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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Quelles sont les attentes des malades atteints d'hépatite chronique C et comment y répondre ?
Pascal MÉLIN (1), Maud SCHOENY (1), Bertrand SURGET (1), Véronique BAY (1), Bertrand LEPILLEUR (2)

(1)Service de Médecine, Hôpital Général, Saint-Dizier ;
(2)Laboratoire de Biologie, Hôpital Général, Saint-Dizier

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 291-296
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

Les attentes des malades

L'hépatite C est certes un problème de santé publique, mais c'est aussi la juxtaposition de 500 000 à 600 000 problèmes individuels. En 10 ans de temps, le virus a été découvert, les modes de contamination analysés, l'épidémiologie décrite et des traitements mis en place, qui ont permis de passer de 10 % d'éradication virale avec la monothérapie par l'interféron à plus de 50 % avec le traitement de référence actuel [1], [2]. Mais pendant ces 10 ans, que sont devenus les malades ? Quelles étaient leurs attentes ?
Les malades ne se sentaient pas forcément malade C. Ce sont là les progrès de la médecine qui permettent maintenant de prédire, chez des personnes asymptomatiques, une évolution potentiellement sévère. Par ailleurs, l'hépatite C sera une des premières maladies chroniques dont on va guérir. Mais quel sens prend cette guérison ? La définition médicale d'une guérison est un retour à l'état antérieur. Quel sens cela peut-il prendre après 10 à 20 ans d'évolution ? Comment nommer les séquelles ? On découvre alors l'ampleur de la confusion. La guérison définie par les médecins n'est peut-être pas celle des malades !
La première attente des usagers du système de soins est la reconnaissance. La première façon d'être reconnu est d'accéder à un statut de malade et de bénéficier d'un traitement puisque celui-ci existe. Et nous voici en face du premier paradoxe. On peut être atteint d'une infection virale C, mais ne pas avoir d'hépatite, donc pas de maladie hépatique nécessitant un traitement. Le malade n'aura alors d'autre choix que de faire un travail de deuil et d'accepter de vivre avec son virus C (VHC). Ou bien d'oublier son statut de malade atteint d'hépatite minime, s'estimant alors non-malade et il se dissipera dans la nature sans aucun suivi.
Le deuxième niveau de reconnaissance se situe du côté juridique. Un certain nombre de malades contaminés par transfusion souhaitent être indemnisés des préjudices encourus. Et c'est là un autre paradoxe. Certains de ces malades ont eu la vie sauve grâce à des transfusions, mais rentrent dans un processus juridique pour faire valoir leur droit à la réparation.
Le troisième niveau de reconnaissance est probablement celui de la communauté des malades. Ce phénomène a été particulièrement évident pour les malades atteints d'infection au virus de l'immunodéficience humaine (VIH), et il l'est également pour les co-infectés VIH-VHC. Toutefois, l'hétérogénéité des populations infectées par le VHC rend pour l'instant très difficile cette appartenance communautaire et ne permet pas l'accès à un statut clairement perçu.
Il est peut-être choquant d'aborder les problèmes juridiques et sociaux dans une conférence de consensus. Mais l'expérience prouve que les difficultés rencontrées par les malades influent directement sur leur prise en charge et le rapport médecin/malade. Ne pas trouver le mode de contamination est un écueil facilement gérable pour le médecin. Cela devient plus difficile pour le malade qui ne peut mettre un " avant " et un " après " à sa maladie et estimer la progression des dégâts. L'absence de preuves transfusionnelles dans les dossiers, la disparition des archives ou la non-réponse au courrier jettent le discrédit sur l'ensemble du corps médical et biaise le rapport médecin/malade qui tente de se mettre en place. La non-reconnaissance de l'origine transfusionnelle et la suspicion d'autres modes de contamination sont souvent mal vécues. Le corps médical devrait, plus systématiquement, " activer " les enquêtes d'hémovigilance et remettre clairement les conclusions au malade.
L'absence de lésions hépatiques ou la faible évolutivité de celles-ci peut amener le spécialiste à ne pas retenir d'indication de traitement. Toutefois, les traumatismes antérieurs, réveillés par les explorations, fausses couches, chirurgies pour cancer ou antécédents de toxicomanie, vont être ravivés tant pour le malade que pour ses proches. S'il n'y a pas forcément une souffrance hépatique, il peut y avoir une souffrance sociale à travers la discrimination liée au VHC : inaccessibilité au prêt bancaire, non-reconnaissance de l'affection longue durée (ALD) sans biopsie hépatique, ségrégation professionnelle.
Que dire de l'assurance ? Une enquête, réalisée auprès des adhérents de SOS Hépatites, traitée par G. Bonnaud et présentée au 4e Forum national de SOS Hépatites à Bordeaux, a fait apparaître que 30,5 % des malades ont refusé d'annoncer leur sérologie positive à l'assureur [3]. Quand les malades ont annoncé leur sérologie positive, 9 % se sont vus accorder le prêt à l'assurance au tarif normal, 14 % une assurance avec une surprime et 68 % un refus, alors que 74 % des malades avaient une hépatite chronique minime. Cela montre bien l'incompréhension actuelle et le climat de suspicion qui peuvent régner.
Difficulté de reconstruire un couple en annonçant que l'on est virémique. Difficulté à faire reconnaître une hépatite par les commissions de COTOREP et obtenir une harmonisation des barèmes au niveau national. Absence d'évaluation de critères comme l'asthénie ou les manifestations extrahépatiques par les différentes COTOREP. Tous ces critères peuvent amener le malade à souhaiter recevoir un traitement pour des considérations sociales.
Que faut-il dire à une femme jeune, ayant une hépatite minime qui souhaite faire un enfant et ne veut pas prendre le risque de contaminer son bébé ? Toutes les informations visant à la rassurer ne pourront être entendues. Alors ne faut-il pas mieux la traiter ?
L'accès aux soins passe par la reconnaissance juridique et sociale [4]. Les médecins ne peuvent faire l'économie de s'impliquer dans cette dynamique. La rédaction de certificats pour la COTOREP, la mise en place de réflexions et d'harmonisation sur des pratiques avec les médecins du travail, les expertises juridiques et l'accès aux enquêtes transfusionnelles sont nécessaires. La lutte auprès des associations de malades pour limiter les exclusions sociales et l'aide au règlement des problèmes d'assurabilité ou de prêt bancaire font partie à part entière de l'accès aux soins.


L'accès aux explorations

Ce terme est bien sûr provocateur. Le médecin devient un explorateur et le malade doit s'abandonner pour subir. Le malade n'a d'autres possibilités que de devenir passif et de donner son accord [5]. L'exemple type est celui de la biopsie hépatique [6]. Il s'agit d'une étape cruciale dans le processus de soins. Le plus souvent, il ne s'agit pas d'une biopsie pour faire un état des lieux. Mais dans l'esprit du médecin, la biopsie permet de savoir s'il faut traiter le malade. Cela demande donc au malade d'avoir accepté le principe d'un traitement secondaire.
Si le spécialiste peut se réjouir d'une hépatite minime là où il attendait une hépatite plus sévère, le malade lui vivra peut-être mal de ne pas accéder au traitement alors qu'il s'y était préparé. Combien de malades atteints d'hépatite minime sont maintenant perdus dans la nature après avoir retenu qu'ils n'étaient pas malades ? Quelles précautions secondaires prennent-ils pour éviter la diffusion de la maladie ?
Bon nombre de malades vivent des situations de contre-indications relatives au traitement : malades épileptiques, malades aux antécédents dépressifs, usagers de drogue non stabilisés, consommateurs excessifs d'alcool, personnes âgées. Les biopsies ne sont alors pas réalisées car le médecin ne pense pas légitime la " mise sous traitement ".
Pourquoi refuser ces biopsies hépatiques qui sont de véritables états des lieux et permettent de réfléchir ensuite, avec le malade et l'ensemble des professionnels médicaux et sociaux qui l'entourent, à l'accès au traitement dans de meilleures conditions ? [7]. Il faut dépasser le chantage à l'abstinence chez les alcooliques et les toxicomanes pour obtenir de véritables prises en charge en réseau en faisant participer le malade aux décisions. Ces expériences ont déjà été menées dans l'infection à VIH et méritent d'être reprises pour l'hépatite C.
La communication autour de la biopsie doit s'améliorer. Les risques encourus, les conditions de sa réalisation doivent être améliorés. Même si le plus grand nombre de malades a bien " subi " leur première biopsie hépatique et est prêt à " participer " à une deuxième, le développement de tests non agressifs permettant d'évaluer la fibrose est une attente forte des malades et permettra probablement de faciliter l'accès aux soins et d'améliorer la réponse sanitaire en termes de gestion d'épidémie.


La mise sous traitement

" Mise sous médicament ", voilà encore un terme provocateur. Les injections seraient-elles au-dessus du malade, le laissant dans un rôle passif ? Et pourquoi faut-il toujours imaginer une prise de médicaments. La mise en place d'un suivi psychologique, la modération de la consommation d'alcool, l'attente d'une transplantation hépatique, sont déjà une prise en charge à part entière [4], [8].
Quel est l'objectif du traitement de l'hépatite C ? Pour le médecin, obtenir une éradication virale et une régression des lésions histologiques. Pour les malades, guérir. Mais guérir de quoi ? Guérir de ses traumatismes antérieurs ? Guérir de sa souffrance sociale ? Guérir de toutes ces manifestations que l'on a qualifiées d'extrahépatiques et pour lesquelles on lui a indiqué qu'elles pouvaient être liées à son virus, mais qui ne disparaîtront pas forcément après l'obtention de l'éradication virale. Quel paradoxe de prendre un traitement qui rend malade pour guérir ! Si ce concept est bien accepté par les malades sous chimiothérapie pour cancer, il est beaucoup plus difficile à intégrer pour les malades atteints d'hépatite virale, car la pression morbide n'est pas la même.
Le paradoxe du traitement peut se résumer à une phrase : " Une maladie le plus souvent mineure, mais potentiellement cancérigène, qu'on peut ne pas traiter et surveiller régulièrement, mais dont les traitements les plus précoces ont plus de chance d'être efficaces en vous rendant malade pour guérir. " Accepter l'expérience d'une séquence thérapeutique, voilà le choix que doivent faire les malades. Mais où se situe leur liberté ? Et si la liberté n'était que le refus du traitement. Il faut donc que les objectifs des médecins convergent avec ceux des malades pour cette séquence thérapeutique [9] [10] [11].

L'observance du traitement

L'observance n'est pas un comportement naturel chez l'homme, sinon cela devient une dépendance [12]. Il est intéressant de voir que lorsque l'on interroge les hépatologues, ils pensent que la plupart de leurs malades sont observants à plus de 95 %. Pourtant, lors de groupes de paroles ou des écoutes téléphoniques de type communautaire, il est fréquent d'entendre les malades rechigner à prendre leur traitement. Limiter la dose, enlever une gélule de ribavirine, se donner un jour de vacances ou bien avoir recours à des médecines alternatives, mais sans jamais oser en parler au médecin de peur d'être privé des molécules qui sauvent et être banni. Les études où des malades n'ont pas été répondeurs à un premier traitement et ont été retraités avec la même molécule montrent que le second traitement peut être efficace. C'est peut-être là que se situe le poids de l'observance ? Les malades n'étaient pas prêts pour le premier traitement et ne l'ont pas pris correctement, mais ils se sont mieux préparés au deuxième. Actuellement, aucun travail préparatoire à l'acceptation du traitement n'est réalisé.
La question de l'observance doit être réfléchie avant, pendant et après le traitement [11]. Elle est à mettre en parallèle avec la vulnérabilité du malade [13]. Et l'ensemble des acteurs doit se déployer autour de lui, chacun devant connaître les motivations du malade à accéder à son traitement. Il n'y a pas de bons ou de mauvais observants, comme il n'y a pas de bons ou mauvais génotypes. Chacun vit sa maladie et tente, avec son entourage, de s'adapter.
Mettre en place des unités d'éducation et de gestion des traitements dans l'hépatite C est garant d'une amélioration significative de la qualité de vie et de la compliance des malades [14] [15] [16] [17].
Préparer un traitement, l'accepter, en gérer des effets indésirables, se reconstruire après l'arrêt du traitement sont des étapes difficiles. Peu d'équipes se soucient des six mois d'attente avant l'évaluation virologique après traitement. Cette période est très anxiogène pour les malades et est souvent le support à des décompensations dépressives. Elle est dure cette attente avant de connaître l'étiquette que le spécialiste peut vous porter : non-répondeur, rechuteur, répondeur virologique prolongé. Il est paradoxal de constater qu'en cas d'échec, c'est le malade qui n'a pas répondu, alors qu'en cas de réussite, c'est le virus qui a accepté de disparaître.
Au travers de ce problème sémantique, c'est tout le statut du malade qui est posé et celui de son accompagnement. Elle est dure à entendre cette phrase qui tombe : " le virus a disparu, je n'ai plus besoin de vous revoir ". Bon nombre de malades se sentent abandonnés et l'éradication virale n'est le plus souvent que le début du travail de guérison. Qui prendra le relais ? Souvent, le malade est ré-adressé au médecin généraliste qui parfois ne l'avait pas vu depuis un an, ou bien re-confié au psychiatre pour gérer sa dépression, ou bien au rhumatologue pour ses douleurs articulaires. Quelle incompréhension ! [18]
La mise à disposition d'un réseau de professionnels. Voilà une autre attente forte des malades. C'est trop souvent, pour gérer les effets indésirables, que sous traitement, on recherche l'ophtalmologiste, le rhumatologue, le dermatologue ou le psychiatre qui pourront répondre au malade. Ce dernier est très souvent déçu quand il doit se déplacer, consulter et s'apercevoir que le professionnel l'analyse, par le bout de son symptôme, dermatite médicamenteuse, dépression réactionnelle, sécheresse oculaire, pseudo-polyarthrite et avoue souvent ne pas connaître très bien l'hépatite C.
N'est-ce pas là un objet des réseaux que de mettre en place des consultations multidisciplinaires facilement accessibles et de maintenir le médecin généraliste comme un acteur principal de la prise en charge et de l'accompagnement des malades ? [19], [20].


De la maladie chronique à l'éducation

Plus de 4 000 études internationales ont montré que la prise scrupuleuse d'une prescription médicale n'est guère que de 50 % et qu'elle varie de 30 à 78 %, et que malheureusement le meilleur facteur d'observance est la douleur [14], [21]. C'est en 1972, à Los Angeles que Miller a apporté la preuve de l'effet thérapeutique de l'enseignement des malades : diminution de 60 % des durées d'hospitalisation, réduction de 50 % des accidents d'acidocétose, de 80 % des urgences. Assal, à Genève, a montré qu'une consultation ambulatoire en diabétologie sur les soins de pieds faisait baisser de 79 % la fréquence des amputations [14]. L'éducation permet, dans l'asthme, de réduire le coût médical de 50 % et la fréquence des crises d'asthme de 75 % et, chez les diabétiques, les hospitalisations de 80 %. Des programmes d'éducation courte dans l'école du dos ont permis, en cas de lombalgies, une reprise du travail deux fois plus rapide. D'autres travaux d'éducation ont bien sûr été réalisés dans l'hypertension artérielle ou dans la prise en charge de l'infection à VIH [15], [16], [22] [23] [24].
L'éducation du malade est une approche singulière de la médecine où l'individu, considéré dans sa globalité, devient un gestionnaire de sa santé. Elle éveille sa sensibilité et cherche à lui permettre d'en conserver la maîtrise [14].
La première étape de toute action d'éducation est l'accès à l'information et l'appropriation de celle-ci par le malade pour lui permettre d'acquérir un pouvoir d'expertise [25]. Le médecin est très souvent étriqué dans un aspect technique. Il n'est peut-être pas le plus apte à gérer ce temps d'éducation. Altman et al. avaient déjà montré la place prépondérante des infirmières autour du malade [26]. Dans notre unité, nous avons mis en place une cellule d'éducation dont bénéficient les malades, tant pour les préparer à la biopsie que pour évaluer leurs connaissances et leur faire acquérir cette expertise. Ces consultations d'éducation et de suivi sont assurées par des infirmières formées spécifiquement.
Dans une enquête réalisée par SOS Hépatites pour son Forum national 2001 à Bordeaux et portant sur plus de 300 questionnaires reçus, soit plus de 20 % des questionnnaires envoyés, on découvrait que 1 malade biopsié sur 4 ne connaissait ni son génotype, ni son score METAVIR, 75 % des personnes se disaient correctement informées sur la maladie et 25 % répondaient négativement. Cependant, 70 % des personnes interrogées s'estimaient être en attente d'informations supplémentaires.
Pour ce travail d'éducation, c'est l'ensemble des acteurs sanitaires, médecins généralistes, infirmières, médecins spécialistes et associations de malades, qui doivent se mobiliser [27]. Trouver des molécules pour contre-balancer les effets indésirables liés au traitement (érythropoïétine, anti-dépresseurs, anti-asthéniques) doit nécessairement s'accompagner de programmes d'éducation. Des publications récentes montrent que pour avoir un effet maximal du traitement, il faut prendre 80 % de la dose théorique de ribavirine, 80 % de la dose théorique d'interféron pendant au moins 80 % du temps [2]. Ces données valident l'importance des programmes d'éducation. Comment un malade peut-il accepter une réduction de posologie pour une anémie sévère s'il a conscience d'être en perte de chance. Le message est clair : " Messieurs les médecins, aidez-nous à supporter les traitements à doses pleines pour avoir toutes nos chances. "


L'accompagnement

Le développement du counseling [8] et l'expérience de l'infection à VIH nous ont rappelé que toutes les maladies chroniques nécessitaient un processus de deuil [28]. En revanche, accepter un traitement qui risque " de vous faire guérir ", c'est prendre le risque de devoir faire le deuil du deuil. Il est alors intéressant de revoir l'hépatite à travers la classification de Kubler Ross tableau I [14].
Beaucoup trop de malades sont dans le déni ou accèdent à des traitements alors qu'ils sont encore en pleine révolte et désirent se débarrasser du virus. On confond trop souvent motivation et révolte, tout comme on confond prise en charge et mise sous traitement [21].
L'accompagnement doit viser à obtenir l'acceptation. Il ne faut pas oublier que tout échec peut ramener les malades de l'acceptation au déni ou à la révolte. Ainsi, lors d'une consultation médicale, il devient intéressant de reposer les 4 questions éducatives selon Christiane Courteheuse. Que savez-vous de votre maladie ou qu'avez-vous appris depuis notre dernière consultation ? Que pensez-vous des traitements qui vous ont déjà été prescrits ? Comment vivez-vous votre maladie ? Qu'attendez-vous de notre entretien ? [4]
On ne peut évoquer l'accompagnement sans parler de ceux qui constituent l'entourage familial. Ces véritables " co-infectés " souffrent cruellement d'un manque d'information, ont souvent des contre-attitudes négatives vis-à-vis du malade et ont très peu d'espace de paroles. Améliorer l'information et la tolérance de l'entourage permettra d'améliorer l'accompagnement du malade.
Dans l'enquête déjà citée et réalisée par SOS Hépatites, l'entourage des malades attendait cette information en premier lieu par leur médecin généraliste, puis par les spécialistes [3].


Des malades particuliers

Quelques situations particulières doivent être évoquées.

Les co-infectés VIH-VHC

Cette situation est particulièrement éprouvante. En effet, chez ces malades, on a souvent négligé pendant plusieurs années leur hépatite C. Ils ont alors fait un travail de deuil et accepté les traitements suspensifs liés à leur VIH [29]. Puis depuis quelques années, la découverte de cette co-morbidité pose le problème du traitement de l'hépatite. Il faut alors gérer deux traitements avec parfois des thérapeutiques contradictoires. De plus, un nouveau traumatisme va naître : l'espoir d'une guérison. Quelle déstabilisation ! Après avoir dû vivre avec un virus, il a fallu apprendre à vivre avec deux et l'un pourrait disparaître ! Les co-infections doivent amener à des prises en charge spécifiques et au sein même des réseaux.


Les personnes en situation de précarité

Comment prendre en charge l'hépatite C d'un " sans domicile fixe ", une personne au statut social précaire, s'exprimant parfois mal en français ! Le plus souvent, ces personnes sont exclues de l'accès aux soins. Quand les CHRS (Centre d'hébergement et de réadaptation sociale), qui se sont parfois mobilisés pour l'infection à VIH, seront-ils capables de se mobiliser pour les hépatites C. À quand des appartements thérapeutiques pour accompagner pendant un an ces malades et leur permettre, au-delà du traitement, de reprendre place dans notre société ?

Les malades alcooliques

Ils sont 5 à 10 fois plus touchés que la population générale et progresseront plus vite vers la cirrhose. Pourtant, ils ne font toujours pas l'objet d'un dépistage spécifique. On nous répond que leur prise en charge est difficile. Mais n'est-ce pas là l'intérêt même des réseaux pour de telles prises en charge ? À quand des mises en route de traitement sous couvert de post-cures longues de 4 à 6 mois ! Le traitement de l'hépatite C peut devenir un moment de reprise de confiance en soi et rendre le malade acteur de sa vie.

Les usagers de drogue

L'épidémie d'hépatite C continue de progresser dans la population des usagers de drogue. Ces personnes font l'objet d'images négatives de la part de bon nombre de soignants. Pourtant, il s'agit d'un enjeu de santé publique que de traiter cette population pour endiguer l'épidémie. De plus, ils présentent souvent des facteurs de bonne réponse au traitement. Plusieurs études montrent que les malades bénéficiant d'un traitement de substitution sont parfaitement compliants au traitement de l'hépatite C [7].

Les hémophiles

Ils attendent bien sûr des marqueurs de fibrose fiables pour dépasser le problème de la biopsie hépatique. Ils sont inquiets des autres pathologies qui pourront suivre, au-delà de l'hépatite C, les prions et les autres virus.
Les hémodialysés et les autres personnes déjà atteints d'une première maladie chronique (polyarthrite rhumatoïde, diabète, insuffisance coronarienne) qui gêne l'accès au traitement posent également des problèmes difficiles de prise en charge.
Les transplantés hépatiques ont une deuxième chance, mais doivent se battre de nouveau contre un virus qui réinfecte le greffon. Et que dire des obèses qui seraient de mauvais répondeurs au traitement ?


Conclusion

Bien sûr, les malades attendent des traitements plus efficaces, mieux supportés, de plus courte durée d'administration. Les revendications sont multiples [30], parmi lesquelles la reconnaissance des infections nosocomiales et une gestion claire des seringues usagées, la vente en pharmacie de conteneurs et la récupération sur prescription médicale du matériel utilisé pour le traitement par les laboratoires de biologie, l'ensemble étant pris en charge par la Sécurité sociale.
Pourquoi ne pas tenir compte également, sur le modèle du VIH, de l'intérêt d'une double dispensation pharmacie de ville, pharmacie hospitalière. Bon nombre de malades n'ont pas dépassé le cap de la honte et de cette maladie tabou, et font des kilomètres pour aller chercher leur traitement de façon discrète.
Que dire encore de ces certificats de décès où l'on impose théoriquement de mettre en cercueil immédiat les personnes atteintes d'hépatite virale B ou C ? Au-delà de la mort, les malades sont encore en situation d'exclusion.
Toutefois, toutes les maladies chroniques nécessitent les mêmes attentes : être reconnu dans son statut sanitaire, psychologique et social, être rassuré, être informé, être accompagné, pouvoir être pris en charge sans forcément être traité, avoir le droit d'exprimer sa souffrance [5].
En guise de conclusion, nous rappellerons seulement les propos de Robert Zittoun [31] : " Allons, il faut tout reprendre, et d'abord le chemin du regard et de la parole. À l'autre et à soi. Se dire un peu, mais d'abord écouter. (...) Pourquoi se dérober ? Ils veulent nous parler, réels jusqu'au bout, nous dire leur peur, leurs désirs, leurs espoirs, les nôtres. Nous mentir, autant que nous leur mentons. Mais parler quand même, nous sentir un peu à eux. (...) Que ferait un médecin sans malade ? La disponibilité à l'échange, voilà le plus grand service, et la plus grande justification. "



[1] Hépatite C. Du dépistage au traitement, Questions et réponses. Edité par le Comité français d'éducation pour la santé, août 2001.
[2] McHutchison J, Manns M, Harvey J, Albrecht JK for the International Hepatitis Interventional Therapy Group. Adherence to therapy enhances sustained response in chronic hepatitis C patients receiving PEG-interferon alfa 2b plus ribavirin. J Hepatol 2001;34 (suppl 1):2.
[3] Bonnaud G, SOS Hépatites. Enquête sur les problèmes d'assurance. 4e Forum national de SOS Hépatites, Fédération Nationale, en cours de publication.
[4] Tourette-Turgis C, Rebillon M. Accompagnement et suivi des personnes sous traitement antirétroviral. Editions Comment dire, 2000.
[5] Nuissier J. Le contrôle perçu et son rôle dans les transactions entre individus et événements stressants, in : Introduction à la psychologie de la Santé (Bruchon-Schweitzer ML, Dantzer R, eds) Paris, P.U.F., 1994, pp 67-97.
[6] SOS Hépatites. Je rêve d'un monde sans biopsie. Bulletin périodique d'information, n° 9, juillet 1999.
[7] Mélin P, Schoeny M, Surget B, Bay V, Lepilleur B. Usagers de drogue, substitution et VHC. Colloque du THS de Grasse, en cours de publication.
[8] Tourette-Turgis C. Le counseling. Edition Presse Universitaire de France, 1996.
[9] Consoli SM, Safar E. Valeur prédictive du profil psychologique du patient et du style de relation médecin-malade vis-à-vis de l'observance d'un traitement anti-hypertenseur. Arch Mal Coeur Vaiss 1988;81 (suppl):145-50.
[10] Abelhauser A. Observance, compliance ou adhésion ? Enjeux sociaux et mécanismes psychiques. 2nd European Conference on the methods and results of social and behavioural sciences, AIDS in Europe, New challenges for social and behavioral sciences, Paris, 1998.
[11] Vasconcellos D. Sida : l'observance du traitement par la trithérapie. Conditions psychologiques. L'information psychiatrique 2000;1:55-63.
[12] Hoerni B, Saury R. Le consentement, information, autonomie et décision en médecine. Editions Masson, 1998.
[13] Gagnayre R. Travailler sur la relation de la personne à son traitement. In Infotraitements 1999;64-65:22-4.
[14] Assal J.P. Traitement des maladies de longue durée : de la phase aiguë au stade de la chronicité. Une autre gestion de la maladie, un autre processus de la prise en charge. Encycl. Med Chir (Elsevier, Paris), Thérapeutique, 25-005-A-10, 1996, 18 p.
[15] Humair JP. Compliance et hypertension artérielle : comment aider les patients à suivre le traitement prescrit ? Med Hyg, 1993;51:2285-9.
[16] Gagnayren R, d'Ivernois JF. Education thérapeutique du patient. In : Impact médecin hebdo, Dossier du Praticien, 1998;404:3-14.
[17] Deccache A. Quelles pratiques et compétences en éducation du patient ? Recommandations de l'organisation mondiale de la santé (région Europe). In : La santé de l'homme, n° 341, mai-juin 1999, p. 12-14.
[18] Kaeppelin P. L'écoute, Mieux écouter pour mieux communiquer. Collection Formation Permanente en Sciences Humaines, Editions E.S.F, 1993.
[19] Pratiques coopératives dans le système de santé. Editions Ecole Nationale de la Santé Publique, 1998.
[20] Cresson G, Schweyer FX. Les usagers du système de soins. Édition École Nationale de la Santé Publique, 2000.
[21] D'Ivernois JF, Gagnayre R. Apprendre à éduquer le patient. Edition Vigot, 1995.
[22] Lahlou-Laforêt K. Observance du traitement anti-rétroviral. Presse Med 2000;29:1227-30.
[23] Singh N, Squier C, Sivek C, Wagener M, Hong Nguyen M, Yu VLl. Determinants of compliance with antiretroviral therapy in patients with human immunodeficiency virus: prospective assessment with implications for enhancing compliance. AIDS Care 1996;8:261-9.
[24] Lahlou-Laforêt K, Consoli SM. Une vie d'hypertendu et l'observance. Dans la collection : " Une vie d'hypertendu et... " (coord. X. Girerd), Ed Phase 5, brochure N° 1 - cycle 2, 1999.
[25] Marcellin P, Laurenceau T. Cent questions sur l'hépatite C. Editions Frison Roche, 3e édition, 2001.
[26] Altman C, Baler MJ, Charre JP, De La Selle P, Lesiour A, Buffet C. Evaluation du rôle des soins infirmiers lors d'un traitement par interféron pour une hépatite virale C. Gastroenterol Clin Biol 2000;24:776-81.
[27] Poirier J, Salaün F. Médecins ou malade ? La médecine en France au XIX et au xxe siècle. Masson Editeur.
[28] AIDES. Vivre avec le sida, témoignages. Editions Ramsay, 1999.
[29] AIDES, Enquête Nationale : Vivre avec les traitements. Colloque CRIPS du 25 octobre 1997.
[30] SOS Hépatites. La nouvelle plate-forme de revendications de SOS Hépatites. Bulletin périodique d'information, n° 17, juillet 2001.
[31] Zittoun R, Lilliestierna C. Docteur, pour la première fois, nous avons parlé le même langage. Hachette, Paris, 1979.





 


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