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Fiches pratiques
Colites Microscopiques


Définition et terminologie

Le terme de colite microscopique recouvre actuellement deux entités distinctes :
-> la colite collagène
-> la colite lymphocytaire

Il s'agit par définition d'un syndrome anatomoclinique, associant une diarrhée hydrique chronique, sans anomalie coloscopique, à des lésions inflammatoires de la muqueuse colorectale, détectées par les biopsies endoscopiques.
-> Premier cas de colite collagène décrit en 1976 par Lindström
-> Depuis plus de 600 cas de colite collagène ont été rapportés


Aspects histologiques

Lésions histologiques diagnostiques

o Colite collagène
- Présence d'une bande collagène sous-épithéliale au niveau de la muqueuse colorectale
- Epaisseur doit être > 10 mum
- Epaississement prédomine souvent dans le côlon droit, parfois absent des biopsies rectales
- Microscopie électronique : collagène de type I, III et VI en immunohistochimie, joint à de la ténascine, alors que la membrane basale, riche en collagène IV, préservée au-dessus du dépôt

o Colite lymphocytaire
- Présence d'une augmentation du nombre des LIE au niveau de l'épithélium de surface de la muqueuse colo-rectale
- Nombre doit être > 20% des cellules épithéliales -> Normale < 5
- Techniques immunohistochimiques : biopsies fixées en paraffine, montrent que les LIE expriment l'antigène leucocytaire commun, et qu'il s'agit de lymphocytes T, CD3+.
- Les marquages sur biopsies congelées phénotype suppresseurs, CD8+
- Absence d'épaississement collagène sous-épithélial

Autres lésions

Les lésions inflammatoires sont présentes à la fois dans l'épithélium et le chorion.

Au cours de la colite collagène, une augmentation des LIE est présente (moins intense)

Un infiltrat inflammatoire de la lamina propria est présent dans les deux types de colite
- cellules lymphoïdes (lymphocytes, plasmocytes)
- parfois de mastocytes
- polynucléaires éosinophiles

Les lésions épithéliales sont fréquentes

L'architecture de la muqueuse est respectée, sa hauteur n'est pas diminuée,

Epithélium de surface
- vacuolisé
- décollé
- ou totalement absent


Épidémiologie

Bien que colite collagène et colite lymphocytaire soient considérées comme rares, elles sont diagnostiquées de plus en plus souvent, depuis que la pratique de biopsies colorectales étagées s'est répandue dans le bilan des diarrhées chroniques.

-> Plus de 600 cas de colite collagène ont été publiés

-> 50 et 100 de colite lymphocytaire

Colite collagène :
- Pourcentage de cas de colite collagène parmi les malades présentant une diarrhée chronique et une coloscopie normale varie de 0,3 % à 5 %
- Age moyen assez élevé (64 ans)
- Prédominance féminine (sex-ratio de 9 pour 1)
- Un pic d'incidence était noté chez les femmes âgées de 70 à 79 ans


Colite lymphocytaire :

- Incidence et prévalence sont inconnues
- Age moyen de 51 ans est plus bas que celui de la colite collagène
- ex-ratio est considéré par certains auteurs comme presque égal à 1


Données cliniques et biologiques

La colite collagène et la colite lymphocytaire
- une diarrhée hydrique
- non hémorragique
- nombre quotidien de selles pouvant atteindre 30
- selles nocturnes étant présentes dans 25 % des cas
- souvent présente longtemps avant le diagnostic
- peut évoluer par poussées entrecoupées de rémissions

Signes associés dans environ 1 cas sur 2 :
- douleurs abdominales
- météorisme
- d'amaigrissement
- généralement modérés
- état généralbien conservé


Maladies associées
--> maladie coeliaque
--> gastrite chronique auto-immune
--> pathologies rhumatologiques et/ou auto-immunes
--> polyarthrite rhumatoïde séropositive ou séronégative
--> Syndrome de Sjögren
--> thyroïdite

De nombreux cas d'association de maladie coeliaque à une colite collagène ou à une colite lymphocytaire ont été rapportés.

La constatation par Moayyedi et al. d'une possible sensibilisation "latente" au gluten au cours de certaines colites collagènes et colites lymphocytaires est difficile à interpréter et doit être confirmée par d'autres travaux.


Examens complémentaires
- Coloscopie est normale ou ne montre que des anomalies non significatives
- Pas de signe d'infection ou de malabsorption
- Pas de syndrome inflammatoire important
- Leucocytose fécale importante a été notée en cas de colite collagène
- Des autoanticorps, en particulier des anticorps anti-noyau sont assez souvent présents
- Association avec Groupe HLA A1 (66,6 %) inverse avec le groupe HLA A3 (0 %)


Histoire naturelle et traitement

Opiacés sont très peu efficaces

Dérivés 5-aminosalicylés varie selon les études entre 15 % et 88 %

Corticoïdes, par voie orale ou par lavement efficaces dans 70 % à 90 % des cas

20 % à 30 % des malades rechutant à l'arrêt du traitement.

Traitement chirurgical par iléostomie de diversion ou coloproctectomie avec iléostomie.


Relations colite collagène - colite lymphocytaire

Veress et al. ont proposé de décrire, au sein des colites microscopiques, trois groupes différents

--> Les colites collagènes pures, sans augmentation des LIE

--> Les colites lymphocytaires pures, sans épaississement collagène

--> Une forme mixte, comportant à la fois une augmentation des LIE et un épaississement collagène

Il serait alors envisageable que, dans certains cas de mécanisme inflammatoire "auto-immun", la colite lymphocytaire représente un stade précoce d'une maladie évoluant ensuite vers une colite collagène, ce qui rendrait compte de certaines observations privilégiées dans la littérature, et de l'âge moyen plus jeune des malades présentant une colite lymphocytaire par rapport à ceux présentant une colite collagène. Dans d'autres cas, l'étiologie pourrait être tout à fait différente, par exemple d'origine médicamenteuse ou infectieuse, aboutissant alors soit à une colite lymphocytaire, soit à une colite collagène.


Pathogénie

Deux théories sont proposées pour expliquer le développement de la colite collagène

--> Mécanisme inflammatoire, possiblement auto-immun activé par :
- par des médicaments
- Toxines endogènes
- Facteurs environnementaux

Arguments plaident en faveur de cette théorie
- Présence fréquente d'auto-anticorps
- Association fréquente à des maladies auto-immunes
- Fréquence d'une leucocytose fécale
- Efficacité très fréquente de médicaments tels que les dérivés 5-aminosalicylés et les corticoïdes

--> Anomalie locale des fibroblastes de la gaine péricryptique, qui continueraient à synthétiser du collagène malgré la présence de l'épaisse bande

Les seuls médicaments qui aient été proposés comme pouvant jouer un rôle dans la pathogénie de la colite collagène sont les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

La plupart des cas de colite lymphocytaire sont d'étiologie inconnue. Dans quelques cas, en particulier en France, les lésions de colite lymphocytaire ont pu être attribuées de façon formelle à une prise médicamenteuse (Cyclo 3® , ranitidine)


Les colites microscopiques : un cadre nosologique plus large ?

Le cadre des colites microscopiques est probablement multiple. A côté de la colite collagène, entité la mieux décrite, aux critères diagnostiques les mieux établis, relativement fréquente mais de pathogénie inconnue, et de la colite lymphocytaire, probablement plus rare, et qui pourrait appartenir au même spectre lésionnel, d'autres entités restent à décrire et à préciser.


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