflon°, était suivi d'une disparition de la diarrhée en une semaine. La coloscopie de contrôle était refusé par la patiente. Il ne nous semblait pas justifié de réaliser un test de réintroduction. Quatre semaines plus tard, la patiente était asymptomatique sur le plan digestif.
Dans cette observation, les données en faveur de la responsabilité du Daflon° dans la diarrhée chronique sont : a) La résolution de la diarrhée à son arrêt. b) La non résolution de la symptomatologie digestive à l'arrêt ou à la reprise du Lipanthyl°. c) L'absence d'argument en faveur d'une autre cause de diarrhée chronique associée. d) L'aspect endoscopique normal. On peut retenir selon Bégaud et al (2) une imputabilité extrinsèque cotée B0 et une imputabilité intrinsèque associant un score chronologique d'imputabilité C2 et sémiologique S3, cotée I3 donc vraisemblable. Ainsi le Daflon°, même si la patiente l'utilisait depuis 10 ans de manière irrégulière, est probablement responsable de la diarrhée. En revanche la disparition des signes histologiques n'ayant pu être vérifié, nous ne pouvons pas conclure avec certitude sur son rôle dans la colite lymphocytaire.
Cependant la disparition de la diarrhée à l'arrêt du Daflon° plaident en la faveur d'une relation de cause à effet. Plusieurs observations de colite lymphocytaire associée à la prise de médicaments ont déjà été rapportées avec la ticlopidine (3), le Tardyféron°(4) et en particulier avec deux autres veinotoniques : le Cyclo3 fort°(5) et le Cirkan° (6).
L'étiologie dans la plupart des cas de ces colites lymphocytaire est inconnue. Il pourrait s'agir de lésions inflammatoires secondaires à un mécanisme auto-immun, activées par des agents exogènes comme certains médicaments (7).
L'apparition d'une diarrhée persistante lors d'un traitement par Daflon° doit inciter la réalisation d'une coloscopie et la pratique de biopsies à la recherche d'une colite lymphocytaire.
Références :
1) Lazenby A, Yardley J, Giardielllo F, Jessurun J, Bayless T. Lymphocitic (microscopic) colitis: a comparative histological study with particular reference to collagenous colitis. Hum pathol 1989;20:18-28.
2) Bégaud B, Evreux JC, Jouglard J, Lagier G. Imputabilité des effets inattendus ou toxiques des médicaments. Thérapie 1985;40: 111-8
3) Ticlopidine, diarrhée et colite lymphocytaire. Swine C, Cornelle P, Van lee D, Delos M, Melange M. Gastroenterol Clin Biol 1998; 22: 475-6.
4) Diarrhée chronique secondaire à la prise de tardyferon° associée à une colite lymphocytaire. Bouchet-laneuw F, Deplaix P, Dumollard JM, Barthelemy C, Weber FX, Vedrines P et al. Gastroenterol Clin Biol 1997; 21: 83-4.
5) Pierrugues R, Saingra B. Colite lymphocytaire et Cyclo 3 fort: 4 nouvelles observations. Gastroenterol Clin Biol 1996;20:916-7.
6) Maechel H. Diarrhée chronique secondaire au Cirkan°.
Gastroenterol Clin Biol 1992; 16:373.
7) Flejou JF, Bogomoletz WV. Les colites microscopiques.
Hepato-gastro 1998;5:101-8.