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Les colites microscopiques


  
Jean-François FLÉJOU
Wladimir V. BOGOMOLETZ 
 

J.F. Fléjou : Service d'anatomie pathologique, hôpital Beaujon, 92118  Clichy Cedex.
 W.V. Bogomoletz : Service d'anatomie pathologique, institut  Jean- Godinot, Reims.
     


RESUME:

Le terme de colite microscopique regroupe actuellement la colite collagène et la colite lymphocytaire. Il désigne un syndrome anatomoclinique caractérisé par la présence d'anomalies histologiques sur les biopsies coliques, chez des malades qui présentent une diarrhée aqueuse chronique, sans anomalie endoscopique. Environ 600 cas de colite collagène ont été décrits ; ce diagnostic est porté devant la présence d'une bande collagène sous l'épithélium de surface de la muqueuse colorectale. Les cas de colite lymphocytaire sont moins nombreux dans la littérature ; ce diagnostic est porté devant une augmentation importante du nombre de lymphocytes intra-épithéliaux dans l'épithélium de surface de la muqueuse colorectale. Des lésions inflammatoires du chorion et des altérations de l'épithélium de surface sont associées dans les deux types de colite.
Colite collagène et colite lymphocytaire sont d'étiologie inconnue. Il pourrait s'agir de lésions inflammatoires de mécanisme auto-immun, activées par des agents exogènes variés, tels que des bactéries ou des médicaments (anti-inflammatoires non stéroïdiens pour la colite collagène, divers toniques veineux dans certains cas de colite lymphocytaire). Les similitudes cliniques (en particulier la forte prédominance féminine et l'association fréquente à d'autres maladies auto-immunes) et morphologiques importantes entre colite collagène et colite lymphocytaire ont fait émettre l'hypothèse, non encore vérifiée, que ces deux types de colite pourraient représenter des stades différents d'une même maladie, la colite lymphocytaire étant alors généralement considérée comme le stade précoce de la maladie.
Bien que non validé par des essais randomisés, le traitement des colites microscopiques repose généralement sur les dérivés 5-aminosalicylés, ou sur les corticoïdes par voie locale ou générale. La constatation récente de l'efficacité de la diversion colique totale sur la diarrhée de malades atteints de colite collagène semble surtout intéressante sur le plan pathogénique, ce traitement ne pouvant être envisagé que dans les rares cas de colite collagène très invalidante.
Certaines entités de description plus récente pourraient être ajoutées au groupe des colites microscopiques. Il s'agit en particulier de la colite péricryptique chronique à éosinophiles, et de la lymphocytose épithéliale colique "épidémique".


Mots clés : colite microscopique, colite collagène, colite lymphocytaire, diarrhée  chronique.




Définition et terminologie

Le terme de colite microscopique recouvre actuellement deux entités distinctes, la colite collagène et la colite lymphocytaire. Il s'agit par définition d'un syndrome anatomoclinique, associant une diarrhée hydrique chronique, sans anomalie coloscopique, à des lésions inflammatoires de la muqueuse colorectale, détectées par les biopsies endoscopiques.
Le premier cas de colite collagène a été décrit en 1976 par Lindström [1], qui rapportait l'observation d'un malade présentant une diarrhée chronique et chez lequel les biopsies rectales avaient mis en évidence une bande collagène sous-épithéliale. Depuis cette observation princeps, plus de 600 cas de colite collagène ont été rapportés, représentant maintenant une entité bien reconnue, bien que de pathogénie toujours inconnue.
Le terme de colite microscopique a été utilisé pour la première fois par Read et al. en 1980 [2], pour désigner des lésions inflammatoires observées chez 8 malades parmi 27 malades qui présentaient une diarrhée chronique idiopathique et une coloscopie normale. Le terme fut à nouveau employé en 1982 par Kingham et al. [3] pour rapporter les observations de 6 malades présentant le même tableau anatomoclinique.
A partir de 1986, le groupe du John Hopkins Hospital à Baltimore rapprocha ce qui était alors décrit sous le terme de "colite microscopique" de la colite collagène, en insistant sur les similitudes cliniques et histologiques des deux entités entre lesquelles il suggérait, dès cette époque, des liens possibles [4]. Le même groupe, en examinant une série importante de colites microscopiques et de colites collagènes, insista ensuite sur la lésion constante et caractéristique de ce qui était appelé à l'époque "colite microscopique", la présence d'une augmentation importante du nombre des lymphocytes intra-épithéliaux (LIE) [5]. Ces auteurs proposaient alors, pour désigner cette lésion, le terme de "colite lymphocytaire". Après une période de confusion, pendant laquelle les définitions de ces trois termes différèrent manifestement entre les équipes, un consensus s'est dégagé pour considérer que les colites microscopiques représentent un terme générique, au sein duquel pourraient être placées la colite collagène, la colite lymphocytaire et probablement d'autres colites de description encore plus récente, comme nous le reverrons [6, 7]. Les liens entre ces différentes formes de colite microscopique restent l'objet de controverses.

Aspects histologiques

Les principales lésions sont présentées dans le tableau 1. Elles peuvent être classées en lésions diagnostiques et en lésions non diagnostiques.

Lésions histologiques diagnostiques

o Colite collagène

La lésion nécessaire et suffisante pour faire le diagnostic de colite collagène est la présence d'une bande collagène sous-épithéliale au niveau de la muqueuse colorectale (figure 1). Il est admis que l'épaisseur de cette bande doit être supérieure à 10 mum pour porter le diagnostic de colite collagène, sur des coupes bien orientées. L'épaisseur de cette bande peut être considérable dans certains cas ; elle est alors facilement reconnue sur les colorations standard. Elle est parfois discrète, irrégulièrement répartie, voire focale, et les colorations du collagène (trichrome de Masson, picrosirius...) sont alors très utiles pour l'identifier (figure 2). L'épaississement prédomine souvent dans le côlon droit et est parfois absent des biopsies rectales [8], ce qui suggère qu'une rectoscopie avec biopsie normale ne suffit pas à éliminer ce diagnostic. La microscopie électronique confirme qu'il s'agit bien de collagène, de type I, III et VI en immunohistochimie, joint à de la ténascine, alors que la membrane basale, riche en collagène IV, est préservée au-dessus du dépôt [9, 10] (figure 3). L'hybridation in situ ne montre pas d'augmentation des ARNm du collagène, ce qui suggère qu'une réduction de la dégradation de ces protéines serait responsable de leur accumulation, sans augmentation de leur production [10].

o Colite lymphocytaire

Le critère nécessaire pour porter le diagnostic de colite lymphocytaire est la présence d'une augmentation du nombre des LIE au niveau de l'épithélium de surface de la muqueuse colo-rectale [5] (figure 4). Ce nombre doit être supérieur à 20 pour 100 cellules épithéliales, la normale étant inférieure à 5 [5]. Les LIE sont assez facilement reconnus sur les colorations standard grâce à leur noyau plus sombre que celui des cellules épithéliales, et surtout à leur halo clair périnucléaire. Dans les cas où l'augmentation est massive, un compte précis n'est pas nécessaire. Dans les formes moins intenses, il faut compter les LIE au niveau de 500 cellules épithéliales. Ce compte doit être fait à distance d'éventuels nodules lymphoïdes du chorion au-dessus desquels le nombre de LIE est augmenté à l'état normal. Il est possible de s'aider de techniques immunohistochimiques. Celles-ci, utilisables sur des biopsies fixées en paraffine, montrent que les LIE expriment l'antigène leucocytaire commun, et qu'il s'agit de lymphocytes T, CD3+. Les marquages sur biopsies congelées permettent de préciser ce phénotype [11] : les LIE T sont majoritairement suppresseurs, CD8+ (figure 5), et expriment un récepteur de type alphabeta. Il faut noter qu'on n'observe pas l'augmentation des LIE exprimant un récepteur de type gammabeta signalée dans l'intestin grêle au cours des maladies cliaques.
L'autre signe indispensable au diagnostic de colite lymphocytaire est négatif : il s'agit de l'absence d'épaississement collagène sous-épithélial, qui, s'il est présent, doit faire porter le diagnostic de colite collagène.

Autres lésions

En dehors des lésions diagnostiques de la colite collagène et de la colite lymphocytaire, d'autres lésions épithéliales et inflammatoires sont présentes. Elles sont similaires dans les deux types de colite, ce qui est en partie responsable des ambiguïtés de définitions, et des hypothèses pathogéniques qui proposent un lien entre colite collagène et colite lymphocytaire.
Les lésions inflammatoires sont présentes à la fois dans l'épithélium et le chorion. Au cours de la colite collagène, une augmentation des LIE est présente. Elle n'est cependant pas constante, et est en moyenne un peu moins intense que celle observée au cours de la colite lymphocytaire [5, 12, 13]. Le phénotype des LIE est identique dans les deux types de colite [11]. Un infiltrat inflammatoire de la lamina propria est présent dans les deux types de colite, d'intensité variable d'un cas à l'autre. Il est fait en majorité de cellules lymphoïdes (lymphocytes, plasmocytes), parfois de mastocytes et de polynucléaires éosinophiles. Les polynucléaires neutrophiles sont peu nombreux, il n'y a pas de granulome épithélioïde ou gigantocellulaire.
Les lésions épithéliales sont fréquentes, là aussi similaires dans les deux types de colite, mais d'intensité variable. L'architecture d'ensemble de la muqueuse est respectée, sa hauteur n'est pas diminuée, sauf dans les cas de colite collagène très intense où un certain degré d'atrophie peut être présent. Les lésions épithéliales sont présentes au niveau de l'épithélium de surface, qui peut être vacuolisé, décollé, voire totalement absent. Ces lésions sont en moyenne plus intenses au cours de la colite collagène qu'au cours de la colite lymphocytaire [5, 13]. Il n'y a pratiquement jamais d'abcès cryptique.

Épidémiologie

Les principales caractéristiques épidémiologiques sont présentées dans le tableau 2.
Bien que colite collagène et colite lymphocytaire soient considérées comme rares, elles sont diagnostiquées de plus en plus souvent, depuis que la pratique de biopsies colorectales étagées s'est répandue dans le bilan des diarrhées chroniques. Plus de 600 cas de colite collagène ont été publiés. Le nombre de cas de colite lymphocytaire est plus difficile à établir, compte tenu des incertitudes dans la terminologie initiale. Ce nombre est cependant largement inférieur, probablement compris entre 50 et 100 [14].
Les données épidémiologiques sont plus abondantes pour la colite collagène que pour la colite lymphocytaire. Elles varient cependant d'une étude à l'autre. Ainsi le pourcentage de cas de colite collagène parmi les malades présentant une diarrhée chronique et une coloscopie normale varie de 0,3 % à 5 % [15, 16], ce qui illustre probablement les problèmes de définition à la fois des symptômes cliniques et des lésions histologiques. Des observations de colite collagène ont été publiées dans de nombreux pays. Il faut cependant noter l'absence de cas publiés en Asie, et le grand nombre de cas publiés en Europe du Nord [17]. La prévalence et l'incidence ont été étudiées dans la province d'Orebrö en Suède [18]. La prévalence en 1993 était de 15,7 pour 100 000 habitants, et l'incidence annuelle de 1,8 pour 100 000 habitants. Cette étude confirmait en outre l'âge moyen assez élevé noté dans toutes les séries (64 ans), bien que des cas rares aient été rapportés chez l'enfant, et la grande prédominance féminine (sex-ratio de 9 pour 1). Un pic d'incidence était noté chez les femmes âgées de 70 à 79 ans, tranche d'âge dans laquelle l'incidence était proche de celle de la rectocolite hémorragique. Quelques cas familiaux de colite collagène ont été rapportés.
Les données épidémiologiques sont beaucoup moins abondantes pour la colite lymphocytaire. Incidence et prévalence sont inconnues. L'âge moyen de 51 ans est plus bas que celui de la colite collagène [14]. Le sex-ratio est considéré par certains auteurs comme presque égal à 1 [19]. En fait, au vu de l'ensemble des cas publiés, la colite lymphocytaire est elle aussi plus fréquente chez la femme, le sex-ratio n'étant pas statistiquement différent de celui observé au cours de la colite collagène [14].

Données cliniques et biologiques

Les principales caractéristiques cliniques et biologiques sont présentées dans le tableau 2.
La colite collagène se manifeste par une diarrhée hydrique, non hémorragique, le nombre quotidien de selles pouvant atteindre 30, et des selles nocturnes étant présentes dans 25 % des cas [14, 17]. Cette diarrhée est souvent présente longtemps avant le diagnostic, et elle peut évoluer par poussées entrecoupées de rémissions. Des cas de rémission en cours de grossesse ont été signalés [17]. Des signes associés sont présents dans environ 1 cas sur 2, il s'agit de douleurs abdominales, de météorisme, et d'amaigrissement, généralement modérés. Sauf dans de rares cas, l'état général est bien conservé.
Le tableau clinique de la colite lymphocytaire est identique, fait d'une diarrhée aqueuse chronique, généralement bien tolérée bien que parfois très intense [14, 19].

Maladies associées

Les maladies associées sont fréquentes, aussi bien au cours de la colite collagène qu'au cours de la colite lymphocytaire, la fréquence de cette association ne semblant pas différer selon le type de colite. Il s'agit de maladies digestives (principalement maladie cliaque et gastrite chronique auto-immune), et surtout de maladies extradigestives, en particulier de pathologies rhumatologiques et/ou auto-immunes (polyarthrite rhumatoïde séropositive ou séronégative, syndrome de Sjögren, thyroïdite...). Dans la série numériquement la plus importante de colite collagène publiée, comprenant 163 cas [17], une maladie inflammatoire souvent auto-immune était présente dans 40 % des cas. Les liens entre colite microscopique et maladie cliaque sont difficiles à cerner. Des similitudes morphologiques importantes existent entre la maladie cliaque (importante augmentation des LIE dans l'intestin grêle, possibilité dans certains cas d'apparition d'une bande collagène sous-épithéliale dans l'intestin grêle) et les deux formes de colite microscopique. De nombreux cas d'association de maladie cliaque à une colite collagène ou à une colite lymphocytaire ont été rapportés [6]. Dans les séries de maladie cliaque, une augmentation du nombre des LIE est assez fréquente dans le côlon, répondant ainsi à la définition de la colite lymphocytaire [20, 21]. Wolber et al. ont proposé de désigner ces cas sous le terme d'entérocolite lymphocytaire [21], l'augmentation des LIE dans le côlon étant alors liée au gluten comme pour l'intestin grêle. Il n'en demeure pas moins que, dans la majorité des cas de colite microscopique publiés, quand des biopsies de l'intestin grêle avaient été réalisées, elles ne présentaient ni atrophie villositaire ni dépôt collagène, montrant ainsi que la plupart des colites microscopiques s'observent en l'absence de maladie cliaque. La constatation par Moayyedi et al. [22] d'une possible sensibilisation "latente" au gluten au cours de certaines colites collagènes et colites lymphocytaires est difficile à interpréter et doit être confirmée par d'autres travaux.

Examens complémentaires

Le bilan étiologique de la diarrhée est négatif en dehors du résultat des biopsies coliques, aussi bien en cas de colite collagène que de colite lymphocytaire. La coloscopie est normale ou ne montre que des anomalies non significatives. Il n'y a pas de signe d'infection ou de malabsorption, pas de syndrome inflammatoire important. Dans certaines séries, une leucocytose fécale importante a été notée en cas de colite collagène [23]. Des autoanticorps, en particulier des anticorps anti-noyau sont assez souvent présents, leur fréquence atteignant 50 % dans certaines séries, et ne paraissant pas différer entre colite collagène et colite lymphocytaire [19, 24].
Une association entre la colite lymphocytaire et le groupe HLA A1 (66,6 %) et une association inverse avec le groupe HLA A3 (0 %) ont été notées par le groupe du John Hopkins Hospital, absentes en cas de colite collagène (HLA A1 : 26 % ; HLA A3 : 26 %) [25]. Il n'y avait pas d'association avec les groupes HLA B8 et HLA DR3.

Histoire naturelle et traitement

Colite collagène et colite lymphocytaire sont des maladies chroniques, qui ont une évolution généralement bénigne, parfois faite de rémissions et de rechutes diarrhéiques. Cette évolution ne semble pas directement liée à l'intensité des lésions inflammatoires, que ce soit pour la colite collagène ou pour la colite lymphocytaire. L'interprétation des cas d'accentuation, de diminution, voire de disparition des lésions au cours du suivi est très difficile, compte tenu du caractère souvent irrégulier des altérations histologiques. Un seul cas de colite collagène d'évolution fatale a été rapporté [26]. Il faut cependant noter, que dans certains cas, les symptômes avaient été jugés suffisamment sévères pour justifier un traitement chirurgical par diversion colique totale [27].
De nombreux traitements ont été proposés au cours des colites microscopiques [14, 28]. Leur efficacité est difficile à apprécier en l'absence de toute étude contrôlée. Des données plus abondantes pour la colite collagène que pour la colite lymphocytaire sont disponibles, mais il ne semble pas que les résultats soient différents entre les deux types. Les conclusions suivantes peuvent être tirées des données de la littérature [29] : les opiacés sont très peu efficaces. Des résultats très divers ont été rapportés avec de nombreuses drogues, en particulier des antibiotiques, le collagénan (mépacrine, chloroquine) et la cholestyramine. L'efficacité des dérivés 5-aminosalicylés varie selon les études entre 15 % et 88 %. Les corticoïdes, par voie orale ou par lavement, sont efficaces dans 70 % à 90 % des cas, 20 % à 30 % des malades rechutant à l'arrêt du traitement. Zins et al. ont proposé un algorithme tenant compte de ces résultats [14], faisant des dérivés 5-aminosalicylés le traitement de première ligne, complété par des corticoïdes en cas d'échec complet ou partiel. Au vu du travail de Jarnerot et al. [27], Zins et al. [14] proposent, en cas de symptômes très sévères clairement attribués à la colite microscopique et résistant au traitement médical, un traitement chirurgical par iléostomie de diversion ou coloproctectomie avec iléostomie. Dans cette série de 9 malades atteints de colite collagène traitée par iléostomie, la diarrhée a disparu en postopératoire dans tous les cas, et l'épaisseur de la bande collagène a diminué très significativement [27]. Trois malades ont vu leur diarrhée récidiver et le dépôt collagène augmenter après rétablissement de la continuité digestive. Cette expérience, si elle semble concerner un sous-groupe de malades très exceptionnel au plan thérapeutique, apporte cependant des données importantes au plan pathogénique.

Relations colite collagène - colite lymphocytaire

Colite collagène et colite lymphocytaire présentent de nombreuses similitudes épidémiologiques et cliniques. Sur le plan histologique, ces parentés sont également majeures, les lésions étant en fait pratiquement identiques, en dehors de l'épaississement collagène présent uniquement au cours de la colite collagène. Des différences existent cependant, en particulier en termes de groupe HLA [25]. Veress et al. [12] ont même proposé de décrire, au sein des colites microscopiques, trois groupes différents, les colites collagènes pures, sans augmentation des LIE, les colites lymphocytaires pures, sans épaississement collagène, et une forme mixte, comportant à la fois une augmentation des LIE et un épaississement collagène (figure 6). Il faut noter que, dans ce troisième groupe, l'épaisseur moyenne du collagène (29 mum) était inférieure à celle des colites collagènes pures (43 mum), ce qui suggère que le groupe intermédiaire représente une phase plus précoce de la maladie ; par contre, aucun passage d'un groupe vers un autre n'a été noté parmi 6 malades suivis de 4 à 7 ans, ce qui pourrait représenter un argument opposé. Ce travail s'ajoute à la série des articles tentant d'établir un lien entre colite collagène et colite lymphocytaire, le plus souvent en décrivant l'évolution de lésions de type colite lymphocytaire vers des lésions de type colite collagène [4], mais parfois une évolution inverse [30], en sachant que ces évolutions histologiques doivent toujours être interprétées avec prudence compte tenu des problèmes d'échantillonnage biopsique. Il est en fait impossible à l'heure actuelle de déterminer avec certitude les relations entre colite collagène et colite lymphocytaire. L'absence de certitude pathogénique rend encore plus difficile ce problème. Il est possible, comme nous le verrons dans le prochain paragraphe, que colite collagène et colite lymphocytaire aient des étiologie variées. Il serait alors envisageable que, dans certains cas de mécanisme inflammatoire "auto-immun", la colite lymphocytaire représente un stade précoce d'une maladie évoluant ensuite vers une colite collagène, ce qui rendrait compte de certaines observations privilégiées dans la littérature, et de l'âge moyen plus jeune des malades présentant une colite lymphocytaire par rapport à ceux présentant une colite collagène. Dans d'autres cas, l'étiologie pourrait être tout à fait différente, par exemple d'origine médicamenteuse ou infectieuse, aboutissant alors soit à une colite lymphocytaire, soit à une colite collagène.

Pathogénie

A l'heure actuelle, deux théories sont proposées pour expliquer le développement de la colite collagène. La première propose un mécanisme inflammatoire, possiblement auto-immun, qui pourrait être activé par des médicaments, des toxines endogènes ou des facteurs environnementaux. De nombreux arguments plaident en faveur de cette théorie : la présence fréquente d'auto-anticorps, l'association fréquente à des maladies auto-immunes, la fréquence d'une leucocytose fécale, et l'efficacité très fréquente de médicaments tels que les dérivés 5-aminosalicylés et les corticoïdes. Il a de plus été montré que l'intensité de la diarrhée n'était pas corrélée à l'épaisseur du collagène mais à la densité de l'infiltrat inflammatoire du chorion [31]. La seconde hypothèse rendrait responsable une anomalie locale des fibroblastes de la gaine péricryptique, qui continueraient à synthétiser du collagène malgré la présence de l'épaisse bande. Il faut cependant noter que si cette hypothèse était vérifiée, on s'attendrait à la présence de collagène de type IV caractéristique des membranes basales au sein de ce dépôt plutôt que de collagène de type I et III, caractéristique des processus de cicatrisation [9, 10]. L'absence d'augmentation de synthèse du collagène noté en hybridation in situ va également à l'encontre de cette théorie [10].
Les seuls médicaments qui aient été proposés comme pouvant jouer un rôle dans la pathogénie de la colite collagène sont les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) [32]. De nombreux malades atteints de colite collagène ayant également des maladies rhumatologiques, la consommation d'AINS est fréquente chez ces malades sans que cela prouve un rôle étiologique des médicaments. Dans une étude cas-témoins de 31 malades atteints de colite collagène [32], 19 malades avaient pris des AINS, en particulier de l'acide salicylique, pendant plus de 6 mois avant le diagnostic de colite collagène contre seulement 4 des témoins, la différence étant significative. Ce lien reste cependant très discuté dans la littérature [12]. La rémission clinique entraînée par la diversion colique totale suggère l'importance d'un agent endoluminal [27], qui pourrait être un agent infectieux spécifique, ou plutôt représenter la flore intestinale dans son ensemble.
La plupart des cas de colite lymphocytaire sont d'étiologie inconnue. Un mécanisme auto-immun est également suggéré, sur des arguments similaires à ceux avancés pour la colite collagène [14]. Dans quelques cas, en particulier en France, les lésions de colite lymphocytaire ont pu être attribuées de façon formelle à une prise médicamenteuse. Il s'agit en particulier de plusieurs observations de colite lymphocytaire due au Cyclo 3® [33, 34] et d'un cas de colite lymphocytaire secondaire à la prise de ranitidine [35]. Il faut noter que, dans ce cas, une augmentation de l'apoptose était présente au niveau des cellules épithéliales [36], et que ce phénomène a déjà été signalé comme pouvant jouer un rôle dans des lésions digestives d'origine médicamenteuse [37]. Dans les quelques observations de colite microscopique associée à la prise de ticlopidine, les lésions étaient particulières par la présence de nombreux polynucléaires éosinophiles [38] et de nombreuses cellules apoptotiques étaient également présentes.

Les colites microscopiques : un cadre nosologique plus large ?

La définition des colites microscopiques est en fait très large. Si ce terme recouvre, pour la plupart des auteurs, colite collagène et colite lymphocytaire, il est certain que des anomalies histologiques de la muqueuse colorectale peuvent s'observer dans d'autres circonstances chez les sujets ayant une endoscopie normale. Il est probable que les premières publications de colite microscopique avaient inclus des cas qui ne répondaient ni à une colite collagène, ni à une colite lymphocytaire [39], en particulier des colites idiopathiques endoscopiquement quiescentes, des colites à éosinophiles, et peut-être des colites d'origine médicamenteuse. Dans certains cas, aucune pathologie n'est trouvée. Il semble donc logique d'inclure ces cas dans un cadre d'attente de "colite microscopique non colite collagène, non colite lymphocytaire", cadre qu'il importera de préciser.
D'autres entités de description très récente peuvent également rentrer "stricto sensu" dans la définition de la colite microscopique. Ainsi, l'entérocolite péricryptique à éosinophiles [40] est caractérisée sur le plan histologique par un infiltrat péricryptique grêle riche en éosinophiles, chez des malades présentant une diarrhée chronique, une coloscopie normale, et atteints dans la moitié des cas d'une maladie de système extradigestive. La lymphocytose épithéliale colique associée à une épidémie de diarrhée chronique [41], caractérisée sur le plan histologique par une augmentation des LIE qui reste cependant inférieure à celle de la colite lymphocytaire "habituelle", est un autre exemple de cadre nosologique comportant des anomalies histologiques des biopsies colorectales sans anomalie endoscopique.
Il paraît donc au total que le cadre des colites microscopiques est probablement multiple. A côté de la colite collagène, entité la mieux décrite, aux critères diagnostiques les mieux établis, relativement fréquente mais de pathogénie inconnue, et de la colite lymphocytaire, probablement plus rare, et qui pourrait appartenir au même spectre lésionnel, d'autres entités restent à décrire et à préciser.
  


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