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"Nous remercions les Editions Masson qui ont accepté à titre gracieux la reproduction
de l'ensemble de ces textes issus de leur fonds éditorial"


Hépatite chronique C chez les malades infectés par le virus de l'immunodéficience humaine
Anne GERVAIS (1)

(1)Fédération d'Hépatogastroentérologie, Hôpital Beaujon, 100, boulevard Général-Leclerc, 92118 Clichy Cedex

Gastroentérologie clinique & biologique 2002; 26: 121-132
© Masson, Paris, 2002

 

Gastroentérologie clinique & biologique

 

Avant l'utilisation des traitements antirétroviraux hautement actifs (HAART) chez les malades infectés par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), la prise en charge des hépatites liées au virus de l'hépatite C (VHC) n'était que rarement effectuée en cas de coinfection avec le VIH. Dans une étude française menée en 1995, seuls 11 % des malades coinfectés par le VIH et le VHC avaient eu une biopsie hépatique et 8 % avaient été traités pour leur hépatite C [1]. Depuis 1996, les malades coinfectés par le VIH et le VHC, traités par HAART et ayant une prophylaxie primaire des infections opportunistes, ont une espérance de vie les rapprochant des malades infectés par le VHC seul. De ce fait, l'infection par le VHC est devenue chez ces malades une cause majeure de morbidité et de mortalité. Elle est la cinquième cause de décès dans une série de malades hospitalisés à Madrid [2] et la deuxième cause de décès dans une cohorte d'hémophiles en Pennsylvanie [3]. Elle est responsable de 4,8 à 12 % des décès des malades infectés par le VIH [2], [4] [5].



Prévalence, épidémiologie et modes de transmission

Prévalence et groupes à risque

Entre 90 000 et 100 000 malades sont infectés par le VIH en France [6]. Dans la cohorte d'observation Aproco de malades infectés par le VIH et mis sous traitement par inhibiteur de protéase (IP), 25 % étaient coinfectés par le VHC [7]. Dans l'enquête de l'AP-HP de 1999, aussi bien que dans l'enquête nationale hospitalière menée dans 180 services de maladies infectieuses, d'immunologie clinique et de médecine interne, près de 27 % des malades infectés par le VIH étaient coinfectés par le VHC [8], [9]. On peut donc estimer le nombre de malades coinfectés entre 25 000 et 30 000. Cette prévalence varie selon les populations. Plus de 80 % des usagers de drogues intraveineuses (UDIV) infectés par le VIH sont coinfectés par le VHC. Cinquante-quatre % des malades infectés par le VIH contaminés par transfusion de produits sanguins ou dérivés du sang sont coinfectés par le VHC. Cinq à 10 % des malades infectés par le VIH, contaminés par voie sexuelle, sont coinfectés par le VHC [7], [10]. Près de 85 % des malades coinfectés par le VIH et le VHC l'ont été par utilisation de drogues intraveineuses [1], [7].

Épidémiologie

Les malades coinfectés par le VIH et le VHC sont plus jeunes que ceux infectés uniquement par le VHC (36 ans versus 50 ans) [1], [8]. La majorité des malades coinfectés sont des hommes : le sex ratio est de 2,5. Trente pour cent des malades coinfectés ont une consommation excessive d'alcool, estimée à 80 g par jour ou plus [8].

Contamination et modes de transmission

Chez les UDIV, le risque de contamination par le VHC est lié à la durée de la toxicomanie active [11]. Mais quelle que soit la durée de la toxicomanie, le risque d'être infecté par le VHC est deux fois plus important lorsqu'il y a une infection par le VIH. Chez les malades hémophiles ou multitransfusés entre 1973 et 1991, la prévalence de l'infection à VIH seul est de 0,4 %, de l'infection à VHC seul de 26 % et de la coinfection VIH-VHC de 44 % [12].
Un risque sexuel de contamination par le VHC est décrit pour les malades infectés par le VIH sans aucun risque parentéral retrouvé [13] [14] [15]. La transmission du VHC chez les partenaires sexuel (le) s de malades coinfectés par le VIH et le VHC semble plus fréquente que chez les partenaires de malades infectés par le VHC seul [16] [17]. Mais l'absence de séquençage du VHC pour les couples séroconcordants ne permet pas de conclure de façon définitive [18].
Chez les mères infectées par le VHC seul, le taux de transmission du VHC aux enfants est de 0 à 9,9 % [19]. Chez les mères coinfectées, le taux de transmission du VHC est supérieur : de 5,5 à 36 % selon les auteurs tableau I [20] [21] [22] [23] [24] [25]. Cela pourrait être dû à des niveaux de virémie VHC plus élevés en cas de coinfection. On ne connaît pas l'impact des HAART sur le taux de transmission du VHC chez les mères coinfectées.

Dépistage

Aux États-Unis, il est recommandé de faire un dépistage du VHC chez les malades infectés par le VIH, car le VIH et le VHC partagent des sources de contamination similaires [26]. En France, la conférence de consensus de janvier 1997 recommandait de proposer un dépistage aux UDIV, aux sujets transfusés avant 1991 et à la population carcérale. Les modalités de dépistage ont été discutées en raison de la possibilité de faux négatifs chez les immunodéprimés (5,5 % en ELISA 2 [27] [28]). Cependant, ces faux négatifs ont été décrits dans des études qui utilisaient des tests peu sensibles. Actuellement, le nombre de faux négatifs par ELISA paraît inférieur. Une étude menée chez 1 503 usagers de drogues intraveineuses, dont 559 infectés par le VIH, n'a pas trouvé de faux négatifs au cours du dépistage par les tests ELISA 3. Mais deux séroconversions anti-VHC ont été constatées : l'une dans le groupe des sujets infectés par le VIH, l'autre chez les sujets non infectés par le VIH. Dans les deux cas, il s'agissait d'hépatite aiguë C. La détection de l'ARN du VHC sérique précédait la détection des anticorps anti-VHC [29].


Histoire naturelle de l'infection par le VHC

Coinfection VIH-VHC : caractéristiques biochimiques, virologiques, histologiques

Jusqu'à 30 % des malades coinfectés ayant une PCR du VHC positive ont une activité de l'ALAT normale à des contrôles répétés [30]. Ce pourcentage ne paraît pas différent de celui rapporté chez les malades infectés par le VHC seul [31]. La valeur de l'activité de l'ALAT n'est pas liée au nombre de CD4 [32] et n'est pas différente chez les malades coinfectés et chez les malades infectés par le VHC seul [33]. Chez les sujets ayant des anticorps anti-VHC, l'ARN du VHC est indétectable par PCR dans 2,4 à 17 % des cas [30], [34] [35] [36]. Ces chiffres sont voisins de ceux trouvés après contamination par le VHC seul. Mais quand il y a une multiplication du VHC détectable par PCR, plusieurs études trouvent une charge virale C sérique d'autant plus haute chez les malades coinfectés que ces derniers ont un nombre de CD4 bas [30], [37] [38]. Dans une petite cohorte de 17 hémophiles infectés par le VHC, non traités par HAART et suivis avant et après infection par le VIH, une augmentation de la charge sérique du VHC, d'un facteur 10, est constatée après la séroconversion pour le VIH [37]. Daar et al. ont mis en évidence une augmentation de la charge virale VHC directement corrélée à l'augmentation de la charge virale VIH [36]. Ce résultat n'est pas retrouvé dans d'autres études [39], [40]. En revanche, il n'y a pas de corrélation entre la quantité d'ARN VHC sérique et l'activité inflammatoire histologique [41]. Le génotype 1 est un facteur de sévérité de la maladie hépatique dans une seule étude [42], [43].
La répartition des génotypes du VHC dans les séries françaises est identique chez les malades coinfectés et chez les malades infectés par le VHC seul [33], [44] : plus de 40 % des malades ont une infection par le VHC de génotype 1 ; 20 à 30 % ont un VHC de génotype 3.
L'histologie hépatique n'a pas été évaluée de façon systématique chez les malades coinfectés. Il n'y a pas d'étude prospective. Les cliniciens ne réalisent des biopsies hépatiques que chez 50 % des sujets coinfectés [8]. Les articles concernent donc des sous-groupes de malades que les cliniciens décident de biopsier. En raison de ce biais, il est difficile d'interpréter les résultats. On trouve tableau II de 17 à 49 % d'hépatites minimes, de 51 à 74 % d'hépatites modérées ou sévères, de 6 à 34 % de fibroses extensives ou de cirrhoses [8], [30] [31] [32], [42]. L'analyse histologique révèle, chez les malades coinfectés et non traités, un score d'activité selon METAVIR plus élevé que chez les malades infectés par le VHC seul [33], [45]. La vitesse de constitution de la fibrose pourrait être supérieure chez les malades coinfectés que chez ceux infectés par le VHC seul [45].

Évolution de l'affection hépatique chez les malades non traités par HAART

Chez les malades coinfectés par le VIH et le VHC, l'affection hépatique semble plus grave que chez les malades infectés par le VHC seul. D'après la méta-analyse de Graham et al., le risque relatif de survenue de cirrhose est de 2,1 et d'insuffisance hépatocellulaire de 6,1 tableau III. La rapidité de constitution de la cirrhose est discutée : de 6,9 à 17 ans sans traitement du VIH ou du VHC [46] [47] [48] [49] [50] [51] [52] [53] [54]. La survenue d'un carcinome hépatocellulaire a été décrite chez 4 malades coinfectés. Le délai moyen de survenue était de 17,8 ans contre 28,1 ans chez les malades contrôles infectés par le VHC seul [55]. À noter que dans toutes ces séries, la majorité des malades n'est pas encore traitée par HAART.
Évolution de l'affection hépatique chez les malades traités par HAART
L'effet des HAART est trouvé dans une étude française [56] comparant le taux de décès entre 1995 et 1997 en France. Sur 17 485 malades infectés par le VIH et suivis en 1995, 1 426 décès ont été constatés. Parmi ces décès, 21 étaient consécutifs à une cirrhose ou un hépatocarcinome dont 14 associés à une infection par le VHC. Le VHC était en cause dans 1 % des décès. En 1997, sur 26 497 malades infectés par le VIH et suivis, il y avait 543 décès. Parmi ces décès, 36 étaient consécutifs à une cirrhose ou un hépatocarcinome dont 29 associés à une infection par le VHC. Le VHC était en cause dans 5,3 % des décès. Le taux de mortalité chute entre 1995 et 1997 et le nombre de décès lié au VHC reste stable (0,08 % en 1995 contre 0,1 % en 1997). Le risque de survenue d'une insuffisance hépatocellulaire n'est pas lié au nombre de CD4 [3], [49]. Néanmoins certaines études trouvent un moindre risque d'insuffisance hépatocellulaire chez les malades traités par antirétroviraux et la survie après la survenue de l'insuffisance hépatocellulaire est prolongée chez les malades sous HAART [3]. Dans une étude, les lésions histologiques seraient moins graves chez les malades coinfectés et traités par inhibiteurs de protéases que chez les malades non traités [57]. Cette étude n'a pas été faite avec d'autres types de HAART (analogues non nucléosidiques, par exemple).

Cofacteurs

L'alcool est un facteur important dans la progression de l'hépatopathie et la survenue de cirrhose avec un risque relatif de 1,9 (1 à 3,9), indépendamment de l'infection par le VIH [58]. Ce résultat est confirmé dans d'autres études [3], [5], [45]. Le jeune âge (inférieur à 20 ans) lors de la contamination est un facteur de moindre progression de la fibrose chez les malades coinfectés [33], [57]. Les autres coinfections (par le virus de l'hépatite B ou par les virus des hépatites B et D) sont trouvés plus fréquemment chez les malades décédés d'insuffisance hépatocellulaire [5]. Les lésions histologiques sont d'autant plus sévères que l'immunodépression est importante. Lorsque les CD4 sont inférieurs à 200/ml, l'activité et la fibrose sont plus marquées [59] [60].
Le génotype du VHC de type 1 a été décrit dans une étude comme un facteur de gravité de l'hépatite chronique C chez les malades coinfectés [42]. Aucune étude ultérieure n'a confirmé ce résultat [33], [41], [43], [57]. De même, la charge virale VHC, considérée dans une étude comme un facteur de gravité [35], n'est pas un facteur pronostique de l'hépatopathie [33], [41], [43], [52].


Histoire naturelle de l'infection par le VIH

In vitro, le VHC, comme le VIH, peut se multiplier dans les cellules mononucléées : monocytes, macrophages et lymphocytes (dont les CD4 + et CD8 +) [61] [62]. In vivo, il n'y a pas d'étude montrant formellement la multiplication du VHC dans les cellules mononucléées. Néanmoins, la possibilité d'interactions entre les deux virus, y compris l'effet du VHC sur l'histoire naturelle de l'infection liée au VIH, a été explorée. Les premières études, avant les traitements par HAART, ne trouvaient pas d'impact significatif de l'infection par le VHC sur la progression de la maladie liée au VIH, la survie n'étant pas modifiée [63] [64] [65] [66]. Depuis, d'autres travaux ont apporté des données contradictoires. Piroth et al. ont mis en évidence une progression clinique (diminution de l'indice de Karnofsky, perte de poids, survenue d'une affection sida) significativement plus rapide chez 119 malades coinfectés et traités pour le VIH par bithérapie d'analogues nucléosidiques, par rapport à 119 malades infectés par le VIH seul [67]. Cause ou conséquence, une relation significative entre quantité de VHC sérique et progression de la maladie liée au VIH a été rapportée [35]. Le suivi d'une cohorte suisse de 3 111 malades [68] infectés par le VIH, dont 1 157 coinfectés par le VHC, a montré une morbidité et une mortalité accrue par pathologies liées au VIH chez les malades coinfectés par rapport à ceux infectés par le VIH seul (risque relatif de maladies opportunistes ou de décès lié au sida : 1,7). Le succès virologique du traitement antirétroviral était identique pour les malades infectés par le VIH et les malades coinfectés par le VIH et le VHC. Mais la réponse immunologique aux HAART (augmentation du nombre de CD4) était inférieure chez les malades coinfectés par le VHC et le VIH par rapport à ceux infectés par le VHC seul.
Dans cette même étude, la coinfection par un VHC de génotype 3, dans un sous-groupe de 56 malades, était significativement associée à une médiocre réponse immunologique au traitement antirétroviral (augmentation des CD4 de moins de 50/ml). Ce dernier résultat est contradictoire avec la description par Sabin et al., sur une cohorte de 79 hémophiles, d'une progression plus rapide vers le sida et le décès, chez des malades coinfectés par le VIH et un VHC de génotype 1 [69]. L'influence péjorative de certains génotypes du VHC n'est pas confirmée par l'étude de Piroth et al. menée sur une série de 119 malades coinfectés [67].


Traitement de l'infection par le VIH

L'apparition des HAART, depuis 1996, a profondément modifié la prise en charge et le pronostic des malades infectés par le VIH. Il est néanmoins apparu que ces nouveaux traitements pouvaient entraîner des effets indésirables chez plus de 50 % des sujets traités, le risque de développer des effets secondaires étant accru chez les malades coinfectés par les virus des hépatites B et C [70]. Parmi les effets secondaires, la survenue d'une augmentation de l'activité des aminotransférases est constatée, suivant les séries, chez 2 à 18 % des malades traités [71] [72] [73] [74] [75] [76] tableau IV.
Une consommation excessive d'alcool chez certains malades pourrait être la cause des anomalies biologiques [75]. Mais il semble que la coinfection par le VHC soit un facteur favorisant la survenue d'une augmentation de l'activité de l'ALAT sous inhibiteurs de protéase [72] [73] [74] [75], comme sous inhibiteurs non nucléosidiques de la réverse transcriptase [76]. Seuls Sulkowski et al. ne trouvent pas une augmentation de l'activité des aminotransférases plus fréquente chez les malades coinfectés par le VIH et le VHC et traités par ritonavir par rapport aux malades infectés par le VIH seul et traités par le même inhibiteur de protéase [71]. Il faut signaler qu'aucune de ces études ne décrit de façon précise les prises médicamenteuses concomitantes.
Zylberberg et al. [77] ont décrit l'aggravation d'une hépatite chronique C à l'institution d'un traitement par HAART associant d4T 3TC et indinavir. Après 9 mois de traitement antirétroviral, l'apparition d'une ascite révélait la décompensation d'une cirrhose prouvée histologiquement. Il est possible que les lésions hépatiques soient aggravées au cours de la restauration immune favorisée par l'initiation des HAART [78]. Vento et al. l'ont suggéré chez 31 malades traités par trithérapie et dont la biopsie hépatique, effectuée dans les 32 à 53 jours après le début d'une HAART, révélait une aggravation du score histologique d'inflammation [79]. L'augmentation de l'activité de l'ALAT pourrait être liée à l'augmentation des CD8 chez les malades coinfectés ayant une réponse virologique au traitement par HAART [80]. Mais aucune étude n'a analysé simultanément la restauration immune quantitative et qualitative à l'égard des antigènes du VHC, la variation de l'activité de l'ALAT et celle de la virémie VHC.
L'impact des HAART sur la virémie du VHC est controversé. La virémie VHC n'est pas modifiée selon certains auteurs [80] [81] [82] [83] [84] [85] [86]. D'autres rapportent des négativations de la PCR du VHC sérique [87] [88] et d'autres des augmentations de la virémie du VHC chez certains malades [89] [90] [91]. Enfin, certaines publications individualisent plusieurs modes d'évolution de l'activité de l'ALAT et de la virémie VHC sous HAART en fonction de la réponse immunovirologique [92] et en fonction des valeurs de l'activité de l'ALAT avant traitement [81].
Au total, il n'est actuellement pas possible de conclure quant à l'effet de la restauration immune sur la virémie VHC et l'augmentation de lésions hépatiques due à des mécanismes immunomédiées ou à un effet cytopathogène du VHC.
Enfin, il faut signaler la possibilité d'une incidence accrue d'autres effets secondaires dus aux inhibiteurs de protéase chez les malades coinfectés (lithiase urinaire, par exemple) [93] [94].


Traitement de l'infection par le VHC

Interféron

L'interféron a été initialement le traitement de référence de l'hépatite chronique C. Les études d'efficacité du traitement par l'interféron chez les malades coinfectés sont rares : 14 études au total dont 8 sont des études pilotes sur moins de 20 malades [95] [96] [97] [98] [99]. Les 6 autres sont des études ouvertes et concernent de 40 à 90 malades coinfectés [100] [101] [102] [103] [104] [105] tableau V. Le taux de réponse virologique à l'arrêt du traitement est de 6,5 à 30 % et le taux de réponse virologique prolongée (6 mois après l'arrêt du traitement) est de 2,4 à 20 %, voisin de celui trouvé en cas d'infection à VHC seul. Le nombre de malades arrêtant l'interféron de façon prématurée de 11 à 48 %, est d'autant plus élevé que le traitement est intensif.
Les effets secondaires signalés sont les mêmes que ceux rapportés dans les séries de malades infectés par le VHC seul : asthénie, myalgies, syndrome grippal, anorexie, nausées, anxiété, irritabilité, tentative de suicide, décompensation de cirrhose, anémie, neutropénie. Il faut signaler, dans la série de Causse et al. [105], la survenue de 4 complications infectieuses (zona, ostéite, abcès du psoas, péritonite) et dans deux cas l'aggravation de l'état immunovirologique avec apparition du sida sous interféron [102], [105]. Les CD4 diminuent sous traitement, dans la plupart des études [100] [101] [102], [105]. Cette diminution peut être dans de rares cas de plus de 20 % [106] [107]. En raison de l'ancienneté de ces études, seules celles de Causse et al. et de Prestileo et al. indiquent la charge virale VIH. Celle-ci n'est pas modifiée par l'interféron [104] [105].
Ces études n'ont pas clairement identifié de facteur prédictif de réponse à l'interféron. Mauss et al. [97] avaient, chez 17 malades traités, mis en évidence une association entre la réponse à l'interféron et des taux élevés de CD4 avant traitement. Cette relation n'est retrouvée que par Soriano et al. [100].
Une seule étude [102] décrit une évaluation histologique après traitement. Une amélioration du score histologique d'inflammation est constatée. Boldorini et al., dans une série de 12 malades traités [98], trouvent une amélioration du score histologique d'inflammation chez 3 des 4 malades ayant une réponse biochimique à l'interféron, mais ils trouvent aussi une aggravation du score histologique chez 4 malades dont l'un a une réponse biochimique à l'interféron.

Interféron et ribavirine

La bithérapie interféron-ribavirine est devenue le traitement de référence de l'infection par le VHC. Six petites séries de malades, coinfectés par le VIH et le VHC et traités par interféron et ribavirine, ont été publiées dans 10 articles tableau VI [108] [109] [110] [111] [112] [113] [114] [115] [116] [117]. De plus, des observations isolées de traitement par interféron et ribavirine ont été rapportées ou intégrées dans des séries de malades non coinfectés [118] [119]. Les 6 séries sont des études ouvertes. L'une concerne des malades naïfs [108], deux autres des malades non répondeurs ou rechuteurs [109] [110] à un premier traitement par interféron, une autre concerne à la fois des malades naïfs et des malades déjà traités par interféron et non répondeurs ou rechuteurs [111]. Les deux dernières séries [114] [115] ne détaillent pas les traitements antérieurs pour tous les malades.
Il faut signaler que les séries rapportées par Zylberberg et al. et Landau et al. concernent, dans respectivement 57 % et 56 % des cas, des malades cirrhotiques [110] [111], alors qu'il n'y en a pas dans la série de Nasti et al. [115]. En revanche, le stade histologique n'est pas précisé dans les 3 autres séries [108] [109], [114]. La répartition des génotypes du VHC dans les 3 séries qui la détaillent montre qu'une majorité des malades sont infectés par le génotype 1 [53 à 70 %) et que 15 à 30 % sont infectés par le génotype 3 [108], [115], [117]. Enfin, si les modalités du traitement sont similaires (3 MU _ 3/sem + ribavirine 800 mg à 1,2 g/j), sauf pour Morsica et al. [114] qui traitent avec des doses d'interféron de 6 MU/2 j, la durée du traitement varie de 6 à 12 mois.
Le taux de réponse virologique 6 mois après l'arrêt du traitement est de 14 à 40 % : 14 % pour les malades non répondeurs à l'interféron (et majoritairement cirrhotiques) dans la série de Zylberberg et al. [110], 40 % pour des malades naïfs, dont un tiers était infecté par un VHC de génotype 2 ou 3 [108]. Dans cette dernière étude, 4 des 5 malades répondeurs sont infectés par un VHC de génotype 2 ou 3. Il est donc difficile, vu les petits effectifs de ces séries et leur hétérogénéité, de conclure quant à l'efficacité de l'association interféron-ribavirine chez les malades infectés par le VIH et le VHC.
Les effets secondaires rapportés sont voisins de ceux constatés sous interféron seul : idée suicidaire [109], syndrome grippal [108] [109] [110] [111], dépression, irritabilité [108] [109] [110] [111], prurit, toux [111], asthénie, anorexie, perte de poids [108], hyperthyroïdie [108], anémie [108] [109] [110], [115], leucopénie, neutropénie, thrombopénie [115]. Une diminution des doses est signalée dans 5 à 35 % des cas, principalement pour raisons hématologiques (anémie, leucopénie) et l'arrêt du traitement dans 5 à 39 % des cas (anémie, inobservance du traitement, perdu de vue, tentative de suicide, inefficacité virologique). Il faut souligner les difficultés d'observance chez les malades déjà lourdement traités et les troubles de l'humeur induits par certains antirétroviraux.
Zylberberg et al. [110] signalent une baisse des CD4 chez un malade, traité par HAART, et une augmentation de la charge virale VIH motivant l'arrêt du traitement de l'hépatite C. Dans 4 études, il est observé une diminution modérée (45 à 100/ml) du chiffre de CD4 [110] [111], [114] [115], non retrouvé dans les autres séries [108] [109]. Schvarcz et al. [108] signalent chez une malade coinfectée non traitée une forte diminution des CD4 sous interféron et ribavirine de 300 CD4/ml, mais une stabilité en pourcentage de ces CD4. Il semble que la diminution des CD4 soit liée davantage à la lymphopénie globale qu'à une baisse isolée des CD4.
La virémie VIH n'est pas significativement modifiée par le traitement du VHC [113]. Chez 4 malades non traités par antirétroviraux et sous interféron et ribavirine, Landau et al. décrivent une diminution de la virémie VIH chez les 2 malades répondeurs et une stabilité de la virémie VIH chez les 2 malades non répondeurs. Mais, par ailleurs, des malades n'ayant pas d'ARN du VIH plasmatique détectable avant le début du traitement par interféron et ribavirine peuvent avoir une virémie VIH détectable sous traitement [110] [111], [114] [115]. Toutes les modifications de la virémie VIH ont donc été décrites sous interféron et ribavirine, mais aucun facteur susceptible d'induire un échappement virologique du VIH n'est décrit.
Enfin, si la négativation de l'ARN du VHC dans le sérum s'accompagne de la normalisation de l'activité des aminotransférases lors du traitement de l'infection à VHC, des cas de réponse virologique VHC avec activité de l'ALAT augmentée sont rapportés. Il n'est pas possible de conclure quant aux raisons de ces discordances (hépatotoxicité médicamenteuse concomitante, autre infection ?) [108], [111].
Aucune publication n'a porté sur l'évolution histologique des malades coinfectés traités par interféron et ribavirine.
Dans 2 études, les facteurs prédictifs de réponse au traitement par interféron et ribavirine sont [108], [111] : l'infection par un génotype 3, une faible charge virale VHC avant traitement (comme cela est observé en cas d'infection à VHC seul) et de façon moins significative un nombre de CD4 élevé avant traitement. Il reste néanmoins à confirmer ces résultats par des études incluant un plus grand nombre de malades.

Interféron pégylé

Il n'y a pas à ce jour de donnée disponible sur le traitement par interféron pégylé des malades coinfectés.

Interactions médicamenteuses

AZT, d4T et ribavirine

Ce sont 3 analogues nucléosidiques métabolisés en une forme active par la thymidine kinase. Le risque d'inactivation de l'AZT et de la d4T lors du traitement par ribavirine (qui suit la même voie métabolique) a donc été évoqué. Ces interactions constatées in vitro n'ont pas de conséquence clinique dans la prise en charge des malades : 38 malades ayant un traitement antiviral incluant d4T ou AZT ont été traités par ribavirine sans qu'une modification de la virémie plasmatique VIH soit constatée [117]. Une étude pharmacocinétique du métabolisme de la d4T chez des malades traités ou non par ribavirine devrait prochainement permettre de répondre à cette question [120].

Acidose lactique

Lafeuillade et al. [121] ont récemment rapporté la survenue d'acidose lactique chez deux malades coinfectés par le VIH et le VHC et traités par interféron et ribavirine en association avec un traitement par HAART. Ces observations ont été confirmées par d'autres équipes [122] [123]. Il est possible que la ribavirine interfère avec le métabolisme des autres analogues nucléosidiques (la ddI et la d4T, en particulier dans ces cas), potentialisant leur toxicité mitochondriale. Il est donc proposé de surveiller attentivement les marqueurs de toxicité mitochondriale (CPK, lactates, lipase particulièrement) chez les malades traités par HAART et sous interféron et ribavirine. La surveillance doit être d'autant plus étroite que les lésions histologiques sont évoluées.

Autres traitements

Interféron et amantadine

Une étude pilote a été menée pour évaluer l'efficacité de l'association interféron-amantadine par rapport à l'interféron seul. Aucun des malades n'a eu de réponse virologique prolongée à l'un des deux traitements. Toutefois, seuls 7 malades ont été randomisés dans l'étude sur les 314 malades coinfectés évalués pour l'inclusion [124]. Il est donc difficile de conclure.
IL2
Deux petites séries de 6 et 12 malades [125] [126] traités par IL2 ont donné des résultats contradictoires (baisse sans négativation de la virémie VHC dans l'une, absence de modification de la virémie dans l'autre).

Transplantation hépatique

De façon ponctuelle, des équipes ont effectué des transplantations hépatiques chez des malades coinfectés soit en raison d'une maladie hépatique évoluée, soit en raison d'une hépatite fulminante [127] [128] [129]. Au total, 5 cas ont été rapportés par 3 équipes. L'adaptation des doses d'immunosuppresseurs et d'inhibiteurs de protéase nécessitent des dosages plasmatiques. Dans tous les cas, il existait une réinfection du greffon. Dans 4 cas, dont 3 décès malgré un traitement par interféron et ribavirine pour 2 d'entre eux, les malades ont développé une cirrhose dans les 6 à 25 mois après la greffe. Le pronostic est lié à la récidive de l'infection virale C sur le greffon, avec une évolution rapide de la maladie hépatique.

Stratégies thérapeutiques

Il n'y a pas de publication sur la chronologie à adopter pour les traitements de l'infection VIH et de l'infection VHC.
Les arguments pour débuter le traitement du VIH avant celui du VHC sont les suivants
la nécessité d'un contrôle du nombre de CD4 chez des malades dont le traitement du VHC peut entraîner une lymphopénie et une neutropénie, augmentant le risque d'infection,
le risque d'une élévation de l'activité de l'ALAT lors du début du traitement par HAART, dont l'interprétation sera complexe si le malade est par ailleurs traité pour son hépatite C
la possibilité d'une moindre réponse au traitement chez les malades plus immunodéprimés,
Les arguments en faveur d'un début de traitement du VHC avant celui du VIH sont les suivants
l'absence de risque lié aux interactions médicamenteuses (acidose lactique, anémie, troubles de l'humeur),
la morbidité qui pourrait être accrue de la maladie VIH en l'absence de traitement du VHC.



Conclusion et perspectives


Certaines données semblent donc maintenant établies : l'infection par le VIH est associé à une augmentation de la transmission du VHC, une évolution plus sévère de la maladie hépatique et une charge virale du VHC plus élevée. L'infection par le VIH paraît diminuer l'efficacité des traitements contre l'infection à VHC. Enfin, une infection par le VHC entraîne des effets indésirables accrus lors de l'institution du traitement contre le VIH. Il reste à confirmer que l'infection par le VHC est associée à une sévérité accrue de la maladie VIH. Il sera nécessaire de définir les risques réels du traitement dirigé contre le VHC chez les malades coinfectés.
Pour certaines questions, des études sont en cours [130] ou restent à faire : place de l'interféron pégylé chez les malades coinfectés, durée nécessaire du traitement contre le VHC, chronologie des traitements des deux infections virales.

 

 


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