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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Traitement de l'hépatite C : avancées et consensus
E. LEREBOURS (1), P. MARCELLIN (2), D. DHUMEAUX (3)

(1)Service d'Hépato-Gastroentérologie et de Nutrition, Hôpital Charles-Nicolle, Rouen ;
(2)Service d'Hépatologie, Hôpital Beaujon, Clichy ;
(3)Service d'Hépatologie et de Gastroentérologie, Hôpital Henri-Mondor, Créteil.

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 5-6
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

L'évolution rapide des connaissances sur l'infection liée au virus de l'hépatite C (VHC) implique une révision régulière des conditions de prise en charge des malades. Cette évolution concerne tous les domaines de l'infection par le VHC: l'histoire naturelle, l'épidémiologie, les techniques virologiques et le traitement.


Infection bénigne pour les uns, maladie grave responsable de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire (CHC) pour les autres, cette appréciation radicalement différente témoigne des incertitudes qui persistent quant à l'histoire naturelle et le pronostic de l'infection par le VHC. Plusieurs études suggèrent que la progression de la fibrose n'est pas linéaire dans le temps, mais s'accélère après un certain délai d'évolution, exposant le malade à un risque de cirrhose et de CHC, alors même que l'évolution semblait initialement bénigne. Cette incertitude pronostique a évidemment d'importantes conséquences en termes de prise en charge. Maladie bénigne, elle ne nécessiterait qu'une simple surveillance sans traitement chez une majorité des sujets infectés, notamment chez ceux nouvellement diagnostiqués à la suite des campagnes de dépistage. Maladie potentiellement grave, elle justifierait les traitements les plus agressifs pour tenter de réduire la progression de la fibrose et le risque de survenue d'une cirrhose ou d'un CHC. Des études ont montré que certains facteurs, importants à prendre en compte pour définir les indications et les modalités du traitement, sont susceptibles d'expliquer le développement plus rapide de la fibrose. Les principaux facteurs identifiés à cet égard sont l'âge élevé au moment de la contamination, le sexe masculin, la consommation excessive d'alcool et la co-infection VHC-VIH.


L'efficacité des traitements a augmenté au cours des dernières années. Elle est passée de 15 % environ avec l'interféron standard en monothérapie à plus de 50 %, tous malades confondus, avec l'association interféron pégylé-ribavirine. Ce résultat global recouvre cependant des situations très disparates. Ainsi, l'association interféron pégylé-ribavirine permet d'obtenir une éradication virale chez environ 80 % des malades infectés par un virus de génotype 2 ou 3, mais elle n'est efficace que chez environ 40 % des malades infectés par un virus de génotype 1. En outre, les effets secondaires du traitement sont fréquents et parfois sévères. L'inhomogénéité des résultats thérapeutiques implique d'élaborer des stratégies adaptées à chaque cas. Dans les situations où les chances de réponse au traitement sont élevées, l'accroissement du rapport bénéfice-risque conduit naturellement à un élargissement des indications pour permettre à un plus grand nombre de malades d'être guéris de leur infection. Inversement, dans les situations de moindre efficacité thérapeutique, il est important de pouvoir prévoir la réponse le plus tôt possible après l'initiation du traitement, pour éviter de prolonger inutilement une thérapeutique coûteuse et comportant des effets secondaires potentiellement graves. Des travaux récents montrent que la mesure de l'évolution de la charge virale et peut-être dans l'avenir celle de l'antigénémie VHC permettent d'atteindre cet objectif. Actuellement, la prédiction de l'efficacité peut être faite dès la douzième semaine, mais il est possible que dans un futur proche, l'efficacité du traitement puisse être évaluée plus précocement.


L'efficacité accrue des thérapeutiques disponibles a également conduit à reconsidérer l'objectif même du traitement. En effet, la possibilité d'obtenir une éradication virale dans plus de 80 % des cas lorsque le génotype est " favorable " et les incertitudes quant à l'histoire naturelle de la maladie à long terme conduisent un nombre croissant de patients à réclamer un traitement dont le seul objectif est l'éradication de l'infection virale, indépendamment de l'obtention d'un effet sur les lésions histologiques. Néanmoins, en cas de lésions minimes, en particulier chez les malades dont les transaminases sont régulièrement normales, il n'est pas démontré qu'une telle stratégie soit justifiée. Il est peu probable qu'une étude randomisée puisse apporter une réponse formelle à cette question, compte tenu des délais de 10 à 20 ans nécessaires chez ces malades pour observer une éventuelle amélioration du pronostic liée au traitement.


Dans les formes les plus graves, associées à une fibrose sévère ou à une cirrhose, l'objectif est non seulement d'arrêter la réplication virale, mais, si possible, d'obtenir également un effet sur les lésions hépatiques. En l'absence de réponse virologique, il est envisageable de poursuivre le traitement antiviral avec, pour seul objectif, le contrôle des lésions hépatiques. Les résultats actuellement disponibles suggèrent le bien-fondé d'une telle approche en cas de diminution nette ou de normalisation des transaminases. Cette pratique pourrait permettre, chez les malades les plus graves, de limiter la progression des lésions jusqu'à l'avènement de nouvelles thérapeutiques plus efficaces.
Cette évolution conceptuelle a aussi des conséquences en termes de bilan pré-thérapeutique et de critères d'évaluation d'efficacité. En particulier, si l'objectif du traitement est limité à l'éradication virale, la réalisation d'une ponction biopsie hépatique, réglementairement indispensable dans le cadre de l'A.M.M. actuelle, pourrait ne plus être nécessaire avant de débuter le traitement. S'ils sont validés, les tests non invasifs d'évaluation de la fibrose pourront être utiles pour décider du traitement et suivre l'évolution, sans nécessairement recourir à la biopsie du foie.
L'expérience acquise au cours des dernières années a souligné la nécessité d'une approche globale du malade infecté par le VHC, tenant compte de son environnement social et de l'existence de comorbidités, usage de drogue et co-infection VHC-VIH notamment. Le développement des traitements de substitution et des trithérapies antirétrovirales a profondément modifié la prise en charge de ces malades et devrait permettre un accès plus large au traitement de l'infection par le VHC. Le traitement des sujets infectés par le VHC doit également être revu dans son organisation pour favoriser une prise en charge de proximité, centrée sur le malade. La mise en place de réseaux de soins autour des pôles de référence, impliquant l'ensemble des intervenants médicaux et paramédicaux, doit assurer aux patients l'aide, le soutien et l'information indispensables pour faire face à la maladie et aux effets secondaires des traitements. Les associations de malades jouent un rôle essentiel dans cette approche.
À la différence de la conférence de consensus de 1997, celle qui s'est tenue à Paris les 27 et 28 février 2002 a été limitée au traitement de l'hépatite C, domaine dans lequel les progrès sont les plus significatifs, les enjeux les plus importants et les demandes des patients et des associations de malades les plus pressantes.
Cette conférence, financée uniquement par des fonds publics, a permis, grâce au travail de synthèse des membres du groupe bibliographique et aux présentations des experts, de faire le point sur les données les plus récentes issues des recherches sur l'hépatite C. À l'issue de la réunion, le jury, composé de médecins, épidémiologiste, infirmier, journaliste, mais aussi de représentants d'associations de malades, a élaboré des recommandations. Ces recommandations sont par essence appelées à être révisées, dans un avenir plus ou moins proche, en fonction des études en cours. Elles devraient néanmoins contribuer à améliorer la prise en charge des malades et leur faciliter l'accès aux soins.

 


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