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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Traitement des malades atteints d'hépatite chronique C ayant rechuté ou n'ayant pas répondu à un premier traitement
Fabien ZOULIM (1)

(1)Hôtel Dieu, place de l'Hôpital, 69002 Lyon, INSERM U271, 151, cours Albert-Thomas, 69003 Lyon

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 225-230
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

Définition de la non-réponse

La non-réponse virologique au traitement antiviral de l'hépatite C est définie par la persistence de la réplication virale (ARN du VHC présent dans le sérum par PCR) à la fin du traitement et a fortiori à distance de l'arrêt du traitement [1]. Les malades ayant une non-réponse virologique représentent environ 55 % des malades traités avec une bithérapie standard [2], [3] et 45 % de ceux traités avec une bithérapie pégylée. Cette situation est un enjeu majeur des années à venir du fait du nombre de malades concernés, l'échec thérapeutique étant associé à la poursuite de l'évolution de la maladie hépatique. La non-réponse virologique est généralement associée à une activité des aminotransférases élevée, mais l'activité des aminotransférases peut être normale (réponse biochimique).
Le cas des malades répondeurs-rechuteurs doit aussi être bien identifié, car le taux de succès d'une deuxième cure est significativement plus élevé. Ce groupe de malades est défini par l'absence de détection de l'ARN du VHC sérique pendant le traitement, suivi de sa détection après l'arrêt du traitement [1]. Généralement, cela s'accompagne d'une normalisation de l'activité des aminotransférases pendant le traitement. Après l'arrêt du traitement, on peut observer soit la persistance d'une activité des aminotransférases normale, soit une réascension de l'activité des aminotransférases.
Facteurs virologiques et liés à l'hôte impliqués dans l'échec thérapeutique
L'ensemble des études cliniques a permis de déterminer les facteurs de non-réponse au traitement antiviral, que celui-ci repose sur l'interféron alpha (IFN) en monothérapie sous forme standard ou pégylé, ou sur l'interféron associé à la ribavirine [3], [4]. Il s'agit principalement de facteurs virologiques, comme l'infection par un géntoype 1a ou 1b et d'une charge virale supérieure ou égale à 2 millions de copies d'ARN VHC par mL. Des facteurs liés au malade et à la maladie ont été mis en évidence : le sexe masculin, l'âge élevé et une maladie hépatique avancée avec fibrose sévère ou cirrhose sont des facteurs associés à une mauvaise réponse au traitement. Les études moléculaires concernant le génome viral ont permis de faire les observations suivantes [5] : plus le répertoire des variants d'une quasi-espèce virale était important en pré-thérapeutique, plus le risque était élevé d'observer une résistance au traitement par l'IFN. Cela pourrait suggérer que l'existence de variants minoritaires pouvant échapper à l'effet antiviral direct de l'IFN ou médié par la stimulation du système immunitaire pourraient être sélectionnés lors du traitement [6]. En outre, des études japonaises ont trouvé dans le génome de souches virales de génotype 1 une séquence déterminant la sensibilité à l'interféron (ISDR) à l'intérieur de la région NS5A [7]. Cette séquence pourrait interférer avec la dimérisation de la protéine PKR et empêcher son action antivirale induite par l'IFN [8]. D'autres équipes ont montré qu'une région de la protéine d'enveloppe E2, appelée PePhD, pourrait aussi inhiber l'activité PKR induite par l'IFN [9]. Cela pourrait donc expliquer, au moins en partie, le phénomène de résistance du génotype 1 à l'IFN.
Les études de cinétique de l'ARN du VHC sérique, pendant le traitement par l'IFN, ont montré un déclin biphasique de la réplication virale [10], avec une pente de diminution rapide durant les 24 à 48 premières heures, probablement liée à l'arrêt de la production virale par l'IFN, et une pente beaucoup plus lente d'élimination virale, probablement liée à la disparition des cellules infectées. Ces nouvelles données de cinétique d'élimination virale sont particulièrement importantes, car elles ont mis en évidence l'inadaptation des schémas thérapeutiques utilisant l'IFN standard avec trois injections par semaine et ont permis le développement du concept de l'utilisation d'interféron retard, interféron pégylé (IFN PEG). De plus, ces cinétiques d'élimination virale lente expliquent probablement le phénomène de la rechute faisant suite à une réponse virologique en cours de traitement et expliquent les résultats de certains essais utilisant des traitements renforcés ou prolongés pour les malades rechuteurs.


Objectifs thérapeutiques

Le cycle de réplication du VHC ne faisant pas intervenir de phénomène d'intégration dans le génome de l'hôte ou de forme génomique de persistance virale, il est théoriquement possible d'éradiquer l'infection virale. Chez les malades non répondeurs, l'utilisation d'associations thérapeutiques pour renforcer l'effet antiviral et limiter l'émergence de souches résistantes paraît particulièrement importante dans l'optique d'une guérison. Chez les malades réfractaires aux protocoles les plus récents et ayant une maladie évolutive qui peut faire craindre une progression rapide vers la cirrhose, il est justifié de discuter un traitement d'entretien permettant d'attendre la disponibilité de nouveaux inhibiteurs spécifiques du VHC.


Traitement ayant pour objectif l'éradication virale

Malades rechuteurs après une cure d'interféron

Parmi les malades répondeurs à la monothérapie par l'IFN standard, 50 % présentent une rechute virologique après l'arrêt du traitement. Différents essais thérapeutiques ont été réalisés chez ces malades et ont porté sur différentes doses d'IFN, différentes durées de traitement et aussi sur différents types d'IFN. Une méta-analyse du retraitement par l'IFN de 549 malades rechuteurs a montré un taux de réponse biochimique en fin de traitement de 73,8 %, un taux de réponse biochimique prolongée de 22,6 % et un taux de réponse virologique prolongée de 14,8 %. Le traitement a été arrêté chez 5,8 % des malades du fait d'effets secondaires. Les seuls facteurs prédictifs indépendants de réponse virologique prolongée étaient la négativité de l'ARN du VHC à la fin du premier cycle thérapeutique et le retraitement avec des doses fortes d'IFN [11]. D'autres études indépendantes ont montré l'importance d'une durée de 12 mois pour le deuxième cycle thérapeutique, permettant d'atteindre des taux de réponse virologique prolongée de 30-40 % [12], [13].
L'avènement de la bithérapie IFN standard-ribavirine a permis d'évaluer cette bithérapie dans ce groupe de malades. L'étude de Davis et al. a porté sur 345 malades rechuteurs, 172 recevant de l'IFN alpha 2b pendant 6 mois à 3 MU 3 fois par semaine, et 173 recevant une combinaison d'IFN alpha 2b à 3 MU 3 fois par semaine et de ribavirine 1 000-1 200 mg/j pendant 6 mois [14]. Le taux de réponse virologique prolongée, 24 semaines après l'arrêt du traitement, était de 49 % dans le groupe bithérapie contre 5 % dans le groupe monothérapie. Le taux de réponse dépendait fortement de la charge virale pré-thérapeutique et du génotype viral. Chez les malades infectés par un génotype non 1, il était de 100 % en cas de charge virale faible et de 65 % en cas de charge virale élevée. Chez les malades infectés par un génotype 1, le taux de réponse virologique prolongée était de 40 % en cas de charge virale faible et de 25 % en cas de charge virale élevée. La posologie du traitement a été réduite ou le traitement interrompu en raison d'effets secondaires chez 12 % des malades dans le groupe bithérapie contre 3 % dans le groupe monothérapie. Cette bithérapie a reçu l'AMM pour le traitement des malades rechuteurs. Compte tenu des données obtenues avec le traitement des malades " naïfs ", il paraît justifié de proposer un traitement plus long, d'une durée de douze mois, chez les malades infectés par un génotype 1.


Malades rechuteurs après une cure de bithérapie

Très peu de données spécifiques sont disponibles à ce jour pour le retraitement des malades ayant rechuté après une bithérapie associant l'IFN standard et la ribavirine. Une étude a spécifiquement analysé, chez 123 malades rechuteurs, l'effet du re-traitement par différents schémas thérapeutiques : IFN PEG associé à la ribavirine ou à l'amantadine ou au mycophénolate mofétil et IFN PEG associé à la ribavirine et l'amantadine. Les taux de réponse virologique en fin de traitement étaient respectivement de 61 %, 42 %, 72 % et 71 % [15]. L'effet observé après l'arrêt du traitement (réponse virologique prolongée) sera important à analyser pour déterminer le traitement optimal de ce groupe de malades.


Malades non répondeurs à l'interféron

Chez les malades non répondeurs à l'IFN, des essais cliniques utilisant des fortes doses d'interféron administrées trois fois par semaine ou de façon quotidienne (traitement d'induction) n'ont pas démontré de bénéfice.
Un nombre croissant d'études, contrôlées ou non, a rapporté l'effet de la bithérapie IFN standard-ribavirine chez ces malades. Ces études suggèrent que le taux de réponse virologique prolongée sous bithérapie serait plus important qu'avec l'IFN en monothérapie [16], [18]. Une méta-analyse récente rapporte la synthèse de ces données [19]. Neuf études contrôlées et randomisées incluant 789 malades ont été incluses dans l'analyse. Le taux de réponse biochimique global en fin de traitement était de 39,4 % avec un odds ratio de 5,5 en faveur de la bithérapie. Le taux de réponse virologique global en fin de traitement était de 23,1 % avec un odds ratio de 4,9 en faveur de la bithérapie. Le taux de réponse biochimique prolongée était de 15,2 % avec un odds ratio de 3,8 en faveur de la bithérapie. Le taux de réponse virologique prolongée était de 13,2 % avec un odds ratio de 4,9 en faveur de la bithérapie. La différence de réponse virologique cumulée était de 7 % en faveur de la bithérapie par rapport à la monothérapie (95 % IC8-50). Le nombre de malades nécessitant d'être traités pour obtenir 1 réponse virologique prolongée était de 14. Dans cette méta-analyse, 66 études non contrôlées ou préliminaires portant sur 3 334 malades supplémentaires ont apporté des données pour les études de sensibilité et ont confirmé les résultats précédents. L'étude de l'effet histologique de la bithérapie dans ce groupe de malades est plus difficile à analyser, compte tenu du caractère incomplet des analyses publiées. Globalement, la réponse histologique est corrélée à la réponse virologique prolongée dans la plupart des études. Dans 3 études, on trouve une amélioration histologique chez la majorité des malades ayant reçu une bithérapie par comparaison à la monothérapie. Dans une autre étude, on trouve une amélioration histologique en cas de réponse virologique prolongée par comparaison à la non-réponse. Dans une dernière étude, aucune amélioration histologique n'a été trouvée quel que soit le traitement reçu [19]. L'étude des co-variables associées à la réponse virologique suggère qu'un traitement de 48 semaines est associé à un taux de réponse (21,3 %) plus élevé qu'un traitement de 24 semaines (13,2 %) ; l'infection par un génotype 1 était associée à un taux de réponse plus faible (7,9 %) que les autres génotypes. Des différences minimes, non significatives, étaient observées dans l'analyse de sensibilité pour la charge virale et pour la dose de ribavirine [19].
Une étude récemment publiée a montré un taux de réponse virologique prolongée de 30 % chez 124 non-répondeurs recevant un nouveau traitement (bithérapie) de 24 ou 48 semaines. Le taux de réponse virologique prolongée et la réponse histologique n'étaient pas différents avec les 2 schémas thérapeutiques. L'amélioration histologique était significativement plus fréquente chez les répondeurs prolongés [20].
Toutes ces données montrent une efficacité supérieure de la bithérapie standard par rapport à l'IFN seul et suggèrent que l'administration de la bithérapie pendant 48 semaines est plus efficace.
La trithérapie associant l'amantadine avec l'IFN et la ribavirine a été évaluée chez les malades non répondeurs à l'IFN. L'effet antiviral de l'amantadine sur le VHC est probablement différent de celui observé sur le virus de la grippe, car le VHC ne possède pas de protéine virale équivalente à la protéine M2 du virus de la grippe qui représente la cible d'action de l'amantadine. Une première étude rapporte l'utilisation de l'amantadine (200 mg/jour pendant 6 mois) en monothérapie chez des malades non répondeurs à l'IFN avec des résultats intéressants en termes de réponse virologique prolongée (de l'ordre de 27 %) [21]. Cependant, les études ultérieures n'ont pas permis de confirmer ces résultats obtenus avec l'amantadine en monothérapie.
L'étape suivante a été l'évaluation de l'efficacité de l'amantadine en association avec de l'IFN chez des malades naïfs et non répondeurs, en comparaison avec l'IFN seul [22] [23] [24] [25]. Les résultats de ces études n'ont pas mis en évidence de bénéfice en termes de réponse virologique prolongée par rapport à l'IFN en monothérapie. Dans trois études, un gain de qualité de vie (asthénie et vitalité) pendant le traitement était noté chez les malades recevant la bithérapie par comparaison à la monothérapie [22] [23] [24]. Chez des malades non répondeurs à l'IFN, deux études ont comparé l'efficacité de la bithérapie IFN-amantadine à celle de la bithérapie IFN-ribavirine. Ces études ont trouvé un taux de réponse virologique prolongée de 3 % à 15 % pour la bithérapie IFN-ribavirine, mais aucun cas de réponse prolongée pour la bithérapie IFN-amantadine [26], [27].
Malgré les résultats peu encourageants de ces études préliminaires, Brillanti et al. ont réalisé une étude contrôlée, randomisée chez 60 malades non répondeurs à l'IFN recevant pendant 12 mois une trithérapie associant IFN 5 MU tous les deux jours (et non pas trois fois par semaine contrairement à la majorité des essais), ribavirine (800-1 000 mg/j) et amantadine (200 mg/j) (40 malades) ou une bithérapie interféron-ribavirine aux mêmes doses (20 malades) [28]. Les deux groupes de malades n'étaient pas différents ; 56 % étaient infectés par un génotype 1 et 25 % avaient une cirrhose. Á la fin du traitement, le taux de réponse biochimique était de 20 % pour la bithérapie et de 77 % pour la trithérapie et le taux de réponse virologique était de 10 % pour la bithérapie et de 67 % pour la trithérapie. Six mois après l'arrêt du traitement, les taux de réponse biochimique et virologique étaient de 10 % et 5 % pour la bithérapie alors qu'ils étaient de 57 % et 48 % pour la trithérapie. La réponse histologique n'a pas été évaluée dans cet essai. Le traitement était généralement bien toléré et aucun arrêt n'a été signalé. Des réductions de posologie d'IFN, de ribavirine ou d'amantadine ont été effectuées chez 5 %, 22 % et 4 % des malades, respectivement [28]. Les résultats d'une autre étude indépendante publiée sous forme d'article n'ont pas montré d'effet bénéfique de l'addition d'amantadine à la bithérapie IFN-ribavirine pendant 24 semaines [29]. Chez 13 non-répondeurs et 10 rechuteurs après une première cure d'IFN, un seul cas de réponse virologique prolongée a été observé chez un rechuteur et aucune réponse prolongée chez les non-répondeurs. Ces résultats contradictoires pourraient être liés aux différences de protocoles utilisés (dose d'interféron, schéma d'administration de l'IFN, durée du traitement). Actuellement, en l'absence d'alternatives thérapeutiques dans cette population de malades non répondeurs et souffrant d'une hépatite chronique C évolutive, les résultats obtenus par l'équipe de Brillanti doivent être confirmés.


Malades non répondeurs à la bithérapie

Chez les malades non répondeurs à la bithérapie standard, aucune étude du retraitement n'a été publiée sous forme d'article. Du fait des résultats positifs de l'IFN PEG et de son association avec la ribavirine et des résultats bénéfiques potentiels, bien que controversés, de l'amantadine, plusieurs études associant l'IFN PEG à la ribavirine et à l'amantadine sont en cours. Des études préliminaires de l'efficacité de la bithéraie pégylée et de la trithérapie IFN PEG-ribavirine-amantadine ont été présentées sous forme de résumé. Ces études souffrent toutefois d'imprécisions importantes sur les critères d'inclusion et les caractéristiques des malades (non répondeurs, rechuteurs, traitement antérieur par interféron seul ou en association avec la ribavirine) et ne rapportent que des taux de réponse précoce au début du traitement.
C'est dans cette optique qu'une étude multicentrique, randomisée française intitulée " BITRI ", en double aveugle, est en cours, portant sur 200 malades non répondeurs à une bithérapie standard préalable de 6 mois minimum. Le traitement comporte soit de l'IFN PEG (1,5 mg/kg/semaine), de la ribavirine (800-1 200 mg/j) et de l'amantadine (200 mg/jour), soit le même traitement sans l'amantadine. Le traitement est administré pendant une durée de 12 mois avec un suivi de 6 mois après le traitement. Le principal critère d'évaluation est la négativation de l'ARN du VHC sérique évaluée par PCR 24 semaines après l'arrêt du traitement. L'évolution histologique et la tolérance seront également appréciées.
Une étude a spécifiquement analysé, chez 118 malades non répondeurs, l'effet du retraitement par l'IFN PEG alpha 2a associé à la ribavirine ou à l'amantadine ou au mycophénolate ou à l'amantadine associée à la ribavirine [15]. Les taux de réponse virologique en fin de traitement (48 semaines) rapportés récemment étaient respectivement de 25 %, 11 %, 28 % et 40 %. L'effet observé après l'arrêt du traitement sera important à analyser pour déterminer le traitement optimal.


Traitement d'entretien

Chez les malades non répondeurs, notamment s'ils ont une hépatopathie évolutive avec un risque potentiel de progression vers la cirrhose, un traitement d'entretien peut être discuté pour stabiliser la maladie et attendre l'avènement de nouvelles molécules antivirales plus efficaces.
Interféron alpha
L'IFN représente la première alternative qui a été étudiée. En effet, toutes les études ont montré qu'après un traitement par l'IFN, la réponse virologique prolongée s'accompagne d'une amélioration histologique [30] [31] [32]. Il est aussi devenu clair qu'approximativement 40 % des non-répondeurs à l'IFN seul ou la bithérapie présentent une amélioration histologique [2], [3], [33]. L'IFN diminue l'activité inflammatoire intrahépatique et pourrait ainsi ralentir l'évolution de la fibrose hépatique, même en cas de persistance de l'infection virale. De plus, certaines études cliniques ont suggéré un effet antifibrosant direct de l'IFN en inhibant directement la fibrogenèse intrahépatique [34]. Enfin, certains malades non répondeurs présentent une diminution de la charge virale qui peut s'accompagner d'une réduction de l'activité des aminotransférases et éventuellement d'une amélioration histologique secondaire à l'effet antiviral, même incomplet [35]. L'étude princeps de Shiffman et al. a évalué si un traitement d'entretien par l'IFN pouvait prévenir la progression de l'hépatite chronique chez des malades non répondeurs virologiques, mais ayant une réponse histologique [36]. Cinquante-trois malades non répondeurs après 6 mois d'IFN en monothérapie et ayant une réponse histologique initiale ont été inclus. Vingt-sept malades ont reçu de l'IFN à 3 MU pendant 24 mois supplémentaires et 26 malades ont arrêté le traitement et ont été suivis. Au sixième mois, une diminution significative de l'activité des aminotransférases, de l'ARN du VHC et des lésions histologiques était observée. Cette amélioration était maintenue chez les malades ayant poursuivi le traitement. En revanche, dans le groupe ayant arrêté le traitement, l'activité des aminotransférases, la charge virale et les lésions histologiques étaient équivalentes à celles observées avant le traitement. Dans le groupe poursuivant le traitement, après 30 mois de traitement, le score histologique de fibrose diminuait de 2,5 à 1,7 et 80 % des malades présentaient une amélioration de l'activité histologique. Dans le troupe arrêtant le traitement, l'arrêt de l'IFN était associé à une augmentation du score de fibrose de 2,2 à 2,4 et à une aggravation de l'activité histologique était observée chez 30 %. Les résultats de cette étude portant sur un sous-groupe de malades particuliers suggèrent qu'un traitement d'entretien par l'IFN pourrait ralentir la progression de la fibrose chez certains malades non répondeurs.
Comme un effet histologique bénéfique a été observé avec l'IFN PEG dans les essais de phase III [37] [38] [39], les mêmes stratégies de traitement d'entretien avec l'IFN PEG seul sont en cours d'évaluation chez les malades non répondeurs à la bithérapie pégylée.

Autres approches

La ribavirine en monothérapie, bien que n'ayant pratiquement pas d'effet antiviral, permet d'obtenir une diminution significative de l'activité des aminotransférases et de sa normalisation chez approximativement 30 à 50 % des malades traités dans les différentes études pilotes ou contrôlées [40] [41] [42] [43]. Le taux de réponse biochimique est plus faible chez les malades cirrhotiques (24 %) et chez les malades non répondeurs à l'IFN (26 %). Plusieurs études ont montré une amélioration de l'activité inflammatoire hépatique chez les malades ayant une réponse biochimique [43], [44]. De plus, aucune n'étude n'a mis en évidence de sélection de souches résistantes à la ribavirine [45]. Ces données suggèrent que chez les malades ayant une fibrose sévère (F3) et une intolérance ou une contre-indication formelle à l'IFN, un essai de traitement d'entretien par ribavirine est justifié. Des études à plus long terme seraient souhaitables pour évaluer l'effet de la ribavirine en monothérapie sur la fibrose hépatique dans ce sous-groupe de malades.
Des dérivés de la ribavirine, plus efficaces et présentant un meilleur profil de tolérance, sont aussi en cours d'évaluation. D'autres approches utilisant l'acide ursodésoxycholique, la déplétion martiale, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, l'interleukine 12, etc. ont été évaluées sans qu'un bénéfice ne soit démontré.
De nouvelles approches thérapeutiques visant spécifiquement à réduire l'activité histologique sont en cours d'étude pour ralentir la progression de la maladie hépatique chez les malades non répondeurs aux traitements antiviraux. Parmi celles-ci, l'interleukine 10 (IL10), une cytokine qui diminue la réponse pro-inflammatoire a été évaluée [46]. Cette cytokine en inhibant la production de cytokines de type Th1 pourrait ainsi réduire les lésions hépatocellulaires et la progression de la fibrose. Vingt-quatre malades non répondeurs ont été inclus pour recevoir différentes doses d'IL10 pendant 90 jours ; 22 malades ont terminé l'étude. L'IL10 a été bien tolérée. L'activité des aminotransférases s'est normalisée chez 19 des 22 malades à la fin du traitement et est restée normale chez 5 d'entre eux. Une amélioration de l'activité histologique était notée chez 19 malades et une amélioration de la fibrose chez 14. Aucun effet antiviral n'a été observé. Des études à plus large échelle sont nécessaires pour évaluer la tolérance et l'efficacité du traitement prolongé par IL10.

Perspectives

Du fait de l'évolution rapide des modalités thérapeutiques dans l'hépatite chronique C durant les dernières années, le profil des malades non répondeurs et rechuteurs, en fonction des schémas de traitement reçus, a changé. Chez les malades rechuteurs après un traitement par l'IFN, la bithérapie standard est souvent efficace, de l'ordre de 50 % de réponse prolongée. Sachant que la bithérapie pégylée est au moins aussi efficace que la bithérapie standard, il est justifié de proposer à ces malades un retraitement par bithérapie pégylée. Chez les malades non répondeurs à l'IFN, la bithérapie standard est peu efficace (de l'ordre de 15 % de réponse prolongée). Une bithérapie pégylée peut être proposée en cas d'hépatite chronique sévère (F3 ou F4). Chez les malades rechuteurs ou non répondeurs à une bithérapie standard, les résultats d'un retraitement par bithérapie pégylée ne sont pas connus, mais les chances de réponse prolongée paraissent faibles. Les espoirs apportés par l'association IFN PEG-ribavirine-amantadine nécessitent d'être confirmés par les essais thérapeutiques en cours.
Chez les non-répondeurs à la bithérapie pégylée, le bénéfice à long terme d'un traitement d'entretien par IFN PEG doit être évalué. Cela est d'autant plus important que de nouveaux médicaments spécifiques vont voir le jour très prochainement grâce aux progrès de la connaissance de la biologie moléculaire du VHC et de la meilleure compréhension de ses mécanismes de réplication. L'ensemble des données structurales, biochimiques et enzymatiques pourra favoriser très rapidement la conception de nouvelles molécules inhibitrices fondées sur la structure tridimensionnelle des sites actifs potentiellement impliqués et la structure chimique de ces molécules. Ces molécules antivirales potentielles peuvent être dorénavant étudiées dans les nouveaux systèmes cellulaires permettant la réplication d'un ARN viral sous-génomique ou après transfection de l'ADNc correspondant [47] [48] [49]. Il est donc important de pouvoir proposer aux malades non répondeurs ayant une maladie sévère (F3 ou F4), chez lesquels l'éradication virale n'est pas possible avec les traitements actuels, un traitement d'entretien afin d'essayer de stabiliser leur maladie hépatique. Ce traitement d'entretien peut permettre d'attendre les nouvelles molécules antivirales spécifiques du VHC qui pourraient augmenter de façon significative l'efficacité thérapeutique et ainsi diminuer les complications de la maladie.

 



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