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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Évaluation de la réponse au traitement au cours de l'hépatite chronique C
Vincent LEROY (1) (2), Marie-Noëlle HILLERET (1)

(1)Département d'Hépato-Gastroentérologie, Centre Hospitalo-Universitaire ;
(2)Unité INSERM U548, CEA, 38043 Grenoble Cedex 9

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 23-31
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

Le traitement de l'hépatite chronique virale C a pour principal objectif l'éradication du virus. L'amélioration ou la disparition des lésions histologiques du foie, la diminution ou l'annulation du risque de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire et l'amélioration de la survie constituent des objectifs secondaires dont les résultats sont plus difficiles à évaluer en raison de l'évolution très lente de la maladie. Plusieurs grands essais randomisés ont récemment démontré l'efficacité de l'interféron alpha standard ou pégylé, en monothérapie ou en association avec la ribavirine [1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [10] [11] [12] [13] [14] [15] [16] [17]. Les critères de jugement étaient identiques dans ces études, essentiellement virologiques (non-détection de l'ARN du VHC par PCR à la fin et 6 mois après la fin du traitement), biochimiques (normalisation de l'activité sérique de l'ALAT à la fin et 6 mois après la fin du traitement) et histologiques (amélioration histologique 6 mois après la fin du traitement). Les critères virologiques et biochimiques, repris par la conférence de consensus internationale de 1999 [18], ont ainsi permis de définir l'absence de réponse, la rechute après la fin du traitement et la réponse prolongée. Les buts de cette mise au point étaient, à partir d'une analyse critique de la littérature, de préciser la signification, en particulier, à long terme, de ces critères de jugement et de chercher à identifier de nouveaux critères d'évaluation de la réponse au traitement.


Critères virologiques


Les critères de jugement virologiques sont devenus essentiels depuis l'avènement des techniques de biologie moléculaire qui permettent la détection qualitative et maintenant quantitative de l'ARN viral. L'interprétation de ces techniques dépend toutefois de la sensibilité des méthodes utilisées qui s'est considérablement améliorée au cours de ces dernières années. Dans tous les grands essais randomisés récents, la sensibilité des tests de détection était excellente, de l'ordre de 100 copies/ml (50 UI HCV/ml). D'après les recommandations de la conférence de consensus internationale de 1999 [18], l'évaluation de la réponse virologique doit comporter une recherche de l'ARN du VHC par PCR qualitative à la fin et 6 mois après la fin du traitement, permettant de définir les réponses virologiques de fin de traitement et prolongées. Les malades non répondeurs peuvent en fait être identifiés plus précocement, après 3 mois lors de l'administration d'interféron seul, et après 6 mois (s'il est prévu un traitement d'un an) lors de l'administration d'interféron et de ribavirine. L'échappement est une forme particulière de non-réponse qui correspond à la réapparition de l'ARN viral à la fin du traitement alors qu'il était préalablement non détectable [19]. La rechute virologique correspond à la réapparition de l'ARN viral 6 mois après la fin du traitement alors qu'il était non détectable à la fin du traitement.


Réponse virologique prolongée


La non-détection de l'ARN du VHC dans le sérum par PCR qualitative 6 mois après la fin du traitement était le critère de jugement principal de tous les grands essais randomisés ayant démontré l'efficacité de l'association interféron alpha et ribavirine et plus récemment de l'interféron pégylé seul ou associé à la ribavirine [1] [2] [3] [4] [5], [13] [14] [15] [16] [17]. La signification virologique à long terme de cette réponse a surtout été évaluée chez les malades traités par interféron alpha en monothérapie, pour lesquels le recul est le plus important. Craxi et al. [20] ont ainsi analysé les résultats de 14 études prospectives regroupant 453 malades ayant une réponse biochimique prolongée. Parmi ceux ayant un ARN du VHC non détectable 6 mois après la fin du traitement, le pourcentage de rechutes biochimiques tardives était de 8,7 % (IC 95 % : 5,4-11,7 %) après un suivi compris entre 18 et 93 mois. Marcellin et al. [21] ont suivi prospectivement 79 malades répondeurs virologiques prolongés pendant 4 ± 2 ans. L'ARN du VHC restait non détectable dans le sérum pendant la période de suivi chez 76 malades (96 %). L'ARN viral était également recherché dans le foie par PCR chez 27 malades et était non détectable dans 100 % des cas. Dans une étude récente, l'ARN viral restait non détectable chez 24/26 malades (92 %) après un suivi plus prolongé de 5,4 ± 1,6 ans [22]. Dans une autre étude, 5/5 malades maintenaient une réponse virologique après un suivi très prolongé de 10 à 11 ans [23].
Des résultats comparables, mais avec un recul moindre, ont été rapportés lorsque la réponse virologique prolongée était obtenue après un traitement par interféron et ribavirine [24]. Dans deux études, respectivement 9/10 et 11/12 malades répondeurs virologiques prolongés ont maintenu cette réponse après un suivi de 24 mois [25], [26]. Dans une étude française ayant suivi 45 malades ayant eu une réponse prolongée pendant en moyenne 22,4 mois, la recherche de l'ARN du VHC restait négative dans le sérum chez 44 malades (98 %) et était négative dans le foie chez 10/10 malades testés [27]. L'étude de suivi la plus importante n'est pour l'instant publiée que sous forme de résumé [28]. Trois cent vingt-deux malades ayant eu une réponse virologique prolongée à la bithérapie et 73 répondeurs à l'interféron seul issus de trois grands essais randomisés [1] [2] [3] ont été inclus dans une étude de suivi à long terme. L'analyse intermédiaire avec un recul actuel de 4 ans a montré que l'ARN du VHC était à nouveau détectable dans le sérum chez 7 malades (2 %) traités par bithérapie et 3 malades (4 %) traités par interféron seul. Ces rechutes tardives ont été observées uniquement pendant les deux premières années de suivi. Deux malades ayant une rechute tardive avaient un ARN du VHC détectable par PCR dans le foie 6 mois après la fin du traitement.
L'ensemble de ces résultats suggère que la réponse virologique prolongée témoigne d'une éradication virale dans plus de 95 % des cas, quel que soit le schéma thérapeutique utilisé. Les rechutes virologiques tardives sont rares et habituellement observées au cours des deux années suivant la fin du traitement. L'utilisation de techniques de biologie moléculaire plus sensibles pourraient, à terme, encore améliorer la valeur prédictive pour la réponse virologique prolongée [29], [30].


Réponse virologique à la fin du traitement


La non-détection dans le sérum de l'ARN du VHC à la fin du traitement était un critère de jugement secondaire dans tous les essais randomisés récemment publiés. Sa valeur prédictive positive pour la réponse virologique prolongée est faible et dépend principalement du schéma thérapeutique utilisé. Dans les 6 plus grands essais randomisés publiés [2], [3], [13] [14] [15] [16], le pourcentage de malades répondeurs virologiques à la fin du traitement pour lesquels une réponse prolongée était observée variait entre 20 % après un traitement de 6 mois par interféron standard [2] et 83 % lors de l'association interféron pégylé et ribavirine administrée pendant 12 mois [16]. Ces résultats confirment que l'évaluation de la réponse virologique à la fin du traitement est insuffisante pour identifier les malades répondeurs virologiques prolongés. L'utilisation de techniques de détection de l'ARN viral plus sensibles pourrait à terme permettre d'augmenter la valeur prédictive positive pour la réponse virologique à la fin du traitement [29], [31]. La recherche de l'ARN viral dans d'autres compartiments tels que le foie ou les cellules mononucléées a un intérêt scientifique, mais sa mise oeuvre pose le problème du recueil des échantillons biologiques et de la standardisation des techniques de détection [32] [33] [34] [35]. Il n'existe actuellement aucun test validé permettant d'affirmer l'éradication virale au cours du traitement et pouvant donc guider la durée de celui-ci.
Le terme de rechuteur s'applique à des malades chez lesquels l'ARN viral n'est pas détecté par les techniques actuelles à la fin du traitement, mais qui pourraient être considérés comme non-répondeurs si l'on disposait de méthodes de détection de l'ARN viral plus sensibles. Le terme de rechute reste toutefois utile dans la prise en charge thérapeutique des malades. Il a ainsi été montré que le profil de réponse à l'interféron en monothérapie était le principal facteur prédictif de réponse à l'association interféron et ribavirine [36]. Le pourcentage de réponse virologique prolongée était de 41 % chez les malades rechuteurs à l'interféron retraités par bithérapie dans l'étude de Davis et al. [1] et de 13 % chez les malades non répondeurs dans une méta-analyse récente [37]. L'impact du profil de réponse à la bithérapie sur l'efficacité d'un nouveau traitement antiviral (interféron pégylé plus ribavirine, plus amantadine, par exemple) n'a pas été évalué. La prise en compte de ce profil semble toutefois nécessaire pour définir des groupes homogènes de malades lors des essais thérapeutiques ultérieurs.


Détermination précoce de la virémie


L'identification précoce des malades non répondeurs virologiques est un objectif important permettant soit de proposer d'interrompre le traitement et d'épargner au malade ses effets indésirables, soit de changer rapidement de schéma thérapeutique. Au cours d'un traitement par interféron en monothérapie, il a été montré que la persistance de l'ARN viral dans le sérum après 12, voire 4 semaines, permettait pratiquement d'exclure la possibilité d'une réponse virologique prolongée [38]. La conférence de consensus internationale de 1999 a ainsi préconisé l'interruption du traitement après 3 mois en l'absence de réponse virologique [18]. Les résultats sont sensiblement différents au cours d'un traitement par l'association interféron et ribavirine. Poynard et al. [39] ont analysé de façon groupée les résultats des deux grands essais de la bithérapie [2], [3] ayant inclus au total 1 744 malades. Parmi les malades ayant un ARN viral encore détectable à 12 semaines, une réponse virologique prolongée était observée dans 4 % des cas si la durée du traitement était de 24 semaines et dans 10 % des cas si celle-ci était de 48 semaines. Inversement, une réponse virologique prolongée était observée chez respectivement 62 et 75 % des malades ayant un ARN non détectable à 12 semaines. La persistance de l'ARN du VHC à 3 mois diminue donc la probabilité d'une réponse virologique prolongée, mais ne permet pas de l'exclure, contrairement à la non-réponse à 6 mois. Les recommandations actuelles consistent donc à effectuer une première recherche de l'ARN du VHC après 24 semaines et, en cas de détection, de proposer l'interruption du traitement s'il était prévu pour 48 semaines [18]. Des résultats similaires ont été rapportés chez les malades traités par l'interféron pégylé et ribavirine où l'absence de réponse virologique à 6 mois était associée dans 99,9 % des cas à une absence de réponse virologique prolongée [16].
La détermination quantitative de la virémie pourrait également aider à identifier précocement les malades non répondeurs au traitement. Zeuzem et al. [40] ont montré chez 70 malades traités par interféron seul qu'une diminution de la charge virale inférieure à 3 Log copies/ml après 4 semaines était constamment associée à une absence de réponse virologique prolongée. Dans une étude canadienne, une diminution inférieure à 1 Log copies/ml à 2 semaines était également associée à la non-réponse [41]. La virémie a également été quantifiée à 12 semaines (Cobas Amplicor HCV 2,0, Roche) dans les deux essais randomisés ayant évalué l'efficacité de l'interféron pegylé alpha 2a en monothérapie [13], [14]. Parmi les 129 malades ayant une réponse virologique prolongée à l'interféron pegylé, 112 (86,8 %) avaient un ARN du VHC non détectable à 12 semaines et quasiment tous (98,4 %) avaient une diminution de la virémie de plus 2 Log copies/ml. Ces résultats suggèrent que l'identification à 12 semaines des malades non répondeurs virologiques à l'interféron pégylé est possible en utilisant une PCR quantitative. L'intérêt de la quantification précoce de l'ARN du VHC au cours du traitement par interféron standard et ribavirine a également été évalué. Poynard et al. [39] ont analysé les résultats de la PCR quantitative (Superquant, NGI) effectuée à 4, 12 et 24 semaines chez les 1 010 malades traités par bithérapie issus des deux grands essais randomisés précités [2], [3]. Une virémie supérieure à 400 000 copies/ml à 4 semaines excluait la possibilité d'une réponse virologique prolongée lorsque le traitement était de 24 semaines. Pour un traitement de 48 semaines, la valeur prédictive négative était avec le même seuil de 96,7 % à 4 semaines et de 100 % à 12 semaines. La prise en compte de la variation par rapport à la virémie initiale n'apportait pas d'information supplémentaire. Certaines études ont suggéré qu'il était possible de caractériser des profils de réponse très tôt après le début du traitement [42] [43] [44]. Très récemment, il a été montré dans une série de 29 malades traités par interféron journalier et ribavirine qu'une diminution de la charge virale de moins de 70 % 24 h après une première injection d'interféron de 5 MUI permettait d'identifier 100 % des malades non répondeurs à la fin du traitement [45]. Des résultats similaires ont été rapportés au cours d'un traitement par interféron bêta [46].
La performance de la virémie quantitative mesurée à 12 semaines a également été évaluée prospectivement au cours du traitement par interféron pégylé associé à la ribavirine. Parmi 1 121 malades, dont 453 étaient inclus dans ce bras de traitement, une réponse virologique prolongée était observée dans seulement 3 % des cas lorsque la diminution de la charge virale à 12 semaines était inférieure à 2 Log copies/ml [17]. Ces résultats ont également été analysés en fonction du génotype viral [47]. Une diminution de la virémie de moins de 2 Log copies/ml à 12 semaines avait une valeur prédictive négative pour la réponse virologique prolongée de 98 % pour les génotypes 1 et de 75 % pour les génotypes 2 et 3. Cette non-réponse précoce ainsi définie concernait 19 % des malades infectés par un génotype 1 et 3 % des malades infectés par les génotypes 2 ou 3.
L'ensemble de ces résultats suggère que la virémie quantitative, dont la détermination est actuellement facilitée par la standardisation des tests [48] [49] [50] [51], permet d'identifier plus précocement les malades qui n'auront pas de réponse virologique prolongée, en vue d'interrompre ou de modifier le schéma thérapeutique. Le seuil de 400 000 copies/ml (NGI) qui correspond à 5,3 Log UI HCV/ml [48] à 4 ou 12 semaines pour la bithérapie standard, et la variation d'au moins 2 Log copies/ml (Cobas Roche) à 12 semaines pour l'interféron pégylé seul ou en association avec la ribavirine sont actuellement les mieux évalués.


Réponse virologique partielle


Une diminution significative de la virémie peut être observée chez les malades non répondeurs virologiques à la fin du traitement [42], [52] [53] [55]. Elle pourrait témoigner d'une efficacité partielle du traitement antiviral et être utile pour le choix d'un nouveau schéma thérapeutique. Castro et al. [56] ont ainsi montré qu'une diminution de la charge virale supérieure à 1,2 Log copies/ml après 8 semaines d'interféron alpha en monothérapie était le principal facteur prédictif de réponse virologique prolongée après adjonction de la ribavirine. La diminution de la virémie sous traitement pourrait également aider à constituer des groupes homogènes de malades en vue d'évaluations ultérieures. La signification clinique de la réponse virologique partielle reste toutefois très incertaine. Shiffman et al. [53] avaient suggéré une association entre la diminution (sans négativation) de la virémie et l'observation d'une amélioration histologique chez des malades traités par l'interféron. Ces résultats n'ont pas été clairement retrouvés par les mêmes auteurs dans une deuxième étude [52]. Dans un travail récent, nous n'avons trouvé aucune corrélation entre la diminution de la charge virale, l'évolution de certains marqueurs biochimiques comme le PIIINP ou l'acide hyaluronique et la survenue d'une amélioration histologique [54]. La réponse virologique partielle pourrait également être associée à une diminution de l'activité des aminotransférases [57].


Critères biochimiques


La réponse biochimique qui était, avant l'ère de la biologie moléculaire, le critère de jugement principal de l'efficacité du traitement est définie par la normalisation de l'activité sérique de l'ALAT à la fin et 6 mois après la fin du traitement. Certains auteurs ont défini un critère de jugement composite combinant la réponse biochimique et la réponse virologique [13] [14] [15]. La signification de la réponse biochimique et son intérêt par rapport à la réponse virologique sont discutés dans ce chapitre.


Réponse biochimique prolongée


Une excellente corrélation a été observée dans les grands essais randomisés entre la réponse virologique et la réponse biochimique 6 mois après la fin du traitement. Entre 92 et 98 % des malades répondeurs virologiques prolongés ont ainsi une activité sérique de l'ALAT normale, quel que soit le type de traitement [2], [3], [13] [14] [15] [16]. La persistance d'une activité sérique de l'ALAT élevée 6 mois après la fin du traitement chez les répondeurs virologiques prolongés n'a pas été associée à une rechute virologique tardive dans les études de suivi à long terme [21], [27], [28]. Les discordances parfois observées sont ainsi probablement liées à une cause sous-jacente d'augmentation de l'activité des aminotransférases telle qu'une stéatose. Elles posent également le problème difficile de la définition des seuils de normalité des transaminases [58].
Inversement, une réponse biochimique prolongée peut être observée chez un faible nombre de malades n'ayant pas de réponse virologique 6 mois après la fin du traitement. Ce profil de réponse concernait 5 à 8 % des malades traités par interféron seul ou en association avec la ribavirine, et 3 % des malades traités par interféron pégylé et ribavirine [2], [3], [13] [14] [15] [16]. L'évolution à long terme de ces malades a essentiellement été étudiée après traitement par interféron seul. Dans deux études japonaises, une rechute biochimique tardive était observée chez 41 % et 38 % des malades après un suivi respectif de 3 et 8 ans [59], [60]. Une amélioration histologique concernant à la fois l'activité et la fibrose, ainsi qu'une diminution de l'incidence du carcinome hépatocellulaire étaient également observées. Ces résultats suggèrent que l'évolution de la maladie pourrait être favorablement modifiée chez un petit nombre de malades n'ayant pas de réponse virologique prolongée.


Réponse biochimique à la fin du traitement


Les discordances entre la réponse biochimique et la réponse virologique sont plus importantes à la fin du traitement qu'à la fin du suivi, quel que soit le schéma thérapeutique. Pour les malades traités par interféron seul ou en association avec la ribavirine, le pourcentage de réponse biochimique est généralement supérieur au pourcentage de réponse virologique. Dans l'étude de Poynard et al. [3], la réponse biochimique était ainsi supérieure de 19 % pour les malades traités par interféron et ribavirine pendant 48 semaines, de 14 % pour ceux traités par interféron et ribavirine pendant 24 semaines et de 11 % pour ceux traités par interféron seul. Les chiffres étaient respectivement de 15 %, 5 % et 25 % dans l'étude de McHutchison et al. [2]. Une réponse biochimique sans réponse virologique à la fin du traitement était obtenue chez globalement 30 % des malades. Inversement, seuls 3 % des malades non répondeurs biochimiques issus de ces deux études avaient une réponse virologique. Il a d'ailleurs été suggéré que l'absence de normalisation de l'activité de l'ALAT à 3 mois permettait d'identifier avec une valeur prédictive de 97 % (contre 99 % pour la persistance de l'ARN du VHC) les malades non répondeurs virologiques prolongés [61]. Ces résultats suggèrent que la normalisation de l'activité des aminotransférases en l'absence de réponse virologique est un objectif secondaire du traitement dont les liens avec l'amélioration histologique sont discutés plus bas.
Des résultats différents ont été rapportés au cours du traitement par interféron pégylé. Dans deux essais randomisés [13], [14] ayant testé son efficacité en monothérapie, le pourcentage de réponse biochimique à la fin du traitement était inférieur de 6 à 15 % au pourcentage de réponse virologique, alors qu'il était comme attendu supérieur de 7 à 11 % dans les bras interféron standard. Ce résultat n'était pas précisé dans l'étude de Lindsay et al. [15]. Entre 25 et 38 % des malades répondeurs virologiques issus de ces trois études avaient une activité sérique de l'ALAT élevée à la fin du traitement. Cette discordance n'était pas péjorative à long terme. Elle était même prédictive d'une réponse virologique prolongée dans l'étude de Zeuzem et al. [14], suggérant qu'elle pourrait témoigner d'une stimulation du système immunitaire. Parmi les malades non répondeurs virologiques, une réponse biochimique était observée dans 17 % des cas dans les bras interféron pégylé et dans 20 % des cas dans les bras interféron standard. Dans l'étude de Manns et al. [16], en fin de traitement, le pourcentage de réponse biochimique était supérieur de 15 % à celui de la réponse virologique dans le bras bithérapie standard, alors que les pourcentages de réponses virologiques et biochimiques étaient similaires chez les malades traités par interféron pégylé et ribavirine. Le pourcentage de malades répondeurs virologiques sans réponse biochimique à la fin du traitement n'était pas indiqué.


Réponse biochimique partielle


Une diminution de l'activité sérique de l'ALAT en l'absence de normalisation a été observée au cours du traitement par interféron ou interféron et ribavirine [6], [7], [52]. Sa signification n'est pas complètement élucidée, mais elle pourrait témoigner d'une diminution des lésions histologiques nécrotico-inflammatoires [7], [52]. Plusieurs définitions de la réponse biochimique partielle ont été proposées, telles qu'une diminution de l'activité de l'ALAT en dessous de 1,5 fois la limite supérieure de la normale ou de 50 % par rapport aux valeurs pré-thérapeutiques. Ces réponses biochimique partielles pourraient être associées à une moindre progression des lésions histologiques du foie, qu'elles soient associées à la persistance du virus ou à son éradication. Dans l'étude de Zeuzem et al. [14], parmi les malades répondeurs virologiques à la fin du traitement, mais non répondeurs biochimiques, 92 % avaient une activité sérique de l'ALAT inférieure aux valeurs pré-thérapeutiques et également inférieure à 2 fois la normale. Une amélioration histologique était observée chez la plupart de ces malades.


Critères histologiques


L'amélioration des lésions histologiques du foie est l'un des objectifs du traitement de l'hépatite chronique C et correspond dans la plupart des essais randomisés à un critère de jugement secondaire. Son évaluation se heurte toutefois à de nombreuses difficultés telles que la diversité des scores histologiques utilisés, la reproductibilité de ces scores, la définition de l'amélioration qui peut concerner à la fois les lésions nécrotico-inflammatoires et la fibrose, la possibilité d'un biais d'échantillonage et le faible taux d'acceptation de la biopsie hépatique de contrôle [62] [63] [64] [65] [66]. D'après les recommandations actuelles, la biopsie hépatique n'est, dans la pratique, pas nécessaire pour évaluer la réponse au traitement [18]. La connaissance de l'évolution des lésions histologiques du foie est pourtant importante pour estimer chez un malade son risque d'évolution vers la cirrhose. La place de la biopsie hépatique post-thérapeutique sera ici discutée en fonction des profils de réponse virologique.


Réponse virologique prolongée


La réponse histologique a été évaluée dans la plupart des grands essais randomisés en comparant les scores histologiques obtenus à partir de la biopsie hépatique pré-thérapeutique à ceux obtenus 6 mois après la fin du traitement [1] [2] [3], [13] [14] [15] [16]. La réponse histologique était habituellement définie par une diminution d'au moins 2 points du score HAI (histological activity index). Une amélioration de l'activité histologique, c'est-à-dire des lésions nécrotico-inflammatoires, était observée chez 76 à 100 % des malades répondeurs virologiques prolongés, quel que soit le type de traitement. La diminution du score d'activité était en moyenne comprise entre 3,8 et 5,6. Chez les malades atteints de cirrhose ou d'une fibrose extensive, une amélioration similaire de l'activité était observée [13]. Dans un travail récent, Poynard et al. [67] ont analysé les données histologiques de 3 010 malades naïfs inclus dans 4 grands essais thérapeutiques [2], [3], [15], [16]. L'amélioration globale des lésions nécrotico-inflammatoires variait entre 39 % et 73 % en fonction du traitement (interféron standard ou pégylé, en monothérapie ou en bithérapie). La réponse virologique prolongée était le principal facteur prédictif de la réponse histologique. L'évolution de la fibrose a été étudiée parallèlement. Une diminution d'au moins un point du score de fibrose n'était observée que chez 11 à 31 % des malades répondeurs virologiques dans les essais pré-cités. Il n'existait pas, pour l'ensemble des malades répondeurs, de diminution significative du score de fibrose. De manière surprenante, chez 153 malades atteints de cirrhose, une régression au moins partielle de la fibrose a été constatée dans 49 % de cas 6 mois après la fin du traitement.
Plusieurs études ont analysé l'évolution des lésions histologiques à long terme chez les malades répondeurs virologiques prolongés à l'interféron alpha seul ou en association [21], [23], [25], [26], [68]. Leurs résultats sont concordants au moins pour l'activité et montrent une quasi-disparition des lésions nécrotico-inflammatoires 1 à 11 ans après la fin du traitement, l'inflammation portale étant l'anomalie histologique s'améliorant le plus tardivement. L'évolution à long terme de la fibrose est plus controversée. Aucune amélioration de la fibrose n'était observée dans plusieurs études, en particulier lorsque la biopsie hépatique était réalisée dans les 2 ans suivant la fin du traitement [21], [69]. Dans une étude récente ayant inclus 16 malades, le score de fibrose de la biopsie hépatique effectuée 6 à 12 mois après la fin du traitement était inchangé, mais diminuait lorsque la biopsie était répétée 2 à 3 ans plus tard [68]. Dans l'étude de Reichard et al. [22], une diminution de la fibrose était observée en moyenne 5 ans après la fin du traitement chez 19/23 malades (83 %). Dans une étude de suivi très prolongé, la fibrose hépatique disparaissait totalement chez 5/5 malades non cirrhotiques après un suivi moyen de 10 ans [23]. La plus grande étude publiée a inclus 183 malades répondeurs virologiques prolongés à l'interféron, avec une médiane de suivi de 3,7 ans [70]. Une amélioration de la fibrose était observée chez 59 % des malades, en particulier chez ceux ayant les scores de fibrose initiaux les plus élevés (76 % des malades F3 et 46 % des malades F4 selon METAVIR). L'amélioration de la fibrose était dans cette étude plus prononcée lorsque la biopsie était réalisée au moins 3 ans après la fin du traitement.
L'évolution histologique à long terme a été moins étudiée après un traitement par interféron alpha et ribavirine, mais les résultats montrent, de manière similaire, une amélioration significative des lésions histologiques d'activité et une amélioration plus faible ou absente de la fibrose, 1 à 2 ans après la fin du traitement [26], [27]. L'ensemble de ces résultats montre que la réponse virologique prolongée est associée à une amélioration franche et rapide des lésions d'activité et à une diminution beaucoup plus lente et inconstante de la fibrose.


Absence de répondeur virologique


Il a été suggéré que l'interféron alpha seul ou en association avec la ribavirine pouvait ralentir la progression de la fibrose hépatique malgré l'absence de réponse virologique [70] [71] [72]. Ces résultats fondés sur le calcul de la progression annuelle de fibrose [73] ont été obtenus sur de grandes séries de malades. Chez un malade donné, l'évaluation de l'effet antifibrosant du traitement est difficile à court terme en raison de l'évolution lente de la fibrose [73], [74]. Dans un essai randomisé, Shiffman et al. [52] ont évalué l'efficacité d'un traitement de 30 mois par interféron alpha chez des malades non répondeurs virologiques à 6 mois. Le score de fibrose restait stable sur la biopsie effectuée après 12 mois de traitement, mais diminuait significativement sur celle effectuée à la fin des 30 mois. Cette étude indique que lorsque l'objectif est de ralentir la progression de la fibrose, l'évaluation histologique de la fibrose ne peut se faire qu'après au moins 2 ans de traitement. Certains critères indirects pourraient permettre d'identifier plus précocement les malades ayant le plus de bénéfice sur la fibrose. La diminution précoce des lésions d'activité histologique pourrait ainsi être prédictive d'une diminution tardive de la fibrose [52]. Nous avions rapporté dans une méta-analyse que l'amélioration histologique chez des malades traités par l'interféron était plus importante lorsque la biopsie était effectuée à la fin du traitement que lorsqu'elle était effectuée 6 à 12 mois après la fin du traitement, suggérant un effet transitoire chez les malades rechuteurs et éventuellement non répondeurs virologiques [75]. L'activité histologique étant probablement un des principaux facteurs influençant la progression de la fibrose [76], il est probable que sa diminution s'accompagne d'un ralentissement de la fibrogenèse. La normalisation durable de l'activité sérique de l'ALAT a également été associée à une amélioration histologique et en particulier de la fibrose à long terme [60].
Les effets antifibrosants de l'interféron alpha pourraient également être directs et ne pas passer exclusivement par une diminution de l'activité. Une diminution de la progression de la fibrose a ainsi été rapportée en l'absence de diminution de l'activité des aminotransférases [77]. Certains auteurs ont proposé d'utiliser des marqueurs biochimiques tels que l'acide hyaluronique ou le PIIINP qui sont impliqués dans les mécanismes de fibrogenèse [54], [78] [79] [80]. La performance de ces marqueurs pour caractériser une diminution minime de la fibrogenèse n'est toutefois pas validée. L'utilisation d'autres marqueurs, tels que certaines métalloprotéinases (MMP-1, MMP-2, MMP-9) et leurs inhibiteurs TIMP-1 et TIMP-2 [81] [82] [83] [84] ou encore le fibrotest [85], pourrait également à terme permettre d'évaluer de manière non invasive l'évolution de la fibrose hépatique. Ces marqueurs en sont toutefois au stade de l'évaluation clinique et leur utilisation ne peut être proposée en routine. Il n'existe donc pas à l'heure actuelle de tests biologiques permettant d'identifier formellement les malades ayant sous traitement une réduction de la fibrose.


Incidence du carcinome hépatocellulaire


Plusieurs études, le plus souvent d'origine asiatique, ainsi que deux méta-analyses récentes ont montré que le traitement par interféron alpha de l'hépatite chronique C diminuait l'incidence du carcinome hépatocellulaire [59], [86], [87] [88] [89] [90] [91] [92] [93] [94]. Dans ces études, la diminution du risque était essentiellement observée chez les malades répondeurs virologiques prolongés. Une amélioration de la survie a également été rapportée dans cette situation [59], [90]. À l'échelon individuel, plusieurs cas de carcinome hépatocellulaire ont toutefois été décrits après éradication virale, même en l'absence de cirrhose [95] [96] [97] [98]. Certains de ces cas sont survenus très à distance de l'éradication virale, suggérant qu'un suivi prolongé est nécessaire. Le risque résiduel de carcinome hépatocellulaire après régression de cirrhose n'est en particulier pas connu. Un bénéfice en termes de réduction du risque carcinogène a également été montré chez les malades ayant une normalisation durable de l'activité des aminotransférases sans réponse virologique [60], [90]. Dans une étude rétrospective japonaise ayant porté sur 2 800 malades, le risque relatif de carcinome hépatocellulaire était de 0,20 chez les répondeurs biochimiques et/ou virologiques prolongés et de 0,36 chez les malades non répondeurs virologiques, mais ayant durablement une activité de l'ALAT inférieure à 2 fois la normale [91]. Ce dernier point pourrait justifier de prendre en compte la réponse biochimique partielle évoquée plus haut. Il n'existe aucun test permettant de prouver à l'échelon individuel une diminution à long terme du risque carcinogène.


Conclusion


L'obtention d'une réponse virologique prolongée est l'objectif principal du traitement de l'hépatite chronique C. Elle correspond chez la plupart des malades à une éradication virale et est associée à une disparition totale de l'activité histologique et éventuellement de la fibrose, ainsi qu'à une réduction du risque de carcinome hépatocellulaire et probablement une amélioration de la survie. Chez les malades non répondeurs virologiques, la normalisation, voire la diminution de l'activité des aminotransférases sont des objectifs secondaires, probablement associés à une diminution de la progression de la fibrose et du risque de carcinogenèse.

 


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