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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Place de la ponction-biopsie hépatique dans la prise en charge de l'hépatite chronique C
Jean-Baptiste NOUSBAUM (1)

(1)Service d'Hépato-Gastroentérologie, CHU La Cavale-Blanche, Brest

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 168-173
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

L'examen histopathologique d'un fragment du foie obtenu par la ponction biopsie est un élément essentiel pour le diagnostic des atteintes chroniques du foie. Les indications de la ponction biopsie du foie ont augmenté au cours des 2 dernières décennies, notamment en raison de l'augmentation de la fréquence des hépatites chroniques virales C. Environ 16 000 ponctions biopsies hépatiques (PBH) transpariétales sont réalisées chaque année en France dans le cadre d'atteintes hépatiques diffuses et la moitié d'entre elles sont effectuées chez des malades infectés par le virus de l'hépatite C (VHC) [1].
Au cours de l'infection par le VHC, la biopsie hépatique apporte des éléments diagnostiques et pronostiques essentiels et elle est considérée comme l'examen de référence pour la décision thérapeutique. Les buts de la biopsie hépatique chez un malade infecté par le virus C sont, d'une part, d'estimer le risque de progression de la maladie et, d'autre part, d'estimer le bénéfice potentiel du traitement antiviral.
La biopsie hépatique est un geste diagnostique invasif associé à une faible morbidité et une faible mortalité, et qui engage la responsabilité médicale.
Les points suivants seront abordés : les apports de la PBH, ses inconvénients, ses risques et ses limites, la place de la PBH avant, pendant et après traitement ou chez les malades non traités et les alternatives potentielles à la PBH.

Modalités de la PBH

Des recommandations pour la pratique clinique, élaborées par un groupe de travail sous l'égide de l'Association française pour l'étude du foie et la Société nationale française de gastro-entérologie et révisées par un groupe de lecture, selon la méthodologie définie par l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé, seront prochainement diffusées.
Les conditions techniques de réalisation de la biopsie sont codifiées. La PBH est réalisée en hospitalisation de 24 heures ou ambulatoire si les pré-requis sont vérifiés. La voie d'abord est le plus souvent transpariétale et parfois transveineuse en cas de troubles de coagulation. La PBH est réalisée de préférence avec repérage échographique par un opérateur entraîné. Le fragment biopsique doit être de bonne qualité pour être informatif. Les critères définissant la bonne qualité de la biopsie sont un fragment d'au moins 1 cm de long ou comportant au moins 6 espaces portes.

Apport de la PBH

Diagnostique

L'examen histopathologique est l'élément de référence pour le diagnostic lésionnel de l'hépatite chronique C. La PBH n'est pas utile pour le diagnostic étiologique, qui repose sur les examens sérologiques et virologiques. Certaines lésions observées par le pathologiste, sans être spécifiques, peuvent orienter vers le diagnostic d'hépatite chronique virale C, en particulier lorsque d'autres causes possibles d'élévation de l'activité des aminotransférases sont associées (alcool, surcharge pondérale, médicaments hépatotoxiques, co-infection virale...).


Scores histopathologiques
Les lésions histopathologiques observées au cours de l'infection chronique par le VHC sont représentées par
a. un infiltrat inflammatoire portal, essentiellement lymphocytaire,
b. des lésions de nécrose parcellaire, lorsque les lymphocytes pénètrent et détruisent la lame bordante hépatocytaire,
c. des lésions de nécrose intralobulaire,
d. une fibrose.
Ces lésions définissent le syndrome d'hépatite chronique, qui n'est pas spécifique de l'infection virale C.
Afin de standardiser les données de l'examen histopathologique, des scores ont été établis pour chiffrer l'activité nécrotico-inflammatoire (le grade) et la fibrose (le stade).
Knodell et al. ont décrit en 1981 [2] une méthode semi-quantitative d'évaluation de l'atteinte hépatique, intégrant 4 lésions : la nécrose parcellaire, la nécrose lobulaire, l'inflammation portale et la fibrose. Ce score, chiffré de 0 à 22, a été utilisé par l'ensemble des pathologistes tableau I. Cependant, la valeur du score de Knodell a été contestée en raison de sa faible reproductibilité, chaque paramètre étant soumis à une grande variabilité inter-observateur [3]. En outre, il est apparu nécessaire de mesurer séparément l'activité nécrotico-inflammatoire et la fibrose.
Dans plusieurs classifications, le degré de nécrose parcellaire et de nécrose lobulaire a été évalué séparément et les scores de ces deux paramètres ont été additionnés. Toutefois, les valeurs respectives de ces deux scores doivent être distinguées [4], [5].
Un groupe de dix pathologistes français s'est constitué pour établir une classification simple et reproductible, dite METAVIR [3], [6]. La concordance la plus élevée était notée pour l'évaluation de la fibrose (indice kappa de 0,91), moindre pour l'évaluation de la nécrose parcellaire (indice kappa de 0,56). En analyse multivariée, la nécrose parcellaire était le facteur discriminant le plus significatif, à la base d'un algorithme simple tableau II. Cette classification s'est imposée à présent à l'ensemble des hépatologues et pathologistes français et a été utilisée dans plusieurs études internationales [7] [8] [9]. Ce score est composé d'un système à lettres : A pour l'activité inflammatoire (A0 : pas d'activité histologique ; A1 : activité minime ; A2 : activité modérée ; A3 : activité sévère), F pour la fibrose (F0 : absence de fibrose ; F1 : fibrose portale sans septa ; F2 : quelques septa ; F3 : nombreux septa sans cirrhose ; F4 : cirrhose).
Des scores plus sensibles ont été établis [5], [10] [11] [112] [13], mais aucun d'entre eux n'est devenu la référence pour les essais contrôlés. Le score de Knodell et surtout le score METAVIR sont actuellement les plus utilisés, et devraient servir de base pour des comparaisons ultérieures avec de nouvelles méthodes de classification.

Les lésions associées

Follicules lymhoïdes

Les agrégats lymphoïdes de l'espace porte sont un élément fréquent, mais non pathognomonique au cours de l'hépatite chronique C. Une relation entre ces agrégats, d'une part, et le degré des lésions des canaux biliaires et l'inflammation portale et périportale, d'autre part, a été montrée chez des malades infectés par le VHC [14]. Il est possible que la présence d'agrégats lymphoïdes soient un marqueur de réponse immunitaire plus agressive au cours de l'hépatite chronique C.

Stéatose

La stéatose est observée au cours de l'hépatite chronique virale C dans 32 % à 70 % des cas [15], [16]. Sa prévalence est plus élevée que dans les hépatites chroniques liées à une autre cause [17] [18] [19]. Il s'agit le plus souvent d'une stéatose macrovésiculaire. Son intensité est plus ou moins importante et peut être mesurée de manière semi-quantitative. Les facteurs associés à la stéatose sont : la consommation excessive d'alcool, le surpoids et l'infection par le génotype 3 [15], [19]. Il a été montré que la sévérité de la fibrose était corrélée au degré de stéatose [15], [19].

Lésions biliaires

Des lésions des canaux biliaires ont été décrites chez les malades ayant une hépatite chronique virale C. Ces lésions sont d'intensité variée. Il peut s'agir d'un infiltrat inflammatoire des canaux biliaires, de lésions de l'épithélium biliaire ou d'une prolifération ductulaire [16]. Ces anomalies ne sont pas spécifiques. De plus, leur évaluation semi-quantitative est faiblement reproductible entre observateurs : dans les études du groupe METAVIR, ce paramètre avait l'indice kappa le plus faible (0,03) [6]. Enfin, l'impact pronostique des lésions des canaux biliaires n'est pas établi.
D'autres lésions, telles que la présence de corps de Mallory ou d'hépatocytes multinucléés, ont été décrites [17].

Pronostique

Chez un malade donné, l'apport pronostique de la PBH est double
a. l'estimation du risque de progression vers la cirrhose, de laquelle peut découler l'indication thérapeutique ;
b. la mise en évidence d'une cirrhose constituée qui conduit à une surveillance pour le dépistage des complications.
La détermination du score d'activité a un impact pronostique. Dans la majorité des études, la progression vers la cirrhose est associée à l'existence de lésions nécrotico-inflammatoires modérées à sévères, en particulier au degré de nécrose lobulaire [20] et, plus récemment, au degré de stéatose [21]. L'existence de lésions minimes sur la première biopsie est associée à un risque faible de progression vers des lésions sévères et vers la cirrhose [22].
La détermination du degré de fibrose est le facteur pronostique le plus important. La mise en évidence d'une fibrose extensive ou d'une cirrhose a un impact majeur dans la prise en charge d'un malade infecté par le VHC pour le dépistage des complications. L'examen histopathologique du foie est considéré jusqu'à présent comme l'examen de référence pour l'évaluation de la fibrose. La concordance inter-observateurs est en effet excellente pour l'évaluation du score de fibrose dans la classification METAVIR [6], [23].
La valeur pronostique d'une fibrose modérée sur l'examen histopathologique initial est controversée. Pour certains auteurs, il n'a pas été montré d'association entre la présence d'une fibrose modérée sur la première biopsie et le risque de progression vers la cirrhose [24], tandis que d'autres équipes ont souligné la grande valeur pronostique d'une fibrose avec des septa [20]. Ces données contradictoires sont principalement liées à des biais de sélection des populations étudiées [20].


Scientifique

La biopsie hépatique n'est pas uniquement utilisée pour un examen histopathologique, mais aussi pour des études virologiques, en particulier la recherche par PCR de l'ARN viral intrahépatique, qualitative [25] ou quantitative [26]. Quelques travaux [25], [27] ont suggéré que l'éradication virale était possible, en montrant l'absence de détection de l'ARN viral dans le sérum, dans les cellules mononucléées, mais aussi dans le foie, chez les malades répondeurs prolongés.


Risques et limites de la PBH

La biopsie hépatique est un examen vulnérant fréquemment redouté par les malades [24], mais aussi par les médecins [28]. Une enquête récente menée auprès de médecins généralistes en Auvergne a montré que 59 % des malades atteints d'hépatite chronique virale C avaient refusé la PBH par crainte de ses complications et que 22 % des médecins généralistes avaient refusé cet examen pour leurs malades [29].
Entre 27 et 50 % des malades n'ont pas de biopsie de contrôle après traitement, même dans le cadre d'essais thérapeutiques [30], [31].
La réalisation de la PBH peut être un obstacle à l'accès aux soins des malades infectés par le VHC. Les raisons de la crainte de la biopsie hépatique sont multiples : temps d'hospitalisation ambulatoire ou d'hospitalisation conventionnelle, douleur fréquente et risques de complications majeures. Cela suppose d'évaluer pour chaque malade l'apport de la PBH, ses risques, et d'améliorer les conditions de sa réalisation.

Risques

La plupart des complications de la biopsie surviennent dans les 24 premières heures après le geste [32], [33]. Les complications majeures surviennent dans les 3 à 6 heures suivant le geste [33], [34].
Les complications les plus fréquentes sont mineures : douleur et malaise vagal. Les complications graves sont plus rares : hémorragie, péritonite biliaire, perforation d'un organe intra-abdominal, pneumothorax. Le risque de décès est faible, lié presque exclusivement aux complications hémorragiques.
La fréquence des complications augmente avec le nombre de passages [1], [35]. Elle diminue avec l'expérience de l'opérateur et le repérage échographique [36].


Complications mineures

La douleur après PBH est fréquente et survient chez environ 20 à 30 % des malades [1], [37]. Une douleur intense survient chez 3 à 5 % des malades [1], [35], nécessitant des antalgiques intraveineux ou l'utilisation de morphiniques et le maintien de l'hospitalisation lorsque la ponction était prévue en ambulatoire.
Un malaise vagal survient dans 0,4 % à 2 % des cas après PBH [1], [38]. Les malaises vagaux sévères avec collapsus sont exceptionnels (0,2 %). Leur incidence pourrait être diminuée par l'injection préventive d'atropine [1].

Complications majeures

Un saignement significatif (baisse du taux d'hémoglobine supérieure à 2 g/dl) survient dans 0,35 à 0,5 % des cas [33]. Un saignement infraclinique est plus fréquemment observé : un examen échographique systématique 24 heures après la biopsie peut détecter jusqu'à 23 % d'hématomes sous-capsulaires ou intrahépatiques [39].
La complication la plus grave est l'hémorragie intrapéritonéale. Les hémorragies de moyenne à grande abondance surviennent dans les 24 premières heures après la biopsie.
Les facteurs favorisant le risque hémorragique sont l'âge élevé, le nombre de passages (3 ou plus) et la présence d'une cirrhose ou d'un cancer du foie.
L'hémobilie est rare : 0,06 % dans la série de Piccinino et al. [38]. Le risque de complications infectieuses est essentiellement lié à l'existence d'anomalies des voies biliaires extrahépatiques (cholangite sclérosante, montages biliaires). La péritonite biliaire est essentiellement liée à la ponction accidentelle de la vésicule. La ponction d'autres organes (poumon, côlon, rein) est rare et sa fréquence varie entre 0,09 % et 0,19 % [1], [38]. Elle semble significativement réduite par le repérage échographique [1], [36].
D'autres complications ont été décrites : fistule artérioveineuse, hémothorax, choc allergique aux produits administrés, en particulier anesthésiques.
La mortalité est principalement liée aux complications hémorragiques. Les taux de mortalité varient dans les séries de 0 à 3,3 décès pour 10 000 biopsies tableau III. Les facteurs de risque sont l'âge élevé, la cirrhose et la présence d'une tumeur bénigne ou maligne. Lorsque l'on exclut les pathologies tumorales et les anomalies de l'hémostase, la mortalité est inférieure à 1 pour 10 000 biopsies.
Au total, la gravité des complications est dominée par le risque hémorragique, essentiellement en cas d'anomalies sévères de l'hémostase et/ou de pathologie tumorale sur foie cirrhotique. Le respect des contre-indications de la biopsie transpariétale réduit le risque de complication grave à moins de 1/1 000 biopsies. Toutefois, la grande majorité des complications n'est pas prévisible.
Quelques complications pourraient être évitables : la ponction d'organes de voisinage grâce au repérage échographique, le malaise vagal sévère grâce à l'injection de sulfate d'atropine et le choc allergique en cas d'allergie connue à l'iode ou à la lidocaïne.

Coût

Le coût financier de la PBH varie entre 550 et 850 euro selon sa réalisation en hospitalisation ambulatoire ou de 24 heures, et selon les établissements. Il faut également noter les coûts indirects (absentéisme, arrêt de travail) induits par l'hospitalisation.
Dans une étude nord-américaine récente, l'analyse du rapport coût/efficacité suggérait que la prise en charge la plus efficace était de proposer un traitement par interféron à tous les malades ayant une infection chronique par le VHC, sans effectuer de PBH [40]. Cette étude ne s'appliquait cependant qu'aux essais utilisant la monothérapie par interféron. Il reste à démontrer que cette stratégie serait pertinente pour la bithérapie par interféron pégylé et ribavirine dont le coût est nettement supérieur.


Erreur d'échantillonnage

Un fragment biopsique mesurant au moins 10 mm de long ou comportant au minimum 6 espaces portes est nécessaire pour évaluer le stade de la fibrose [41]. Nous avons vu que la concordance inter-observateurs était excellente pour déterminer le stade de la fibrose [6].
La PBH est considérée comme l'examen de référence, fiable, pour le diagnostic de cirrhose. Il existe cependant des erreurs liées à l'échantillonnage [43]. Le diagnostic de cirrhose peut être sous-estimé. Le taux de faux négatifs a été évalué en moyenne de 24 % dans une revue de la littérature [43] lorsque la biopsie était effectuée par voie transpariétale.
La sensibilité de l'examen histopathologique est augmentée lorsque plusieurs biopsies sont effectuées [44] ou lorsque la biopsie est effectuée par laparoscopie, car la laparoscopie ne méconnaît pas les cirrhoses macronodulaires [45]. Toutefois, la concordance pour le diagnostic de cirrhose n'était que de 50 % entre les fragments biopsiques dans une étude au cours de laquelle 2 ou 3 passages étaient réalisés par le même orifice de ponction [44]. Compte tenu du risque d'erreur lié à l'échantillonnage, notamment en cas de cirrhose macronodulaire, un prélèvement biopsique mesurant au minimum 15 mm semble donc nécessaire pour une appréciation fiable du degré de fibrose. Ce prélèvement ne doit pas être fragmenté pour ne pas gêner l'interprétation de l'architecture hépatique et la visualisation des septa fibreux. En cas de suspicion de cirrhose, les aiguilles coupantes sont préférées aux aiguilles à aspiration car ces dernières favorisent la fragmentation au niveau des bandes fibreuses [46].
Les prélèvements obtenus avec la biopsie transveineuse sont de plus petite taille et plus fragmentés que ceux obtenus par voie transpariétale [47]. Il a été montré que la taille de la biopsie transveineuse était suffisante pour permettre une évaluation de l'architecture hépatique dans près de 2/3 des cas chez des malades ayant une fibrose hépatique extensive ou une cirrhose et dans 99 % des cas chez ceux n'ayant pas de lésions fibreuses du foie [48]. Dans les autres cas, la biopsie hépatique était trop petite ou trop fragmentée pour analyser formellement l'architecture hépatique.

PBH chez les malades atteints d'hépatite chronique C

Avant le traitement

Les précédentes conférences de consensus ont recommandé la réalisation d'une biopsie chez les malades infectés par le VHC avant d'instituer un traitement antiviral [49] [50] [51]. La PBH est actuellement recommandée pour mieux définir le rapport bénéfice/risque d'un traitement antiviral chez un malade donné. Les informations attendues comportent l'évaluation du degré de l'activité (nécrose et inflammation), le stade de la fibrose et la recherche de pathologies associées participant au développement ou à l'aggravation de la fibrose : lésions alcooliques, lésions dues à une co-infection virale (virus B, D, VIH), surcharge en fer, porphyrie cutanée tardive.
L'examen histopathologique permet d'estimer la progression de la fibrose lorsque la date de la contamination est connue. Le risque de progression de la fibrose a été estimé à en moyenne 0,13 unité de fibrose METAVIR par an [52]. Toutefois, la progression de la fibrose n'est probablement pas linéaire. Ce taux de progression est indicatif et renseigne globalement sur le profil évolutif (fibrose d'évolution lente, intermédiaire ou rapide). On ne peut en effet pas prédire à partir de ce résultat la progression ultérieure de la fibrose.
Plusieurs facteurs peuvent influencer la vitesse de progression de la fibrose : l'âge lors de la contamination, l'activité de la maladie jugée par le degré de nécrose et d'inflammation et l'activité sérique des aminotransférases, la consommation d'alcool, un traitement immunosuppresseur, un état d'immunodépression [53] [54] [55], la stéatose sévère [21].
La mise en évidence de lésions de cirrhose avait surtout, jusqu'à présent, une implication pronostique. En effet, le traitement de la cirrhose ne faisait pas l'objet d'un consensus [49], [51], car la monothérapie par interféron alpha était peu efficace [56]. Les malades ayant une fibrose extensive ou une cirrhose peuvent maintenant être beaucoup plus efficacement traités [57], justifiant une attitude plus active.
La réalisation de la PBH avant traitement pourrait ne pas être impérative dans plusieurs circonstances. Lorsque l'indication thérapeutique est clairement posée et qu'il n'existe pas d'argument pour une cirrhose, il n'y a probablement pas lieu d'effectuer systématiquement une PBH. Cela peut s'appliquer à des sujets jeunes, ayant une infection récente et n'ayant pas de cofacteur de risque de progression de la fibrose. De même, lorsqu'un traitement antiviral n'est pas envisagé (par exemple, en cas de contre-indication absolue ou d'absence de compliance prévisible au traitement), il n'y a pas lieu d'effectuer une PBH, sauf pour rechercher une cirrhose qui impliquerait une surveillance particulière.
Dans d'autres circonstances, les risques de morbidité et de mortalité liés à la biopsie sont augmentés et doivent faire discuter la pertinence de l'indication de la PBH. Cela peut s'appliquer aux malades ayant des anomalies constitutionnelles de l'hémostase, pour lesquels la réalisation d'une biopsie impose des règles strictes. Cette question sera abordée plus loin.
La biopsie est en revanche indiquée lorsque le bénéfice du traitement n'est pas clairement établi a priori. Elle peut alors constituer un élément essentiel dans la décision de traiter ou de ne pas traiter.
Dans tous les cas, il faut considérer les rapports bénéfices/risques de la biopsie et du traitement antiviral. La pertinence de l'indication de la biopsie hépatique doit être bien définie et le bénéfice pour le malade des renseignements fournis par la biopsie doit être significativement supérieur aux risques de l'examen. L'indication de la BPH est appropriée quand une décision thérapeutique ou l'établissement d'un diagnostic dépend du résultat de l'examen histopathologique. La biopsie n'est pas appropriée quand la décision thérapeutique ou le diagnostic ou la surveillance ne dépendent pas des conclusions de l'examen histopathologique [58].


Pendant le traitement

Le traitement antiviral s'accompagne d'une amélioration histologique lorsqu'il existe une réponse biochimique et virologique. Dans les essais thérapeutiques, la biopsie n'est habituellement pas proposée en fin de traitement, mais au minimum 6 mois après la fin du traitement, en raison du risque de rechute durant cette période.


Après le traitement

Les critères de réponse au traitement antiviral sont biochimique, virologique et histopathologique.

De nombreuses études ont montré que le traitement par interféron s'accompagnait d'une amélioration biochimique, d'une réponse virologique définie par l'absence de détection de l'ARN viral dans le sérum et d'une amélioration histologique à court terme [59], [60]. Cependant, l'effet sur la fibrose à long terme est moins bien connu. L'interprétation des résultats doit tenir compte d'un coefficient de variation lié au biais d'échantillonnage. Chez un malade donné, la mise en évidence d'une fibrose F2 sur un premier prélèvement biopsique et d'une fibrose F3 sur un deuxième prélèvement ne traduit pas toujours une progression ; l'inverse ne traduit pas nécessairement une régression ; il peut être dû à une simple variation liée à l'échantillonnage. Cela peut expliquer les résultats observés au cours des premiers essais thérapeutiques, réalisés avec un groupe contrôle sans traitement [61] [62] [63] [64]. Les progrès thérapeutiques ont conduit à abandonner les groupes contrôles non traités, le critère principal de jugement étant la réponse virologique prolongée. À l'échelle d'une étude portant sur de grands effectifs, la progression ou la régression de la fibrose ont davantage de valeur.

Malades ayant une réponse virologique prolongée

Chez les malades ayant une réponse virologique prolongée, est-il utile de faire une deuxième biopsie ? La plupart des études ont montré un impact du traitement sur les lésions nécrotico-inflammatoires [65] [66] [67], mais aussi que la réponse virologique prolongée était associée à l'absence de progression de la fibrose et à la régression de la fibrose [66], [68] [69] [70].
La régression est la conséquence d'une part du traitement antiviral et d'autre part, pour certains malades, de l'arrêt de la consommation alcoolique. La régression est moins importante chez les buveurs excessifs. Il a été démontré que cette régression était durable et qu'elle était significativement plus importante lorsque la biopsie était réalisée quelques années après la fin du traitement [21], [71]. La diminution de la fibrose est plus lente que la diminution de l'activité nécrotico-inflammatoire.
Dans une étude regroupant les résultats de 3 essais randomisés, Poynard et al. ont montré [31] que seulement 10 % des malades répondeurs virologiques progressaient vers la cirrhose à la fin de la période de suivi, contre 52 % des malades non répondeurs.
Si la biopsie initiale montre une fibrose inférieure ou égale à F2, il n'est pas indiqué de réaliser une biopsie de contrôle. Si la biopsie initiale montre une fibrose extensive (> F2), la biopsie hépatique peut être indiquée pour contrôler l'absence de progression, voire la régression du stade de fibrose. Si la biopsie initiale montre des lésions de cirrhose, la biopsie hépatique n'est pas nécessaire. Elle peut cependant avoir un intérêt pour rechercher une éventuelle régression de la cirrhose.
En dehors d'essais thérapeutiques, la biopsie de contrôle précoce semble peu utile. Si elle est réalisée, il est préférable de la différer au minimum 2 à 3 ans après la fin du traitement.

Malades rechuteurs ou non répondeurs

Le suivi histologique à long terme des malades rechuteurs ou non répondeurs n'est pas codifié. Chez les malades n'ayant pas de réponse virologique prolongée, qu'ils soient rechuteurs virologiques ou non répondeurs virologiques, le traitement par interféron seul [67] ou en association avec la ribavirine diminue le taux de progression de la fibrose par comparaison avec les groupes contrôles non traités. Cet effet pourrait être lié au fait que ces malades ont pu avoir une réponse biochimique et virologique partielle. Il a conduit au concept de traitement suspensif [31], [71], [72].
Les malades rechuteurs ont une virémie non détectable durant le traitement, mais de nouveau détectable après l'arrêt du traitement. L'indication d'une nouvelle PBH dépend du stade de la fibrose sur la biopsie initiale, de l'estimation de la progression de la fibrose, en fonction du degré d'activité nécrotico-inflammatoire, et du temps écoulé depuis la biopsie précédente. En cas de stabilisation, voire d'amélioration des lésions histopathologiques, la décision thérapeutique pourra ne pas être retenue, face à de faibles chances de réponse virologique escomptées ou en raison des effets indésirables du traitement.
Parmi les malades non répondeurs virologiques, il faut distinguer les malades qui ont une réponse biochimique sans réponse virologique, et les malades n'ayant ni réponse biochimique, ni réponse virologique. L'impact du traitement sur la réponse histologique chez les malades non répondeurs a fait l'objet de controverses, probablement parce qu'il s'agit d'un groupe hétérogène.
Quelques études récentes [70], [72], [73] ont montré que le traitement par interféron pouvait améliorer les lésions de fibrose chez des malades non répondeurs virologiques. Il est important de noter que le bénéfice histologique était observé chez les malades ayant une diminution ou une normalisation de l'activité des aminotransférases, associée à une diminution significative de la charge virale.
L'effet d'un traitement prolongé sur les lésions histopathologiques n'est pas encore bien connu. Il a été suggéré que le maintien du traitement par interféron au-delà de 1 an chez les malades non répondeurs virologiques pouvait améliorer les lésions histopathologiques [72] [73] [74]. Cela a été montré chez les malades ayant une réponse biochimique ou virologique partielle. En revanche, il n'est pas démontré que le traitement antiviral prolongé diminue la progression de la fibrose lorsqu'il n'existe aucune diminution significative de l'activité des aminotransférases ou de la charge virale.

Chez les malades non répondeurs, il n'est pas nécessaire de réaliser de biopsie systématique. Celle-ci est cependant souhaitable dans les circonstances suivantes
a. à distance de la précédente biopsie lorsqu'un nouveau traitement n'a pas été envisagé, par exemple dans un délai de 3 à 5 ans,
b. avant un nouveau traitement, notamment dans le cadre d'un essai thérapeutique puisqu'aucune stratégie n'a obtenu l'AMM pour ces malades à l'heure actuelle.

Chez les malades non traités

Il s'agit de malades pour lesquels l'indication du traitement n'a pas été retenue, par exemple du fait de lésions minimes ou de malades qui ont refusé le traitement proposé.
En cas de cirrhose constituée, une nouvelle biopsie n'est pas justifiée, mais une surveillance biologique et échographique, au minimum semestrielle, est nécessaire pour le dépistage du carcinome hépatocellulaire. Cette surveillance doit être plus rapprochée, tous les 3 ou 4 mois, chez les hommes, les sujets âgés de plus de 60 ans, lorsque la concentration sérique d'alpha-foetoprotéine est supérieure à 20 ng/mL et s'il existe une dysplasie hépatocytaire à petites ou à grandes cellules [75]. Ce dernier élément justifierait, pour certains auteurs [76], la réalisation de la biopsie hépatique chez les malades atteints de cirrhose.
En l'absence de cirrhose, l'indication d'une deuxième biopsie dépend de l'ancienneté de l'infection et de l'estimation de la vitesse de la progression de la fibrose.
Deux situations peuvent être schématiquement considérées : l'activité des aminotransférases est élevée ou elle est constamment normale.
Lorsque l'activité des aminotransférases est anormale, les études prospectives donnent des résultats parfois contradictoires, probablement expliqués par des biais de sélection [20]. Chez les malades non traités, l'activité nécrotico-inflammatoire ne varie généralement pas au cours du temps. Le risque de progression vers la cirrhose est élevé en cas de lésions nécrotico-inflammatoires modérées à sévères [77], tandis qu'il est probablement faible en cas de lésions inflammatoires minimes [78]. Au cours de l'hépatite chronique C avec activité minime, Serfaty et al. ont observé une aggravation de la fibrose dans un tiers des cas après un délai médian de 5 ans. Les facteurs prédictifs indépendants étaient une activité de l'ALAT à plus de 2 fois la limite supérieure de la normale, une stéatose supérieure à 30 % et la présence de fer détectable par la coloration de Perls [21].
Chez les malades ayant une activité des aminotransférases normale, il n'existe pas de consensus sur la conduite thérapeutique. Lors de la dernière conférence de consensus, la biopsie n'était pas systématiquement recommandée. Elle s'inscrirait plutôt dans le cadre de protocoles d'investigation clinique [51]. Les deux principales raisons sont l'absence d'indication thérapeutique consensuelle et l'existence de lésions minimes plus fréquentes que lorsque l'activité des aminotransférases est augmentée [22]. Cependant, dans plusieurs études, lorsque l'activité de l'ALAT est constamment normale, des lésions de cirrhose étaient observées dans 6 % à 13 % des cas [78], [79]. Ces différences proviennent du fait que la définition de la normalité de l'activité de l'ALAT est variable en termes de durée d'observation. La normalité de l'activité de l'ALAT sur une période de 6 ou 12 mois n'est sans doute pas suffisante pour définir le profil d'hépatite chronique à "transaminases normales". Des fluctuations ont pu survenir au cours de l'évolution de l'infection. Il est important de ne pas méconnaître une fibrose extensive, et l'on prendra en compte la durée de l'infection, une consommation excessive d'alcool [78], ainsi que l'ensemble des signes cliniques, biologiques et morphologiques évocateurs de cirrhose. L'indication de la biopsie peut être posée en cas de suspicion de cirrhose.
Une étude récente a montré que lorsque les lésions étaient minimes sur l'examen initial, il n'y avait pas de progression sur une période de 2 à 4 ans [22]. Cependant, une évaluation sur une plus longue période est nécessaire.
En résumé, dans la majorité des cas, l'existence de lésions minimes lors de la première biopsie est associée à un risque faible de progression vers des lésions sévères et vers la cirrhose. Une nouvelle biopsie dans un délai de 3 à 5 ans semble raisonnable. En cas de facteurs de risque de progression de la fibrose, une biopsie devrait être proposée dans un délai de 2 à 3 ans.

Indications particulières

Transplantation hépatique

Après transplantation hépatique pour cirrhose virale C, la réinfection est constante. Environ la moitié des malades développent une hépatite chronique dans la première année qui suit la transplantation [80] [81] [82]. Les lésions histopathologiques sont d'intensité variée. Il peut s'agir de lésions minimes avec agrégats lymphoïdes dans les espaces portes. Une hépatite lobulaire précoce, avant le quatrième mois, est parfois méconnue et évolue le plus souvent vers une hépatite chronique.
Des anomalies à type de cholangite ou d'endothélite peuvent rendre le diagnostic différentiel délicat entre la récidive virale et des lésions de rejet. Il existe des formes particulières cholestatiques d'évolution fibrosante rapide. À 5 ans, le risque de cirrhose est de l'ordre de 10 % [82].
La PBH a donc une place essentielle dans le diagnostic de la récidive de l'hépatite C sur le greffon, le diagnostic différentiel avec les autres atteintes hépatiques, notamment le rejet. Elle peut être répétée au cours de l'évolution.


Maladies constitutionnelles de l'hémostase

La prise en charge de l'hépatite C chez les hémophiles pose la question de la réalisation de la PBH en raison du risque hémorragique. En l'absence d'inhibiteur, il est possible d'effectuer une PBH par voie transpariétale ou transveineuse chez un malade ayant une hémophilie A ou B même sévère [83] [84] [85] [86] [87]. Cela impliquera de prescrire un traitement substitutif adéquat [84] [85] [86] [87] [88] [89] pendant le temps nécessaire [84], [86], selon un protocole strictement suivi, établi à l'avance en collaboration avec un centre d'hémophiles [83], [86], [90] et en l'absence d'autre anomalie de l'hémostase [84], [86]. Avec ces précautions, en se fondant sur plus de 200 PBH [83], [86], [87] dont 85 par voie transpariétale [83], [86], la littérature récente ne rapporte pas de complication hémorragique, la réserve étant le nombre relativement limité de biopsies réalisées. Seule une étude plus ancienne de 1985 rapporte 12,5 % de complications hémorragiques pour 126 PBH et cite deux décès dont les cas ne sont pas rapportés en détail [91]. En résumé, l'indication de la PBH doit être considérée avec une extrême prudence en cas de maladie constitutionnelle de l'hémostase. La correction efficace d'un déficit de la coagulation est coûteuse et doit se faire en étroite collaboration avec un centre d'hémophiles ou une unité d'hématologie. Chez un malade ayant un déficit constitutionnel de l'hémostase, un traitement antiviral dans le cadre d'une hépatite chronique C pourra être initié sans nécessairement recourir à un examen histopathologique [92].


Insufficance rénale, hémodialyse

L'insuffisance rénale chronique est associée à une augmentation du risque hémorragique. En effet, des anomalies de l'hémostase ont été observées dans cette situation, essentiellement des anomalies de la fonction plaquettaire [93] [94] [95]. En outre, l'anémie chez le malade insuffisant rénal chronique altère la fonction plaquettaire par le biais d'un facteur rhéologique. Le temps de saignement est le plus souvent allongé au cours de l'insuffisance rénale chronique et cet allongement augmente avec la sévérité de l'atteinte rénale. Toutefois, il ne semble pas avoir de valeur prédictive des complications hémorragiques dans cette condition [95]. Une seule étude prospective contrôlée concernant le risque hémorragique lié à la PBH au cours de l'insuffisance rénale chronique a été publiée [96]. Il s'agissait de 74 malades insuffisants rénaux candidats à une transplantation hépatique et atteints d'hépatite virale B ou C. Les complications hémorragiques ont été de 9,4 % dans le groupe avec insuffisance rénale contre 0 % dans le groupe témoin. Un malade a eu une intervention chirurgicale pour une hémorragie sévère. Il n'y a pas eu de décès.
Il a été proposé de corriger les troubles de la fonction plaquettaire avant la biopsie par la desmopressine, mais les études sur les effets de la desmopressine sont contradictoires [94].
L'examen histopathologique est souvent nécessaire lorsqu'une transplantation rénale est envisagée en raison d'une surmortalité en cas de cirrhose.
La voie transveineuse doit être fortement recommandée chez les malades insuffisants rénaux, dialysés ou non.

Alternatives à la PBH
Les alternatives à la PBH peuvent être séparées en 2 catégories : les moyens de diagnostic non invasif de l'activité nécrotico-inflammatoire et les moyens de diagnostic non invasif de la fibrose.


Moyens de diagnostic non invasif de l'activité de l'hépatite
L'activité sérique de l'ALAT n'est pas prédictive de l'activité histopathologique. Chez les malades ayant une activité constamment normale de l'ALAT, le foie n'est normal que dans 15 % des cas [78], mais les lésions histologiques sont minimes dans la majorité des cas. Il n'existe pas de corrélation entre la charge virale et le degré d'activité histopathologique.


Moyens de diagnostic non invasif de la fibrose
Avant traitement antiviral

Plusieurs études ont évalué la valeur prédictive de signes cliniques, biologiques et morphologiques [97] [98] [99] [100] [101].
Les signes cliniques qui ont la valeur prédictive positive la plus élevée pour le diagnostic de cirrhose sont : le foie ferme, les angiomes stellaires, l'ascite, la splénomégalie. Les signes biologiques qui ont la valeur prédictive positive la plus élevée pour le diagnostic de cirrhose sont le taux de prothrombine et le nombre des plaquettes [97]. Il a été suggéré qu'un rapport ASAT/ALAT supérieur à 1 était prédictif de fibrose extensive ou de cirrhose [99], [102] [103] [104]. Il a été observé que le rapport ASAT/ALAT augmentait chez les malades progressant vers la cirrhose [77], [102], [103]. De même, il a été suggéré une corrélation inverse entre le rapport ASAT/ALAT et le degré d'insuffisance hépatique [105].
La recherche de marqueurs de fibrogenèse fait l'objet de nombreux travaux. Les marqueurs les plus étudiés ont été le propeptide du procollagène III ou PIIINP [106], [107], le domaine 7S du collagène IV [106], [107], l'acide hyaluronique [97], [106] [107] [108], la laminine [109], le transforming growth factor ou TGF bêta [110], les métalloprotéinases et les inhibiteurs des métalloprotéinases [106], [111].
La mesure de l'acide hyaluronique sérique est l'un des plus fiables [98], [108], [112]. Son intérêt doit encore être évalué pour améliorer la valeur prédictive positive du test.
Imbert-Bismuth et al. ont établi une corrélation entre la fibrose hépatique et des marqueurs biologiques, à partir du recueil de 129 paramètres chez 205 malades [113]. Six marqueurs ont été isolés : l'alpha2-macroglobuline, l'haptoglobine, la gamma glutamyltranspeptidase, les gammaglobulines, la bilirubine totale et l'apolipoprotéine A1. Le calcul d'un indice, comportant 10 stades entre 0 et 1, a été déterminé à partir de ces 6 marqueurs. Cet indice a permis de prédire l'absence de fibrose (définie par un indice inférieur à 0,1) avec une valeur prédictive négative de 100 % ou l'existence d'une fibrose F2, F3 ou F4 (définie par un indice entre 0,6 et 1) avec une valeur prédictive positive de 90 %.
L'utilisation d'un tel score permettrait d'éviter jusqu'à 50 % des PBH. Il ouvre la voie d'une nouvelle approche. Cependant, sa validation doit être confirmée sur une large population de malades. Il faut également noter que la mesure du taux de prothrombine, du nombre de plaquettes et de la concentration de l'acide hyaluronique ne faisait pas partie des paramètres analysés.
Les signes morphologiques qui ont la valeur prédictive positive la plus élevée pour le diagnostic de cirrhose sont : la surface irrégulière, nodulaire, du foie et la diminution du flux sanguin portal [100]. Dans une étude prenant pour référence l'examen histologique, le diagnostic de cirrhose était correctement établi dans 82 % des cas [98]. Cependant, chez un quart des malades ayant des signes échographiques évocateurs de cirrhose, sans confirmation histologique, l'évolution donnait raison à l'échographie en raison d'une décompensation de la cirrhose dans les 6 mois suivant l'examen échographique.
L'ensemble des signes permet de faire le diagnostic exact de cirrhose chez plus de 75 % des malades ayant une hépatopathie [97]. Une étude prospective récente [114] a montré une excellente concordance de 84 % entre les diagnostics clinique et histologique.
En résumé, la performance diagnostique d'une combinaison de signes cliniques, biologiques et d'imagerie est très bonne pour la prédiction de la cirrhose. À l'opposé, il n'existe pas de moyen fiable pour prédire l'absence de fibrose. Il ne peut s'agir que d'un ou de plusieurs marqueurs biologiques comme dans l'approche rapportée par Imbert-Bismuth et al., dont la valeur prédictive doit être validée sur de larges populations.

Après traitement antiviral
L'amélioration histologique observée lors du traitement antiviral est corrélée à la diminution des marqueurs de fibrose (propeptide du procollagène III ou PIIINP, domaine 7S du collagène de type IV et acide hyaluronique), suggérant un effet antifibrosant de l'interféron [68], [107], [115].
Cette approche doit être développée pour limiter les indications de la PBH, en particulier chez les malades atteints de maladies constitutionnelles de l'hémostase [116].


Conclusions


L'examen histopathologique du foie est encore un examen essentiel chez la majorité des malades atteints d'hépatite chronique virale C. Il permet de faire le bilan lésionnel et de rechercher des pathologies associées. Il apporte des indications sur le pronostic, notamment lorsqu'une cirrhose est mise en évidence. En effet, la détection d'une cirrhose a un impact majeur pour la surveillance et le dépistage du carcinome hépatocellulaire.
La PBH est un examen invasif pour lequel il faut à chaque fois considérer le rapport bénéfice/risque. Sauf lorsqu'une cirrhose est suspectée, la PBH n'est pas indiquée dans les situations où il n'est pas envisagé de traitement. De même, lorsque l'indication thérapeutique est clairement posée d'emblée (par exemple en cas d'infection récente, avec des facteurs prédictifs de réponse au traitement favorables) et qu'il n'existe pas d'argument pour évoquer une cirrhose, il n'y a probablement pas lieu d'effectuer systématiquement une PBH.
La biopsie est indiquée lorsque le bénéfice du traitement n'est pas clairement défini a priori. Elle constitue alors un élément additionnel dans la décision.
Après traitement, la biopsie n'est pas systématiquement nécessaire en cas de réponse virologique prolongée. Elle est utile dans la surveillance des malades non répondeurs virologiques ou des malades non traités pour estimer la progression de la fibrose.
L'intérêt principal de la biopsie hépatique étant d'évaluer le degré de fibrose, des alternatives sont possibles. Des scores clinico-biologiques et/ou des marqueurs plus spécifiques de fibrose doivent être développés pour limiter les indications de la PBH lors du bilan initial et au cours du suivi après traitement antiviral.


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