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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Traitement des malades atteints d'hépatite chronique C n'ayant jamais été traités
Christophe HÉZODE (1)

(1)Service d'Hépatologie et de Gastroentérologie, Hôpital Henri-Mondor, Université Paris XII, AP-HP, 51 avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, 94010 Créteil Cedex

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 38-49
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

Les objectifs du traitement de l'hépatite chronique liée au virus de l'hépatite C (VHC) sont : arrêter la réplication virale, favoriser l'élimination des cellules hépatiques infectées, réduire l'activité de la maladie, diminuer la progression de la fibrose, éviter la survenue d'une cirrhose et d'un carcinome hépatocellulaire. Depuis l'identification du virus il y a plus de dix ans, les modalités du traitement ont beaucoup évolué.


Définition

On définit différents types de réponse au traitement antiviral. Les réponses biochimiques et virologiques sont caractérisées respectivement par la normalisation de l'activité de l'ALAT et l'absence de détection de l'ARN viral par PCR pendant le traitement. Elles sont dites prolongées lorsqu'elles persistent six mois après l'arrêt du traitement. Dans l'ensemble des essais thérapeutiques, le principal critère de jugement de l'efficacité du traitement est la réponse virologique prolongée qui est corrélée à la réponse biochimique prolongée. La sensibilité des tests virologiques évaluant la réponse s'est nettement accrue au cours du temps. À l'heure actuelle, le seuil de détection de l'ARN viral par PCR à 100 copies/mL est le critère le plus précis. Enfin, la réponse histologique est caractérisée par une diminution du score d'activité histologique ou par une diminution du score de fibrose.

Interféron en monothérapie

En 1996, une méta-analyse incluant 33 essais cliniques randomisés chez des malades n'ayant jamais été traités (naïfs) avait montré que le traitement ayant le meilleur rapport efficacité/tolérance était l'administration d'interféron alpha à la dose de 3 millions d'unités (MU) trois fois par semaine pendant une durée de 12 mois [1]. Récemment, les mêmes auteurs ont étendu l'analyse à 59 études randomisées. Globalement, le taux de réponse virologique en fin de traitement était de 39 % chez les malades traités par interféron contre 1 % chez les malades non traités. Le taux de réponse virologique prolongée était significativement plus élevé chez les malades traités par interféron que chez ceux qui n'étaient pas traités, 17 % versus 3 % respectivement, p < 0,001 [2].

Ribavirine en monothérapie

La ribavirine est un analogue nucléosidique de la guanosine qui, in vitro, est active contre différents virus à ADN et à ARN. Son efficacité et sa tolérance en monothérapie ont été évaluées dans trois études contrôlées, randomisées versus placebo chez un nombre total de 231 malades naïfs [3] [4] [5]. La dose prescrite était de 1 000 à 1 200 mg par jour et la durée d'administration variait de 24 à 48 semaines. Une réponse biochimique pendant le traitement était observée chez 21 % à 55 % des malades recevant de la ribavirine versus 0 % à 5 % chez les malades des groupes contrôles. Ce résultat était transitoire et la majorité des malades avaient de nouveau une activité de l'ALAT élevée dans les semaines qui suivaient l'interruption du traitement. Il n'y avait pas de diminution significative de l'ARN viral. Une amélioration de l'activité histologique exprimée par le score de Knodell était plus fréquemment observée chez les malades traités par ribavirine que chez ceux non traités, sans que la différence soit significative : 45 % versus 31 %, respectivement [4]. En revanche, il a été montré une diminution significative de l'activité histologique [3] ou du score total de Knodell [5] chez les malades traités par ribavirine qui normalisaient leur activité des aminotransférases. Une fatigue et une anémie hémolytique, réversibles après l'arrêt du traitement, étaient associées à la prise de ribavirine.


Association interféron standard-ribavirine

Dès 1996, une étude pilote randomisée menée pendant 24 semaines chez 60 malades naïfs avait montré la supériorité de l'association interféron a-2a (3 MU trois fois par semaine)-ribavirine (1 200 mg par jour) par rapport à l'interféron a-2a (3 MU trois fois par semaine) en monothérapie [6]. Une réponse virologique prolongée était observée chez 43 % des malades traités par la bithérapie contre 6 % chez ceux traités par l'interféron seul tableau I. Une étude suédoise contrôlée, réalisée chez 100 malades traités pendant 24 semaines, soit par interféron a-2b (3 MU trois fois par semaine) et ribavirine (1 000 à 1 200 mg par jour selon le poids du malade), soit par l'interféron a-2b à la même posologie et placebo, a confirmé ce résultat tableau I [7].
Deux grandes études contrôlées menées chez 1 744 malades naïfs ont clairement démontré la supériorité de l'association interféron a-2b (3 MU trois fois par semaine)-ribavirine (1 000 à 1 200 mg par jour selon le poids du malade) par rapport à l'interféron a-2b (3 MU trois fois par semaine) en monothérapie tableau I [8], [9]. Elles ont permis de déterminer les facteurs prédictifs de réponse au traitement et ainsi de définir les modalités pratiques du traitement [8] [9] [10]. Globalement, une réponse virologique prolongée était observée chez 37 % des malades traités par la thérapie combinée contre 13 % chez ceux traités par l'interféron seul [10]. Comme chez les malades traités en monothérapie, l'efficacité du traitement était liée au génotype et à la charge virale pré-thérapeutique, mais ces deux paramètres permettaient aussi de définir la durée optimale (24 ou 48 semaines) de la bithérapie. Chez les malades infectés par un virus de génotype 2 ou 3, quelle que soit la charge virale, le taux de réponse prolongée était significativement plus élevé (65 %) que chez ceux infectés par un génotype 1 et ayant une charge virale faible (< 2,106 copies/mL) (35 %), mais ce taux de réponse n'était pas amélioré par le traitement prolongé. En revanche, chez les malades de génotype 1 et ayant une charge virale élevée (> 2,106 copies/mL), la réponse était significativement supérieure chez les malades traités pendant 48 semaines (28 %) que chez ceux traités pendant 24 semaines (8 %) [8], [9]. La poursuite du traitement au-delà de 6 mois nécessite une virémie négative à la 24e semaine. Ces résultats ont conduit la conférence de consensus internationale de 1999 à recommander de traiter les malades naïfs atteints d'hépatite chronique C par bithérapie pendant 6 mois, à l'exception de ceux infectés par un virus de génotype 1 associé à une charge virale élevée [11]. Trois autres facteurs, l'âge inférieur à 40 ans, le sexe féminin et l'absence de fibrose ou la présence d'une fibrose minime à la biopsie influençaient favorablement la réponse au traitement. Certains auteurs ont recommandé de prolonger la bithérapie à 1 an chez les malades ayant moins de 4 facteurs favorables de réponse, si la recherche de l'ARN viral était négative à 6 mois [10].
La prévalence des malades infectés par un virus de génotype 4 étant très faible dans les essais internationaux, deux études randomisées incluant au total 164 malades atteints d'une infection liée au génotype 4 du VHC ont comparé l'efficacité de la thérapie combinée à l'interféron seul [12], [13]. Une réponse virologique prolongée semblait plus fréquemment observée chez les malades traités par interféron et ribavirine : 20,8 % versus 8 %, p = 0,19 dans la première étude [12] et 42 % versus 8 % dans la seconde étude [13], p < 0,001.
Deux études récemment publiées, l'une comparant 24 semaines de bithérapie à 48 semaines de monothérapie interféron [14] et l'autre utilisant une dose de 5 MU trois fois par semaine pendant 12 mois chez des malades traités par une association interféron-ribavirine ou par l'interféron seul [15], ont confirmé la supériorité de la bithérapie tableau I . L'administration d'interféron à forte dose (10 MU trois fois par semaine pendant les trois premiers mois) chez des malades infectés par un virus de génotype 1b traités 1 an avait une efficacité voisine de celle de l'interféron à posologie standard, mais significativement inférieure à celle de la bithérapie [16] tableau I .
La tolérance de la bithérapie a été comparée à celle de l'interféron en monothérapie dans les deux grandes études internationales regroupant 1 744 malades. Celle-ci semble moins bonne chez les malades traités par bithérapie. Chez les malades qui recevaient la bithérapie, la concentration d'hémoglobine diminuait en moyenne de 2,9 g/dL et descendait en dessous de 10 g/dL chez 8 % d'entre eux [8], [9]. Par ailleurs, une dyspnée, une pharyngite, un prurit, un rash cutané, des nausées, une insomnie et une anorexie étaient plus fréquemment rapportés chez les malades traités par la bithérapie. La proportion de malades chez qui la posologie a été diminuée variait selon les études de 7 % à 17 % [8], [9]. Un arrêt prématuré du traitement pour effets secondaires était plus souvent observé chez les malades traités pendant 48 semaines que chez ceux traités pendant 24 semaines : 19 % contre 8 %, respectivement [9].
La négativité de l'ARN viral 6 mois après l'arrêt du traitement semble être un bon indicateur de réponse à long terme. En effet, parmi 45 malades traités par bithérapie qui avaient un ARN viral indétectable et de l'activité des aminotransférases normale 6 mois après l'arrêt du traitement, 97,8 % d'entre eux gardaient un ARN viral indétectable dans le sérum et dans le foie (34 malades testés) 6 mois plus tard [17].

Pourquoi l'administration tri-hebdomadaire d'interféron standard n'est-elle pas optimale ?

La bithérapie interféron standard (3 injections par semaine) et ribavirine représentait une avancée majeure dans le traitement de l'hépatite chronique C, mais plus de 50 % des malades demeuraient non répondeurs. Cela a motivé l'évaluation d'autres stratégies. Une modélisation mathématique des cinétiques a permis de montrer que la demi-vie moyenne des particules virales dans la circulation générale était courte, de l'ordre de 2,7 heures, avec une production et une élimination quotidiennes de l'ordre de 1012 particules virales [18], [19]. Après une injection d'interféron standard (demi-vie courte d'environ 4 heures), d'importantes fluctuations des concentrations sériques ont été observées avec des concentrations qui restaient indétectables pendant la majorité de l'intervalle séparant deux injections. L'évolution de la charge virale au cours des premières heures, jours et semaines de traitement permet de caractériser les dynamiques de la réplication virale au cours du traitement. Cette caractérisation a permis d'optimiser la prescription d'interféron au cours de l'hépatite chronique C [20], [21]. L'administration tri-hebdomadaire d'interféron entraînait une réduction brutale et importante de la charge virale dans les 24 heures suivant la première injection, suivie d'une réascension de celle-ci entre 24 et 48 heures, soit avant la seconde injection [20], [22]. Les injections suivantes étaient associées à une inhibition moins forte de la charge virale et une deuxième pente de décroissance associée à l'élimination virale au cours du traitement était rarement observée chez ces malades. L'ajout de la ribavirine prévenait, au moins en partie, le rebond du deuxième jour chez environ la moitié des malades. Une deuxième pente de décroissance virale était alors observée, très lente, qui était associée à l'élimination du virus au cours du traitement [20]. L'administration quotidienne d'interféron standard était associée dans la plupart des cas à une décroissance biphasique de la charge virale [19], [20], [22]. La première pente était rapide et survenait au cours du premier jour de traitement. Elle était suivie d'une deuxième pente de décroissance, plus lente, qui débutait au deuxième jour du traitement et se poursuivait jusqu'à l'élimination du virus [19]. L'administration hebdomadaire d'interféron-a pégylé induisait également une décroissance biphasique de la charge virale chez une majorité de malades [21]. Dans les deux cas, l'ajout de ribavirine ne modifiait pas les dynamiques précoces de la réplication virale au cours du traitement.

Interféron quotidien et ribavirine

Des protocoles thérapeutiques d'induction, dose forte et quotidienne d'interféron, ont ainsi été évalués. Trois essais ont étudié l'intérêt de la prescription quotidienne initiale, pendant deux à huit semaines, d'interféron (3 à 6 MU/j) [23] [24] [25]. Seule, une étude montrait que la proportion de malades ayant une réponse virologique prolongée semblait globalement supérieure chez ceux qui recevaient le traitement d'induction. Cependant, cette différence n'existait pas chez les malades infectés par un virus de génotype 1 tableau II [25]. Deux études randomisées ont cherché à déterminer si la prise quotidienne d'interféron (3 à 5 MU/j) pendant une période plus longue (24 à 48 semaines) augmentait la probabilité de réponse au traitement par rapport à une monothérapie classique (3 à 6 MU trois fois par semaine) [26], [27]. Dans les deux cas, le taux de réponse virologique en fin de traitement était doublé chez les malades traités par interféron quotidien. Mais, ce bénéfice ne persistait en termes de réponse virologique prolongée que dans une étude (interféron quotidien pendant 48 semaines, malades infectés par un virus de génotype 1b) : 46 % versus 10 %, p = 0,03 tableau II [27]. Ainsi, l'utilisation de l'interféron en injection quotidienne semble induire un bon effet antiviral précoce, mais les résultats en termes de réponse prolongée restent décevants si la durée de l'administration quotidienne n'est pas supérieure à 24 semaines. Seul un essai randomisé contrôlé étudiant, chez des malades naïfs, l'efficacité d'une bithérapie interféron quotidien-ribavirine a été publié [28]. Les 373 malades étaient traités selon trois schémas dont la différence résidait dans les modalités d'administration de l'interféron pendant les 14 premières semaines. Ensuite, la prise d'interféron était identique pour tous les malades (5 MU tous les deux jours). Par ailleurs, la ribavirine était prescrite quel que soit le groupe pendant toute la durée du traitement, c'est-à-dire 38 semaines. Un tiers des malades recevait 10 MU d'interféron a-2b par jour pendant deux semaines, puis 10 MU tous les deux jours pendant 12 semaines (groupe A). Un autre tiers recevait 5 MU par jour pendant 14 semaines (groupe B) et le dernier tiers 5 MU tous les deux jours pendant la même durée (groupe C). La proportion de malades ayant une réponse virologique prolongée était similaire quel que soit le schéma utilisé : 49 % (groupe A) versus 41 % (groupe B et C) tableau II . Cependant, chez les malades infectés par un virus de génotype 1, le taux de réponse virologique prolongée était significativement plus élevé chez les malades du groupe A (44 %) par rapport à celui obtenu chez les malades des groupes B (29 %) et C (27 %), p < 0,05 [28]. Ces résultats suggèrent que l'administration de fortes doses d'interféron en début de traitement pourrait améliorer significativement l'efficacité de l'association interféron-ribavirine chez les malades de génotype 1, cela pour une durée de traitement inférieure à 48 semaines.

Interféron pégylé

La pégylation de l'interféron consiste en l'adjonction à l'interféron, par une liaison covalente, de polyéthylène glycol, une molécule soluble dans l'eau, rapidement éliminée de l'organisme, non toxique et non immunogène. La pégylation, déjà utilisée avec succès pour d'autres agents, a pour objectif de ralentir la résorption du médicament et d'en réduire l'élimination, donc d'en augmenter la demi-vie. Dans le cas de l'interféron, la pégylation permet d'obtenir, avec une seule injection par semaine, des concentrations sériques d'interféron stables et, par opposition à l'administration tri-hebdomadaire, d'assurer une pression antivirale constante [29] [30] [31]. Deux types d'interféron pégylé ont été mis au point : l'interféron-a2a pégylé et l'interféron-a2b pégylé. Ces deux molécules sont différentes d'une part par la structure du polyéthylène glycol (branché pour l'interféron-a2a pégylé, linéaire pour l'interféron-a2b pégylé) et d'autre part par le poids moléculaire du polyéthylène glycol (40 kD pour l'interféron-a2a pégylé, 12 kD pour l'interféron-a2b pégylé). La première est ainsi éliminée principalement par le foie et la seconde principalement par le rein.
L'activité antivirale de l'interféron pégylé n'a jusqu'ici été documentée que chez des malades naïfs, avec une durée de traitement de 48 semaines. L'efficacité de l'interféron-a2a pégylé a été analysée et comparée à celle de l'interféron standard chez 155 malades dans une étude randomisée de recherche de doses [32]. Le taux de réponse virologique prolongée pour l'interféron-a2a pégylé était de 10 % (45 mg par semaine), 30 % (90 mg par semaine), 36 % (180 mg par semaine), 29 % (270 mg par semaine) contre 3 % chez les malades traités par interféron standard. Ainsi, la dose de 180 mg par semaine semblait optimale pour le traitement de l'hépatite C [32]. L'efficacité de l'interféron-a2a pégylé a été évaluée dans une large étude portant sur 531 malades publiée récemment [33]. À la dose de 180 mg par semaine, le taux de réponse virologique prolongée dans cette étude était de 39 % contre 19 % chez les malades traités par l'interféron a-2a à la dose de 6 MU trois fois par semaine pendant 12 semaines, puis de 3 MU trois fois par semaine pendant 36 semaines (p = 0,001) tableau III . Les facteurs indépendants qui influençaient favorablement la réponse au traitement étaient l'âge inférieur à 40 ans, l'absence de cirrhose ou de fibrose sévère, une surface corporelle inférieure à 2 m2, le traitement par l'interféron-a2a pégylé, une activité de l'ALAT pré-thérapeutique supérieure à 3 fois la normale, une charge virale pré-thérapeutique < 2,106 copies/mL et un génotype non 1 [33].
Chez les malades traités par l'interféron-a2a pégylé, il existait une dissociation entre les taux de réponse biochimique (46 %) et virologique (69 %) en fin de traitement. Cependant, 6 mois après l'arrêt du traitement, 96 % des malades étaient à la fois répondeurs virologiques et biochimiques. Une réponse histologique était globalement mise en évidence chez 63 % des malades traités par l'interféron-a2a pégylé. Ce taux était de 82 % chez les malades ayant une réponse virologique prolongée et de 47 % chez les malades n'ayant pas de réponse virologique prolongée. La fréquence et la sévérité des effets secondaires rapportés étaient similaires quel que soit le traitement administré [33].
Des résultats voisins ont été obtenus dans une large étude internationale menée chez 1 219 malades naïfs avec l'interféron-a2b pégylé utilisé à la dose de 1 ou 1,5 mg/kg par semaine pendant 48 semaines tableau III [34]. Le taux de réponse virologique prolongée était doublé par rapport à l'interféron standard (23 % ou 25 % versus 12 %). L'infection par un génotype non 1 et une charge virale faible (< 2,106 copies/mL) étaient identifiés comme facteurs indépendants associés à la réponse virologique prolongée. Il est à noter que la proportion de malades ayant une réponse virologique en fin de traitement était supérieure chez les malades traités par 1,5 mg/kg par semaine par rapport à ceux recevant 1 mg/kg par semaine : 49 % contre 41 %, respectivement, p = 0,049 tableau III . Ce résultat est lié à un taux de réponse plus élevé chez les malades infectés par un virus de génotype 1 : 39 % contre 25 %, p = 0,002. Mais ce bénéfice n'était pas observé en terme de réponse virologique prolongée [34]. Six mois après l'arrêt de l'interféron-a2b pégylé, la quasi-totalité des malades ayant une réponse virologique avait une activité des aminotransférases normale. Une amélioration de l'activité histologique était deux fois plus fréquemment observée chez les malades ayant une réponse virologique prolongée (77 % à 88 %) par rapport aux malades répondeurs rechuteurs ou non répondeurs (33 % à 43 %). Une diminution de la fibrose semblait également plus fréquente quand il existait une réponse virologique prolongée : 21 % à 31 % versus 6 % à 16 % (caractère significatif non précisé par les auteurs) [34]. La tolérance était similaire quel que soit le traitement administré. Cependant, une réduction de dose pour neutropénie ou thrombopénie était plus souvent nécessaire chez les malades traités par interféron-a2b pégylé [34].

Interféron pégylé et ribavirine

La supériorité des deux interférons pégylés par rapport à l'interféron standard a ouvert la voie à des études qui ont testé l'efficacité de l'association interféron pégylé-ribavirine. Les résultats d'une étude multicentrique internationale randomisée incluant 1 121 malades naïfs comparant l'efficacité de la thérapie combinée interféron-a2a pégylé-ribavirine à celle de l'interféron alpha 2b standard associé à la ribavirine et à celle de l'interféron-a2a pégylé en monothérapie ont été récemment rapportés [35]. Chez tous les malades, la dose de l'interféron-a2a pégylé était de 180 mg par semaine, celle de la ribavirine variait de 1 000 à 1 200 mg/jour en fonction du poids et la durée du traitement était de 48 semaines. La réponse virologique prolongée était significativement plus fréquente chez les malades traités par interféron-a2a pégylé et ribavirine comparée à celle observée chez les malades traités par interféron standard et ribavirine ou interféron-a2a pégylé en monothérapie, respectivement 56 %, 44 % et 29 % tableau III . Le gain d'efficacité de l'association interféron-a2a pégylé et ribavirine par rapport à l'association interféron standard et ribavirine était observé quel que soit le génotype, respectivement 46 % versus 37 % pour le génotype 1 et 76 % versus 61 % pour le génotype 2 ou 3 figure 1 . Les résultats exprimés en fonction du génotype et de la charge virale semblent montrer également la supériorité de l'interféron-a2a pégylé et de la ribavirine par rapport à la bithérapie classique, respectivement 41 % versus 33 % pour le génotype 1 associé à une charge virale forte (> 2,106 copies/mL), 56 % versus 43 % pour le génotype 1 associé à une charge virale faible (< 2,106 copies/mL), 74 % versus 58 % pour le génotype 2 ou 3 associé à une charge virale forte (> 2,106 copies/mL) et 81 % versus 65 % pour le génotype 2 ou 3 associé à une charge virale faible (< 2,106 copies/mL). Le caractère significatif des différences observées n'était pas précisé par les auteurs. L'analyse statistique n'indiquait pas si une surface corporelle supérieure à 2 m2 et la présence d'une fibrose sévère ou d'une cirrhose constituaient, comme pour l'interféron-a2a pégylé en monothérapie, un facteur de mauvaise réponse au traitement. À la douzième semaine de traitement, 86 % des malades traités par interféron-a2a pégylé et ribavirine avaient une réponse virologique, définie par une diminution d'au moins 2 log10 de la charge virale pré-thérapeutique ou par un ARN viral indétectable dans le sérum. Chez ces malades, il était observé une réponse virologique prolongée chez 65 % d'entre eux (valeur prédictive positive de 65 %). En revanche, parmi les malades qui n'étaient pas répondeurs virologiques à la douzième semaine, seuls 3 % avaient une réponse virologique prolongée (valeur prédictive négative de 97 %). Cela suggère que l'absence de réponse virologique précoce (définie ci-dessus) pourrait conduire à stopper le traitement dès la douzième semaine. Une réponse histologique, définie par une diminution d'au moins deux points de l'index d'activité histologique du score de Knodell modifié, était observée chez 80 % des malades traités par interféron-a2a pégylé et ribavirine. Ce taux atteignait 89 % chez les malades ayant une réponse virologique prolongée. La tolérance clinique et biologique était voisine dans les 3 groupes. Cependant, la neutropénie était plus marquée chez les malades traités par interféron-a2a pégylé ; à l'inverse, le syndrome grippal et la dépression semblaient moins fréquents chez les malades traités par interféron-a2a pégylé et ribavirine que chez ceux traités par interféron standard et ribavirine tableau IV [35]. Il est à noter que l'efficacité de l'interféron-a2a pégylé et de la ribavirine n'est à ce jour connue que pour une durée de 12 mois de traitement.
Les résultats d'une large étude multicentrique internationale randomisée ayant évalué les effets de l'association de l'interféron-a2b pégylé à la ribavirine ont été récemment rapportés [36]. Dans cette étude, 1 530 malades naïfs ont été traités pendant 48 semaines selon trois modalités différentes et il a été établi que le taux de réponse virologique prolongée était significativement plus élevé chez les malades recevant 1,5 mg/kg par semaine d'interféron-a2b pégylé associé à 800 mg/jour de ribavirine par rapport aux malades traités par 1,5 mg/kg par semaine d'interféron-a2b pégylé pendant 4 semaines, puis 0,5 mg/kg par semaine d'interféron-a2b pégylé pendant 4 semaines associé à 1 000 à 1 200 mg/jour de ribavirine ou par interféron standard et ribavirine à la dose de 1 000 à 1 200 mg/jour. Le taux de réponse était de 54 % dans le premier groupe versus 47 % dans les deux autres tableau III . Chez les malades traités par 1,5 mg/kg par semaine d'interféron-a2b pégylé et ribavirine, la réponse différait en fonction du génotype. Le gain d'efficacité par rapport à la thérapie interféron standard-ribavirine n'était observé que chez les malades infectés par le génotype 1 : respectivement 42 % versus 33 %, p = 0,01 figure 2 . En revanche, la réponse était similaire chez les malades infectés par un virus de génotype 2 ou 3 : respectivement 82 % versus 79 % figure 2 . Les résultats exprimés en fonction du génotype et de la charge virale n'ont pas été publiés. Une analyse rétrospective de l'étude a mis en évidence une différence de réponse en fonction de la dose de ribavirine administrée et il a été suggéré que la posologie optimale de ribavirine devait être supérieure à 10,6 mg/kg/jour. Chez les malades ayant reçu cette dose, le taux de réponse virologique prolongée globale était de 61 % (interféron-a2b pégylé 1,5 mg/kg par semaine et ribavirine) et de 47 % (interféron standard-ribavirine). Dans l'analyse rétrospective de ce sous-groupe, chez les malades infectés par un virus de génotype 1 ou par un virus de génotype 2 ou 3, l'efficacité du traitement était supérieure en cas de combinaison avec l'interféron-a2b pégylé par rapport à l'interféron standard, respectivement 48 % versus 34 % et 88 % versus 80 % [36]. Comme les auteurs l'indiquent, ces résultats sont à confirmer par des études prospectives, en particulier chez les malades ayant un poids important. En analyse multivariée, le génotype autre que 1, une charge virale pré-thérapeutique < 2,106 copies/mL, un poids faible, un âge jeune et peu ou pas de fibrose étaient indépendamment associés à une réponse virologique prolongée. Chez les malades traités par interféron-a2b pégylé (1,5 mg/kg par semaine) et ribavirine (800 mg/jour), la probabilité d'obtenir une réponse virologique prolongée était respectivement de 75 % et 32 % lorsque la recherche de l'ARN viral était négative pour la première fois à la douzième et à la vingt-quatrième semaine. La probabilité de réponse était quasiment nulle si le virus restait détectable après 24 semaines de traitement, suggérant la possibilité de son arrêt [36]. Une amélioration de l'activité histologique et une diminution du score de fibrose étaient observées respectivement chez 90 % et 26 % des malades répondeurs à long terme et chez 44 % et 14 % des malades non répondeurs. La tolérance clinique et hématologique était peu différente dans chacun des trois groupes. Cependant, une neutropénie, parfois inférieure à 1 000/mL, une réaction au point d'injection, une perte de poids, des nausées et une alopécie ont été plus fréquemment décrites chez les malades traités par l'interféron-a2b pégylé et la ribavirine tableau V . Enfin, les auteurs suggèrent que l'interféron-a2b pégylé devrait être testé en combinaison avec la ribavirine : d'une part pour étudier l'efficacité d'une durée de traitement de 6 mois et d'autre part pour comparer l'efficacité de deux posologies : 1 et 1,5 mg/kg par semaine [36].

Autres traitements

Une synergie d'action in vitro entre l'amantadine et l'interféron alpha vis-à-vis du Myxovirus influenzae a motivé l'évaluation de l'amantadine dans l'hépatite chronique C. L'amantadine n'a pas d'effet significatif en monothérapie. Dans trois études ouvertes, 48 malades ont été traités par 200 mg/jour d'amantadine. L'ARN viral restait détectable pendant le traitement chez tous les malades et seuls 7 % à 15 % normalisaient transitoirement l'activité des aminotransférases [37] [38] [39]. Les résultats de deux études randomisées et contrôlées comparant l'efficacité de la thérapie combinée interféron standard-amantadine (200 mg/jour) à celle de l'interféron seul sont discordants. L'une menée chez 119 malades traités 24 semaines a déterminé un taux de réponse virologique prolongée similaire quel que soit le schéma thérapeutique : 22 % (interféron) versus 10 % (interféron et amantadine) [40]. L'autre, réalisée chez 200 malades pour une durée de traitement de 12 mois, a montré une réponse virologique prolongée chez 29,3 % des malades du groupe bithérapie contre 16,8 % chez ceux du groupe interféron seul, p = 0,036 [41]. À l'inverse des malades non répondeurs à un premier traitement par interféron, aucun résultat de trithérapie (interféron-ribavirine-amantadine) n'est connu chez les malades naïfs.
En raison de l'inhibition par les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) de la voie de la cyclooxygénase qui pourrait augmenter l'activité des cellules natural killer et des lymphocytes T cytotoxiques vis-à-vis du VHC, quatre essais randomisés ont étudié l'intérêt d'une thérapie combinée interféron standard-AINS [42] [43] [44] [45]. Les résultats en terme de réponse virologique prolongée étaient superposables à ceux de l'interféron en monothérapie, sauf dans une étude où la dose d'AINS avait été doublée : 26 % dans le groupe AINS " forte dose " versus et 5 % dans le groupe interféron et 0 % dans le groupe AINS " faible dose ". Il est à noter que les effectifs de cette étude étaient peu importants (70 malades pour trois types de traitement) [45].
D'autres cytokines que l'interféron ont été évaluées par deux études pilotes chez des malades naïfs. L'interleukine 2 induisait une normalisation transitoire des transaminases chez 24 % des malades, sans négativation de l'ARN viral [46]. Il a été observé en cours de traitement avec l'interleukine 12 une diminution de plus de 50 % de la charge virale chez un tiers des malades et des valeurs normales de l'activité des aminotransférases chez 7 % d'entre eux [47].
L'efficacité d'autres molécules associées à l'interféron a été testée chez des malades naïfs. L'acide ursodésoxycholique [48] [49] [50], la thymosine a1 [51] et le GM-CSF (granulocyte-macrophage colony-stimulating factor) [52] n'ont pas permis d'améliorer le taux de réponse virologique obtenu avec l'interféron seul. En revanche, une étude randomisée récente a mis en évidence un effet intéressant du zinc associé à l'interféron, nécessitant une confirmation par une large étude [53].
Par analogie avec l'hépatite chronique B, des auteurs ont proposé une cure courte de corticoïdes avant de débuter l'interféron [54], [55]. Les conséquences sont une augmentation de la charge virale avant l'instauration de l'interféron, une diminution initiale de l'activité des aminotransférases, puis un rebond à l'arrêt des corticoïdes chez 38 % des malades et l'absence de gain en termes de réponse prolongée par rapport à l'interféron en monothérapie. La déplétion en fer par saignées avant et/ou pendant le traitement n'a apporté aucun bénéfice au traitement par interféron [56], [57].

Malades ayant une fibrose sévère ou une cirrhose

Le nombre de malades ayant une fibrose sévère ou une cirrhose inclus dans les études étant souvent faible, il est difficile de connaître l'efficacité réelle des différents traitements disponibles chez ces malades. Schalm et al. ont réalisé une méta-analyse à partir des données individuelles de 170 malades naïfs inclus entre 1991 et 1998 dans toutes les études randomisées contrôlées comportant un bras de traitement par interféron et ribavirine pendant 6 mois [58]. La probabilité de réponse à long terme était significativement inférieure chez les malades cirrhotiques quel que soit le traitement utilisé. Chez ces malades traités par thérapie combinée interféron-ribavirine, le taux de réponse virologique prolongée était de 7 % en cas d'infection par un virus de génotype 1 (contre 1 % pour l'interféron seul) et de 24 % en cas d'infection par un virus de génotype 2 ou 3 (contre 5 % pour l'interféron seul).
Dans les deux grandes études internationales qui ont comparé l'efficacité de la thérapie combinée interféron-ribavirine à l'interféron seul [8], [9], la proportion de malades ayant une fibrose sévère (F3) ou une cirrhose (F4) et une réponse virologique prolongée augmentait avec le renforcement du traitement : 5 % (interféron monothérapie pendant 6 mois) versus 12 % (interféron monothérapie pendant 1 an) versus 23 % (bithérapie pendant 6 mois) versus 36 % (bithérapie pendant 1 an) [8], [9].
L'efficacité de l'interféron-a2a pégylé (180 mg/semaine) s'est révélée également supérieure à celle de l'interféron standard chez 271 malades naïfs ayant une fibrose sévère ou une cirrhose [59]. Le taux de réponse virologique prolongée était de 30 % chez les malades traités par l'interféron-a2a pégylé contre 8 % chez ceux traités par l'interféron standard, p = 0,001 tableau III . Le génotype et la charge virale étaient des facteurs qui influençaient la réponse. En effet, chez les malades infectés par un virus de génotype 1 associé à une charge virale forte (> 2,106 copies/mL), la proportion de malades avec une réponse prolongée était de 10 %, alors qu'elle était de 55 % chez les malades infectés par un virus de génotype 2 ou 3 et avec une charge virale faible (< 2,106 copies/mL). La tolérance était comparable quel que soit le traitement administré. Pour l'interféron-a2b pégylé en monothérapie, parmi les 1 219 malades inclus, 207 (17 %) avaient une fibrose sévère ou une cirrhose, mais les résultats en termes de réponse virologique prolongée n'ont pas été publiés dans cette population [34].
Les résultats de la bithérapie pégylée ne sont connus que pour l'étude de Manns et al. [36]. L'interféron-a2b pégylé (1,5 mg/kg par semaine) associé à la ribavirine (800 mg/jour) n'était pas plus efficace chez ces malades en termes de réponse virologique prolongée que la bithérapie classique (interféron-a2b, 3 MU trois fois par semaine et ribavirine, 1 000 à 1 200 mg/jour), respectivement 44 % contre 41 %, p = 0,62 [36]. La proportion de malades traités par l'interféron-a2b pégylé (1,5 mg/kg par semaine) et ribavirine (800 mg/jour) qui avait une réponse prolongée semblait moins importante chez les malades ayant une fibrose sévère ou une cirrhose par rapport à ceux ayant peu ou pas de fibrose, respectivement 44 % versus 57 % [36]. L'analyse statistique n'indiquait pas que cette différence était significative.

Malades ayant une activité des aminotransférases normale

Il est admis qu'environ 25 % des malades atteints d'hépatite chronique C ont une activité des aminotransférases normale de manière persistante. La conférence de consensus internationale de 1999 a recommandé de ne pas traiter ces malades en raison de lésions histologiques souvent minimes et de l'efficacité insuffisante de l'interféron en monothérapie [11]. Sept études ouvertes et cinq essais randomisés ont évalué l'efficacité de l'interféron standard en monothérapie [60] [61] [62] [63] [64] [65] [66] [67] [68] [69] [70] [71]. Tous les malades étaient naïfs et les schémas thérapeutiques utilisés étaient multiples. Les doses prescrites étaient 3 à 10 MU trois fois par semaine ou 5 MU par jour et la durée d'administration variait de 6 mois à 18 mois. Globalement, le taux de réponse virologique prolongée était de l'ordre de 15 % [60] [61] [62] [63] [64] [65] [66] [67] [68] [69] [70] [71]. Ce résultat était voisin de celui observé chez des malades ayant une activité des aminotransférases élevée [70]. L'étude de l'évolution histologique (score METAVIR) chez des malades traités par interféron ou non traités ne montrait pas de différence significative. Cependant, une amélioration de l'activité histologique était observée respectivement chez 34 % versus 19 % des malades et une aggravation de la fibrose 16 % versus 30 % des cas [71].
Dix-neuf malades naïfs ont été traités en ouvert par interféron-a2b (5 MU par jour pendant un mois, puis 3 MU trois fois par semaine) et ribavirine (1 000 à 1 200 mg/jour selon le poids). À la douzième semaine, le traitement était poursuivi pour 36 semaines supplémentaires si le virus était indétectable dans le sérum, dans le cas contraire, il était arrêté. Une réponse virologique prolongée était observée chez neuf malades (47 %) [72].
Aucune donnée concernant l'efficacité de l'interféron pégylé en monothérapie et de l'association interféron pégylé-ribavirine n'est disponible à l'heure actuelle.

Faut-il réaliser une ponction biopsie hépatique ?

La décision d'initier un traitement chez un malade naïf atteint d'une infection virale C fait intervenir plusieurs paramètres. Les plus importants sont l'appréciation du risque évolutif, l'âge et l'état général du malade, les chances de réponse au traitement et ses éventuelles contre-indications. L'appréciation du risque évolutif fait qu'avant tout traitement la réalisation d'une ponction biopsie hépatique semble indispensable. Ainsi, la conférence de consensus internationale de 1999 a recommandé de traiter les malades qui avaient une activité nécrotico-inflammatoire et/ou une fibrose modérées ou sévères [11]. Les nouveaux traitements consistant en l'administration d'interféron pégylé et de ribavirine augmentent significativement les chances de réponse virologique prolongée. Chez les malades infectés par un virus de génotype 2 ou 3, celles-ci dépassent 75 % [35], [36]. Chez ces malades, la décision de débuter un traitement pourrait principalement reposer sur la forte probabilité de réponse. Cependant, l'intensité de la fibrose étant un critère de réponse au traitement [36], sa connaissance demeure utile. Un index de fibrose incluant des marqueurs sériques a récemment été mis au point [73]. Une forte valeur prédictive négative (100 % d'absence de fibrose F2, F3 ou F4 selon la classification METAVIR) était obtenue pour un score de 0 à 0,1 (12 % des malades de l'étude) et une importante valeur prédictive positive (> 90 % de présence d'une fibrose F2, F3 ou F4 selon la classification METAVIR) était trouvée pour un score de 0,6 à 1 (34 % des malades). L'index avait une faible valeur prédictive pour 54 % des malades (score entre 0,1 et 0,6). Les auteurs suggèrent que l'utilisation de cet index pourrait éviter la réalisation d'une ponction biopsie hépatique chez certains malades [73]. Mais, comme ils l'indiquent, la validation prospective de ce test sur un plus grand nombre de malades est indispensable. Ainsi, la ponction biopsie hépatique avant l'instauration d'un traitement chez un malade naïf reste actuellement le meilleur examen pour évaluer le pronostic de la maladie et l'indication du traitement.

Conclusions

Chez les malades naïfs atteints d'hépatite chronique C, l'association interféron pégylé-ribavirine entraîne une réponse virologique prolongée chez environ 55 % des malades. Chez les malades infectés par un virus de génotype 1, cette nouvelle bithérapie, quel que soit l'interféron pégylé utilisé, est plus efficace que la bithérapie standard (9 % de gain). Chez les malades infectés par un virus de génotype 2 ou 3, les résultats des études sont discordants : un gain d'efficacité de 15 % est clairement montré pour l'association interféron-a2a pégylé-ribavirine ; en revanche, les résultats sont identiques à la bithérapie standard pour l'interféron-a2b pégylé-ribavirine. Bien qu'il soit possible que l'administration d'une dose quotidienne de ribavirine supérieure à 10,6 mg/kg puisse améliorer l'efficacité du traitement en faveur de la bithérapie pégylée, une étude prospective est nécessaire pour valider ce résultat. Il est à noter que les résultats exprimés en fonction du génotype et de la charge virale ne sont pas donnés pour l'association interféron-a2b pégylé-ribavirine et qu'ils ne sont pas interprétables pour l'interféron-a2a pégylé et la ribavirine (absence de calcul du caractère significatif des différences observées). Il est regrettable de ne pas connaître ces éléments qui permettraient de mieux préciser le groupe de malades qui bénéficient le plus de cette bithérapie pégylée. La posologie et la durée optimales de l'association interféron pégylé-ribavirine ne sont pas connues puisque pour chaque interféron pégylé, une seule dose (1,5 mg/kg ou 180 mg par semaine) et une seule durée (48 semaines) ont été testées. Il serait intéressant d'évaluer l'efficacité d'une bithérapie avec 1 mg/kg pour l'interféron-a2b pégylé et une dose inférieure à 180 mg ou en fonction de la surface corporelle pour l'interféron-a2a pégylé. Par analogie avec la bithérapie standard, l'efficacité d'un traitement plus court (24 semaines) devrait être évaluée, en particulier chez les malades infectés par un virus de génotype 1 associé à une charge virale faible ou de génotype 2 ou 3.

 

Figure 1. Étude comparée de l'efficacité en termes de réponse virologique prolongée de l'interféron alfa-2a pégylé + ribavirine versus l'interféron alfa2b + ribavirine en fonction du génotype chez des malades naïfs.
Sustained virological responses of pegylated interferon alfa-2a plus ribavirin versus interferon alfa-2b plus ribavirin according to HCV genotypes.


Figure 2. Étude comparée de l'efficacité en terme de réponse virologique prolongée de l'interféron alfa-2b pégylé + ribavirine versus l'interféron alfa2b + ribavirine en fonction du génotype chez des malades naïfs.
Sustained virological responses of pegylated interferon alfa-2b plus ribavirin versus interferon alfa-2b plus ribavirin according to HCV genotypes.


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