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La cirrhose biliaire primitive : mécanismes immunitaires
Christian BOITARD
Service d'immunologie clinique, hôpital
Necker Enfants Malades,
161, rue de Sèvres, 75015 Paris.
RESUME
La cirrhose biliaire primitive est une maladie auto-immune
du foie d'étiologie inconnue. Elle est caractérisée
par la présence d'autoanticorps anti-mitochondries, mais
sa pathogénie reste une énigme. La maladie clinique
résulte de la destruction des canaux biliaires intrahépatiques
interlobulaires. La localisation intracellulaire, mitochondriale,
des autoantigènes reconnus est difficilement compatible
avec un rôle direct des autoanticorps dans les lésions
observées. Surtout, la distribution ubiquitaire des autoantigènes
est paradoxale dans une maladie dont les manifestations cliniques
traduisent des lésions très focalisées. Pourtant,
des données récentes indiquent la réactivité
de plusieurs anticorps spécifiques de la sous-unité
E2 de la pyruvate déshydrogénase vis-à-vis
du pôle luminal des cellules de l'épithélium
biliaire de patients atteints de cirrhose biliaire primitive.
Il est ainsi possible que l'antigène reconnu au pôle
luminal de la cellule biliaire soit la pyruvate déshydrogénase
dont la localisation cellulaire serait modifiée par le
processus pathologique ou que l'autoantigène reconnu au
pôle apical des cellules de l'épithélium biliaire
ne soit pas la pyruvate déshydrogénase mais un antigène
spécifique de ces cellules présentant une réaction
croisée avec l'enzyme mitochondriale.
Mots clés : cirrhose biliaire primitive, auto-immunité,
anticorps anti-mitochondries, lymphocytes T.
La cirrhose biliaire primitive est une maladie auto-immune du
foie d'étiologie inconnue. Observée plus de 9 fois
sur 10 chez des femmes, le plus souvent entre 40 et 60 ans, sa
prévalence moyenne est faible, mais variable suivant les
régions géographiques où elle apparaît.
Elle est par exemple élevée dans les populations
du Nord de l'Europe, faible au Japon. Son incidence annuelle est
inférieure à 20/105/an. Contrairement à d'autres
maladies auto-immunes, la cirrhose biliaire primitive, rare avant
30 ans, n'est pratiquement jamais rapportée dans des populations
pédiatriques. Il s'agit d'une maladie chronique, même
si son évolution est marquée de larges variations
individuelles, souvent associée à d'autres maladies
auto-immunes, en particulier la polyarthrite rhumatoïde,
un syndrome de Sjögren, une sclérodermie, une thyroïdite
ou une hyperthyroïdie auto-immune, une alvéolite pulmonaire
fibrosante, etc. [1]. La sévérité de son
évolution conduit, lorsque la bilirubinémie dépasse
150 µmol/l, à envisager la transplantation hépatique
[1]. La cirrhose biliaire primitive est associée à
des caractéristiques très particulières dans
le domaine des greffes d'organes. Les courbes actuarielles après
transplantation indiquent que la survie des greffons est inversement
corrélée au degré de compatibilité
HLA entre le donneur et le receveur (G. Oppelz, 12th International
Histocompatibility Workshop and Conference, Paris, juin 1996).
Caractérisée par la présence d'autoanticorps
anti-mitochondries, la pathogénie de cette maladie reste
une énigme. La maladie clinique est la conséquence
directe d'une inflammation, puis d'une destruction des canaux
biliaires intra-hépatiques interlobulaires. La localisation
intracellulaire, mitochondriale, des autoantigènes reconnus
est difficilement compatible avec un rôle direct des autoanticorps
dans les lésions observées. Surtout, la distribution
ubiquitaire de ces autoantigènes est paradoxale pour une
maladie dont les manifestations cliniques traduisent des lésions
très focalisées. A un premier stade, il existe une
destruction des cellules épithéliales des canaux
biliaires intrahépatiques et une inflammation locale où
prédomine l'infiltration par des lymphocytes T. L'inflammation
peut prendre l'aspect d'un granulome (stade 1). A un stade ultérieur,
apparaissent des lésions de nécrose à l'emporte-pièce
ou une prolifération des ductules biliaires (stade 2),
puis une fibrose septale ou des lésions de nécrose
en pont (stade 3). Le dernier stade est celui de cirrhose (stade
4) [2]. Des données nouvelles qui ont fait l'objet de revues
récentes [3] pourraient en fait donner un éclairage
nouveau aux rôles respectifs des antigènes mitochondriaux
et de la cellule épithéliale biliaire dans la pathogénie
de la cirrhose biliaire primitive.
Comment expliquer qu'une maladie caractérisée par
l'activation du système immunitaire vis-à-vis d'un
antigène aussi ubiquitaire qu'un antigène mitochondrial
se traduise par des lésions limitées à l'atteinte
des canaux biliaires intra-hépatiques ? C'est à
cette énigme que se sont heurtées les hypothèses
physiopathologiques avancées pour l'expliquer.
Le terrain génétique sous-jacent
L'existence possible d'une association de la
maladie à des allèles HLA particuliers a fait l'objet
de données contradictoires. Des associations avec DR3,
DR4, DR8 ou DR2 ont été avancées. Plus récemment,
le génotypage moléculaire des molécules de
classe II a été appliqué à des populations
de sujets atteints de cirrhose biliaire primitive. Une association
a été rapportée avec l'haplotype HLA-B8,
DR3, DQA1*0501, DQB1*0201 dans une population danoise [4], DQB1*0402
dans une population européenne [5], DRB1*0801, DQA1*0401/0601-DQB1*04
dans une population américaine [6], DRB1*0803 dans une
population japonaise [7]. Une association avec un allèle
du locus DP (DPB1*0301) a également été rapportée
dans une population allemande [8]. Un effet protecteur des haplotypes
DRB1*1501-DQA1*0102-DQB1*0602 et DRB1*1302-DQA1*0102-DQB1*0604
a été observé dans une étude américaine.
Une association a enfin été rapportée avec
l'allèle de classe II C4AQ0 (particulièrement sur
l'haplotype DR8) [9].
Néanmoins, la diversité des associations rapportées
incite à la prudence avant de conclure que la présentation
d'un autoantigène particulier soit à l'origine de
la maladie. Les contraintes moléculaires pesant sur les
molécules HLA de classe II qui pourraient être directement
responsables des associations retrouvées n'ont pas encore
été déterminées.
L'antigène mitochondrial
Une activation du système immunitaire
vis-à-vis d'un antigène mitochondrial est évidente
au cours de la cirrhose biliaire primitive. Elle se traduit par
la détection dans le sang circulant des sujets atteints
d'autoanticorps et de lymphocytes T spécifiques.
Plusieurs types d'autoanticorps ont été caractérisés,
initialement par des techniques d'immunofluorescence indirecte
sur coupes de tissus. Ils sont aujourd'hui détectés
grâce à des tests sensibles et spécifiques
utilisant des autoantigènes recombinants [10]. Parmi les
trois spécificités associées à la
cirrhose biliaire primitive identifiées par immunofluorescence
indirecte (M2, M8 et M9), seule la spécificité M2,
caractérisée par un marquage cytoplasmique granuleux
sur coupes de tissu hépatique ou cellules Hep-2, paraît
solidement établie. La spécificité M9 a été
avancée comme correspondant à la glycogène
phosphorylase qui n'est pas en fait une enzyme mitochondriale.
La spécificité M2 répond à la reconnaissance
de structures associées à un complexe enzymatique
mitochondrial, la 2-oxo-acide déshydrogénase, au
sein duquel le composant antigénique majeur est un antigène
de masse moléculaire 74 kDa, la sous-unité E2 du
complexe de la pyruvate déshydrogénase (figure
1) [11]. Localisée sur la membrane mitochondriale
interne, la 2-oxo-acide déshydrogénase comprend,
outre la pyruvate déshydrogénase, la 2-oxoglutarate
déshydrogénase et la 2-oxo-acide déshydrogénase
à chaîne ramifiée, chacune composée
de trois sous-unités (E1, E2, E3). Codées par des
gènes nucléaires, les différentes protéines
qui composent ce complexe enzymatique sont assemblées en
structures multimériques de haut poids moléculaire
dans la mitochondrie. Les autoanticorps dirigés contre
la sous-unité E2 (activité acétyl transférase)
de la pyruvate déshydrogénase sont trouvés
chez 95 % des sujets atteints de cirrhose biliaire primitive.
Des autoanticorps sont également détectés
chez ces patients vis-à-vis d'autres protéines de
la 2-oxo-acide déshydrogénase, en particulier les
sous-unités E2 de la 2-oxo-acide déshydrogénase
à chaîne ramifiée et de la 2-oxoglutarate
déshydrogénase, mais avec une prévalence
moindre (respectivement 66 % et 54 %). Deux autres sous-unités
de la pyruvate déshydrogénase sont également
reconnues : la E1a (66 %) et E1b (1-7 %) décarboxylase
et la protéine X (figure 1). Ces différents
autoantigènes sont reconnus par des anticorps distincts,
à l'exception de la sous-unité E2 de la pyruvate
déshydrogénase et de la protéine X qui partageraient
un déterminant commun [3].
Les sites antigéniques reconnus par les autoanticorps sont
particuliers au processus pathologique qui accompagne la réaction
auto-immune. Ils sont en effet différents des sites reconnus
par des anticorps monoclonaux générés à
partir de souris immunisées contre les antigènes
mitochondriaux. Les autoanticorps reconnaissent sur chaque autoantigène
une région limitée. Sur la sous-unité E2
de la pyruvate déshydrogénase, les autoanticorps
reconnaissent des épitopes séquentiels et conformationnels.
Les principaux épitopes ont été localisés
sur un domaine fonctionnel important, le domaine de liaison de
l'acide lipoïque qui couvre la région 128-221, et
plus particulièrement sur les domaines 128-135, 167-186
et 202-221 [12-14]. Les autoanticorps ont une puissante activité
inhibitrice in vitro vis-à-vis de l'activité
catalytique de l'enzyme mitochondriale [15]. La reconnaissance
d'autres régions (1-90 et 266-311) paraît mineure
(identifiée à des dilutions 100 fois moindres des
sérums étudiés). Les autoanticorps détectés
au cours de la cirrhose biliaire primitive rejoignent ainsi nombre
d'autoanticorps en reconnaissant une région fonctionnellement
importante de l'autoantigène, en règle conservée
au cours de l'évolution. L'importance de la liaison de
l'acide lipoïque sur la conformation des sites antigéniques
reconnus par les autoanticorps semble en revanche moins bien établie.
La réactivité des autoanticorps anti-mitochondries
vis-à-vis de mitochondries de bactéries (E. coli)
a d'ailleurs été soulignée comme l'indication
possible du rôle d'infection bactérienne dans l'activation
de la réponse auto-immune correspondante [3]. En revanche,
contrairement à de nombreuses autres réactions auto-immunes
dirigées contre des complexes multiprotéiques intracellulaires,
la réponse observée au cours de la cirrhose biliaire
primitive paraît dirigée contre une région
relativement limitée de la sous-unité E2 de la pyruvate
déshydrogénase.
Une distribution biaisée des isotypes des autoanticorps
dirigés contre la pyruvate déshydrogénase,
marquée par la prédominance des IgM et des IgG3
a été observée [16]. Une analyse extensive
de la diversité structurale (ou répertoire) des
autoanticorps, grâce à la détermination de
la séquence d'aminoacides composant le domaine variable
de ses chaînes lourdes et légères, et particulièrement
les régions hypervariables (complementary determining
regions, CDR I, II et III) qui forment le site de liaison
à l'autoantigène a été effectuée.
Ont été rapportées les analyses d'autoanticorps
monoclonaux spécifiques de la sous-unité E2 de la
pyruvate déshydrogénase et d'autoanticorps recombinants
générés dans une banque combinatoire établie
à partir d'un ganglion mésentérique d'un
sujet atteint de cirrhose biliaire primitive. Le domaine variable
des autoanticorps utilise des segments de gènes VH et VL
très divers [17]. Le domaine variable des autoanticorps
d'isotype IgM utilise des séquences germinales non ou peu
mutées. Le domaine variable des IgG démontre au
contraire un grand nombre de mutations somatiques aboutissant
à des modifications de la séquence primaire des
aminoacides composant les régions hypervariables qui reconnaissent
l'antigène, mais aussi les régions intermédiaires
(la charpente du domaine variable). Ces données suggèrent
que l'autoantigène mitochondrial reconnu par les autoanticorps
participe directement à la réaction auto-immune
en sélectionnant au cours de son évolution des clones
de lymphocytes B dont le récepteur immunoglobulinique de
membrane a vraisemblablement une affinité croissante pour
l'autoantigène.
La détection au cours de la cirrhose biliaire primitive
d'autoanticorps dirigés contre des antigènes non
mitochondriaux mérite d'être mentionnée. Un
tiers des patients ont des autoanticorps dirigés contre
la lamina ou la membrane nucléaire. Certains malades ont
des autoanticorps anti-lamines, plus communément observés
au cours des hépatites auto-immunes ou du lupus [18] ou
des anticorps dirigés contre le récepteur de la
lamine B [19]. Surtout, 25 % des malades ont des anticorps dirigés
contre une protéine de l'enveloppe nucléaire [20]
dont ils reconnaissent un épitope de 15 acides aminés
localisés à son extrémité C terminale
[21].
Les lymphocytes T
La prédominance au sein de l'infiltrat
de lymphocytes T, initialement CD8, progressivement également
CD4, est un aspect remarquable de la cirrhose biliaire primitive.
Des clones de lymphocytes T spécifiques de la pyruvate
déshydrogénase (sous-unités E2 et E1) et
de la 2-oxo-acide déshydrogénase à chaîne
ramifiée ont été dérivés de
prélèvements biopsiques de foie et du sang périphérique
de malades [22, 23]. La réponse T est caractérisée
par l'utilisation de segments de gènes très divers
codant pour le domaine variable des deux chaînes composant
le récepteur antigénique des lymphocytes T. Contrairement
à la réponse B, le domaine externe de liaison de
l'acide lipoïque est reconnu de façon privilégiée.
L'indication que les lymphocytes T reconnaissent, comme les lymphocytes
B, les enzymes mitochondriales apparentées à la
pyruvate déshydrogénase est un argument important
pour faire jouer à ces enzymes un rôle physio-pathologique
dans le développement de la cirrhose biliaire primitive.
Elle rend peu vraisemblable une réaction croisée
fortuite, les lymphocytes T reconnaissant des déterminants
très différents de ceux reconnus par les lymphocytes
B. Alors que ces derniers reconnaissent des sites conformationnels
de l'antigène, les lymphocytes T ne reconnaissent pas l'antigène
dans sa forme native présente dans les mitochondries, mais
sous une forme dénaturée. C'est une forme dégradée
par les cellules présentant l'antigène en petits
peptides au sein du complexe majeur d'histocompatibilité
qui est en effet reconnue. Il est difficile d'envisager qu'une
réaction croisée vis-à-vis d'un même
antigène intéresse à la fois les lymphocytes
B et T de façon fortuite. La multiplicité des autoantigènes
différents reconnus par le système immunitaire au
sein d'un même complexe enzymatique est aussi un argument
pour penser que les organites subcellulaires qu'ils définissent
jouent un rôle physiopathologique direct.
Mitochondries et canaux biliaires intra-hépatiques
Plusieurs études ont suggéré
une réactivité des sérums de sujets atteints
de cirrhose biliaire primitive vis-à-vis de la surface
d'hépatocytes et de cellules de carcinome hépato-cellulaire
ou de l'épithélium biliaire. Mais ce n'est que de
façon récente qu'a été montrée
la réactivité de plusieurs anticorps monoclonaux
de souris et d'un autoanticorps humain spécifique de la
sous-unité E2 de la pyruvate déshydrogénase,
non seulement vis-à-vis des mitochondries sur des coupes
de tissu hépatique, mais aussi vis-à-vis du pôle
luminal des cellules de l'épithélium biliaire de
patients atteints de cirrhose biliaire primitive [24]. Une première
hypothèse est ainsi que l'antigène reconnu au pôle
luminal de la cellule biliaire soit la pyruvate déshydrogénase
dont la localisation cellulaire serait modifiée par le
processus pathologique qui conduit à la cirrhose biliaire
primitive. Une expression de la pyruvate déshydrogénase
au pôle luminal des cellules de l'épithélium
biliaire a d'ailleurs été rapportée [25,
26]. Pourtant cette hypothèse explique mal que tous les
anticorps monoclonaux spécifiques de la sous-unité
E2 de la pyruvate déshydrogénase ne reconnaissent
pas l'autoantigène exprimé au pôle apical
de la cellule de l'épithélium biliaire [24]. Une
seconde hypothèse compatible avec les données obtenues
est que l'autoantigène reconnu au pôle apical des
cellules de l'épithélium biliaire ne soit pas la
pyruvate déshydrogénase mais un antigène
présentant une réaction croisée avec l'enzyme
mitochondriale.
Un aspect remarquable de cette observation est aussi l'expression
exclusive de l'autoantigène reconnu sur le tissu pathologique.
Il s'agit là d'une observation unique en auto-immunité
humaine suggérant le rôle possible de l'expression
d'un néoantigène au sein même de l'organe
contre lequel est dirigée la réaction auto-immune.
Comment réconcilier le rôle d'un tel antigène
et la reconnaissance de différentes enzymes mitochondriales
par les lymphocytes B mais aussi les lymphocytes T ? A été
proposée l'hypothèse que les anomalies hépatiques
que traduit l'expression anormale de l'antigène biliaire
reconnu au pôle luminal des cellules biliaires sur coupe
de tissu pathologique conduisent à sa présentation
à des lymphocytes T spécifiques. Secondairement
les lésions cellulaires locales libéreraient des
antigènes reconnus par des lymphocytes B spécifiques
de l'antigène biliaire, mais aussi, par réactivité
croisée, de la pyruvate déshydrogénase et
d'autres enzymes du complexe de la 2-oxo-acide déshydrogénase.
La présentation ultérieure par les lymphocytes B
de déterminants antigéniques de la pyruvate déshydrogénase,
mais aussi des enzymes apparentées présentes au
sein des mêmes structures multimériques mitochondriales,
à des lymphocytes T ainsi recrutés avec le développement
de la maladie est compatible avec le fonctionnement physiologique
du système immunitaire. Il a aujourd'hui été
bien montré dans un modèle de maladie auto-immune
démyélinisante développé chez la souris
et présentant de nombreuses similitudes avec les lésions
observées au cours de la sclérose en plaques que
la réaction auto-immune dirigée contre un peptide
du protéolipide, la protéine la plus abondante de
la myéline, s'étend progressivement avec le développement
des lésions, à d'autres peptides du protéolipide,
mais aussi à d'autres antigènes de la myéline,
en particulier la protéine basique de la myéline
[27]. Des observations comparables ont été obtenues
au cours du lupus érythémateux systémique
[28].
Les mécanismes de présentation des autoantigènes
ont été l'objet de nombreuses études au cours
des maladies auto-immunes, en particulier au cours de la cirrhose
biliaire primitive. Les cellules de l'épithélium
biliaire expriment sur leur surface à l'état physiologique
les molécules de classe I du complexe majeur d'histocompatibilité,
responsable de la présentation aux lymphocytes T CD8 de
peptides provenant de la dégradation de protéines
intracytoplasmiques, en règle synthétisées
par la cellule même qui les présente. Une expression
par les cellules de l'épithélium biliaire de molécules
de classe II, responsables de la présentation aux lymphocytes
T CD4 de peptides provenant de la dégradation de protéines
du milieu extérieur (par exemple des protéines qui
auraient été phagocytées), a également
été rapportée au cours de la cirrhose biliaire
primitive. Un tel schéma est compatible avec l'activation
initiale de lymphocytes T CD8, mais aussi une expansion et une
diversification ultérieure de la réaction immunitaire
mettant en jeu des lymphocytes T CD4 reconnaissant l'antigène
sur des cellules présentatrices d'antigène «
professionnelles », mais aussi les cellules de l'épithélium
biliaire elles-mêmes. La nature des signaux adressés
à des cellules T régulatrices par des cellules biliaires
demeure néanmoins inconnue (figure 2).
La caractérisation définitive de l'antigène
reconnu par les anticorps sur les cellules épithéliales
biliaires sera une étape essentielle dans la compréhension
de la maladie. La caractérisation de sa reconnaissance
par les lymphocytes T au sein de l'infiltrat permettrait de comprendre
son rôle dans l'activation de la réaction auto-immune.
Une telle démonstration ouvrirait évidemment la
voie d'une immunothérapie spécifique qui bouleverserait
le traitement de la maladie.
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