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Résumé pratique

Dr D.Mennecier

 29/08/02

 Orientation Diagnostique et conduite à tenir devant une ASCITE


I DEFINITION


Epanchement liquidien non-sanglant dans le péritoine.

 

II INTERET


C'est une situation clinique relativement fréquente, de Dg étiologique facile si l'on a pris le soin d'entreprendre une démarche Dg rigoureuse. La ponction exploratrice, l'échographie et la laparoscopie avec biopsie constituent les moyens fondamentaux du Dg. L'étiologie alcoolique est la plus fréquente.
Le mécanisme de l'ascite est différent selon la cause et sera envisagé lors de chaque étiologie

 

III CIRCONSTANCES DE DECOUVERTE


1) Typiques


a) SF


Des signes prémonitoires peuvent exister: vives douleurs abdominales dues à la distensibilité de la pa-roi abdominale chez le sujet jeune et si l'ascite se constitue rapidement, ballonnement et flatulence quand elle se constitue progressivement
L'ascite constituée, le patient se plaint d'une augmentation de volume de la paroi abdominale

b) SG


L'EG est le plus souvent altéré avec AAA, amaigrissement vite compensé par le volume de l'ascite

c) SP


Ø Inspection: l'abdomen est distendu, augmenté de volume de façon symétrique mais variable selon la position du sujet en fonction de la pesanteur. La peau est lisse, tendue et luisante. L'ombilic peut être déplissé. Un oedème hypogastrique ou du scrotum ainsi que la saillie d'une hernie sont fréquemment associés. Au niveau des flancs et du gril costal, une circulation veineuse collatérale cave sup ou inf, ou cave/cave doit être recherchée.
Ø Percussion: on met en évidence une matité de l'hypogastre et des flancs, déclive, concave vers le haut avec tympanisme périombilical. Matité et sonorité sont variables avec la position du malade. Il est parfois nécessaire de mobiliser le patient pour mettre en évidence une ascite de faible abondance. Ailleurs, la matité est dite 'en damier' hétéro-gène: c'est la signification d'une ascite infectée ou néoplasique.
Ø Palpation: la palpation des organes intra-abdominaux est difficile. Le signe du glaçon est le choc en retour due à la remontée du foie au sein du liquide d'ascite. Le signe du flot est la transmission transabdominale liquidienne d'une pression controlatérale.

De principe, il faut rechercher un EP qui sera le plus souvent droit, un OMI, une turgescence jugulaire ou un RHJ. L'examen est complété par les touchers pelviens.

 

IV DG POSITIF


1) Clinique: affirmer une ascite est le plus souvent facile mais...


... dès le stade clinique, il faut rechercher des signes d'orientation Dg, par ex:
- cause déclenchante de la décompensation oedémato-ascitique chez le cirrhotique, telles que une hémorragie digestive, une HAA, une infection, un CHC...
- signes gynécologiques chez la femme lors d'un cancer de l'utérus ou des ovaires
- contexte fébrile en cas de tuberculose péritonéale
- anasarque lors de l'IC globale ou du SN

 

2) Imagerie


a) ASP


S'il est pratiqué, les signes en faveur d'une ascite sont: une tonalité opaque de l'abdomen, un bord droit du foie distant de la paroi droite, un espacement de plus de 5mm des anses intestinales qui nagent dans le liquide

b) Echographie


Le liquide d'ascite est comme tous les liquides hypoéchogène. En cas de faible abondance, les localisations préférentielles de l'ascite sont la bande interhépato-diaphragmatique, la bande interhépato-rénale ou pelvienne, et le cul-de-sac de Douglas. C'est l'examen le plus utile pour dépister une ascite infraclinique.

 

3) Ponction d'ascite


C'est l'examen obligatoire qui apporte la certitude dans les ascites peu volumineuses. Dans ce cas, elle est guidée par l'échographie. Elle peut se faire aussi lors de la ponction évacuatrice des épanchements volumineux. Rappelons simplement le point de ponction au niveau du 1/3 externe de la ligne reliant l'ombilic à l'EIAS gauche, en pleine matité.
Les caractères macroscopiques du liquide d'ascite sont les suivants: citrin, trouble, hémorragique, chyleux
Les paramètres biochimiques à doser sont les protéines, l'amylase, le glucose et le chlore en situation cou-rante. Le transsudat a un taux de protéines<20g/l, l'exsudat>40g/l.
Les caractéristiques cytologiques doivent être précisés: numération et typage des PNN, lymphocytes, GR, cellules mésothéliales et cellules néoplasiques. Le nombre de cellules n'est à retenir que s'il est>300/mm3. L'ascite est dite hémorragique dès que les GR sont>1 000/mm3. Il n'y a habituellement pas de germe dans le liquide d'ascite.
Les examens bactériologiques sont la coloration au MGG et la mise en culture sur milieu aérobie et anaé-robie, et sur milieu de Lowenstein si on suspecte une tuberculose

La ponction d'ascite permet le Dg étiologique dans la moitié des cas.

 

V DG DIFFERENTIEL


1) Avant la ponction
Un globe vésical ou une volumineuse tumeur intra-abdominale telle qu'un fibrome ou une tumeur ova-rienne
peuvent simuler une ascite. Dans ce dernier cas, la dégénérescence peut provoquer une véritable ascite néoplasique. Nous ne revenons pas sur les critères cliniques de ces différentes pathologies.

2) Après la ponction
Il faut différencier un accident de ponction, où le liquide de ponction s'éclaircit progressivement et coagule, d'un hémopéritoine
Une ponction blanche n'exclut pas le Dg. Elle est le fait d'une ascite de faible volume ou de nombreuses adhé-rences cloisonnant l'ascite.

 

VI DG ETIOLOGIQUE


Le Dg de gravité, les formes cliniques, l'évolution et le Pc dépendent essentiellement de l'étiologie de l'ascite.
Si la plupart des ascites sont d'origine hépatique, il ne faut pas oublier les causes que sont l'insuffisance cardiaque globale
et le SN.

1) Ascite cirrhotique
C'est la première cause à évoquer. Dans 40% des cas, l'ascite est la première manifestation de la cirrhose alcoolique et non-alcoolique (virale, mdt, biliaire et auto-immune).
Les éléments permettant le Dg sont:
- Des ATCD alcoolique, d'hépatite cirrhogène principalement B et C, de mdt hépatotoxique pris de façon prolongée surtout chez la femme
- Lors de l'examen clinique, une HM dure à la palpation, une SM associée, une circulation collatérale abdominale des flancs ou en tête de méduse au niveau de l'ombilic, des angiomes stellaires, un érythème palmaire, une pigmentation des MI, une gynécomastie, une féminisation des phanères et de la peau chez l'homme
- Le liquide d'ascite est citrin, pauvre en protéines (<20g/l) correspondant à un transsudat, pauvre en cellules et stérile
- Les signes biologiques de la cirrhose, tels que l'anémie, la thrombopénie, l'hypergglobulinémie avec bloc bg, sont inconstants et ne permettent pas de poser le Dg. L'imagerie hépatique peut aider.
Æ Le Dg de certitude est apporté par la ponction-biopsie hépatique

Devant ce tableau, il faut nécessairement rechercher un facteur déclenchant: erreur diététique avec important apport en sel, HAA ou h virale, hémorragie digestive, infection, thrombose portale spontanée ou secondaire à un CHC. Dans ce dernier cas, l'ascite est souvent hémorragique.
Les complications de l'ascite se voient surtout dans la cirrhose éthylique: infection du liquide d'ascite suspec-tée devant une prédominance des PNN, désordres hydro-électrolytiques, syndrome hépatorénal, rupture de l'ombilic

NB: le plan de présentation d'un ascite cirrhotique est le suivant:
- la clinique rapporte le tableau ascitique
Æ la ponction objective la nature transsudative de l'ascite
Æ il faut éliminer les grandes causes d'ascite que sont le SN et l'IC
Æ la cause de l'ascite est donc une cirrhose dont il faudra prouver l'origine alcoolique. La conjonction de signes d'HTP et d'IHC cliniques, biologiques et morphologiques signe la cirrhose éthylique dans 95% des cas. S'y ajoutent souvent les syndromes mésenchymateux, choles-tatique et cytolytique.

2) Autres ascites par HTP: beaucoup plus rares et de causes variées


L'HTP peut être d'origine sus-, intra- ou sous-hépatique. Le Dg fait appel à l'échographie éventuellement couplée au doppler, le scanner, l'artériographie, l'échocardiographie, la ponction-biopsie hépatique voire le cathétérisme sus-hépatique. C'est dans cette catégorie d'étiologies que le Dg est parfois très difficile.

a) Obstacles sus-hépatiques (3)
Le syndrome de Budd-Chiari, les diaphragmes complet ou incomplet ou les thromboses de la VCI, l'IVD ou l'IC globale, la péricardite constrictive sont les étiologies des obstacles sus-hépatiques. La péricardite constrictive est capitale à reconnaître car curable chirurgicalement: le tableau clinique est celui d'une adiastolie.

b) Obstacles intrahépatiques (3S)
Ce sont le cancer secondaire du foie, la sarcoïdose, la schistosomiase

c) Obstacles sous-hépatiques (3)
Ils sont représentés par la thrombose porte, les compressions tumorales de la veine porte. Le caver-nome portal est exceptionnel.
Æ Au cours des obstacles portes, l'ascite ne se développe qu'en cas de facteur surajouté tel qu'une hypoalbuminémie ou un CHC

 

3) Ascites par maladie du péritoine ou d'autres organes intra-abdominaux


a) Ascite néoplasique
3 étiologies majeures sont à retenir: les tumeurs ovariennes, les tumeurs digestives (estomac, pan-créas, côlon) et les cancers hépatiques. Ils réalisent alors le tableau de carcinose péritonéale. Les ATCD peuvent orienter le Dg. La circulation collatérale est absente sauf s'il existe une compression de la VCI. La palpation rapporte parfois l'existence de 'gâteaux' péritonéaux. Les touchers pelviens sont ici primordiaux.
Le liquide d'ascite peut être citrin ou hémorragique, très rarement chyleux. Il est riche en protéines (> 40g/l) et en cellules rouges et blanches. La mise en évidence de cellules néoplasiques a une très forte valeur Dg. La certitude Dg est apportée par la biopsie péritonéale sous contrôle de la vue par laparoscopie; en pratique, elle est rarement effectuée.

+ On en rapproche l'ascite de la maladie gélatineuse du péritoine, du mésothéliome primitif périto-néal, du syndrome de Demon-Meigs (ascite + EP droit + tumeur bénigne de l'ovaire), toutes étiologies exceptionnelles

b) Ascite tuberculeuse
Elle est le plus souvent secondaire à une tuberculose génitale ou caecale, peut être isolée ou plus souvent associée à des épanchements des autres séreuses. Le syndrome infectieux et l'AEG sont importants. L'ascite est exsu-dative et riche en lymphocytes. L'isolement du BK fait le Dg mais c'est une circonstance rare. La laparoscopie permet le Dg par visualisation de granulations blanchâtres qui se révèlent être des foyers de granulomes caséeux.
+ On en rapproche l'ascite des infections péritonéales par Chlamydia, gonocoques et VIH

c) Ascite pancréatique
Elle accompagne une PA ou une PC avec PK fistulisé dans le péritoine. Le Dg est porté devant un ex-sudat riche en amylase

d) Ascite chyleuse
Le liquide est lactescent: c'est un Dg porté lors de la ponction d'ascite. L'analyse biochimique montre une hyperlipidémie>1g/l dont 75% au moins de TG. La cytologie retrouve une richesse en cellules lymphoïdes. Il est nécessaire de la différencier de l'ascite néoplasique qui peut parfois donner un aspect macroscopique similaire.
ETIO: Une compression tumorale ou non, un traumatisme ou une obstruction des lymphatiques abdominaux, les entéropathies exsudatives primitives et plus rarement les maladies pancréatiques et les cirrhoses du foie peuvent donner une ascite chyleuse

+ Causes rares ou exceptionnelles d'ascite
L'hypothyroïdie, la maladie de Whipple, la maladie périodique, les vascularites, un SN, une malnutrition, une dialyse péritonéale sont les causes rares ou exceptionnelles d'ascite

 

CONCLUSIONS

Le Dg d'une ascite se fait en respectant plusieurs étapes: d'abord la clinique essentielle, puis la ponction d'ascite qui permet le Dg étiologique dans la moitié des cas, puis d'autres examens plus spécifique tel que la laparoscopie avec biopsie péritonéale. Les causes d'ascite sont très nombreuses mais dominées par la cirrhose et les néoplasies métastasées au péritoine.