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La Colite Ischémique.


La colite ischémique (CI) correspond à une anoxie d'origine circulatoire de la paroi colique
  • pathologie ischémique la plus fréquente du tube digestif
    • 10 % des hémorragies digestives basses
    • 1 % à 2 % des patients hospitalisés pour une pathologie colique
  • sex-ratio est de 2 femmes pour 1 homme environ
  • âge de survenue est d'environ 70 ans
  • plus précoce chez l'homme

On distingue deux formes de la maladie

    • la colite ischémique non gangréneuse (CING) : 90 %
    • la colite ischémique gangréneuse (CIG) : 10 %

 

Étiologies

Atteintes vasculaires non obstructives (95 % des cas ) associées souvent à des causes obstructives

Elles sont en rapport avec un bas débit relatif local ou général

  • collapsus cardiovasculaire
  • choc hypovolémique
  • choc cardiogénique
  • choc septique
  • choc anaphylactique
  • insuffisance cardiaque (aiguë ou chronique)
  • troubles du rythme cardiaque
  • effort physique de longue durée
  • action de certains médicaments
    • anti-hypertenseurs
    • diurétiques
    • vasoconstricteurs
    • pénicillines

.
Les causes obstructives (50 % des cas)

  • thromboses et embolies des artères mésentériques
  • traumatismes abdominaux externes
  • thromboses des veines mésentériques
  • vascularites
  • obstruction colique
  • maladies hématologiques
  • thromboses artérielles en rapport avec la prise d'eostroprogestatifs
  • neuroleptiques (atonie digestive provoquant une hyperpression intracolique et des troubles hémodynamiques responsables de thromboses des petits vaisseaux )
  • anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) (augmente les résistances vasculaires du territoire splanchnique par l'intermédiaire d'une diminution de l'activité de la cyclooxygénase qui intervient dans la synthèse des prostaglandines vasodilatatrices)
  • chirurgie de l'aorte abdominale (prothèses aortiques ou aorto-bifémorales) souvent responsable de troubles de la vascularisation des artères à destination colique.


L'origine des colites ischémiques est le plus souvent multifactorielle

sujet âgé

  • hypertendu
  • traitement antihypertenseur


sujet jeune

  • effort excessif (sang dans les selles chez 85 % des coureurs d'un marathon).
    • baisse des débits sanguins splanchnique et rénal au cours de l'effort (hypoxie, déshydratation, "effet vol" de la vascularisation musculaire)
    • augmentation des catécholamines entraînant une vasoconstriction des territoires mésentériques et rénaux.

Diagnostic

Clinique

Les symptômes sont d'apparition brutale

  • douleurs abdominales à type de crampes
  • flanc et de la fosse iliaque gauches (environ 70 % des cas)
  • diarrhée aiguë (60 %)
  • rectorragies (80 %)
  • séquence associant ces trois signes est présente dans 40 % des cas.
  • décalage thermique est noté dans environ 60 % des cas.
  • distension abdominale modérée
  • défense dont le siège dépend du segment colique atteint.

 

Dans le contexte particulier de la chirurgie aortique

  • dans les 48 heures suivant l'intervention
  • diarrhées
  • rectorragies.


La CIG : La symptomatologie est plus alarmante

  • péritonite
  • rectorragies massives sont rares mais peuvent être responsables d'un choc hémorragique

Morphologie

Le cliché d'abdomen sans préparation

  • paroi colique festonnée
  • diminution des haustrations et du calibre du côlon


L'opacification colique

  • images en empreintes de pouce dues à l'oedème et à l'hémorragie sous-muqueuse
  • spicules traduisant des ulcérations
  • sténoses

L'examen tomodensitométrique abdominal

  • épaississement non spécifique de la paroi colique

La coloscopie apporte les meilleurs arguments diagnostiques grâce à la visualisation directe de la muqueuse et à l'analyse des biopsies.

  • L'examen doit être réalisé avec prudence
  • Absence de perforation colique
  • Endoscopiste expérimenté qui évitera une insufflation colique trop importante
  • Caractère segmentaire des lésions observées
  • La fréquence des localisations décroît du rectum vers le caecum
    • 75 % intéressent le côlon gauche et le recto-sigmoïde
    • 15 % le côlon transverse
    • 10 % le côlon droit
  • Angle gauche serait le plus atteint du fait de la zone de faiblesse vasculaire (point de Griffith) à ce niveau
  • 60 % des lésions se situeraient au niveau du rectum et du sigmoïde (faiblesse vasculaire du point de Südeck) pour certains auteurs

Il est classique de décrire trois stades de lésions

  • Muqueuse congestive, pétéchiale avec zones rougeâtres purpuriques en nappe, sans ulcérations (1er et 2e jours)
  • Ulcérations plutôt longitudinales ou confluentes "à l'emporte-pièce" (3e au 7e jour)
  • Plus tardivement : Ulcérations s'étendent, la muqueuse est abrasée avec des hématomes, prenant une teinte noirâtre : c'est la CIG, grave et du ressort de la chirurgie.


L'artériographie n'est que très rarement réalisée

 

Biologie

  • 6 % des cas, on observe une polynucléose neutrophile transitoire
  • anémie (< 11 g/dl) n'est présente que dans un tiers des cas
  • coprocultures et l'examen parasitologique des selles ne permettent jamais d'isoler des germes pathogènes

En cas de CIG

  • acidose métabolique
  • insuffisance rénale oligo-anurique

Anatomie pathologique

Les lésions les plus précoces sont représentées

  • Oedème de la muqueuse puis de la sous-muqueuse,
  • Décollement de l'épithélium de surface
  • Présence de silhouettes de cryptes dans le chorion est un des premiers signes de nécrose

La réparation peut se faire

  • soit ad integrum
  • soit avec une fibrose du chorion (avec cryptes diminuées de calibre) réalisant une atrophie en aires

Si l'ischémie persiste,

  • atteinte des couches sous-jacentes,
  • nécrose du chorion
  • plus d'obstacle aux bactéries coliques (forme gangréneuse)

La réparation

  • fibrose remplace les couches lésées aboutissant à une sténose
  • dans le cas contraire
    • infarctus massif
    • péritonite par perforation ou diffusion.

Diagnostic différentiel

  • colite infectieuse
  • colite inflammatoire (rectocolite hémorragique)
  • sigmoïdites diverticulaires

Traitement

La CING relève d'un traitement médical symptomatique

  • alimentation parentérale stricte
  • entérale sans résidus
  • réhydratation
  • traitement antibiotique (le métronidazole est souvent utilisé)
  • suppression du ou des facteur(s) favorisant l'ischémie colique (notamment les médicaments délétères).

Aucune thérapeutique n'a démontré d'efficacité sur l'amélioration du flux sanguin mésentérique

.
Le traitement des formes gangréneuses est chirurgical.

La colite ischémique est la troisième indication (14 %) d'intervention de Hartmann

  • maladie diverticulaire (43 %)
  • cancers colorectaux (36 %)

 

Évolution (figure 7)

Pour la CING

  • 50 % des cas une résolution complète
    • de la symptomatologie en 4 à 8 jours en moyenne
    • des lésions endoscopiques en 2 semaines environ.

La durée moyenne d'hospitalisation est de 10 jours

La mortalité de la CING est d'environ 8 % et celle de la CIG de 80 %.
 


  Références Bibliographiques :


Article de base ayant permis la réalisation de ce résumé :

La colite ischémique

Jérôme BAROUK 
Pierre BERNARD 
Frank ZERBIB   

J. Barouk, F. Zerbib : Service d'hépato-gastroentérologie, CHU  Hôtel- Dieu, 44035 Nantes Cedex.
 P. Bernard : Clinique chirurgicale A, CHU Hôtel-Dieu, 44035 Nantes  Cedex.

Hépato-Gastro. Vol. 5, n° 2, mars-avril 1998 : 93-8

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