![]() |
|
Jean-François FLÉJOU
Wladimir V. BOGOMOLETZ
J.F. Fléjou : Service d'anatomie pathologique, hôpital
Beaujon, 92118 Clichy Cedex.
W.V. Bogomoletz : Service d'anatomie pathologique, institut
Jean- Godinot, Reims.
RESUME:
Le terme de colite microscopique regroupe actuellement la colite
collagène et la colite lymphocytaire. Il désigne
un syndrome anatomoclinique caractérisé par la présence
d'anomalies histologiques sur les biopsies coliques, chez des
malades qui présentent une diarrhée aqueuse chronique,
sans anomalie endoscopique. Environ 600 cas de colite collagène
ont été décrits ; ce diagnostic est porté
devant la présence d'une bande collagène sous l'épithélium
de surface de la muqueuse colorectale. Les cas de colite lymphocytaire
sont moins nombreux dans la littérature ; ce diagnostic
est porté devant une augmentation importante du nombre
de lymphocytes intra-épithéliaux dans l'épithélium
de surface de la muqueuse colorectale. Des lésions inflammatoires
du chorion et des altérations de l'épithélium
de surface sont associées dans les deux types de colite.
Colite collagène et colite lymphocytaire sont d'étiologie
inconnue. Il pourrait s'agir de lésions inflammatoires
de mécanisme auto-immun, activées par des agents
exogènes variés, tels que des bactéries ou
des médicaments (anti-inflammatoires non stéroïdiens
pour la colite collagène, divers toniques veineux dans
certains cas de colite lymphocytaire). Les similitudes cliniques
(en particulier la forte prédominance féminine et
l'association fréquente à d'autres maladies auto-immunes)
et morphologiques importantes entre colite collagène et
colite lymphocytaire ont fait émettre l'hypothèse,
non encore vérifiée, que ces deux types de colite
pourraient représenter des stades différents d'une
même maladie, la colite lymphocytaire étant alors
généralement considérée comme le stade
précoce de la maladie.
Bien que non validé par des essais randomisés, le
traitement des colites microscopiques repose généralement
sur les dérivés 5-aminosalicylés, ou sur
les corticoïdes par voie locale ou générale.
La constatation récente de l'efficacité de la diversion
colique totale sur la diarrhée de malades atteints de colite
collagène semble surtout intéressante sur le plan
pathogénique, ce traitement ne pouvant être envisagé
que dans les rares cas de colite collagène très
invalidante.
Certaines entités de description plus récente pourraient
être ajoutées au groupe des colites microscopiques.
Il s'agit en particulier de la colite péricryptique chronique
à éosinophiles, et de la lymphocytose épithéliale
colique "épidémique".
Mots clés : colite microscopique, colite collagène,
colite lymphocytaire, diarrhée chronique.
Définition et terminologie
Le terme de colite microscopique recouvre actuellement deux
entités distinctes, la colite collagène et la colite
lymphocytaire. Il s'agit par définition d'un syndrome anatomoclinique,
associant une diarrhée hydrique chronique, sans anomalie
coloscopique, à des lésions inflammatoires de la
muqueuse colorectale, détectées par les biopsies
endoscopiques.
Le premier cas de colite collagène a été
décrit en 1976 par Lindström [1], qui rapportait l'observation
d'un malade présentant une diarrhée chronique et
chez lequel les biopsies rectales avaient mis en évidence
une bande collagène sous-épithéliale. Depuis
cette observation princeps, plus de 600 cas de colite collagène
ont été rapportés, représentant maintenant
une entité bien reconnue, bien que de pathogénie
toujours inconnue.
Le terme de colite microscopique a été utilisé
pour la première fois par Read et al. en 1980 [2], pour
désigner des lésions inflammatoires observées
chez 8 malades parmi 27 malades qui présentaient une diarrhée
chronique idiopathique et une coloscopie normale. Le terme fut
à nouveau employé en 1982 par Kingham et al. [3]
pour rapporter les observations de 6 malades présentant
le même tableau anatomoclinique.
A partir de 1986, le groupe du John Hopkins Hospital à
Baltimore rapprocha ce qui était alors décrit sous
le terme de "colite microscopique" de la colite collagène,
en insistant sur les similitudes cliniques et histologiques des
deux entités entre lesquelles il suggérait, dès
cette époque, des liens possibles [4]. Le même groupe,
en examinant une série importante de colites microscopiques
et de colites collagènes, insista ensuite sur la lésion
constante et caractéristique de ce qui était appelé
à l'époque "colite microscopique", la
présence d'une augmentation importante du nombre des lymphocytes
intra-épithéliaux (LIE) [5]. Ces auteurs proposaient
alors, pour désigner cette lésion, le terme de "colite
lymphocytaire". Après une période de confusion,
pendant laquelle les définitions de ces trois termes différèrent
manifestement entre les équipes, un consensus s'est dégagé
pour considérer que les colites microscopiques représentent
un terme générique, au sein duquel pourraient être
placées la colite collagène, la colite lymphocytaire
et probablement d'autres colites de description encore plus récente,
comme nous le reverrons [6, 7]. Les liens entre ces différentes
formes de colite microscopique restent l'objet de controverses.
Aspects histologiques
Les principales lésions sont présentées dans le tableau 1. Elles peuvent être classées en lésions diagnostiques et en lésions non diagnostiques.
Lésions histologiques diagnostiques
o Colite collagène
La lésion nécessaire et suffisante pour faire le diagnostic de colite collagène est la présence d'une bande collagène sous-épithéliale au niveau de la muqueuse colorectale (figure 1). Il est admis que l'épaisseur de cette bande doit être supérieure à 10 mum pour porter le diagnostic de colite collagène, sur des coupes bien orientées. L'épaisseur de cette bande peut être considérable dans certains cas ; elle est alors facilement reconnue sur les colorations standard. Elle est parfois discrète, irrégulièrement répartie, voire focale, et les colorations du collagène (trichrome de Masson, picrosirius...) sont alors très utiles pour l'identifier (figure 2). L'épaississement prédomine souvent dans le côlon droit et est parfois absent des biopsies rectales [8], ce qui suggère qu'une rectoscopie avec biopsie normale ne suffit pas à éliminer ce diagnostic. La microscopie électronique confirme qu'il s'agit bien de collagène, de type I, III et VI en immunohistochimie, joint à de la ténascine, alors que la membrane basale, riche en collagène IV, est préservée au-dessus du dépôt [9, 10] (figure 3). L'hybridation in situ ne montre pas d'augmentation des ARNm du collagène, ce qui suggère qu'une réduction de la dégradation de ces protéines serait responsable de leur accumulation, sans augmentation de leur production [10].
o Colite lymphocytaire
Le critère nécessaire pour porter le diagnostic
de colite lymphocytaire est la présence d'une augmentation
du nombre des LIE au niveau de l'épithélium de surface
de la muqueuse colo-rectale [5] (figure 4). Ce nombre doit être
supérieur à 20 pour 100 cellules épithéliales,
la normale étant inférieure à 5 [5]. Les
LIE sont assez facilement reconnus sur les colorations standard
grâce à leur noyau plus sombre que celui des cellules
épithéliales, et surtout à leur halo clair
périnucléaire. Dans les cas où l'augmentation
est massive, un compte précis n'est pas nécessaire.
Dans les formes moins intenses, il faut compter les LIE au niveau
de 500 cellules épithéliales. Ce compte doit être
fait à distance d'éventuels nodules lymphoïdes
du chorion au-dessus desquels le nombre de LIE est augmenté
à l'état normal. Il est possible de s'aider de techniques
immunohistochimiques. Celles-ci, utilisables sur des biopsies
fixées en paraffine, montrent que les LIE expriment l'antigène
leucocytaire commun, et qu'il s'agit de lymphocytes T, CD3+. Les
marquages sur biopsies congelées permettent de préciser
ce phénotype [11] : les LIE T sont majoritairement suppresseurs,
CD8+ (figure 5), et expriment un récepteur de type alphabeta.
Il faut noter qu'on n'observe pas l'augmentation des LIE exprimant
un récepteur de type gammabeta signalée dans l'intestin
grêle au cours des maladies cliaques.
L'autre signe indispensable au diagnostic de colite lymphocytaire
est négatif : il s'agit de l'absence d'épaississement
collagène sous-épithélial, qui, s'il est
présent, doit faire porter le diagnostic de colite collagène.
Autres lésions
En dehors des lésions diagnostiques de la colite collagène
et de la colite lymphocytaire, d'autres lésions épithéliales
et inflammatoires sont présentes. Elles sont similaires
dans les deux types de colite, ce qui est en partie responsable
des ambiguïtés de définitions, et des hypothèses
pathogéniques qui proposent un lien entre colite collagène
et colite lymphocytaire.
Les lésions inflammatoires sont présentes à
la fois dans l'épithélium et le chorion. Au cours
de la colite collagène, une augmentation des LIE est présente.
Elle n'est cependant pas constante, et est en moyenne un peu moins
intense que celle observée au cours de la colite lymphocytaire
[5, 12, 13]. Le phénotype des LIE est identique dans les
deux types de colite [11]. Un infiltrat inflammatoire de la lamina
propria est présent dans les deux types de colite, d'intensité
variable d'un cas à l'autre. Il est fait en majorité
de cellules lymphoïdes (lymphocytes, plasmocytes), parfois
de mastocytes et de polynucléaires éosinophiles.
Les polynucléaires neutrophiles sont peu nombreux, il n'y
a pas de granulome épithélioïde ou gigantocellulaire.
Les lésions épithéliales sont fréquentes,
là aussi similaires dans les deux types de colite, mais
d'intensité variable. L'architecture d'ensemble de la muqueuse
est respectée, sa hauteur n'est pas diminuée, sauf
dans les cas de colite collagène très intense où
un certain degré d'atrophie peut être présent.
Les lésions épithéliales sont présentes
au niveau de l'épithélium de surface, qui peut être
vacuolisé, décollé, voire totalement absent.
Ces lésions sont en moyenne plus intenses au cours de la
colite collagène qu'au cours de la colite lymphocytaire
[5, 13]. Il n'y a pratiquement jamais d'abcès cryptique.
Épidémiologie
Les principales caractéristiques épidémiologiques
sont présentées dans le tableau 2.
Bien que colite collagène et colite lymphocytaire soient
considérées comme rares, elles sont diagnostiquées
de plus en plus souvent, depuis que la pratique de biopsies colorectales
étagées s'est répandue dans le bilan des
diarrhées chroniques. Plus de 600 cas de colite collagène
ont été publiés. Le nombre de cas de colite
lymphocytaire est plus difficile à établir, compte
tenu des incertitudes dans la terminologie initiale. Ce nombre
est cependant largement inférieur, probablement compris
entre 50 et 100 [14].
Les données épidémiologiques sont plus abondantes
pour la colite collagène que pour la colite lymphocytaire.
Elles varient cependant d'une étude à l'autre. Ainsi
le pourcentage de cas de colite collagène parmi les malades
présentant une diarrhée chronique et une coloscopie
normale varie de 0,3 % à 5 % [15, 16], ce qui illustre
probablement les problèmes de définition à
la fois des symptômes cliniques et des lésions histologiques.
Des observations de colite collagène ont été
publiées dans de nombreux pays. Il faut cependant noter
l'absence de cas publiés en Asie, et le grand nombre de
cas publiés en Europe du Nord [17]. La prévalence
et l'incidence ont été étudiées dans
la province d'Orebrö en Suède [18]. La prévalence
en 1993 était de 15,7 pour 100 000 habitants, et l'incidence
annuelle de 1,8 pour 100 000 habitants. Cette étude confirmait
en outre l'âge moyen assez élevé noté
dans toutes les séries (64 ans), bien que des cas rares
aient été rapportés chez l'enfant, et la
grande prédominance féminine (sex-ratio de 9 pour
1). Un pic d'incidence était noté chez les femmes
âgées de 70 à 79 ans, tranche d'âge
dans laquelle l'incidence était proche de celle de la rectocolite
hémorragique. Quelques cas familiaux de colite collagène
ont été rapportés.
Les données épidémiologiques sont beaucoup
moins abondantes pour la colite lymphocytaire. Incidence et prévalence
sont inconnues. L'âge moyen de 51 ans est plus bas que celui
de la colite collagène [14]. Le sex-ratio est considéré
par certains auteurs comme presque égal à 1 [19].
En fait, au vu de l'ensemble des cas publiés, la colite
lymphocytaire est elle aussi plus fréquente chez la femme,
le sex-ratio n'étant pas statistiquement différent
de celui observé au cours de la colite collagène
[14].
Données cliniques et biologiques
Les principales caractéristiques cliniques et biologiques
sont présentées dans le tableau 2.
La colite collagène se manifeste par une diarrhée
hydrique, non hémorragique, le nombre quotidien de selles
pouvant atteindre 30, et des selles nocturnes étant présentes
dans 25 % des cas [14, 17]. Cette diarrhée est souvent
présente longtemps avant le diagnostic, et elle peut évoluer
par poussées entrecoupées de rémissions.
Des cas de rémission en cours de grossesse ont été
signalés [17]. Des signes associés sont présents
dans environ 1 cas sur 2, il s'agit de douleurs abdominales, de
météorisme, et d'amaigrissement, généralement
modérés. Sauf dans de rares cas, l'état général
est bien conservé.
Le tableau clinique de la colite lymphocytaire est identique,
fait d'une diarrhée aqueuse chronique, généralement
bien tolérée bien que parfois très intense
[14, 19].
Maladies associées
Les maladies associées sont fréquentes, aussi bien au cours de la colite collagène qu'au cours de la colite lymphocytaire, la fréquence de cette association ne semblant pas différer selon le type de colite. Il s'agit de maladies digestives (principalement maladie cliaque et gastrite chronique auto-immune), et surtout de maladies extradigestives, en particulier de pathologies rhumatologiques et/ou auto-immunes (polyarthrite rhumatoïde séropositive ou séronégative, syndrome de Sjögren, thyroïdite...). Dans la série numériquement la plus importante de colite collagène publiée, comprenant 163 cas [17], une maladie inflammatoire souvent auto-immune était présente dans 40 % des cas. Les liens entre colite microscopique et maladie cliaque sont difficiles à cerner. Des similitudes morphologiques importantes existent entre la maladie cliaque (importante augmentation des LIE dans l'intestin grêle, possibilité dans certains cas d'apparition d'une bande collagène sous-épithéliale dans l'intestin grêle) et les deux formes de colite microscopique. De nombreux cas d'association de maladie cliaque à une colite collagène ou à une colite lymphocytaire ont été rapportés [6]. Dans les séries de maladie cliaque, une augmentation du nombre des LIE est assez fréquente dans le côlon, répondant ainsi à la définition de la colite lymphocytaire [20, 21]. Wolber et al. ont proposé de désigner ces cas sous le terme d'entérocolite lymphocytaire [21], l'augmentation des LIE dans le côlon étant alors liée au gluten comme pour l'intestin grêle. Il n'en demeure pas moins que, dans la majorité des cas de colite microscopique publiés, quand des biopsies de l'intestin grêle avaient été réalisées, elles ne présentaient ni atrophie villositaire ni dépôt collagène, montrant ainsi que la plupart des colites microscopiques s'observent en l'absence de maladie cliaque. La constatation par Moayyedi et al. [22] d'une possible sensibilisation "latente" au gluten au cours de certaines colites collagènes et colites lymphocytaires est difficile à interpréter et doit être confirmée par d'autres travaux.
Examens complémentaires
Le bilan étiologique de la diarrhée est négatif
en dehors du résultat des biopsies coliques, aussi bien
en cas de colite collagène que de colite lymphocytaire.
La coloscopie est normale ou ne montre que des anomalies non significatives.
Il n'y a pas de signe d'infection ou de malabsorption, pas de
syndrome inflammatoire important. Dans certaines séries,
une leucocytose fécale importante a été notée
en cas de colite collagène [23]. Des autoanticorps, en
particulier des anticorps anti-noyau sont assez souvent présents,
leur fréquence atteignant 50 % dans certaines séries,
et ne paraissant pas différer entre colite collagène
et colite lymphocytaire [19, 24].
Une association entre la colite lymphocytaire et le groupe HLA
A1 (66,6 %) et une association inverse avec le groupe HLA A3 (0
%) ont été notées par le groupe du John Hopkins
Hospital, absentes en cas de colite collagène (HLA A1 :
26 % ; HLA A3 : 26 %) [25]. Il n'y avait pas d'association avec
les groupes HLA B8 et HLA DR3.
Histoire naturelle et traitement
Colite collagène et colite lymphocytaire sont des maladies
chroniques, qui ont une évolution généralement
bénigne, parfois faite de rémissions et de rechutes
diarrhéiques. Cette évolution ne semble pas directement
liée à l'intensité des lésions inflammatoires,
que ce soit pour la colite collagène ou pour la colite
lymphocytaire. L'interprétation des cas d'accentuation,
de diminution, voire de disparition des lésions au cours
du suivi est très difficile, compte tenu du caractère
souvent irrégulier des altérations histologiques.
Un seul cas de colite collagène d'évolution fatale
a été rapporté [26]. Il faut cependant noter,
que dans certains cas, les symptômes avaient été
jugés suffisamment sévères pour justifier
un traitement chirurgical par diversion colique totale [27].
De nombreux traitements ont été proposés
au cours des colites microscopiques [14, 28]. Leur efficacité
est difficile à apprécier en l'absence de toute
étude contrôlée. Des données plus abondantes
pour la colite collagène que pour la colite lymphocytaire
sont disponibles, mais il ne semble pas que les résultats
soient différents entre les deux types. Les conclusions
suivantes peuvent être tirées des données
de la littérature [29] : les opiacés sont très
peu efficaces. Des résultats très divers ont été
rapportés avec de nombreuses drogues, en particulier des
antibiotiques, le collagénan (mépacrine, chloroquine)
et la cholestyramine. L'efficacité des dérivés
5-aminosalicylés varie selon les études entre 15
% et 88 %. Les corticoïdes, par voie orale ou par lavement,
sont efficaces dans 70 % à 90 % des cas, 20 % à
30 % des malades rechutant à l'arrêt du traitement.
Zins et al. ont proposé un algorithme tenant compte de
ces résultats [14], faisant des dérivés 5-aminosalicylés
le traitement de première ligne, complété
par des corticoïdes en cas d'échec complet ou partiel.
Au vu du travail de Jarnerot et al. [27], Zins et al. [14] proposent,
en cas de symptômes très sévères clairement
attribués à la colite microscopique et résistant
au traitement médical, un traitement chirurgical par iléostomie
de diversion ou coloproctectomie avec iléostomie. Dans
cette série de 9 malades atteints de colite collagène
traitée par iléostomie, la diarrhée a disparu
en postopératoire dans tous les cas, et l'épaisseur
de la bande collagène a diminué très significativement
[27]. Trois malades ont vu leur diarrhée récidiver
et le dépôt collagène augmenter après
rétablissement de la continuité digestive. Cette
expérience, si elle semble concerner un sous-groupe de
malades très exceptionnel au plan thérapeutique,
apporte cependant des données importantes au plan pathogénique.
Relations colite collagène - colite lymphocytaire
Colite collagène et colite lymphocytaire présentent de nombreuses similitudes épidémiologiques et cliniques. Sur le plan histologique, ces parentés sont également majeures, les lésions étant en fait pratiquement identiques, en dehors de l'épaississement collagène présent uniquement au cours de la colite collagène. Des différences existent cependant, en particulier en termes de groupe HLA [25]. Veress et al. [12] ont même proposé de décrire, au sein des colites microscopiques, trois groupes différents, les colites collagènes pures, sans augmentation des LIE, les colites lymphocytaires pures, sans épaississement collagène, et une forme mixte, comportant à la fois une augmentation des LIE et un épaississement collagène (figure 6). Il faut noter que, dans ce troisième groupe, l'épaisseur moyenne du collagène (29 mum) était inférieure à celle des colites collagènes pures (43 mum), ce qui suggère que le groupe intermédiaire représente une phase plus précoce de la maladie ; par contre, aucun passage d'un groupe vers un autre n'a été noté parmi 6 malades suivis de 4 à 7 ans, ce qui pourrait représenter un argument opposé. Ce travail s'ajoute à la série des articles tentant d'établir un lien entre colite collagène et colite lymphocytaire, le plus souvent en décrivant l'évolution de lésions de type colite lymphocytaire vers des lésions de type colite collagène [4], mais parfois une évolution inverse [30], en sachant que ces évolutions histologiques doivent toujours être interprétées avec prudence compte tenu des problèmes d'échantillonnage biopsique. Il est en fait impossible à l'heure actuelle de déterminer avec certitude les relations entre colite collagène et colite lymphocytaire. L'absence de certitude pathogénique rend encore plus difficile ce problème. Il est possible, comme nous le verrons dans le prochain paragraphe, que colite collagène et colite lymphocytaire aient des étiologie variées. Il serait alors envisageable que, dans certains cas de mécanisme inflammatoire "auto-immun", la colite lymphocytaire représente un stade précoce d'une maladie évoluant ensuite vers une colite collagène, ce qui rendrait compte de certaines observations privilégiées dans la littérature, et de l'âge moyen plus jeune des malades présentant une colite lymphocytaire par rapport à ceux présentant une colite collagène. Dans d'autres cas, l'étiologie pourrait être tout à fait différente, par exemple d'origine médicamenteuse ou infectieuse, aboutissant alors soit à une colite lymphocytaire, soit à une colite collagène.
Pathogénie
A l'heure actuelle, deux théories sont proposées
pour expliquer le développement de la colite collagène.
La première propose un mécanisme inflammatoire,
possiblement auto-immun, qui pourrait être activé
par des médicaments, des toxines endogènes ou des
facteurs environnementaux. De nombreux arguments plaident en faveur
de cette théorie : la présence fréquente
d'auto-anticorps, l'association fréquente à des
maladies auto-immunes, la fréquence d'une leucocytose fécale,
et l'efficacité très fréquente de médicaments
tels que les dérivés 5-aminosalicylés et
les corticoïdes. Il a de plus été montré
que l'intensité de la diarrhée n'était pas
corrélée à l'épaisseur du collagène
mais à la densité de l'infiltrat inflammatoire du
chorion [31]. La seconde hypothèse rendrait responsable
une anomalie locale des fibroblastes de la gaine péricryptique,
qui continueraient à synthétiser du collagène
malgré la présence de l'épaisse bande. Il
faut cependant noter que si cette hypothèse était
vérifiée, on s'attendrait à la présence
de collagène de type IV caractéristique des membranes
basales au sein de ce dépôt plutôt que de collagène
de type I et III, caractéristique des processus de cicatrisation
[9, 10]. L'absence d'augmentation de synthèse du collagène
noté en hybridation in situ va également à
l'encontre de cette théorie [10].
Les seuls médicaments qui aient été proposés
comme pouvant jouer un rôle dans la pathogénie de
la colite collagène sont les anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS) [32]. De nombreux malades atteints de colite collagène
ayant également des maladies rhumatologiques, la consommation
d'AINS est fréquente chez ces malades sans que cela prouve
un rôle étiologique des médicaments. Dans
une étude cas-témoins de 31 malades atteints de
colite collagène [32], 19 malades avaient pris des AINS,
en particulier de l'acide salicylique, pendant plus de 6 mois
avant le diagnostic de colite collagène contre seulement
4 des témoins, la différence étant significative.
Ce lien reste cependant très discuté dans la littérature
[12]. La rémission clinique entraînée par
la diversion colique totale suggère l'importance d'un agent
endoluminal [27], qui pourrait être un agent infectieux
spécifique, ou plutôt représenter la flore
intestinale dans son ensemble.
La plupart des cas de colite lymphocytaire sont d'étiologie
inconnue. Un mécanisme auto-immun est également
suggéré, sur des arguments similaires à ceux
avancés pour la colite collagène [14]. Dans quelques
cas, en particulier en France, les lésions de colite lymphocytaire
ont pu être attribuées de façon formelle à
une prise médicamenteuse. Il s'agit en particulier de plusieurs
observations de colite lymphocytaire due au Cyclo 3® [33,
34] et d'un cas de colite lymphocytaire secondaire à la
prise de ranitidine [35]. Il faut noter que, dans ce cas, une
augmentation de l'apoptose était présente au niveau
des cellules épithéliales [36], et que ce phénomène
a déjà été signalé comme pouvant
jouer un rôle dans des lésions digestives d'origine
médicamenteuse [37]. Dans les quelques observations de
colite microscopique associée à la prise de ticlopidine,
les lésions étaient particulières par la
présence de nombreux polynucléaires éosinophiles
[38] et de nombreuses cellules apoptotiques étaient également
présentes.
Les colites microscopiques : un cadre nosologique plus large ?
La définition des colites microscopiques est en fait
très large. Si ce terme recouvre, pour la plupart des auteurs,
colite collagène et colite lymphocytaire, il est certain
que des anomalies histologiques de la muqueuse colorectale peuvent
s'observer dans d'autres circonstances chez les sujets ayant une
endoscopie normale. Il est probable que les premières publications
de colite microscopique avaient inclus des cas qui ne répondaient
ni à une colite collagène, ni à une colite
lymphocytaire [39], en particulier des colites idiopathiques endoscopiquement
quiescentes, des colites à éosinophiles, et peut-être
des colites d'origine médicamenteuse. Dans certains cas,
aucune pathologie n'est trouvée. Il semble donc logique
d'inclure ces cas dans un cadre d'attente de "colite microscopique
non colite collagène, non colite lymphocytaire", cadre
qu'il importera de préciser.
D'autres entités de description très récente
peuvent également rentrer "stricto sensu" dans
la définition de la colite microscopique. Ainsi, l'entérocolite
péricryptique à éosinophiles [40] est caractérisée
sur le plan histologique par un infiltrat péricryptique
grêle riche en éosinophiles, chez des malades présentant
une diarrhée chronique, une coloscopie normale, et atteints
dans la moitié des cas d'une maladie de système
extradigestive. La lymphocytose épithéliale colique
associée à une épidémie de diarrhée
chronique [41], caractérisée sur le plan histologique
par une augmentation des LIE qui reste cependant inférieure
à celle de la colite lymphocytaire "habituelle",
est un autre exemple de cadre nosologique comportant des anomalies
histologiques des biopsies colorectales sans anomalie endoscopique.
Il paraît donc au total que le cadre des colites microscopiques
est probablement multiple. A côté de la colite collagène,
entité la mieux décrite, aux critères diagnostiques
les mieux établis, relativement fréquente mais de
pathogénie inconnue, et de la colite lymphocytaire, probablement
plus rare, et qui pourrait appartenir au même spectre lésionnel,
d'autres entités restent à décrire et à
préciser.
REFERENCES :
1. Lindström C. Collagenous colitis with watery diarrhoea :
a new entity ? Path Europ 1976 ; 11 : 87-9.
2. Read N, Krejs G, Read M, Santa Ana C, Morawski S, Fordtran J. Chronic diarrhoea of unknown origin. Gastroenterology 1980 ; 78 : 264-71.
3. Kingham J, Levison D, Ball J, Dawson A. Microscopic colitis - a cause of chronic watery diarrhoea. Br Med J 1982 ; 285 : 1601-5.
4. Jessurun J, Yardley JH, Lee EL, Vendrell DD, Schiller LR, Fordtran JS. Microscopic and collagenous colitis : different names for the same condition ? Gastroenterology 1986 ; 91 : 1583-4.
5. Lazenby A, Yardley J, Giardiello F, Jessurun J, Bayless T. Lymphocytic (microscopic) colitis : a comparative histological study with particular reference to collagenous colitis. Hum Pathol 1989 ; 20 : 18-28.
6. Jawhari A, Talbot IC. Microscopic, lymphocytic and collagenous colitis. Histopathology 1996 ; 29 : 101-10.
7. Bogomoletz WV. Les colites microscopiques (colite collagène, colite lymphocytaire et autres formes) : un concept nosologique unitaire. Gastroenterol Clin Biol 1996 ; 20 : 835-7.
8. Tanaka M, Mazzoleni G, Riddell R. Distribution of collagenous colitis : utility of flexible sigmoidoscopy. Gut 1992 ; 33 : 65-70.
9. Fléjou JF, Grimaud JA, Molas G, Baviera E, Potet F. Collagenous colitis : ultrastructural study and collagen immunotyping of four cases. Arch Pathol Lab Med 1984 : 108 : 977-82.
10. Aigner T, Neureiter D, Müller S, Küspert G, Belke J, Kirchner T. Extracellular matrix composition and gene expression in collagenous colitis. Gastroenterology 1997 ; 113 : 136-43.
11. Mosnier JF, Larvol L, Barge J, Dubois S, de La Bigne G, Hénin D, et al. Lymphocytic and collagenous colitis : an immunohistochemical study. Am J Gastroenterol 1996 ; 91 : 709-13.
12. Veress B, Löfberg R, Bergman L. Microscopic colitis syndrome. Gut 1995 ; 36 : 880-6.
13. Cymes K, Potet F, Dauge-Geffroy MC, Fléjou JF, Rampal A, Klein O, et al. La colite lymphocytaire et la colite collagène sont-elles une seule et même maladie ? Arguments tirés d'une étude quantitative sur biopsies. Ann Pathol 1996 ; 16 : 430-4.
14. Zins BJ, Sandborn WJ, Tremaine WJ. Collagenous and lymphocytic colitis : subject review and therapeutic alternatives. Am J Gastroentol 1995 ; 90 : 1394-400.
15. Shurberg J, McCoy K, Yardley J, Travers R, Giardiello F, Lazenby A. Collagenous colitis seen in 1 320 patients with chronic diarrhoea in a community practice of gastroenterology from 1976 to 1986. Gastroenterology 1988 ; 94 : A426.
16. Gineston J, Sevestre H, Descombes P, Viot J, Sevenet F, Davion T, et al. Biopsies d'un rectum et d'un côlon endoscopiquement normaux : une nécessité. Gastroenterol Clin Biol 1989 ; 13 : 360-3.
17. Bohr J, Tysk C, Eriksson S, Abrahamsson H, Järnerot G. Collagenous colitis : a retrospective study of clinical presentation and treatment in 163 patients. Gut 1996 ; 39 : 846-51.
18. Bohr J, Tysk C, Eriksson S, Järnerot G. Collagenous colitis in Örebro, Sweden, an epidemiological study 1984-1993. Gut 1995 ; 37 : 394-7.
19. Giardiello FM, Lazenby AJ, Bayless TM, Levine EJ, Bias WB, Ladenson PW, et al. Lymphocytic (microscopic) colitis. Clinicopathologic study of 18 patients and comparison to collagenous colitis. Dig Dis Sci 1989 ; 34 : 1730-8.
20. Dubois R, Lazenby A, Yardley J, Hendrix T, Bayless T, Giardiello F. Lymphocytic enterocolitis in patients with "refractory sprue". JAMA 1989 ; 262 : 935-7.
21. Wolber R, Owen D, Freeman H. Colonic lymphocytosis in patients with celiac sprue. Hum Pathol 1990 ; 21 : 1090-6.
22. Moayyedi P, O'Mahony S, Jackson P, Lynch DAF, Dixon MF, Axon ATR. Small intestine in lymphocytic and collagenous colitis : mucosal morphology, permeability, and secretory immunity to gliadin. J Clin Pathol 1997 ; 50 : 527-9.
23. Zins BJ, Tremaine WJ, Carpenter HA. Collagenous colitis : mucosal biopsies and association with fecal leukocytes. Mayo Clin Proc 1995 ; 70 : 430-3.
24. Sylwestrowicz T, Kelly JK, Hwang WK, Shaffer EA. Collagenous colitis and microscopic colitis. The watery diarrhea-colitis syndrome. Am J Gastroenterol 1989 ; 84 : 763-8.
25. Giardiello F, Lazenby A, Yardley J, Bias WB, Johnson J, Alianello RG, et al. Increased HLA A1 and diminished HLA A3 in lymphocytic colitis compared to controls and patients with collagenous colitis. Dig Dis Sci 1992 ; 37 : 496-9.
26. Widgren S, MacGee W. Collagenous colitis with protracted course and fatal evolution. Report of a case. Pathol Res Pract 1990 ; 186 : 303-6.
27. Järnerot G, Tysk C, Bohr J, Eriksson S. Collagenous colitis and fecal stream diversion. Gastroenterology 1995 ; 109 : 449-55.
28. Pimentel RR, Achkar E, Bedford R. Collagenous colitis : a treatable disease with an elusive diagnosis. Dig Dis Sci 1995 ; 40 : 1400-4.
29. Cuillerier E, Lemann M. La colite collagène appartient-elle à la famille des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin ? Gastroenterol Clin biol 1996 ; 20 : 923-4.
30. Bowling TE, Price AB, Al-Adnani M, Fairclough PD, Menzies-Gow N, Silk DBA. Interchange between collagenous and lymphocytic colitis in severe disease with autoimmune associations requiring colectomy : a case report. Gut 1996 ; 38 : 788-91.
31. Lee E, Schiller LR, Vendrell D, Santa Ana CA, Fordtran JS. Subepithelial collagen table thickness in colon specimens from patients with microscopic colitis and collagenous colitis. Gastroenterology 1992 ; 103 : 1790-6.
32. Riddell RH, Tanaka M, Mazzoleni G. Non-steroidal anti-inflammatory drugs as a possible cause of collagenous colitis : a case-control study. Gut 1992 ; 33 : 683-6.
33. Beaugerie L, Luboinski J, Brousse N, Cosnes J, Chatelet FP, Gendre JP, et al. Drug-induced lymphocytic colitis. Gut 1994 ; 35 : 426-8.
34. Pierrugues R, Saingra B. Colite lymphocytaire et Cyclo 3 fort. Quatre nouvelles observations. Gastroenterol Clin Biol 1996 ; 20 : 916-7.
35. Beaugerie L, Patey N, Brousse N. Ranitidine, diarrhoea, and lymphocytic colitis. Gut 1995 ; 37 : 708-11.
36. Beaugerie L, Berrebi D, Dikov D, Potet F. Epithelial apoptosis as a very early marker of drug-induced colitis : the example of ranitidine. Gastroenterol Clin Biol 1996 ; 20 : 918-9.
37. Lee FD. Drug-related pathological lesions of the intestinal tract. Histopathology 1994 ; 25 : 303-8.
38. Berrebi D, Fléjou JF, Rotenberg A, Goldfain D, Sautet A, Potet F. Mise en évidence de l'apoptose dans les colites associées à la prise de ticlopidine par la méthode Tunel. Gastroenterol Clin Biol 1995 ; 19 : A47.
39. Levison DA, Lazenby AJ, Yardley JH. Microscopic cases revisited. Gastroenterology 1993 ; 105 : 1594-6.
40. Clouse RE, Alpers DH, Hockenbery DM, de Schryver-Kecsemeti K. Pericrypt eosinophilic enterocolitis and chronic diarrhea. Gastroenterology 1992 ; 103 : 168-76.
41. Bryant DA, Mintz ED, Puhr ND, Griffin PM, Petras RE. Colonic lymphocytosis asociated with an epidemic chronic diarhea. Am J Surg Pathol 1996 ; 20 : 1102-9.