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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Traitement des malades ayant une infection chronique par le virus de l'hépatite C et des " transaminases normales "
Lawrence SERFATY (1)

(1)Service d'Hépato-gastroentérologie, Hôpital Saint-Antoine, Paris

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 202-205
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

Les malades ayant une hépatite chronique C avec une activité des aminotransférases normale de façon répétée représentent au moins 25 % des porteurs chroniques du virus de l'hépatite C (VHC) [1]. La campagne nationale de dépistage de l'hépatite C, en permettant d'identifier un nombre croissant de porteurs asymptomatiques du VHC, devrait probablement augmenter la proportion de ces malades en consultation. Bien qu'à l'heure actuelle, l'évolution à long terme de cette forme d'hépatite chronique C ne soit toujours pas clairement définie [2], les malades n'en constituent pas moins un réservoir de virus et contribuent à la dissémination de l'infection. Cela plaide en faveur du traitement de ces malades.
Lors de la conférence de consensus internationale en 1999 [1], les recommandations du jury étaient de ne pas traiter les malades ayant une activité des aminotransférases normale de façon répétée. Les raisons étaient la faible sévérité des lésions hépatiques, le caractère peu ou pas évolutif de la maladie, l'absence habituelle de symptômes et l'incertitude sur la réponse au traitement chez ces malades. Ces conclusions reposaient sur des études ayant des effectifs relativement faibles et utilisant l'interféron standard en monothérapie. Qu'en est-il à l'ère de la bithérapie et de l'interféron pégylé dont l'efficacité supérieure à l'interféron standard en monothérapie a été démontrée dans de larges essais chez les malades ayant une activité des aminotransférases élevée ?
À ce jour, le traitement des malades avec une activité des aminotransférases normale n'a fait l'objet que de dix études publiées sous forme d'article [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [10] [11] [12] tableau I. Il faut noter que les populations de ces études sont hétérogènes avec, dans certaines études, des malades ayant une activité des aminotransférases " presque normale ". L'étude de Van Thiel et al. [13] n'a pas été prise en compte dans l'analyse, car seule la réponse en fin de traitement est indiquée et certains malades inclus avaient une cirrhose. Six de ces études avaient déjà été publiées lors de la conférence de consensus internationale de 1999 [3] [4] [5] [6] [7] [8] ; quatre ont été publiées par la suite [9] [10] [11] [12]. Globalement, ces études portent sur de faibles effectifs de malades, toujours inférieurs à 100, voire inférieurs à 40 si l'on exclut l'étude de Ohmiya et al. [10]. Cinq études ont un groupe contrôle, mais il ne s'agit pas à proprement parler d'essais randomisés.


Caractéristiques des malades traités

Dans 4 études, des malades ayant une activité des aminotransférases entre 1 fois et 1,5 fois la normale ont été inclus (tableau I). De façon attendue, la majorité des malades sont de sexe féminin [14]. Comme chez les malades ayant une activité des aminotransférases élevée, la majorité des malades est infectée par le génotype 1 et la charge virale avant traitement est en moyenne modérément élevée. En revanche, l'atteinte hépatique est moins sévère, aucun malade n'ayant de fibrose extensive, voire de cirrhose (hépatite " minime à moyenne ").
Schémas thérapeutiques
Globalement, les schémas thérapeutiques utilisés dans les différentes études sont plutôt anciens tableau I. L'interféron (IFN) a a été utilisé en monothérapie à la posologie de 3 MU _ 3/semaine pendant 6 mois ou 12 mois dans 4 et 2 études respectivement. Dans 3 études japonaises [6], [9], [10], la posologie d'IFN était plus élevée, 6 à 10 MU _ 3/semaine, précédée dans tous les cas d'un traitement d'induction (1 injection par jour) de 15 jours à 1 mois. Dans l'une de ces études, l'IFN utilisé était de l'IFN lymphoblastoïde [10]. Enfin, une seule étude a évalué l'association IFN + ribavirine pendant une durée de 12 mois avec une phase d'induction d'IFN durant le premier mois de traitement [12]. À notre connaissance, l'IFN pégylé n'a fait l'objet d'aucune étude publiée à ce jour chez les malades ayant une activité des aminotransférases normale.

Résultats

Réponse virologique

La réponse au traitement a été définie par la négativation de l'ARN du VHC détecté par PCR, 6 mois après l'arrêt du traitement. Alors que les caractéristiques des malades, en particulier virologiques, sont très voisines d'une étude à l'autre, les taux de réponse au traitement sont très différents, variant de 0 à 47 % tableau I. Cela s'explique très vraisemblablement par les différents schémas thérapeutiques utilisés et les faibles effectifs. En effet, les taux de réponse les plus bas sont observés avec l'IFN utilisé à la dose de 3 MU _ 3/semaine pendant 6 mois (0-8 %). Dans 2 études [5], [11] dans lesquelles la durée du traitement était de 12 mois, le taux atteint 20 %. Dans les 3 études japonaises [6], [9], [10], un traitement d'induction associé à une posologie d'IFN plus élevée a permis d'obtenir 30 % de réponse prolongée.
Enfin, dans la seule étude publiée à ce jour [12] avec l'association IFN + ribavirine pendant 12 mois, le taux de réponse prolongée était de 47 %. Ce pourcentage relativement élevé de répondeurs dans cette étude, alors que la majorité des malades était infectés par le génotype 1, pourrait s'expliquer par la dose d'induction d'IFN durant le premier mois de traitement.
Bien que des études contrôlées soient nécessaires, ces résultats suggèrent que les taux de réponse observés chez les malades avec une activité des aminotransférases normale ne sont pas différents de ceux observés chez les malades avec une activité des aminotransférases élevée [15], [16]. Il semble donc que le traitement soit efficace en termes d'éradication virale chez les malades avec une activité des aminotransférases normale, une clairance spontanée du VHC n'ayant jamais été observée durant le suivi des groupes contrôles dans les différentes études publiées. Cependant, on ne dispose pas d'étude avec un suivi prolongé des répondeurs au-delà de 6 mois.
Comme chez les malades ayant une activité des aminotransférases élevée [15], [16], les facteurs prédictifs de réponse au traitement sont essentiellement virologiques, à savoir une infection par les génotypes 2 ou 3 et une charge virale faible. En effet, si l'on considère l'ensemble des études publiées dans lesquelles le génotypage a été réalisé, sur un total de 135 malades traités, les pourcentages de réponse prolongée étaient 40 % et 16 % respectivement chez les malades infectés par les génotypes 2 ou 3 et ceux infectés par le génotype [3] [4] [5] [6] [7], [10] [11] [12]. Ces résultats ne semblent pas différents de ceux observés chez les malades atteints d'hépatite chronique C ayant une activité des aminotransférases élevée. La charge virale était prédictive de la réponse prolongée dans 2 études [9], [10].


Réponse biochimique

Bien que les résultats soient contradictoires, une élévation de l'activité des aminotransférases, transitoire ou prolongée, semble plus fréquente chez les malades traités par rapport aux groupes contrôles. Cela pose le problème, chez les malades non répondeurs virologiques, d'une éventuelle aggravation de la maladie chez des malades n'ayant qu'une hépatite minime non évolutive avant traitement. Il a été suggéré que l'IFN, via ses effets immunomodulateurs, pourrait augmenter la réponse immunitaire vis-à-vis des hépatocytes infectés et ainsi augmenter l'activité des aminotransférases chez les malades non répondeurs [17]. Il faut noter que Lee et al. [12] n'ont observé aucune élévation de l'activité des aminotransférases durant le suivi de leurs malades traités par bithérapie, répondeurs ou non répondeurs. L'effet immunomodulateur de la ribavirine pourrait expliquer en partie ces résultats.

Réponse histologique

La réponse histologique au traitement n'a été évaluée que dans deux études [3], [11].
Chez les répondeurs virologiques
On ne dispose pas de données précises sur la réponse histologique en fonction de la réponse virologique. Il faut aussi considérer que les malades atteints d'hépatite chronique C ayant une activité des aminotransférases normale ont, avant traitement, des lésions généralement minimes, ce qui rend difficile l'appréciation de l'effet histologique du traitement. On peut raisonnablement penser que, comme chez les malades ayant une activité des aminotransférases élevée [18], l'éradication du VHC chez les malades avec réponse prolongée soit associée à une amélioration de l'histologie hépatique.

Chez les non-répondeurs virologiques

Tran et al. ont comparé la vitesse de progression de la fibrose entre 2 ponctions biopsies hépatiques chez 11 malades ayant une activité des aminotransférases normale et traités par IFN pendant 1 an versus un groupe témoin de 20 malades ayant une activité des aminotransférases normale et non traités. Il faut noter qu'il ne s'agit pas d'une étude randomisée et que les délais médians entre les 2 ponctions biopsies hépatiques étaient de 18 mois chez les malades traités versus 30 mois chez les malades non traités. Parmi les malades traités, seulement 2/11 ont eu une réponse virologique et surtout 5/11 ont eu une élévation de l'activité des aminotransférases durant le suivi versus 1/20 chez les malades non traités. Les taux de progression de la fibrose étaient très faibles dans les 2 groupes, voisins du taux médian trouvé dans une large cohorte de malades à activité des aminotransférases normale [14], et non significativement différents (0,09 vs 0,07 respectivement).
Ces résultats sont confirmés par ceux d'un essai randomisé portant sur 50 malades et publiés sous forme de résumé [19]. Dans cette étude, alors que 85 % des malades traités étaient non répondeurs, l'évolution des scores d'activité et de fibrose (score METAVIR) n'étaient pas significativement différents entre les malades traités et les malades non traités. Cela suggère l'absence d'aggravation histologique significative, à court terme, chez les malades non répondeurs et ayant une élévation de l'activité des aminotransférases durant ou après le traitement. Cependant, le pronostic à plus long terme de ces malades n'est pas connu. Des études contrôlées avec de plus larges effectifs sont nécessaires avant d'émettre toute conclusion définitive.

Tolérance

La tolérance au traitement ne semble pas différente de celle observée chez les malades ayant une activité des aminotransférases élevée. Sur 131 malades traités, pour qui les données de tolérance sont indiquées, une diminution de la posologie a été nécessaire chez 6 malades et l'arrêt du traitement chez 1 malade [3] [4] [5] [6], [9] [10] [11] [12]. Tous ces malades appartenaient au groupe traité par bithérapie. Les effets secondaires les plus fréquents étaient le syndrome pseudo-grippal et une baisse modérée des plaquettes et des leucocytes. L'élévation de l'activité des aminotransférases chez les malades non répondeurs est toujours restée modérée (< 3 N) et ne s'est jamais accompagnée d'un ictère ou d'une décompensation de l'hépatopathie.

Conclusions

Le traitement des malades ayant une activité des aminotransférases normales de façon répétée n'a fait l'objet que de peu d'études généralement non contrôlées et toujours avec de faibles effectifs. La bithérapie n'a fait l'objet que d'une seule étude et il n'existe aucune donnée concernant le traitement des malades par l'IFN pégylé. La décision thérapeutique doit être discutée au cas par cas en tenant compte de l'âge du malade, de l'existence d'éventuelles manifestations extrahépatiques, du résultat histologique, si la ponction biopsie a été faite, et des chances de réponse au traitement (génotype). Les taux de réponse virologique prolongée étant voisins de ceux observés chez les malades ayant des transaminases élevées, il semble raisonnable de proposer une bithérapie chez les malades infectés par les génotypes 2 ou 3, c'est-à-dire chez qui la probabilité d'éradication du VHC est très élevée. La durée optimale du traitement reste à déterminer, 6 mois pouvant être suffisants comme cela a été démontré chez les malades ayant une activité des aminotransférases élevée. Dans l'état actuel des connaissances, étant donné la possibilité d'une aggravation histologique chez les non-répondeurs virologiques, il n'est pas recommandé de traiter les malades infectés par un autre génotype. Cela souligne l'urgence de la mise en place de larges essais randomisés utilisant des schémas thérapeutiques modernes, comme l'IFN pégylé en association à la ribavirine.



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