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de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


L'hépatite C dans certaines populations de malades : les enfants, les hémophiles et les thalassémiques, les hémodialysés et les transplantés rénaux
Hélène FONTAINE (1)

(1)Service d'Hépatologie adulte, Hôpital Necker Enfants-Malades, 149, rue de Sèvres, 75015 Paris

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 91-104
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

Cet article est consacré aux spécificités de l'hépatite C en termes épidémiologiques, d'histoire naturelle et thérapeutiques dans certains sous-groupes : enfants, hémophiles et thalassémiques, hémodialysés et transplantés rénaux. Dans ces sous-groupes particuliers, la prise en charge diagnostique et thérapeutique doit être modifiée en fonction de certaines particularités concernant les facteurs de risque de contamination, la durée d'évolution, l'âge au moment de la contamination, l'association à d'autres pathologies (surcharge en fer, co-infection par le VIH chez les malades polytransfusés), l'association de traitements immunosuppresseurs chez les malades transplantés rénaux, l'existence de certaines contre-indications aux médicaments habituellement utilisés dans le traitement de l'hépatite chronique C et de problèmes spécifiques de tolérance au traitement.



Hépatite C chez les enfants

Épidémiologie

Chez l'enfant, la prévalence de l'hépatite C est faible par rapport à celle observée chez l'adulte : 0,1 à 0,4 % versus 0,5 à 2 % chez l'adulte [1] [2]. Les modes de contamination sont principalement
a. la transfusion de produits dérivés du sang dans 43 % des cas, surtout chez les enfants ayant des maladies héréditaires de la coagulation (hémophilie, maladie de Willebrand) ou des maladies responsables d'anémie chronique (thalassémie majeure) ;
b. verticale dans 17 % des cas [3] et
c. sporadique dans 40 % des cas.
Depuis le dépistage systématique des donneurs du sang, la contamination par transfusion sanguine a tendance à diminuer au profit des autres modes de contamination [4]. La transmission intra-familiale est rare et semble plus fréquente lorsque le cas index est la mère que lorsque le cas index est le père : 3 % versus 0,6 % [5]. Les autres modes de contamination comme la toxicomanie par voie intraveineuse ou nasale sont bien sûr moins fréquents que chez l'adulte.

Transmission mère-enfant

Zannetti et al. ont analysé la survenue d'une transmission mère-enfant de l'hépatite C en surveillant 291 enfants (dont la mère provenait d'une population de 482 femmes anti-VHC positif), après la naissance par sérologie et PCR. La transmission mère-enfant était observée chez 5,8 % des enfants ; toutes les mères des enfants infectés étaient virémiques. Le taux de transmission était significativement plus élevé lorsque la mère était co-infectée par le VIH que lorsqu'elle ne l'était pas : 22,5 % versus 3,2 % [6]. Une revue de la littérature a rapporté un pourcentage de transmission verticale inférieur à 10 % chez 976 enfants de mères anti-VHC positif. Cette transmission était corrélée à la charge virale C dans 10 études. Une d'entre elles montrait que le chiffre de CD4 chez les mères ayant transmis le VHC était significativement inférieur à celui des mères n'ayant pas transmis le VHC, suggérant que l'augmentation du pourcentage de transmission par les mères co-infectées était probablement liée à l'augmentation de la charge virale C, elle-même secondaire au déficit immunitaire. De même, dans l'étude de Gibb et al., la transmission survenait dans 6,7 % avec un risque relatif de 3,8 si la mère était co-infectée par le VIH [7]. Cependant, il n'a pas été possible de définir une valeur-seuil de virémie quantitative prédictive de transmission mère-enfant [8]. Bien que la recherche de l'ARN du VHC soit positive dans le lait maternel dans 15 % des cas, la transmission mère-enfant ne semble pas influencée par l'allaitement maternel [9].
Le rôle de la voie utilisée pour l'accouchement, voie basse ou césarienne, reste discuté. Les premières études n'ont pas montré de diminution de la transmission mère-enfant du VHC lorsque l'accouchement avait lieu par césarienne par rapport aux enfants nés par voie basse [10] [11] [12]. Cependant, ces différentes études ont été réalisées sur de faibles effectifs. Une étude a suggéré qu'une rupture prématurée de la poche des eaux pouvait être un facteur de risque [11]. Une autre étude a suggéré que le pourcentage de transmission mère-enfant était significativement supérieur chez les malades ayant accouché par voie basse ou par césarienne en urgence que chez les maladees ayant eu une césarienne avant la rupture de la poche des eaux [7] ; cependant, en raison de certains biais, les auteurs eux-mêmes conseillaient la réalisation d'autres études afin de confirmer cette hypothèse. Aucune étude n'a pu répondre à la question concernant le moment de la transmission mère-enfant pendant la grossesse, pendant l'accouchement ou après l'accouchement. Enfin, le génotype viral ne semble pas influencer la fréquence de la transmission mère-enfant.

Diagnostic de l'infection par le VHC

En raison de la persistance chez l'enfant des anticorps anti- VHC d'origine maternelle, parfois jusqu'à 20 mois [8], [13], la recherche de ces anticorps est peu utile pendant les premiers mois de vie. Dans une série de 441 enfants de mères anti-VHC positif, les anticorps anti-VHC étaient détectables chez 50 % et 7 %, à 8 et 13 mois de vie, respectivement [7]. Le diagnostic doit être réalisé par la recherche de l'ARN VHC par technique PCR [13]. Ce test peut être fait dès la naissance, mais il a été proposé de ne l'effectuer qu'à partir de 24 mois, puisqu'il a été rapporté des cas de virémie transitoire pendant les premiers mois de vie [14], [15]. Il est généralement recommandé d'établir le diagnostic sur la positivité à 2 reprises de l'ARN VHC par PCR au moins 2 mois après l'accouchement. De faux négatifs de la sérologie ont été décrits, parfois associés à un déficit immunitaire (secondaire à une co-infection VIH ou à une chimiothérapie), ce qui renforce l'intérêt de la PCR [15], [16]. En cas de transmission mère-enfant, la PCR est positive dans 70 % des cas à un mois de vie et dans 90 % des cas à 3 mois de vie [8], [13].

Histoire naturelle de l'hépatite chronique C chez l'enfant

Chez l'enfant, l'histoire naturelle de l'hépatite C est mal connue puisque cette infection est rare et généralement asymptomatique. Toutefois, l'évolution histologique semble bénigne dans la majorité des cas [3]. Les résultats du traitement sont également mal connus puisqu'un traitement n'est entrepris que dans les rares formes sévères. Après contamination dans l'enfance, le passage à la chronicité a été décrit dans 30 à 60 % des cas, avec la possibilité dans certains cas d'un " portage sain ". Aucun cas d'hépatite fulminante n'a été décrit. Plusieurs facteurs dépendants de l'hôte et du virus semblent influencer l'évolution de l'hépatite C chez l'enfant : l'âge, la réponse immunitaire, la co-infection par le VIH ou le virus de l'hépatite B (VHB), la prise de toxiques ou d'alcool chez l'adolescent (moins fréquente que celle observée chez l'adulte), l'importance de l'inoculum, la charge virale et le taux de mutation virale [17] [18] [19] [20]. Par rapport à l'évolution chez l'adulte, certaines spécificités ont été rapportées
a. l'activité des aminotransférases et la charge virale sont habituellement plus faibles et fluctuantes ;
b. les lésions histologiques sont plus modérées suggérant que la biopsie est généralement inutile [21] [22] ;
c. la maladie chronique est asymptomatique dans la grande majorité des cas [3] ;
d. chez certains enfants (jusqu'à 20 %), une négativation spontanée de la virémie et des anticorps anti-VHC est assez souvent observée [3] ;
e. les manifestations extra-hépatiques sont très rares.
Si la plupart des études ont rapporté une progression lente et bénigne avec des lésions histologiques minimes dans 40 % des cas [22], [24], [25] chez les enfants ayant une hépatite C sporadique, des cas d'évolution cirrhogène (parfois rapide) ont été décrits chez 8 % des enfants [26]. Le pronostic pourrait être défavorablement influencé par certaines caractéristiques observées chez les malades polytransfusés (surcharge en fer, nombre élevé de quasi-espèces) et chez les enfants ayant reçu une chimiothérapie pour un cancer [18], [27] [28] [29] [30]. À l'issue de la conférence de consensus de 1999 [31], une surveillance trimestrielle ou semestrielle de l'activité des aminotransférases a été recommandée. La date de la réalisation d'une biopsie hépatique et l'utilité de la réalisation d'une échographie ou d'un dosage de l'alpha-foetoprotéine n'ont pas été clairement définies.


Traitement de l'hépatite chronique C chez l'enfant

Bien que l'hépatite C soit rarement responsable d'une hépatopathie sévère chez l'enfant, certains auteurs ont justifié l'indication du traitement par une possible aggravation histologique ultérieure avec la possibilité de survenue d'une cirrhose et de ses complications. Dans ce contexte, le but principal du traitement est l'éradication virale à long terme. Jusqu'à récemment, seul l'interféron en monothérapie a été utilisé chez l'enfant à des posologies de 3 à 5 millions d'unités/m2, 3 fois par semaine pendant 6 à 12 mois.
Les diff+rentes études thérapeutiques chez l'enfant ont montré une efficacité virologique à long terme dans environ 40 % des cas (8 à 50 %) [25], [27] [28] [29], [32] [33] [34] [35] [36] [37] [38], y compris lorsque l'hépatite C était associée à d'autres pathologies (thalassémies, cancers) [29], [32] [33] [34] [35] [36] [37] [38] [39] [40] [41] [42] [43] [44] [45] [46] tableau I. Ces résultats doivent être interprétés en tenant compte des effectifs souvent faibles et de l'hétérogénéité des populations étudiées. Le faible effectif s'explique par la prévalence faible de l'infection chez l'enfant, le caractère asymptomatique de la maladie, l'évolutivité plus lente que chez l'adulte, l'existence d'anticorps anti-LKM1 chez 7 à 10 % des enfants infectés, faisant craindre une aggravation pendant le traitement [47] et les effets secondaires potentiels de l'interféron chez l'enfant.
Les facteurs prédictifs de réponse au traitement sont l'âge, le sexe féminin, une courte durée d'évolution, l'absence de cirrhose, l'absence de surcharge en fer, une charge virale faible, l'infection par un génotype non-1 et l'absence de co-infection VIH [33], [35], [37].
La réponse virologique prolongée est associée à une amélioration histologique, mais peu d'études ont analysé l'évolution à long terme (plus d'un an après l'arrêt du traitement). Des études sur de plus grands effectifs et des populations plus homogènes seraient nécessaires pour mieux préciser les facteurs de réponse, le taux de réponse virologique et l'effet histologique à long terme.
La tolérance de l'interféron en monothérapie chez l'enfant est correcte sans effets secondaires sévères fréquents. Les effets secondaires les plus courants sont le syndrome pseudogrippal, la cassure de la courbe de poids, la perte de poids (régressive après l'arrêt du traitement), la neutropénie et la diarrhée. Des épisodes d'augmentation de l'activité des aminotransférases (à un taux de 10 à 30 fois la normale) associés à l'apparition d'auto-anticorps anti-LKM1 [32] ont été décrits, suggérant l'aggravation par l'interféron d'une hépatite auto-immune de type 2 préexistente. La conférence européenne de consensus de 1999 recommandait de traiter pendant 12 mois si l'enfant était infecté par un génotype non-2 ou non-3 et 6 mois dans le cas contraire. Si la recherche de l'ARN VHC par PCR est positive à 3 mois, il était recommandé d'arrêter le traitement (comme chez l'adulte), la probablilité d'une réponse virologique à long terme étant très faible dans ce cas. En dehors du traitement antiviral, certaines mesures sont recommandées : vaccination contre les hépatites virales A et B et l'abstinence en boissons alcoolisées. Il est également recommandé d'expliquer à l'enfant et à sa famille les règles d'hygiène nécessaires pour éviter une contamination intra-familiale [31].
La bithérapie par interféron et ribavirine a été peu utilisée chez l'enfant en raison de l'ignorance concernant les effets secondaires possibles de la ribavirine sur ce terrain.



Hépatite C chez les malades hémophiles et thalassémiques

Épidémiologie

Chez les hémophiles, la prévalence de l'hépatite chronique C a été évaluée dans plusieurs études. Dans les études utilisant les tests de deuxième génération (plus sensibles et plus spécifiques), la prévalence des anticorps anti-VHC était de 89 % (649/727) et 98 % (176/179) aux États-Unis et en Hollande, respectivement, dans des populations de malades hémophiles exposés au risque transfusionnel avant l'introduction des procédures d'inactivation virale et le dépistage systématique des dons du sang [48], [49]. La prévalence de l'hépatite C est corrélée à la sévérité des troubles de la coagulation par le biais du nombre de transfusions sanguines [50].

Histoire naturelle

La plupart des études histologiques réalisées chez les hémophiles présentent un biais de recrutement majeur : la sévérité de la maladie hépatique et l'importance de l'anémie ou du trouble de la coagulation. En effet, de nombreux centres ne font pas la biopsie hépatique chez les malades hémophiles (ou thalassémiques) en raison du risque hémorragique potentiel de ce geste chez des malades ayant une anémie avant le geste ou ayant une hypocoagubilité importante [51]. Cependant, certaines équipes ont rapporté un taux de complications faible, voire nul au décours de la biopsie hépatique faite par voie transjugulaire et encadrée par l'administration de facteurs de la coagulation en cas d'hémophilie [52] [53] [54]. Les résultats de l'étude d'Ahmed et al. suggèrent que les complications de la biopsie hépatique sont rares sous couverture de transfusions de facteurs de la coagulation et d'une surveillance attentive pendant 24 heures après le geste (pas de complication observée dans cette étude) [54]. Cela semble confirmé par l'étude de Lethagen et al., étudiant 55 malades ayant eu une biopsie hépatique suivie d'une échographie réalisée systématiquement 48 heures plus tard [55]. Chez les malades ayant un anti-coagulant circulant, la biopsie n'est pas recommandée en raison de l'inefficacité des transfusions de facteurs de la coagulation.
Quelques séries ont permis d'analyser l'évolution histologique de l'hépatite chronique C chez des malades hémophiles. Ahmed et al. ont biopsié 50 malades, dont 9 co-infectés par le VIH, après une médiane d'évolution de l'infection de 16 ans : 2 malades seulement avaient une cirrhose. La sévérité des lésions n'était pas corrélée à la durée de l'infection, à la sévérité de l'hémophilie, au statut VIH et au génotype du VHC [54]. Dans l'étude de Wong et al., un seul des 35 hémophiles biopsiés, après en moyenne 20 ans d'évolution, avait une cirrhose [53] [54]. Les auteurs suggèrent que le faible taux de cirrhose trouvé dans ces études pourrait s'expliquer par le jeune âge des malades au moment de la contamination, facteur prédictif connu d'une évolution histologique plus lente [56]. L'utilisation de méthodes non invasives pour évaluer la sévérité de l'hépatopathie a été suggérée par Hanley et al. qui ont utilisé la combinaison de l'endoscopie digestive haute, l'échographie et l'inspection au cours d'une laparoscopie. La spécificité et la sensibilité étaient de 80 et 88 %, respectivement, après comparaison avec la biopsie hépatique par certaines de ces techniques sont également invasives et peuvent être également responsables de complications hémorragiques [52]. Enfin, Meijer et al. ont montré une prévalence de la cirrhose de 16 % chez 45 hémophiles sans co-infection VIH à l'aide de techniques échographiques standardisées ; mais les performances de l'échographie dépendent de l'opérateur [57].
Chez le malade hémophile infecté par le VHC, l'évolution vers l'insuffisance hépatique semble plus fréquente en cas de co-infection par le VIH [50], [58] avec dans l'étude de Eyster et al., un risque de 42 % après 27 ans d'évolution. Makris et al. ont décrit un risque relatif de 4,2 chez les hémophiles co-infectés par rapport aux non co-infectés [60].
Les conséquences péjoratives de l'infection virale C chez les malades hémophiles ont récemment été démontrées dans l'étude de Darby et al., analysant la mortalité dans une cohorte de 4 865 malades hémophiles traités par transfusions sanguines ou de produits dérivés du sang entre 1965 et 1985 et suivie de façon prospective depuis 1993. Les risques relatifs de mortalité de cause hépatique et par carcinome hépatocellulaire chez les malades infectés par le VHC étaient respectivement de 16,7 et de 5,6 par rapport aux malades non infectés par le VHC. Chez les malades non co-infectés par le VIH, le risque cumulatif de décès par hépatopathie (dont le carcinome hépatocellulaire), 25 ans après la première exposition au risque, était de 1,4 % quel que soit l'age. Ce pourcentage augmentait avec l'âge au moment de l'exposition au risque : 0,1 %, 2,2 % et 14,3 % avant 25 ans, de 25 à 44 ans et plus de 45 ans, respectivement. Cela a permis de mettre en évidence une augmentation de la mortalité par hépatopathie et par carcinome hépatocellulaire chez les hémophiles de plus de 45 ans. Chez les malades co-infectés par le VIH, le risque de décès par hépatopathie était de 6,5 %, quel que soit l'âge au moment de la contamination, avec également une augmentation en fonction de l'âge de contamination : 3,8 %, 17,1 % et 18 % chez les malades dont l'âge au moment de la contamination était respectivement de moins de 25, entre 25 et 44 et plus de 40 ans [59]. Dans l'étude de Tradati et al., chez 385 malades hémophiles exposés au risque transfusionnel depuis au moins 10 ans, 6 ont développé un carcinome hépatocellulaire, ce qui correspond à une prévalence supérieure à celle observée dans la population générale [61].
Outre le rôle péjoratif de la co-infection par le VIH, peut-être par le biais d'une augmentation de la charge virale C [58], [61], Hanley et al. ont suggéré l'existence d'interactions entre le VHB et le VHC avec un pourcentage de virémie VHC positive significativement supérieur chez les malades non co-infectés par le VHB [63].

Caractéristiques virologiques

Chez les malades hémophiles, la distribution des génotypes du VHC est identique à celle des autres populations contaminées par transfusion sanguine. Le génotype 1 est prédominant et a été identifié chez la moitié des hémophiles infectés par le VHC. La fréquence d'infection virale par plusieurs génotypes était supérieure à celle observée chez les non-hémophiles [64], [65].
Une augmentation de la prévalence du VHC a été également observée chez des malades thalassémiques multitransfusés. La possibilité de plusieurs contaminations successives par des génotypes différents, plus ou moins associées à des épisodes d'hépatite aiguë, a été décrite [66], suggérant l'absence d'immunité croisée entre les génotypes comme l'ont montré des essais réalisés chez l'animal.

Indications thérapeutiques et efficacité du traitement antiviral

Chez les hémophiles et les thalassémiques, l'évaluation de l'efficacité des traitements de l'hépatite C se heurte à plusieurs obstacles
a. l'effectif des études souvent faible ;
b. le petit nombre d'études randomisées contrôlées spécifiques à ces populations.
En raison de l'augmentation de la mortalité démontrée chez les malades infectés par le VHC [59], on considère que la conduite thérapeutique, au moins chez les hémophiles, est guidée par les résultats des études réalisées chez les malades non hémophiles [67], quel que soit le statut VIH [66].
Concernant les facteurs prédictifs de réponse au traitement, il a été suggéré que la surcharge en fer liée aux transfusions itératives pouvait diminuer l'efficacité du traitement [68], mais cela n'a pas été confirmé par les études réalisées dans cette population, peut-être à cause des faibles effectifs. Par ailleurs, la majorité des malades contaminés par transfusion sanguine sont contaminés par un génotype 1b moins sensible à l'interféron ou à la bithérapie.
Dans les premières études effectuées chez les malades thalassémiques et hémophiles [42], [69] [70] [71] [72], l'efficacité de l'interféron était inférieure ou égale à celle observée chez les malades non hémophiles, mais l'efficacité à long terme n'était pas évaluée tableau II. Une méta-analyse récente de 6 études non randomisées (dont 2 contrôlées) suggérait que le meilleur pourcentage de réponse prolongée était obtenu avec des traitements comprenant une phase d'induction avec une posologie élevée, suivie d'une posologie plus faible. Le schéma optimal comprenait des doses de 5 à 10 millions d'unités/m2, 3 fois par semaine pendant 6 mois, puis 3 millions d'unités/m2, 3 fois par semaine pendant 6 à 9 mois supplémentaires [73]. Peu de données histologiques sont actuellement disponibles avant et après traitement antiviral pour préciser l'efficacité histologique du traitement.
Chez ces malades, comme chez les malades non hémophiles, outre l'arrêt de la réplication virale et l'amélioration histologique, un autre objectif du traitement peut être la prévention du développement d'un carcinome hépatocellulaire chez les malades ayant une cirrhose [74]. Le dépistage du carcinome hépatocellulaire a été recommandé [75].
Chez les malades hémophiles, la tolérance de l'interféron semble voisine de celle observée chez les autres malades [76], [77] avec un effet dose-durée, quel que soit le statut VIH [42], [78]. L'apparition d'anticoagulant circulant à type d'anti-facteur VIII a été décrite de façon ponctuelle [79], [80] chez des malades traités par interféron. Les études concernant l'apparition des anticorps anti-facteur VIII ont suggéré que la présence de ces anticorps était associée à la présence d'une hépatite C, mais semblait indépendante de l'utilisation d'un traitement antiviral [80], [81].
La bithérapie a été, jusqu'à présent, peu utilisée chez les malades thalassémiques, la ribavirine pouvant aggraver une anémie chronique pré-existante. Cependant, l'utilisation de l'érythropoïétine pourrait favoriser la tolérance à la bithérapie. Les premières études analysant l'efficacité virologique à long terme et la tolérance de la bithérapie ont montré que
a. l'efficacité était d'environ 45 %, donc voisine de celle observée chez les malades non thalassémiques ;
b. les besoins transfusionnels étaient augmentés de 30 à 40 % par rapport à la période pré-thérapeutique, mais de façon réversible après l'arrêt du traitement tableau III.
Par ailleurs, chez certains malades thalassémiques traités par allogreffe de moelle, des lésions associées à type de maladie veino-occlusive peuvent aggraver des lésions d'hépatite chronique C. Cela suggère qu'un traitement visant à éradiquer le VHC pourrait être utile avant la greffe [82]. Chez les malades hémophiles n'ayant pas d'anémie chronique, il semble logique d'utiliser la bithérapie en première intention. Le taux de réponse virologique prolongée est, dans les quelques études réalisées, d'environ 35 % [55], [89], [90].
Aucune donnée n'est disponible, à l'heure actuelle, sur l'utilisation de l'interféron pégylé dans ces populations. De même, aucune étude n'a analysé l'efficacité d'une déplétion en fer avant de débuter un traitement antiviral qui pourrait être assuré par des saignées chez les hémophiles ou des chélateurs du fer chez les thalassémiques.



Hépatite C chez les malades hémodialysés

Les modes de contamination sanguine (transfusions) et nosocomiale du VHC (dans les centres d'hémodialyse) [92] [93] [94] [95] [96] [97] expliquent la fréquence de l'infection par le VHC chez les malades dialysés. L'existence d'une infection par le VHC dans ces populations a un impact important sur l'indication de la transplantation rénale chez ces malades en raison de l'augmentation de la mortalité après la greffe [92] [93] [94] [95] [96] [97] [98] [99] [100] [101] [102] [103] [104]. Il est donc indispensable de dépister de façon systématique l'hépatite C et d'évaluer sa sévérité histologique dans ce contexte

Caractéristiques épidémiologiques

L'infection par le VHC est fréquente chez les malades insuffisants rénaux hémodialysés avec une prévalence variant entre 10 et 65 % en fonction des zones géographiques [94] [95], [99] [100] [101]. Elle est significativement associée à la durée de l'hémodialyse et au nombre d'unités de produits sanguins transfusés [100], [101]. Elle a diminué de façon importante avec le développement des mesures d'hémovigilance [105] et les précautions universelles d'hygiène. Les modes de contamination à l'intérieur des centres restent mal connus, mais l'efficacité des mesures d'hygiène [106] et la prévalence plus élevée de l'infection à VHC en hémodialyse qu'en dialyse péritonéale ou en dialyse à domicile suggèrent plus une transmission interhumaine, sans doute manuportée par le personnel, qu'une transmission par l'équipement de dialyse lui-même [107] [108] [109]. Dans une étude hollandaise réalisée chez 2 653 malades répartis sur 39 centres, la fréquence globale était de 2,6 %, avec 3,5 % en hémodialyse traditionnelle et 1,7 % en dialyse péritonéale.

Caractéristiques biologiques et virologiques

Les anomalies biologiques (augmentation de l'activité des aminotransférases) semblent moins fréquentes (environ 33 %) chez les malades insuffisants rénaux que dans la population générale des malades atteints d'infection chronique par le VHC (environ 75 %) [110].
La capacité de synthèse d'anticorps est diminuée chez les malades insuffisants rénaux, expliquant un pourcentage relativement élevé des faux négatifs des tests ELISA ou RIBA [100]. La séroconversion est en outre souvent retardée, bien après le délai habituel des 10 semaines observé dans la population générale. Ainsi, certaines séries ont suggéré l'existence de 1 à 15 % de faux négatifs de la sérologie chez des dialysés ayant une virémie VHC positive, en fonction du test utilisé. Les tests de troisième génération, plus sensibles, ont nettement diminué le risque de faux négatifs. Il a été suggéré que le dosage des anticorps anti-E2 était plus sensible [112]. De la même façon, des cas de séroréversion, définie par la disparition des anticorps anti-VHC détectables dans le sang malgré une virémie persistante, ont été décrits chez les dialysés comme chez les transplantés rénaux [100], [113] [114] [115] [116] [117] [118] [119] [120] [121] [122] [123] [124] [125] [126] [127] [128] [129] [130] [131] [132] [133] [134] [135] [136] [137] [138] [139] [140] [141] [142] [143] [144] [145] [146] [147] [148] [149] [150] [151] [152] [153] [154] [155].
La PCR est donc le test diagnostique le plus efficace chez les malades insuffisants rénaux. Elle permet d'affirmer la présence d'une réplication virale. La biologie moléculaire permet aussi d'identifier le génotype et de quantifier la charge virale [111].
Il a été suggéré que la charge virale était diminuée d'un logarithme et qu'elle était plus souvent fluctuante chez les malades dialysés que dans la population non dialysée [116]. Cette observation pourrait être liée à la présence d'inhibiteurs de la PCR chez les dialysés. Une étape d'ultracentrifugation initiale permet de corriger ce phénomène. La virémie "corrigée" semble alors voisine de celle observée dans la population non dialysée [117].
Chez les malades insuffisants rénaux, comme chez les malades contaminés par transfusion sanguine, le génotype le plus fréquent est le génotype 1b en Europe et au Japon. L'impact de la diversité génomique et du génotype sur la sévérité de l'hépatopathie n'a pas été étudié. L'immunosuppression, comme en cas de co-infection par le VIH, pourrait augmenter la diversité génomique, ce qui pourrait contribuer à expliquer un pourcentage plus faible de réponse au traitement antiviral.

Impact clinique

L'impact de l'infection par le VHC sur la morbidité et la mortalité des hémodialysés a été insuffisamment apprécié, mais plusieurs études ont suggéré une diminution de la survie des dialysés infectés par le VHC : 32 % de survie à 8 ans chez les malades infectés versus 52 % dans la population non infectée [118]. Dans une étude histologique, une cirrhose était présente dans 11 % des cas [119]. Enfin, il a été suggéré que l'espérance de vie des dialysés infectés par le VHC était meilleure après transplantation rénale qu'en cas de poursuite de la dialyse [120]. L'aggravation potentielle de l'hépatopathie après transplantation rénale et la contre-indication à l'utilisation de l'interféron chez le malade greffé rénal posent la question du traitement antiviral chez les candidats à une transplantation rénale, quelles que soient les lésions histologiques afin de tenter d'obtenir une éradication virale avant la greffe.

Traitement de l'infection par le VHC

Traitement préventif

La prévalence de l'infection à VHC a significativement diminué depuis la mise en place de différentes mesures préventives [106] [107] [108] [109] [110] [111] [112] [113] [114] [115] [116] [117] [118] [119] [120] [121] : dépistage systématique des dons du sang et d'organes, utilisation de l'érythropoïétine et respect des règles d'hygiène universelles. Néanmoins, malgré l'efficacité du dépistage systématique des dons du sang et de l'utilisation large d'érythropoïétine, la contamination par le VHC persiste avec une incidence actuelle de 0 à 1,4 % par an selon les centres, principalement par transmission nosocomiale [122]. Dans une étude prospective récente, l'incidence de la séroconversion a diminué de 0,65 % à 0 % après l'amélioration du respect des règles d'hygiène universelles, bien que le nombre de produits sanguins et les techniques de désinfection du matériel après chaque séance de dialyse n'aient pas changé [106].

Traitement curatif

En pratique, comme chez les malades non dialysés, le diagnostic d'une infection virale C chez un sujet hémodialysé indique la réalisation d'une biopsie hépatique. Celle-ci sera faite au mieux par voie transveineuse, du fait du risque d'hématome intra-hépatique lié à la thrombopathie observée chez le dialysé. Chez les malades en attente de transplantation, l'évaluation histologique a pour but principal de rechercher une cirrhose. En effet, la cirrhose contre-indique une transplantation rénale seule en raison de son pronostic péjoratif après transplantation rénale. Dans ce cas, une double transplantation foie-rein doit être envisagée. Chez un sujet non candidat à la transplantation rénale, la biopsie permet de discuter l'indication thérapeutique. Dans le cas d'un projet de transplantation rénale, on estime qu'il y a une indication thérapeutique même si les lésions histologiques sont minimes afin d'améliorer le pronostic après la greffe.
L'efficacité de l'interféron semble supérieure chez les malades dialysés par rapport aux malades non dialysés, probablement à cause de différences pharmacocinétiques
a. la demi-vie de l'interféron standard est de 10 heures chez les malades dialysés versus 6 heures chez les malades ayant une fonction rénale normale [123] ;
b. l'aire sous la courbe des études de cinétique était significativement supérieure chez les malades hémodialysés par rapport aux malades ayant une fonction rénale normale 3.
La concentration plasmatique maximale est significativement supérieure chez les malades dialysés que chez les malades ayant une fonction rénale normale [124].
La ribavirine est théoriquement contre-indiquée chez les malades insuffisants rénaux (à partir d'une créatininémie supérieure ou égale à 200 mmol/L). En effet, pour des raisons pharmacocinétiques, l'accumulation de métabolites de la ribavirine dans les érythrocytes au cours du traitement peut être responsable d'anémies sévères et prolongées malgré l'augmentation des doses d'érythropoïétine [125]. Cela explique que le traitement habituel est la monothérapie par l'interféron (une injection après chaque séance de dialyse pendant 6 à 12 mois).
Dans les différentes études réalisées, l'interféron en monothérapie a une efficacité biologique et virologique variant de 20 à 90 % selon les séries, en fonction de la dose et de la durée du traitement [117], [123], [126], [128], [129] tableau IV. La persistance d'un ARN du VHC détectable à 2 mois permet de prédire l'absence de réponse virologique prolongée et peut faire discuter l'arrêt du traitement [117], [130]. L'évolution histologique sous traitement a été étudiée par Degos et al. [117]. Chez 37 malades traités par interféron pendant 12 mois, 20 ont eu une biopsie pré et post-thérapeutique 6 mois après l'arrêt du traitement : la fibrose était stable chez 70 % des malades et diminuée chez 10 % ; l'activité nécrotico-inflammatoire était stable chez 60 % des malades et diminuée chez 10 % [117]. L'amélioration histologique est plus fréquente chez les malades ayant une réponse virologique prolongée que chez les autres [130] [131] [132] : 50 % versus 33 % globalement dans l'étude de Hanrotel et al. Un bénéfice histologique a été suggéré chez les malades non répondeurs virologiques, mais il n'est pas démontré.
La tolérance à l'interféron est moindre par rapport à des malades non dialysés avec 20 à 40 % d'interruption thérapeutique, en particulier à cause d'effets secondaires cardio-vasculaires, d'anémie, de résistance à l'érythropoïétine et de symptômes généraux (perte de poids) [117].
Deux points restent à préciser
a. évaluer à long terme le bénéfice du traitement antiviral, particulièrement chez les malades chez qui sera réalisée une transplantation rénale ;
b. évaluer le risque de réactivation virale après la transplantation rénale chez les malades dialysés et considérés comme des répondeurs virologiques prolongés.
De rares essais récents ont analysé l'efficacité et la tolérance de la bithérapie par interféron et ribavirine sur de faibles effectifs. Bruchfeld et al. ont utilisé la mesure de la concentration plasmatique de la ribavirine et la tolérance clinique et biologique pour adapter la posologie de la ribavirine. La tolérance était acceptable pour des posologies quotidiennes comprises entre 171 et 297 mg/j, ce qui correspondait à des concentrations plasmatiques comprises entre 10 et 15 mmol/L. Une augmentation des doses d'érythropoïétine était nécessaire chez 30 % des malades [133].
À l'heure actuelle, aucune donnée n'est disponible concernant l'utilisation de l'interféron pégylé chez des malades insuffisants rénaux. Mais le fait que la forme standard de l'interféron soit plus mal tolérée chez ces malades à cause des variations pharmacodynamiques suggère que la forme pégylée d'interféron (à libération prolongée) pourrait encore accroître les effets secondaires.
En cas d'hépatite aiguë (situation fréquemment observée en dialyse), l'interféron est aussi efficace que chez les malades non dialysés [134]. Dans l'étude de Gursoy et al., 16 et 20 malades traités respectivement par 3 millions d'unités, 3 fois par semaine et 6 à 10 millions d'unités, 3 fois par semaine pendant 3 mois, ont été comparés à 17 malades non traités : une réponse virologique à la fin du traitement était observée chez 56,5 et 65,4 % respectivement versus 5,6 % chez les malades non traités. Une réponse virologique prolongée était observée chez 50 %, 26,1 % et 5,6 % des malades, respectivement. La réponse était indépendante de l'âge, du sexe, de l'activité des transaminases, de la durée de l'hémodialyse, du nombre de transfusions sanguines, de la charge virale et du génotype. Le nombre de quasi-espèces était inversement corrélé à la réponse [135].


Hépatite C chez les malades transplantés rénaux

Épidémiologie

Comme chez les hémodialysés, la fréquence de l'hépatite chronique C chez les malades transplantés rénaux est supérieure à celle observée dans la population générale. Cela tient aux mêmes raisons auxquelles s'ajoute la possibilité de contamination par le greffon [143]. Cette fréquence varie, selon les études, entre 29 % en France [144] et 34 % au Japon [145]. Elle dépend, comme chez les malades dialysés, de la durée de l'hémodialyse, du nombre de culots transfusés, mais aussi du statut du greffon [146].

Caractéristiques biologiques et virologiques

La moitié des malades transplantés rénaux ayant une hépatite chronique C ont des transaminases normales [110], [146] [147], rendant peu utile ce dosage comme moyen diagnostique.
La recherche d'anticorps anti-VHC est plus sensible. Mais, en raison d'une diminution de la synthèse des anticorps chez des malades sous traitement immunosuppresseur, le pourcentage de faux négatifs est plus important que dans la population générale [148]. Ce pourcentage de faux négatifs a diminué avec l'utilisation des tests de deuxième puis de troisième génération. Le test le plus sensible est en fait la détection de l'ARN du VHC par PCR. Comme chez les malades dialysés, des cas de séroréversion ont été décrits chez les malades transplantés rénaux [149]. Il a été montré que la charge virale était en moyenne 5 fois supérieure chez les malades transplantés rénaux par rapport aux malades dialysés [110].

Impact clinique

Dans les premières études analysant l'histoire naturelle de l'hépatite chronique C chez les malades transplantés rénaux, la survie du malade et du greffon ne semblait pas être modifiée par l'hépatite chronique C [102] [103] [104], [150] [151] [152]. Pourtant, l'analyse de l'évolution des lésions histologiques a montré que le pourcentage de cirrhose était significativement plus élevé chez les malades transplantés rénaux que chez les malades dialysés (40 % versus 10 %) [120]. Ceci pourrait être lié à l'augmentation de la charge virale observée après transplantation rénale [150] et pourrait être aggravé par la prise de médicaments comme l'azathioprine [153].
Plus récemment, plusieurs études ont montré une diminution de la survie des malades et du greffon en cas d'hépatite chronique C [120], [145], [154] [155] [156] [157]. La diminution de survie des malades transplantés est secondaire à une augmentation de la mortalité de cause hépatique et de cause infectieuse du fait de l'immunosuppression majorée par la cirrhose ou des possibles infections spontanées du liquide d'ascite [156], [158], [159]. Il était difficile de mettre en évidence cette différence de survie dans les premières études en raison d'un suivi trop court. En effet, la différence de survie est observée à partir de la deuxième décennie après la transplantation. Hanafusa et al. ont rapporté un taux de survie voisin à 10 ans (84 vs 89 %) et une diminution à 20 ans (64 vs 88 %) chez les malades infectés par rapport aux malades non infectés, avec une surmortalité d'origine hépatique [145].
Pereira et al. ont analysé l'évolution chez 286 malades infectés par le VHC comparés à 286 malades contrôles, tous dialysés. Il existait une surmortalité chez les malades infectés par rapport aux sujets contrôles qu'ils soient transplantés ou restés dialysés ; mais le pronostic était meilleur chez les malades infectés et transplantés par rapport aux malades infectés restant en dialyse [157], suggérant que l'hépatite chronique C n'est pas une contre-indication à la transplantation rénale.
De plus, l'évolution des malades transplantés rénaux et infectés par le VHC peut être marquée par
a. l'apparition ou la récidive d'une glomérulopathie liée au VHC (cryoglobulinémie mixte, glomérulonéphrite membrano-proliférative) qui peut mettre en jeu la fonction du greffon [104], [160] [161] [162] ;
b. l'augmentation du risque d'hépatotoxicité à l'azathioprine [153] ;
c. le risque de formes rapidement évolutives d'hépatite virale C, dites hépatites cholestatiques fibrosantes. Il s'agit de formes d'évolution fatale en quelques semaines qui seraient liées à l'accumulation massive d'antigènes viraux dans le réticulum endoplasmique, favorisée par le déficit immunitaire [163].

Traitement

Une évaluation histologique hépatique doit être effectuée avant la transplantation rénale pour ne pas méconnaître une cirrhose qui contre-indiquerait la transplantation rénale seule. En raison du pronostic défavorable à court terme des cirrhoses virales après transplantation, il est alors nécessaire de discuter une double transplantation rénale et hépatique.
Après transplantation rénale, l'interféron est contre-indiqué en raison du risque élevé de rejet du greffon [164] [165] [166], y compris de nombreuses années après la greffe. Ce traitement induit un pourcentage de rejets du greffon inacceptable avec une détérioration de la fonction rénale dans 15 à 30 % des cas dans un délai de 3 mois après le début du traitement tableau V. Le rejet, traité par immunosuppresseurs, n'est pas toujours régressif et nécessite, chez près de la moitié des malades, un retour en dialyse [167]. Aucun facteur de risque associé au rejet au cours d'un traitement par l'interféron n'a pu être mis en évidence. De plus, il a été montré une faible efficacité à long terme de ce traitement, probablement due à la présence de 2 facteurs de mauvaise réponse : la fréquence du génotype 1b et une charge virale habituellement élevée [164], [168]. La bithérapie n'a pas été utilisée dans cette population malgré des résultats encourageants chez les malades transplantés hépatiques ayant une récidive d'hépatite C sur le greffon. Elle a en outre été associée à une absence de rejet du greffon hépatique [169].
La monothérapie par ribavirine peut être utilisée si la fonction du greffon est satisfaisante. Elle permet fréquemment une normalisation de l'activité des aminotransférases et parfois une diminution de la charge virale, mais sans arrêt de la réplication [170] [171] [172]. Son bénéfice à long terme reste à démontrer. Garnier et al. ont traité 7 transplantés rénaux par ribavirine en monothérapie (400 à 800 mg/j pendant 6 mois). L'activité des aminotransférases était normale à la fin de traitement chez 4 malades et la charge virale diminuait de façon significative ou devenait négative chez 2 et 4 malades, respectivement, pendant le traitement, mais les résultats après l'arrêt du traitement ne sont pas décrits.
Il a été suggéré que le mycophénolate mofetil (Cellcept®) pourrait avoir une action antivirale C théorique puisqu'il inhibe, comme la ribavirine et d'autres analogues nucléosidiques en cours de développement, l'IMPDH (Inosine monophosphate déshydrogénase) impliquée dans la réplication virale. Un travail récent n'a pas montré de diminution, mais, au contraire, une augmentation significative de la charge virale C chez des transplantés rénaux infectés par le VHC et en rejet chronique traités par cet immunosuppresseur [173].

 


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