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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Hépatite C - Perspectives thérapeutiques
Christian TRÉPO

(1)Service de Médecine, Hôpital Général, Saint-Dizier ;
(2)Laboratoire de Biologie, Hôpital Général, Saint-Dizier

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 297-302
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

Les objectifs et bases rationnelles du traitement de l'hépatite C

Le but ultime du traitement est de réduire la morbidité et la mortalité des malades infectés. Compte tenu de la très longue évolution de la maladie et de sa variabilité, ces objectifs sont trop lointains. Ils ont été éclipsés par les critères de jugement nécessaires des essais thérapeutiques contrôlés, si bien que l'on tend à les oublier, habitués à leur préférer l'éradication virale ou l'amélioration des tests biochimiques qui sont les marqueurs les plus faciles à évaluer de façon statistique. En fait, les véritables critères de substitution devraient être la qualité de vie et l'amélioration histologique, cette dernière ayant grandement profité de l'amélioration des scores d'évaluation.
Le traitement de l'hépatite C ne doit pas être considéré à un instant donné sans une perspective dynamique de l'évolution des traitements. Les progrès de ceux-ci au cours de la dernière décennie ont été spectaculaires si on se réfère à la réponse virologique prolongée qui est passée de 6 à 40 %. En ce qui concerne les malades infectés par des génotypes 2 et 3, le taux de réponse prolongée, qui est synonyme d'éradication virale, atteint 85 %. À cet égard, on peut donc considérer, pour ces génotypes privilégiés au moins, que l'hépatite C a été vaincue. Cela est d'autant plus remarquable qu'aucun des traitements utilisés n'a été conçu spécifiquement pour agir contre ce virus. Il s'agit de molécules dont l'utilité a été détournée au profit de la lutte contre le virus de l'hépatite C (VHC). L'interféron (IFN) étant une cytokine antivirale polyvalente et la ribavirine un analogue de nucléoside qui fut utilisé compte tenu de son activité contre les flavivirus, mais dont le mode d'action principal dans l'hépatite C semble être de nature immunomodulatrice. L'arsenal thérapeutique spécifique qui résultera des formidables progrès survenus dans la connaissance du virus et de ses mécanismes de réplication est déjà en début de validation pharmacologique. Une nouvelle révolution thérapeutique dans le domaine de l'hépatite C va donc très prochainement voir le jour.
Des avancées majeures ont pu être réalisées grâce à l'expression, sous forme enzymatiquement active, des protéines virales indispensables à la réplication : NS3 protéase, NS3 hélicase, NS5B/ARN polymérase-ARN dépendante. Des études génétiques et fonctionnelles ont pu être réalisées pour caractériser ces enzymes virales et la structure cristalline tridimensionnelle des sites actifs a pu être identifiée [1] [2] [3] [4]. De plus, le récepteur cellulaire présumé, de l'entrée du virus dans l'hépatocyte, à savoir la molécule CD81 appartenant à la super-famille des tétra-spanines, vient d'être caractérisé, de même que la structure tridimensionnelle de son domaine extracellulaire [5]. Le rôle d'autres récepteurs potentiels, notamment celui des lipoprotéines, a été aussi évoqué dans le processus de pénétration virale. Ces données structurales ont accéléré la capacité de concevoir de nouvelles molécules inhibitrices fondées sur la structure tridimensionnelle des sites actifs potentiellement impliqués qui constituent autant de cibles pharmacologiques potentielles.
L'obstacle majeur au développement de ces nouveaux antiviraux était représenté jusqu'ici par l'absence de modèle d'étude d'infection expérimentale, limité jusqu'ici aux chimpanzés, ou de systèmes cellulaires permettant une propagation virale in vitro. Ceux-ci ne reposaient que sur des cultures d'hépatocytes primaires ou de lymphocytes qui restaient très difficiles d'emploi pour l'évaluation de l'efficacité antivirale ainsi que pour l'étude de leurs mécanismes d'action [6], [7]. Ces difficultés sont en passe d'être levées avec l'apparition de nouveaux modèles animaux potentiels, tels le tupaïa ou les souris humanisées [8], [9]. Il devient également possible d'étudier les candidats antiviraux, grâce aux nouveaux systèmes cellulaires des réplicons qui permettent l'étude de la réplication d'un ARN viral sous-génomique après transfection du clone correspondant.
Dans ces systèmes décrits par plusieurs équipes, des mutations adaptatives indépendantes, identifiées dans des régions clés NS5A, NS5B ont permis une augmentation spectaculaire de la capacité de réplication de l'ARN viral in vitro [10] [11] [12]. Ces systèmes de réplication sub-génomiques en cultures sont désormais validés pour leur pertinence à sélectionner des antiviraux. Il est donc désormais possible d'évaluer de façon efficace l'activité de nouvelles molécules ciblant notamment les enzymes virales. Une ultime étape reste à franchir via l'utilisation de génomes viraux entiers, qui seuls permettront la reconstitution du cycle viral complet rendant alors possible de cibler d'autres étapes cruciales de la réplication : encapsidation, assemblage, trafic intracellulaire. Nous pouvons espérer que cette dernière étape sera franchie dans les deux ans à venir.
Il a désormais été bien documenté que le VHC n'était pas un virus cytopathique et que l'ensemble des lésions était à médiation immune, comme pour le virus de l'hépatite B (VHB). Bien que les paramètres immunologiques associés à la progression de la maladie ou au contraire à la protection ou à l'éradication de l'infection soient encore mal définis, il apparaît qu'une réponse cellulaire vigoureuse et multi-spécifique est essentielle à la résolution de l'infection. L'induction de titres élevés et persistants d'anticorps anti-enveloppe ayant une réactivité croisée importante vis-à-vis de divers épitopes paraît aussi nécessaire à une intervention prophylactique via des immunoglobulines ou un vaccin. Il est permis d'espérer favoriser de telles réponses, pour permettre l'éradication de l'infection déjà établie, via des approches d'immunothérapie vaccinale qui sont désormais étudiées en parallèle des approches classiques.
Au total, tous ces progrès vont permettre de développer de nouveaux antiviraux spécifiques du VHC et également des approches immunologiques de soutien ou alternatives. Il faut souligner enfin que la meilleure connaissance de l'histoire naturelle de la maladie et de sa variabilité doit être prise en compte afin de pouvoir proposer à un malade donné se situant à un stade précis un projet thérapeutique adapté, intégrant les options thérapeutiques les plus pertinentes tout en prenant en compte les progrès majeurs attendus dans les trois à cinq prochaines années.


Optimisation des stratégies actuelles

Modifications des traitements liées à une meilleure capacité de prévision des réponses individuelles

Les essais multicentriques ont bien mis en évidence le rôle de facteurs de réponse au traitement dont les plus spectaculaires sont le génotype et la charge virale. De fait, des facteurs multiples interviennent de façon tout aussi essentielle : âge lors de l'infection, genre masculin ou féminin, durée de la maladie, stade évolutif, cofacteurs (surpoids, consommation d'alcool, etc.).
Les études cinétiques d'inhibition de la réplication virale sous traitement paraissent le meilleur moyen de prédire une réponse durable. Il apparaît que les malades chez qui l'on n'observe pas une réduction de la charge virale d'au moins 2 logs ou qui ne négativent pas leur virémie au troisième mois de traitement n'ont qu'une infime probabilité de réponse virologique durable (valeur prédictive négative de 97 %) [13]. D'autres études suggèrent que l'on peut même prédire cette réponse dans des délais encore plus courts, d'un mois, voire d'une semaine, grâce à l'étude de la pente de clairance virale. La détermination de celle-ci reposait jusqu'ici sur une mesure quantitative de l'ARN du VHC par amplification moléculaire coûteuse et laborieuse. La récente introduction d'un test ÉLISA détectant de façon sensible et quantitative l'antigène de capside du VHC offre de nouvelles perspectives très attractives. Il devient en effet facile et peu onéreux de déterminer grâce à lui les pentes de clairance virale. La prédiction de cette réponse individuelle permettra d'adapter pour un malade donné la nature, la dose et la durée des traitements.
Concrètement, il ne sera plus nécessaire de suivre des "recettes" générales établies a priori et nécessairement simplificatrices et imparfaites pour décider si un malade infecté par un génotype 3, mais avec une charge virale élevée, aura besoin d'une bithérapie IFN PEG-ribavirine avec une dose modérée (1 mg/kg) ou plus forte (1,5 mg/kg) pendant six ou douze mois et si chez lui une réduction de dose en cas de tolérance médiocre pourra être raisonnablement envisagée sans risquer de compromettre les chances d'éradiquer le virus.


Intérêt potentiel des nouveaux interférons

La multiplicité des différentes formes moléculaires d'IFN suggère nécessairement une finalité bénéfique, puisqu'elles ont persisté au cours de l'évolution. A priori, il est concevable que si certaines formes moléculaires d'IFN induisent des résistances, elles puissent être compensées par d'autres formes moléculaires. De surcroît, des propriétés antivirales et/ou immuno-modulatrices bénéfiques spécifiques complémentaires des divers IFNs sont probables. C'est dans cet état d'esprit qu'a été développé l'IFN consensus (INFERGEN), résultat d'une étude exhaustive sur ordinateur des différentes séquences d'IFN existantes. Les motifs constants des différentes séquences ont servi de base à la production d'un IFN de synthèse supposé posséder les vertus antivirales maximales des différentes espèces d'IFN existantes.
L'IFN consensus possède une homologie de 89 % avec l'IFN alpha, 30 % avec l'IFN bêta, et 60 % avec l'IFN oméga. De surcroît, cet IFN consensus a une affinité pour les récepteurs cellulaires supérieure à celle de l'IFN alpha-2a ou alpha-2b. De même, son activité biologique est de 5 à 10 fois supérieure à masse protéique égale [14] [15] [16].
Sur le plan pratique, il semble que les malades infectés par le génotype 1 aient une clairance de l'ARN du VHC plus rapide avec l'IFN consensus qu'avec l'IFN alpha-2b. Une plus grande proportion d'entre eux négativent l'ARN à la fin du traitement (24 % versus 15 %) ainsi qu'à la fin du suivi (8 % versus 4 %) [15]. De façon beaucoup plus intéressante, les malades qui n'avaient pas répondu à une première cure d'IFN alpha sembleraient avoir une meilleure probabilité de réponse à un retraitement par l'IFN consensus. Si ces résultats sont confirmés, cette perspective serait du plus haut intérêt.
Une étude de phase III conduite chez 337 malades résistant à l'IFN alpha (répondeurs ou rechuteurs) a randomisé ceux-ci en deux bras : IFN alpha-2b ou IFN consensus 15 mg trois fois par semaine. De façon remarquable, le niveau de réponse durable chez les non-répondeurs, bien que faible, fut aussi bon que chez les malades retraités par bithérapie IFN-ribavirine (13 % après 48 semaines). L'association de l'IFN consensus avec la ribavirine paraît également prometteuse [17].
En ce qui concerne l'interféron bêta, des difficultés ont été rencontrées dans la détermination de la meilleure dose efficace. Une petite étude pilote a seulement démontré que certains malades non répondeurs à l'IFN alpha pouvaient répondre à l'IFN bêta. De surcroît, la tolérance de l'IFN bêta était meilleure sur le plan général et hématologique [18].
Le développement de ces nouveaux IFN dans l'hépatite C devrait être facilité par ces études in vitro dans les modèles réplicons ainsi que par des études cliniques de bio-équivalence, prenant avantage des valeurs prédictives des cinétiques virales afin de raccourcir des essais thérapeutiques comparatifs. Compte tenu des problèmes majeurs rencontrés chez les non-répondeurs, des efforts de recherche supplémentaires doivent être faits pour explorer les bénéfices thérapeutiques spécifiques potentiels des différents IFN.


Association de molécules adjuvantes à l'interféron seul ou combiné à la ribavirine

Le succès majeur de la bithérapie IFN/ribavirine a bien entendu stimulé l'intérêt pour d'autres associations susceptibles d'avoir un effet synergique de même nature, y compris dans le cadre de trithérapies. Bon nombre de candidats potentiels ont été évalués et en particulier l'acide ursodésoxycolique, la thymosine alpha, et plus récemment l'amantadine, certaines vitamines et le mycophénolate mofétil. L'acide ursodésoxycolique, les anti-inflammatoires non stéroïdiens et le mycophénolate mofétil ont été décevants. La thymosine alpha ne paraît pas avoir tenu ses promesses. En ce qui concerne l'amantadine, en bithérapie elle ne paraît pas apporter un bénéfice supplémentaire, sinon qu'elle compense en partie, par ses propriétés stimulantes, les effets psychodépresseurs de l'IFN, avec une bonne tolérance à la dose de 200 mg. Le bénéfice potentiel de l'amantadine en trithérapie avec l'IFN et la ribavirine reste à confirmer. Si les premières études italiennes étaient très prometteuses, d'autres le sont moins [19].
En ce qui concerne l'intérêt de la trithérapie IFN-ribavirine-histamine, une étude de Lurie et al. suggère une efficacité de 39 % en fin de traitement chez les non-répondeurs ou rechuteurs avec un minimum d'effets secondaires. Il faut souhaiter que des réponses durables soient obtenues dans une proportion suffisante dans ce groupe pour justifier son intérêt [20].
Le rôle négatif des radicaux libres et l'intérêt thérapeutique potentiel de leur neutralisation par des "cocktails" anti-oxydants est en cours d'évaluation.
Compte tenu que l'efficacité de la ribavirine est dose-dépendante et que son activité clinique est limitée par des effets indésirables, en particulier l'hyperhémolyse, des efforts ont été déployés pour développer des molécules d'activité comparable, mais de toxicité moindre. Deux d'entre elles méritent d'être citées ; l'une repose sur l'hypothèse qu'un composé de ribavirine lévogyre pourrait ne pas induire d'hyperhémolyse, mais conserver l'activité. Cet espoir reste à confirmer. Il faut reconnaître que le mécanisme exact d'efficacité de la ribavirine reste mal compris. Cela gêne considérablement la capacité de synthétiser des molécules analogues. Un candidat potentiel, développé par la firme ICN, serait susceptible de mimer au moins en partie certains des effets immunologiques de la ribavirine [21], [22].


Les thérapeutiques du futur

Deux grandes approches peuvent être poursuivies visant soit le blocage des différentes étapes de la réplication virale, soit la modulation des réponses immunes.

Antiviraux

Comme nous l'avons évoqué, le développement des modèles d'évaluation a été retardé par rapport à la connaissance structurale des cibles pharmacologiques potentielles. De surcroît, le très fort degré de compétition industrielle explique que les progrès en cours soient entourés de la plus grande discrétion. De ce fait, les considérations ci-dessous risquent par essence d'être incomplètes ou spéculatives. Il n'en est pas moins vrai que tous les grands groupes pharmaceutiques mondiaux sont directement ou indirectement impliqués dans cette recherche, ce qui est le meilleur gage de succès à court terme. Le dernier symposium international consacré au VHC et virus associés qui s'est tenu à Paris du 2 au 5 septembre 2001 a permis en partie de prendre conscience des progrès rapides en cours. Nous distinguerons donc 4 groupes de nouvelles molécules potentielles : les anti-enzymes, les anti-sens, les ribozymes et les molécules ayant d'autres cibles.

Les anti-enzymes

Bien que la structure tridimensionnelle de la NS3 protéase soit connue depuis cinq ans et que les succès obtenus avec le VIH aient privilégié l'étude de cette cible, bon nombre de difficultés ont été rencontrées. Diverses études ont néanmoins suggéré que des petites molécules (peptides N terminaux en particulier) étaient susceptibles d'inhiber la protéase virale à des concentrations nanomolaires [23]. Une équipe a également rapporté l'identification de plusieurs molécules actives de façon dose-dépendante et susceptibles d'inhiber l'activité sérine protéase NS3-4A dans des essais en culture cellulaire [24]. L'hélicase du VHC, ainsi que la polymérase ARN dépendante sont également bien définies structuralement. Elles représentent des cibles tout aussi attractives et des molécules actives sont en étude de phase I ou II par plusieurs groupes pharmaceutiques.

Les anti-sens

Cette nouvelle stratégie visant à produire des molécules d'ARN ou d'ADN, complémentaires de séquences essentielles des étapes de la réplication, est une approche très séduisante, mais qui reste freinée par des problèmes spécifiques à cette technologique ; le premier médicament issu de ce principe a pourtant déjà fait son apparition dans la pharmacopée anti-CMV. Plusieurs cibles sont privilégiées, en particulier les régions 5'et 3'non codantes, ainsi que le site de traduction ribosomale (IRES). Ces approches sont très activement poursuivies et plusieurs études cliniques sont en préparation.

Les ribozymes

Ce sont des molécules d'ARN qui ont une capacité de catalyse lytique spécifique de séquences d'ARN cible. Il a été montré in vitro que l'ARN du VHC était électivement susceptible à l'action des ribozymes.

Autres cibles

Bien que l'on ne dispose pas encore des outils spécifiques pour étudier certaines approches susceptibles d'intervenir par exemple sur la morphogenèse des virions, leur assemblage et leur sécrétion, il ne faut pas sous-estimer l'intérêt des virus modèles et en particulier du BVDV. Celui-ci a permis en particulier de révéler l'efficacité de composés antiviraux très puissants, très peu toxiques et capables de réduire l'infectivité des particules virales en modifiant la polymérisation des protéines d'enveloppes E1 et E2. On sait que la morphogenèse du VHC chez l'homme obéit à des processus voisins [25].

Conclusions

Il paraît donc exister une très grande variété de cibles potentielles susceptibles de représenter des familles d'inhibiteurs actifs. Cela est essentiel car compte tenu des analogies étroites de cinétique et de plasticité génétique existant entre le VHC et le VIH, il est probable que les phénomènes de résistance seront nombreux et qu'il sera nécessaire, comme pour le VIH, de disposer d'une polychimiothérapie pour espérer éradiquer l'infection VHC. Bien qu'il soit très difficile de faire un état des lieux, on peut supposer qu'actuellement plusieurs dizaines de molécules, correspondant aux diverses classes évoquées, sont en cours de sélection. Il n'est pas douteux que dans les deux ans à venir certaines d'entre elles parviendront en phase III. On peut donc prévoir de manière réaliste l'apparition de nouvelles molécules en 2004-2005.


Approches immunologiques

Il existe de très nombreuses voies possibles. Nous en distinguerons 3 principales : la production d'anticorps neutralisants, la modulation cytokinique et l'immunothérapie vaccinale.

Anticorps neutralisants

Les résultats cliniques chez l'homme ou le chimpanzé ont montré qu'il existait un certain niveau d'immunité humorale incomplètement protecteur vis-à-vis du VHC. L'administration de préparations à haut titre d'imunoglobulines contenant des anticorps anti-VHC est susceptible de prévenir ou au moins de retarder l'infection [26]. Plusieurs groupes poursuivent des essais dans ce domaine en développant en particulier des immunoglobulines de haut titre provenant de plasmas humains (HCIG, CIVACIR). Une étude clinique a récemment débuté grâce à la promotion de la société NABI aux États-Unis. Le but est d'étudier l'efficacité de cette préparation dans la prévention de la ré-infection en transplantation hépatique. D'autres approches utilisant des anticorps monoclonaux humanisés dirigés contre la protéine d'enveloppe E2 du VHC, dont l'activité neutralisante a pu être définie dans divers modèles, sont également en cours de développement par une société israélienne et une étude clinique de phase I vient de commencer.


Modulation cytokinique

La modulation cytokinique peut s'envisager par le biais d'une immunostimulation ou au contraire d'une inhibition. Nous étudions ces deux versants successivement.
L'IL12 est un facteur de croissance des cellules T activées et des cellules natural killer (NK). Elle stimule l'activité cytolytique de ces deux sous-populations et induit la production d'IFN gamma. Compte tenu du fait que l'IL 12 renforce la polarisation Th1 et inhibe la différenciation Th2, il était logique d'envisager que l'IL 12 puisse favoriser l'élimination virale. Il faut souligner cependant que deux essais en ce sens ont été décevants [27]. L'IL 2 était pour les mêmes raisons une voie logique à explorer puisqu'elle s'avérait active sur le VHB et est utilisée en clinique vis-à-vis du VIH. Certains essais utilisant cette approche associée à l'IFN sont en cours.
L'histamine pourrait également avoir un rôle de polarisation Th1, en réduisant l'apoptose des cellules NK. Un essai de ce type avec une molécule connue désormais sous le nom de maxamine est en cours [20].
L'IL 10, à l'inverse de l'IL 12 et de l'IL 2, est une cytokine douée de propriétés anti-inflammatoires, antifibrosantes et immunosuppressives. Ces propriétés physiologiques la désignait comme candidate privilégiée dans le traitement de l'hépatite C et un essai préliminaire chez des malades non répondeurs a permis d'obtenir un effet bénéfique sur la normalisation des transaminases et la réduction de la fibrose [28]. Il semble cependant que ces résultats encourageants n'aient pas été confirmés et que le développement de la molécule ne soit pas poursuivi.

Immunothérapie vaccinale

Les infections primaires à VHC au cours desquelles le virus est éliminé se différencient de celles qui passent à la chronicité par l'importance de la réponse cytotoxique et sa diversité chez les premières et au contraire sa faiblesse et sa restriction chez les secondes. Il est donc a priori très souhaitable de stimuler les réponses cellulaires spécifiques anti-VHC. Toutes les nouvelles technologies vaccinales incluant en particulier les vaccins ADN, les virus recombinants et leur association peuvent être envisagées. Il faut toutefois souligner que l'activation des réponses cellulaires peut ne pas être dénuée de risques en clinique, car susceptible d'induire des exacerbations dangereuses en cas de maladie évoluée. De telles approches, bien qu'intellectuellement fascinantes, restent des objectifs à long terme, compte tenu de leur complexité et de l'absence de modèle animal pertinent, facile d'accès et disponible.

Stratégies thérapeutiques

Il est désormais réaliste de penser que de nouvelles molécules seront susceptibles de venir compléter, voire supplanter, à court terme l'association thérapeutique actuelle IFN pégylé-ribavirine, c'est-à-dire dès les années 2004-2005. Cette anticipation doit donc influencer de façon concrète les stratégies thérapeutiques en fonction du degré d'évolution et du risque de progression des malades à prendre en charge.
Deux situations s'opposent
l'une, la plus facile, concerne les malades souffrant d'hépatite chronique minime dont on peut cerner le potentiel évolutif. Pour eux, la perspective de médicaments nouveaux probablement mieux tolérés que la bithérapie actuelle peut conduire à l'option de différer le traitement à condition de pouvoir compter sur une compliance à un suivi attentif ;
l'autre concerne les malades ayant une hépatite chronique active avec notamment une progression rapide et/ou une fibrose supérieure ou égale à F3 et qui ne sont pas répondeurs virologiques à la bithérapie optimale (IFN PEG-ribavirine). Pour ces malades, on sait que la poursuite d'un traitement malgré la persistance d'une charge virale détectable est susceptible d'apporter une amélioration histologique qui dépasse largement le bénéfice virologique [29] [30] [31] [32]. Certaines études viennent de confirmer qu'un traitement par l'IFN est susceptible non seulement d'améliorer l'histologie et l'histoire naturelle, mais également de réduire le risque de décompensation de la cirrhose et de cancer en cas de normalisation des transaminases [31] [32] [33]. Ces données qui sont encore controversées doivent être confortées par des études de puissance suffisante et tenant compte des facteurs confondants [33]. Dans le doute, une stratégie responsable doit être définie en concertation avec le malade, l'option de maintenir un traitement que l'on peut qualifier de suspensif devant être offerte.
Des essais de grande ampleur et des procédures adaptées doivent permettre de donner à tous les malades ayant une maladie évoluée et qui le souhaitent la possibilité de bénéficier de ce traitement d'attente suspensif qui trouve sa justification dans la preuve d'un bénéfice biologique et/ou histologique. Son objectif est de permettre une réduction significative du risque de progression vers les complications liées à la cirrhose, et surtout la cancérisation, avant l'arrivée des nouveaux traitements plus efficaces. De multiples questions devront être résolues dans les années qui nous séparent de cette révolution thérapeutique annoncée, pour définir également une stratégie adaptée chez les malades qui ne tolèrent pas l'IFN au long cours. Le bénéfice biochimique et histologique que peut apporter une monothérapie par la ribavirine, bien documenté à court terme, doit être également confirmé à long terme [34], [35].
Contrairement aux infections liées au VIH ou au VHB, l'hépatite chronique C est devenue une maladie curable. En effet, le génome du VHC ne s'intègre pas dans le génome de l'hôte, comme c'est le cas pour le VIH et le VHB. L'expérience clinique a démontré que l'infection peut être éradiquée. Il est donc essentiel que les malades risquant de progresser puissent espérer bénéficier des potentialités curatrices à venir. Ils trouveront dans l'espoir légitime de cette guérison la motivation nécessaire pour supporter le traitement. Il faut souligner de surcroît que plusieurs études récentes ont également fait la preuve du caractère réversible de la fibrose et même de la cirrhose (à condition qu'elles ne soient pas trop anciennes) lorsque la réplication virale est éteinte et le virus éliminé. Il faut donc déployer tous les efforts possibles pour permettre aux malades parvenus au stade F3 ou même F4 d'espérer obtenir une régression future de leurs lésions qui les mettra à l'abri des complications de la cirrhose et notamment du carcinome hepatocellulaire. Compte tenu du grand nombre de malades à traiter, il y a là un enjeu de santé publique essentiel. Celui-ci reposera nécessairement sur une dimension de responsabilité médicale collective pour permettre d'orienter au mieux les ressources vers le traitement des personnes qui en bénéficieront le plus à long terme.

 


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